CHAP. VII. SEPARAT. DE L'ET. ET DE LEGL
C'est le Massachusels qui entra le dernier dans la bonne voie. Les pères de cette colonie, pleins de leurs idées théocraliques, avaient toujours vu avec orgueil la vigne du Seigneur entrelacer ses branches au sceptre du magistrat; ils se reposaient avec conûance sous cette ombre protectrice et ils ne cessaient de vanter les heureux fruits d'une telle union. C'est ainsi, par exemple, que, dans un style qui lui est propre, Cotton Mather parle non-seulement des avantages, mais encore de l'honneur et de la gloire d'une église nationale. « Les ministres de l'Evangile , dit-il , passeraient mal leur temps s'ils ne devaient compter pour leur subsistance que sur les libres contributions du peuple. » «Par cela même, dit-il encore, que nos lois coloniales ont reçu la sanction de la couronne, elles sont lois de l'Etat. C'est par elles que le culte public est institué dans chaque plantation , que le ministre nommé par la majorité des habitants est envisagé comme le pasteur du lieu, et que le salaire dont on convient de rétribuer ses peines se lève sous forme d'impôt général. Eu conséquence, le ministre choisi par le peuple est réellement le minisire du roi, et non pas seulement le ministre de Jésus-Christ; et le salaire qu'où lui paie, exigé des paroissiens au nom du i^oi^ est par le fait une pension qu'il tient du roi lui-même. » *
Avant que la révolution éclatât, un acte spécial de
^ Ratio disciplinae; or Faithful Account of tbc Discipline professée! and practised in tbc churches of New-England, p. 20. I. 19
^90 LA KELîGlON EN AMÉRFOUR. ÎJV. Itl
la législature avait cxeniptù les ùpiscopaux de contribuer à l'enlretien du culte paroissial. Leurs églises furent légalement reconnues, el on les envisagea dès lors comme des paroisses, mais comme des paroisses qui ne se rattachaient pas à une circonscription territoriale. La constitution de 1780, tout en maintenant l'ancien impôt du culte, permit à chacun de l'assigner à la société religieuse qu'il préférait; el toutefois, jusqu'en 1811, les Cours de justice prononcèrent constamment que le ressortissant d'une paroisse quelconque ne pouvait disposer de sa cote d'impôt qu'en faveur d'un ministre appartenant à une paroisse reconnue par la loi. * Un statut de 1811, amendé en 1823, dispensa de la taxe paroissiale ceux qui présentaient une attestation authentique de leur affiliation à une autre église , lors même qu'elle n'aurait pas la sanction de la loi ; mais, en droit et en fait, l'on ne cessa pas d'envisager comme membre de la paroisse officielle , c'est-à-dire, de l'église congrégationaliste, tout individu qui n'appartenait pas à une société religieuse différente.
J'ai dit ailleurs les maux croissants qui naquirent de cet ordre de choses. Enfin, les amis de l'Evangile, par où j'entends les chrétiens orthodoxes de toutes les dénominations, ouvrirent les yeux el réussirent à faire amender la conslilulion de l'Etat de manière à
* Voir, pour plus de détails, un Sermon du révérend William (Jogswoli, docteur on théologie, sur la liberté religieuse, précbé le jour du jeune annuel <lu Massachusets. 3 avril 1828. Bostoii.
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couper le mal par la racine. Il fallut pour cela, trois années de suite, obtenir l'assentiment de la législature, et c'est ce qui eut lieu de 1831 à 1833,