CHAP. XII. LES PREM. COL. — FRANÇAIS
cette femme, dans uii esprit d'admirable résignation, « Dieu a fait de grandes choses à notre égard, eu nous donnant la force de supporter ces épreuves. »
« Ce fragment de l'histoire d'une des nombreuses familles de calvinistes qui se réfugièrent dans la Caroline, peut nous aider à juger des autres. Echappés d'un pays où la profession de leur culte était punie de mort, où la prédication de leur foi s'expiait sur la roue, où l'on enlevait aux pères leurs enfants pour les dresser au papisme, ces fugitifs de la France, qui avaient les vertus des puritains anglais sans partager leurs vues étroites, vinrent dans une contrée que la tolérance de Sbaftesbury avait ouverte aux chrétiens de toutes les communions.* Ils y obtinrent des terres, et bientôt ils y eurent eux-mêmes des fermiers. C'est là qu'ils purent sans crainte célébrer leur culte au milieu des forêts, et mêler la voix de leurs psaumes au souffle des vents qui couraient au travers des grands chênes. Leur église était à Charleston. Ils s'y rendaient chaque dimanche de tous les points de leurs plantations éparses sur les rives du Cooper. On les voyait, profitant de la marée, arriver en famille sur de légers canots, dans un silence religieux qu'interrompaient le seul bruit des rames et le mouvement
« La Constitution que Locke avait rédigée pour la Caroline , et à laquelle Bancroft fait allusion, ne proclamait pas l'égalité des droits, mais simplement la tolérance. Il est vrai qu'elle s'étendait « aux Juifs, aux païens et aux dissidents , » aux « hommes, en un mot, de toutes religions; » mais l'église épiscopale n'en était pas moins l'église établie par la loi.
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du village florissant que mouillait le confluent des deux fleuves.
» D'autres réfugiés s'établirent sur la rive sud du Santee, dans un pays devenu renommé par son aisance et par les mœurs polies de ses habitants.
» Partout, aux Etats-Unis, l'on a des monuments de l'émigration française. Lorsqu'éclata la lutte de l'Amérique pour son indépendance, le fils de Judith Manigault mit au service du pays qui avait adopté sa mère, la grande fortune qu'il y avait acquise. C'est aussi le fils d'un huguenot qui dota le pays de la salle où les orateurs de la Nouvelle-Angleterre, réunis à Boston , firent entendre les premiers accents de la liberté américaine. Lorsqu'on stipulait le traité de Paris par lequel nous fûmes mis au rang des nations, le petit-fils d'un réfugié français, instruit dès son enfance de tout ce que ses ancêtres avaient soufl'ert, ne laissa pas endormir sa juste méfiance, et, par sa puissante intervention, l'on porta jusqu'au Mississipi les frontières de la république. Dans l'Etat qui est à notre frontière septentrionale, le nom du plus ancien collège rappelle la sage libéralité d'un descendant de huguenots. Les enfants des calvinistes de France ont, certes, raison d'avoir en grand honneur la mémoire de leurs pères ! » *
L'émigration des Huguenots en Amérique est un des faits les plus intéressants de son histoire. Mais elle commença plus tôt et fut plus considérable qu'on
' Bancrofl's Hislory, etc., II, 180-183.