‹ La religion aux États-Unis d'AmériqueChapitre 96 sur 185 · EFFETS DE L4 SÉPARATION ENTRE L'ÉTAT ET L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

EFFETS DE L4 SÉPARATION ENTRE L'ÉTAT ET L'ÉGLISE

Dans les Etats où l'union existait jadis.

Dans les pays où l'Eglise fut longtemps unie à l'Etat, il est tout simple que la rupture du lien soit d'abord accompagnée de quelques inconvénients. Si l'Eglise attendait tout de l'Etat pour l'entretien , soit des temples , soit des pasteurs, comment ne se trouverait-elle pas en de sérieux embarras lorsqu'elle se voit subitement abandonnée à elle-même? C'est ce qui eut lieu dans quelques-unes de nos provinces , suivant que l'union du civil et du religieux y existait depuis plus ou moins longtemps, qu'elle y avait été plus étroite et qu'elle y avait pris plus d'extension.

Il n'en est point qui souffrit de cette crise autant que la Virginie, et par diverses causes. L'immoralité des ecclésiastiques qu'on y envoyait d'Anglelerre avait inspiré au peuple une souveraine indifférence pour l'Eglise et pour son culte. Se lassant enfin de faire les frais d'une religion qu'ils n'aimaient ni ne rcspec-

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laient, plusieurs jcU'îrent tout de côlé , tandis que d'autres se joignaient aux dissidents presbytériens et baplistes; si bien que les vénérables édifices où leurs pères avaient adoré Dieu, se virent presque abandonnés. Mal en quelque sorte inévitable; car n'étaient-ce pas ces mêmes temples oiî , sous peine de l'amende et de la prison , l'on contraignait jadis à se rendre chaque dimanche ? Il n'y eut guère d'exception que dans les paroisses dont les pasteurs, fidèles à leur devoir , s'étaient attaché leur troupeau par la pureté de leur doctrine et de leur vie.

Il faut ajouter à cela que les deux tiers des membres du clergé épiscopal de Virginie se montrèrent hostiles à la révolution, et que la plupart d'entre eux repartirent pour l'Angleterre. On ne saurait vraiment les blâmer de leur conduite; car enfin ils étaient anglais de naissance, et l'Angleterre avait eu leurs premières affections. Ce n'est pas sur eux qu'avait pesé la tyrannie, et il n'y a rien d'étonnant que même les meilleurs parmi eux se soient rangés au parti tory. Quant aux ecclésiastiques indignes de leur charge, ils purent comprendre qu'avec l'indépendance des colonies naîtrait un ordre de choses qui ne leur garantirait pas l'impunité, comme lorsqu'ils avaient pour seul juge un évoque résidant à mille lieues de là. Quoi qu'il en soit, la fidélité du clergé épiscopal pour le gouvernement britannique n'était pas de nature à lui concilier un peuple de républicains qui était en guerre avec la métropole, et l'église épiscopale tout entière ne put que se ressentir de la haine qu'on por-

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lait à la plupart de ses minisires, par suile de leurs opinions politiques. Le mal eûl été bien plus grand encore, s'il n'y eûl eu dans ce clergé une minorité qu'animait un esprit tout autre; par exemple, le révérend docteur Madison , qui devint évoque de Virginie, les docteurs Griffitl et Bracken, MiM. Buchanan, Jarrall el Davies. * A ces noms respeclables , nous pourrions associer ceux de beaucoup de laïques appartenant à l'église épiscopale, et qui épousèrent la cause de la révolution avec une chaleur qui ne fut surpassée nulle part. ^

Disons ensuite que la guerre eut en grande partie pour théâtre la province qui nous occupe. La Virginie se vil plusieurs fois traversée par les armées belligérantes. On dut convertir les temples en casernes, en cantines, en hôpitaux ; et l'on conçoit que

* Ce fut ainsi qu'un ministre épiscopal de Virginie, le révérend M. Muhlenburg, abandonnant sa charge, et acceptant un brevet de colonel dans l'armée américaine, leva un régiment parmi ses paroissiens, servit durant toute la guerre , et se retira du service avec le grade de général de brigade. La dernière fois qu'il monta en chaire, avant de partir pour l'armée, il était en uniforme. {Thatcher's mililary journal, p. 152.) Le révérend M. Thurston, du comté de Frederick, dans le même Etat, servit aussi sa patrie avec le grade de colonel.

2 Par exemple, le général Washington, Patrick Henry, Richard Henry Lee, celui qui proposa la déclaration d'indépendance, son frère Francis Lightfoot Lee , un des signataires, George Mason, Edmond Pendicton, Peter Lyons, Paul Carrington, William Fleming, William Grayson, avec les familles Nelson, Meade, Mercer, Harrison, Randolph et cent autres dont les noms sont chers à la Virginie, (Hawks, Hislory, etc.)

ceux (le l'église épiscopalc ne furent pas épargnés : le feu même en délruisil plusieurs, ou par accident, ou par malveillance.*

Les esprits étaient d'ailleurs tellement préoccupés de tout autre chose, que les ministres demeurés au pays avaient bien de la peine à réunir quelques individus autour d'eux et à obtenir de leur part de chétifs salaires. Aussi y en eut-il plusieurs qui ouvrirent des écoles; mais encore cette ressource fut-elle insuffisante, parce que les enfants eux-mêmes suivaient de très-bonne heure l'armée; et, une fois le fusil sur le dos, il n'était pas question de le quitter.

11 est facile de comprendre, d'après tout cela, ce qui dut arriver, lorsqu'au retour de la paix, le peuple, appauvri et démoralisé par la guerre , dut faire luimême et volontairement tous les frais de son culte. Il faut entendre là-dessus l'écrivain distingué que j'ai déjà cité plus d'une fois :

« Le 19 avril 1783, huit ans, jour pour jour, après la première effusion de sang à la bataille de Lexington, une proclamation du général en chef annonça la paix aux armées de la république. Le temps était venu de remettre de l'ordre dans les institutions civiles et religieuses du pays. Il y avait beaucoup à faire; et tout en nous réjouissant de la prospérité actuelle de notre église, il est bon de rappeler l'étal où l'avaient

> Ce qui ne veut pas dire que les épiscopaux seuls aient essuyé de grandes pertes. Les armées anglaises ne devaient pas respecter beaucoup ce qui appartenait aux églises presbytériennes.

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