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CHAP. XI. LES PRE>1. COL. — ÉCOSSAIS

répugnait à la conscience des fidèles. Peut-on s'étonner que les presbytériens écossais de cette époque détestassent l'épiscopat, non pas comme l'occasion seulement, mais comme la vraie cause de leurs maux ! Pour eux il s'identifiait avec l'impiété, le despotisme et la superstition, tandis qu'ils aimaient leurs presbytères, comme on aime l'indépendance et la vérité. Ajoutez à cela que le parlement écossais était constitué de telle sorte, qu'il ne représentait que très-imparfaitement la nation, et qu'il ne fallait pas attendre de lui la défense des droits du peuple. Tout l'espoir des opprimés eût été dans l'Assemblée générale , ou synode de leur église, mais on l'avait supprimée, et cette suppression leur avait été plus sensible que si on leur eût ravi leur parlement. En de telles circonstances, il n'est certes pas étonnant que le peuple le plus soumis ait enfin lâché de secouer l'oppression. Mais toutes les tentatives de révolte ne servirent qu'à sacrifier quelques nobles vies, jusqu'à ce que, par la révolution, si douce et si complète tOAit à la fois, de 1688, les Stuarts furent définitivement chassés du trône, et que des jours meilleurs se levèrent sur les deux royaumes.

Comment se fait-il que, sous le poids d'une semblable oppression, les presbytériens écossais en masse n'aient pas abandonné leur pays ? C'est que la terre natale est toujours chère. Et puis, ils se flattaient sans cesse de voir une fin à leurs maux. Par exemple, lorsqu'une association de trente-six individus, tous hommes de condition, eut acheté dans la Caroline un ter- I. 11

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riloiro fort éleiuiu pour servir de refuge à leurs concitoyens perséculùs, on ajourna le dépari dans l'alleiite du résultat, si malheureux, de la conspiration de Russel el de Sydney. Il y eut toutefois hon nombre d'Ei'ossais qui émigrèrenl en Amérique; d'autres en Irlande; et plusieurs de ces derniers ou leurs descendants cherchèrent plus tard du repos dans le Nouveau- Monde. L'émigration presbytérienne d'Ecosse et d'Irlande, commencée sous les règnes de Charles II et de Jacques II, continua par diverses causes jusqu'à la révolution américaine. Celle des catholiques date d'une époque plus récente; dans les temps dont nous nous occupons, elle fut trop peu considérable pour qu'on en tienne compte.

Quant aux lieux vers lesquels se dirigèrent ces presbytériens et qui ressentirent les heureux effets de leur influence morale, il faut remarquer d'abord que la Nouvelle-Angleterre ne devait pas avoir beaucoup d'attraits pour eux. Non-seulement ses meilleurs cantons étaient occupés, mais encore chacun de ses établissements possédait une église avec laquelle des presbytériens n'auraient guère marché de bon accord. * Cependant il y en eut quelques-uns qui, ayant choisi pour leur retraite cette portion de l'Amérique, y furent parfaitement accueillis. Suivant Cotton Matther,

' La plupart d'entre eux étaient aussi entiiousiastes de leurs synodes et de leurs presbytères, que les anglicans l'étaent de leurs ardievt^qaes et de leurs évoques. Or, les colons de la NouvoSie- Angleterrese rattaciiaient au système des indépendants. {Trad.)

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la Nouvelle-Angielerre aurait déjà reçu, avant 1640, quatre mille presbytériens. Mais venaient-ils d'Ecosse ou d'Irlande, et dans quelle proportion, c'est ce qu'on ne saurait déterminer. Plus tard cent familles de presbytériens irlandais, ayant avec elles leurs pasteurs, fondèrent Londonderry,dans le New-Hampsbire, et s'y organisèrent selon leurs principes. Boston vit dans ses murs une église de cette dénomination, depuis 1729 jusqu'en 1786 qu'elle adopta la forme congrégationnelle. Il y eut encore quelques presbytériens qui s'établirent à Pelham et à Palmer.

Lesémigrants presbytériens ne durent pas se sentir beaucoup plus attirés vers New-York. A la fin du XVIP siècle, l'église épiscopale y devint l'église dominante, et cie n'était pas pour eux un gage de tolérance. Il en était cependant arrivé dans la province avant cette époque, et beaucoup d'Ecossais et d'Irlandais s'y établirent le siècle suivant, à mesure surtout que la révolution d'Amérique approchait. De la seule Ecosse, il arriva, l'an 1737, à Ne^y-York, quatre à cinq cents émigrants. Vingt ans ensuite, des colons écossais et irlandais s'établirent dans le comté d'Ulster, à Orange et à Al ban y.

En 1682, l'année même où Guillaume Penn partit pour l'Amérique, il acheta, de concert avec onze quakers, les droits des héritiers de lord Carteret. Ils s'associèrent douze autres individus, la plupart écossais, avec inlention de provoquer l'émigration sur une grande échelle. Leurs plans réussirent on ne peut mieux. L'Ecosse et le nord de l'Irlande envoyèrent

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un grand nombre d'émigrants dans le New- Jersey orienlal où il n'y avait eu jusque-là que des colons dn la Nouvelle-Hollande. * «Il est à noter, ditBancroft, que ces presbytériens écossais, gens si remarquables parleur moralité, par leur instruction et par leur courage, comme par leur amour pour la liberté et leur enthousiasme religieux, arrivèrent en si grand nombre, qu'ils donnèrent au New-Jersey une impulsion dont il se ressent encore après cent cinquante ans. » '^ Plusieurs de ces émigrants étaient assez riches pour avoir pu amener avec eux jusqu'à des familles entières de pauvres ouvriers qu'ils placèrent dans leurs plantations. En parlant de là ville de Freehold, un des premiers établissements de New-Jersey, le révérend W. Tennent, qui fut longtemps pasteur de l'église presbytérienne de ce lieu, s'exprime en ces termes: « Après Dieu, c'est à quelques Ecossais qu'on doit l'existence de cette communauté et la prédication pure de l'Evangile dont on y jouit. Personne n'y prit plus de peine qu'un nommé Waller Ker, qui fut arrêté en 1685 et banni à perpétuité pour son attachement aux vérités divines telles que les professe l'église d'Ecosse. C'est ainsi que le diable et ses agents manquèrent totalement leur but; car assurément cet homme n'eût pas été aussi utile à la cause du Seigneur dans son pays natal qu'il le fut en ces lieux-ci. Il vit

1 On appelait ainsi la colonie de New-York, alors New-Amsterdain. {Trad.)

5 BancrofC, vol. H, p. 414.

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