CHAP, XII. LES PREM. COL. —FRANÇAIS
ne le pense généralement. Même avant le massacre de la Saint-Barlhélemy, quelques hommes marquants dans le protestantisme proposèrent l'établissement d'une colonie et d'une mission dans le Brésil. Nul protestant n'avait encore songé aux païens. L'amiral de Coligny saisit avec chaleur cette idée. Calvin l'appuya de toute son influence. Il désigna, pour accompagner les émigranls, trois excellents ministres qui avaient fait leurs études à Genève sous ses yeux. L'expédition mit à la voile en 1556, mais elle finit misérablement. Le commandant étant rentré dans l'église romaine et ayant fait mourir les trois ministres, regagna la France en abandonnant aux épées des Portugais le reste de la colonie.* Sans se laisser décourager par ce désastre , le bon amiral fit deux nouvelles tentatives de colonisation, l'une dans la Caroline du Sud, et l'autre dans la Floride; mais elles n'eurent pas un meilleur succès que la précédente. Il semblait que le temps n'était pas encore venu d'instituer des colonies chrétiennes. Ni la religion, ni la persécution n'y avaient suffisamment préparé les esprits.
1 Aussi, quelques années après, le Gascon de Gourgues, exerçant sur eux de terribles représailles, les pendait à des arbres, non loin du lieu où ils avaient fait mourir ses compatriotes, et il plaçait sur leurs cadavres cette inscription : « Non comme espagnols ou marins, mais comme traîtres, brigands et meurtriers. » Il faut dire que les Espagnols avaient massacré les huguenots , non parce qu'ils étaient français, mais parce qu'ils étaient luthériens. C'est ainsi qu'ils s'exprimaient.
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Depuis le siège de La Rochelle jusqu'à la révocation de l'édil de Nantes, il se fît une ('imigration continuelle de protestants français dans les colonies anglaises de l'Amérique ; mais après le dernier de ces événements, elle prit une nouvelle activité, ce qu'attestent les actes publics des colonies. Ainsi l'an 1662, Jean Touton, docteur français, s'adresse au conseil général du Massachusets, tant en son nom qu'en celui d'autres protestants chassés de leur pays pour cause de religion, afin qu'on leur permette de vivre dans la colonie, ce qui leur est accordé sans difficulté.* En 1686, on fait don de onze mille acres de terre à une autre société de protestants français qui s'étaient réunis à Oxford, même colonie.^ Cette année encore une église française se fonde à Boston , et dix ans après elle a pour pasteur le révérend M. Daillé. Un siècle plus tard, les réfugiés ayant cessé de parler la langue de leurs pères, et s'étant amalgamés aux autres communions, ce temple tomba entre les mains de quelques catholiques français.
En 1666, la législature de Maryland accorda la naturalisation aux protestants réfugiés de France; c'est ce que firent aussi la Virginie en 1671, les deux Carolines en 1696 et l'Etat de New-York en 1703.^
Cependant New-York servait depuis longtemps
t Holme's American Ànnals.
» Ibid.
» Si les huguenots demeurèrent longtemps dans la Caroline et à New-York avant d'obtenir la naturalisation, cela ne provint point de mauvais vouloir, ni de part, ni d'autre.