‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 59 sur 185 · CHAP. XI. LES PREM. COL. — ÉCOSAISS · texte numérisé non relu

CHAP. XI. LES PREM. COL. — ÉCOSAISS

les chrétiens qui contribuèrent le plus à dessiner le caractère religieux des Etats-Unis. Il me semble assez convenable d'exposer brièvement les causes qui, à diverses reprises, poussèrent sur les rivages américains un si grand nombre d'enfants de la Calédonie. On n'en comprendra que mieux les dispositions religieuses qui devaient animer cette classe d'émigrants.

Appelé au trône d'Angleterre en 1603, Jacques I" promit à ses Ecossais, avant de les quitter, qu'il ne cesserait d'aimer et de soutenir leur église. Mais il eut à peine mis les pieds sur le sol anglais, qu'il manifesta sans détours sa prédilection pour l'épiscopat et son aversion pour le presbytérianisme , à cause de ses tendances républicaines. Grâce aux flatteries et aux caresses du vieux Whilgift, de Bancroft et des autres évoques, il apprit bientôt k détester les presbytériens d'Ecosse, autant que les puritains d'Angleterre. Bien que sa prudence et sa timidité naturelles l'éloignassent des mesures violentes, il ne tarda pas à exprimer l'intention de changer les formes dugou-' vernement ecclésiastique de son royaume du nord; mais il n'exécuta pas ses desseins.

Il en fut autrement de son malheureux fils. Charles P"" résolut de risquer ce que son père, non moins despote que lui, n'eût cependant point osé. Il commença par ordonner la publication d'un livre de canons qui altéraient profondément la constitution de l'Eglise d'Ecosse. Puis il fit composer une liturgie semblable à celle de l'église anglicane , mais que

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Laiid avait encore i)lus rapprochée du rituel romain; et il enjoignit aux ministres écossais de s'en servir, sous peine d'ôtre suspendus de leur ofïice. On conçoit la résistance ouverte qui s'en suivit, résistance à la fois religieuse et politique; car le roi Charles s'était arrogé sur l'église une autorité que la constitution écossaise lui refusait, et l'on ne pouvait lui reconnaître le droit d'imposer la liturgie anglicane, sans lui accorder celui de ramener plus tard la messe des papistes. L'insulte faite aux Ecossais excita la sympathie de l'Angleterre, et la lutte eut pour issue, comme le remarque Hallam, « le maintien de la liberté nationale par le renversement du trône. »

Mais Charles II se conduisit bien plus mal encore que son père. Lorsque celui-ci porta sa tête sur l'échafaud, Charles errait sans amis, en pays étrangers. Les Ecossais lui offrent de le reconnaître pour leur roi et de l'aider à reconquérir la couronne d'Angleterre, pourvu qu'il s'engage par serment à maintenir leur église avec sa forme presbytérienne. C'est ce qu'il n'hésite pas à promettre, et en arrivant chez eux il signe le coyenanL Là-dessus, les Ecossais prennent les armes; ils sont battus par Cromwel, et Charles se voit pour la seconde fois chassé sur le continent. Lorsque, en 1660, la couronne fut replacée sur sa tête, il renouvela de son plein gré les promesses qu'il avait faites aux Ecossais et qu'il leur devait à si juste titre; mais à peine est-il sur le trône qu'il oublie ses serments. Il abolit en Ecosse le presbytérianisme et y rétablit l'épiscopal dans ses formes les plus repoussantes.

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Par ordonnance royale , les évoques sont investis d'une autorité absolue, et une loi nouvelle défend, sous des peines sévères, déparier contre la suprématie ecclésiastique du roi et le gouvernement spirituel des évêques el des archevêques. Une haute commission, composée en partie de ces grands dignitaires de l'église, est revêtue d'un pouvoir inquisitorial, el l'on voit renaître des scènes d'intolérance et d'oppression dignes des plus mauvais jours de Rome. On chassa de leurs postes nombre de pasteurs savants et pieux el l'on contraignit le peuple d'accepter le ministère des hommes ignorants et immoraux qu'on leur donna pour successeurs. * La loi interdisait, sous peine de

* L'auteur n'entend point enfermer dans une même accusation tous les prélats et tous les pasteurs que ces coups d'état imposèrent à TEcosse. Il ne saurait oublier que parmi les premiers se trouvait un Robert Leighton, et parmi les seconds un Henry Scougall. Il est vrai que le noble caractère et la piété de Leighton ne purent pas longtemps sympathiser avec les principes et les mœurs de ses collègues , et qu'il finit par déposer sa charge; mais cela même lui mérite une mention à part, et la présence d'hommes tels que ces deux-là suffit en quelque sorte pour redonner dans l'opinion quelque valeur au corps entier dont ils firent partie, tout dégradé qu'il ait été. — L'auteur n'a pas davantage l'intention d'imputer à i'épiscopat les crimes des prélats et des hommes publics qui le protégèrent en Ecosse par de si horribles cruautés. 11 n'a pas employé, pour flétrir leur conduite, des termes plus forts que ceux dont se sert l'histoire. On peut s'en convaincre en lisant Burnet, Histoire de son temps; Cook, Histoire de l'Eglise d'Ecosse; ou bien Hallam, Histoire conslilutionnellc d' Angleterre. \ o\ci quelques lignes extraites de ce dernier auteur:

« Il était possible que l'épiscopat fût d'institution apostolique; mais, pour soutenir cette institution, l'on avait incendié les maisons

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morl, aux ininislres destilués de prêcher l'Evangile en quelque lieu que ce lût. Il leur était loisible de prier chez eux, mais nul de leurs voisins ne pouvait se joindre à leur culte domestique. Une fois que l'un d'eux était dénoncé, l'on défendait h ses plus proches parents de lui fournir un asile, ou de lui tendre le moindre secours. Tout propriétaire foncier devait promettre que, ni lui, ni aucun des siens n'assisteraient à des «conventicules.» Les peines qu'on encourait en bravant ces lois, étaient la torture, l'amende, la prison, le bannissement et la mort. On plaçait dans les familles des garnissaires, qui y vivaient à discrétion. L'on chassait aux hommes en leur tirant dessus, et on les pendait à des arbres le long des routes.

Tel fut le terrible état de l'Ecosse durant environ trente années, et tout cela pour la contraindre à recevoir une forme de gouvernement ecclésiastique qui

et ravagé les champs; l'Evangile avait dû être prêché en plein air, et ses ministres s'étaient vus interrompus dans leurs prières : l'on avait massacré les maris sous les yeux de leurs femmes, déshonoré les jeunes filles, et bon nombre de personnes avaient péri par la main du bourreau, ou dans les prisons, dans l'exil et l'esclavage. L'on avait attaché des femmes à des poteaux sur le bord de la mer, pour que la marée vînt les y engloutir ; on en avait mis quelques-unes à la torture , et elles étaient sorties de là toutes mutilées : c'était une religion de sang, qu'il fallait être bien calme pour ne pas haïr et pour ne pas refuser des mains qui vous l'offraient. Car, après tout, il est plus certain que l'Etre Suprême abhorre la cruauté et la persécution, qu'il ne l'est que les évêques doivent avoir, de sa part, autorité sur le simple prêtre. » Hist. conslit, vol. III, 442.

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