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que le bill en faveur d'une colisalion générale, après avoir élé adopté en troisième débat, fut soumis à la sanction du peuple pour qu'il pût prendre force de loi.
Le jour môme ou l'assemblée vota l'acte d'incorporation, elle autorisa la première lecture d'un bill portant la reconnaissance officielle de l'église épiscopale. Patrick Henry s'en constitua le promoteur. Ce bill avait pour effet d'assurer à cette église tous les biens qu'elle possédait jadis, non -seulement dans les paroisses oii elle avait des congrégations, mais encore dans celles oîi son existence n'était que nominale. II lui garantissait d'ailleurs pour toujours la protection de l'Etat. Le bill passa dans l'assemblée , mais ce triomphe ne fut pas de longue durée. Le presbytère de Hanovre, se ravisant, protesta contre l'acte de la législature, et celle-ci jugea convenable d'en suspendre l'exécution pour donner à l'opinion publique le temps de se manifester. Là-dessus arrivent de tous les points de la Virginie des pétitions signées par plus de dix mille personnes. Une convention générale des églises presbytériennes se réunit. On y rédige une nouvelle adresse, et le révérend Smith, ramené par l'expérience à ses précédentes convictions, est chargé de la présenter lui-môme et d'en défendre les conclusions à la barre de l'assemblée. C'est ce qu'il fît trois jours durant. Dès ce moment l'affaire fut décidée et le plan primitif renversé.
Ce fut donc aux efforts combinés des presbytériens, des baptistes et des quakers qu'on dut la séparation
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de l'Eglise et de l'Étal en Virginie, ainsi que le rejet définitif du système par lequel l'Etal aurait fait les frais de tous les cultes protestants.* Jefferson, il est vrai, membre de la législature en 1776, les seconda de toutes ses forces; mais ce furent eux et non pas lui qui commencèrent le mouvement, et, grâce à leur persévérance, les églises, placées sur un pied d'égalité parfaite devant la loi, devinrent entièrement indépendantes du pouvoir civil.
La grande œuvre de Jefferson, en fait de législation religieuse, fut le célèbre acte en faveur de la liberté de conscience, acte formulé de sa propre main et sanctionné par la législature de Virginie en 1785.^ ïl n'y a, me semble-t-il, dans cette loi rien à quoi tout ami de la liberté ne puisse souscrire; mais les transports de joie qu'elle inspirait de temps en temps k son auteur, venaient moins de l'hommage qu'elle rendait aux principes éternels de la justice, qu'à l'espèce d'insulte qu'elle paraissait faire au christianisme. Selon les expressions de Jefferson lui-même, on avait «couvert du même manteau le juif et le gentil, le chrétien et le riiahométan, l'indou et l'incrédule quel qu'il fût. »
^ A supposer que cette mesure eût été adoptée, on peut bien affirmer qu'elle eût fait, en Virginie, le même mal qu'elfe lit dans la Nouvelle-Angleterre, quand on conçut la funeste idée de l'essayer; car on n'aurait pu la restreindre aux seules communions évangéliques, et, de cette manière, on eût fourni aux unitaires et aux universalistes les moyens d'établir et de propager leurs doctrines.
2 Voyez Appendice, I.
Telle esl donc l'hisloire de la séparation de l'Etat et de l'Eglise en Virginie.* Si l'on veut avoir la date précise du moment où elle s'effectua, il faut remonter au 6 décembre 1776, puisque c'est |ilors que furent rapportées les lois anciennes qui avaient consacré l'union. Depuis ce moment, il se fit, comme on l'a vu, diverses tentatives pour obtenir les subsides de l'Etal en faveur de la religion, si ce n'est en faveur d'une église; mais elles finirent par échouer, à raison de l'injustice même des mesures qu'on proposait.
Il est probable que les discussions dont la Virginie fut le théâtre eurent du retentissement dans les Etats dont les circonstances étaient pareilles. On n'en a pas de preuves positives, mais tout porte à le croire. Aussitôt après la déclaration d'indépendance, le Maryland agita la grande question. Le 3 novembre 1776, la législature de cet Etat émit une déclaration de droits semblable à celle qui était émanée de l'Assemblée de Virginie quelques mois auparavant. Elle proclamait des principes devant lesquels l'union de l'Eglise et de l'Etal n'était plus possible. Toutefois, l'on eut soin de garantir à l'église épiscopale la propriété
* J'aurais pu entrer dans plus de détails sur les mesures que provoquèrent les ennemis de l'église épiscopale, afin d'enlever à ses minisires non-seulement leur existence légale, mais encore les biens-fonds qu'on leur avait jadis alloués; mais c'eût été m'éloigner trop longtemps de mon sujet. Ce fut en 1802 qu'on vendit les biens d'église, et j'estime que la loi en vertu de laquelle on le fit était réellement inconstitutionnelle. La manière dont on finit par traiter l'église épiscopale fut d'une violence que rien ne saurait excuser.
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des fonds qui lui avaient été jadis assignés. Celle mesure de juslice n'a jamais élé révoquée, el le Maryland s'est épargné de la sorte les misérables discussions sur les biens d'église qui, en Virginie, ont fait tant de mal à la religion et montré bon nombre d'individus sous un jour peu favorable.
Voici, d'ailleurs, en quels termes s'exprimait la déclaration de droits du Maryland : c Comme il y a devoir pour chacun d'adorer Dieu de la manière qu'il estime la plus agréable au Seigneur, tout individu qui professe le christianisme peut exiger, à l'égal des autres, qu'on protège sa liberté religieuse. En conséquence, nul ne sera molesté par la loi, ni dans sa personne, ni dans ses biens, à raison de ses opinions et de sa profession en matière de foi. Chacun pratiquera le culle qu'il jugera bon, à moins que, sous couleur de religion, il ne trouble l'ordre public, qu'il ne porte atteinte à la paix ou à la sûreté de l'Etat, qu'il ne fasse infraction aux lois de la morale, ou qu'il n'envahisse les droits naturels, politiques et religieux des autres citoyens, i II étail dit ensuite que nui ne pourrait se voir contraint à suivre ou à payer un culte qui ne serait pas le sien propre; mais en même temps on reconnaissait à la législature le droit de lever un impôt équitable et général pour l'entretien de la religion, moyennant la réserve expresse qu'en pareil cas tous ceux qui paieraient l'impôt auraient droit de désigner l'église à laquelle ils entendaient l'appliquer, et même s'ils le voulaient, il leur
élail loisible d'exiger qu'il fûl employé de préférence à l'eiilrelion des pauvres.*
Ce fut d'une manière loule semblable, et peu de temps après la révolution, que les législatures de New- York, de la Caroline du Sud, et, en un mol, celles de toutes les colonies où l'église épiscopale était dominante, prononcèrent la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Je ne sache pas que la crise y ail été accompagnée de circonstances qui vaillent la peine d'être signalées.
Mais il en est autrement de la Nouvelle-Angleterre, par la raison même que le principe des églises nationales s'y était plus fortement enraciné. Il fallut quarante années pour que l'exemple donné par la Virginie fût entendu au Connecticut. Jusqu'en 1816, le congrégationalisme continua d'y être lui seul la religion de l'Etat. Mais, à cette époque, les épiscopaux, les baptistes, les méthodistes, les universalisles et d'autres encore, se liguèrent contre l'église privilégiée, et ils obtinrent dans la législature une majorité favorable à leurs intérêts. L'on prononça l'abolition de l'ancienne contribution paroissiale. H y eut bien toujours un impôt pour le culte ; mais chaque citoyen put en faire l'application à l'église de son choix. Peu après, le New-Hampshire et le Maine adoptèrent ce système. Quant à l'Etat de Yermont, si je ne me trompe, il avait eu de tout temps quelque chose de semblable.
• Voir D' Hawk's, History of Ihc episcopal church in Maryland^ p. 288.