CHAP. VIII. SÉPARÂT. DE L'ÉT. ET DE L'ÉGL. ÔÔS
mise les guerres de la révolution, afiu qu'en voyant ce qu'il a fallu vaincre de difficultés pour la rappeler à la vie, nous éprouvions envers Dieu une plus grande reconnaissance. Quand les colonies coururent aux armes, la Virginie, dans ses soixante et un comtés , renfermait quatre-vingt-quinze paroisses, cent soixantequatre églises et chapelles, et quatre-vingt-onze ecclésiastiques. A la fin de la guerre, un grand nombre de ces églises se trouvèrent détruites ou tellement endommagées, qu'il n'y avait pas moyen de les réparer. Vingt-trois paroisses s'étaient dissoutes, et des soixante-et-douze autres, trente-quatre se voyaient privées de services religieux. De ses quatre-vingt-onze ministres, il n'en restait que vingt-huit, auxquels s'en joignirent huit autres après la cessation des hostilités. Pendant la guerre, les vingt-huit pasteurs dont je viens de parler n'avaient pas pu demeurer tous dans leur paroisse; treize d'entre eux se virent chassés de leur presbytère, ou par la violence, ou par la pauvreté.» * Voilà vraiment une triste peinture; mais il faut pourtant se rappeler que la guerre était là, et les choses ne se fussent pas beaucoup mieux passées , lors même qu'on eût maintenu l'église nationale jusqu'en 1783, au lieu de la supprimer en 1776. Toujours est-il que, dans les sombres années qui suivirent la révolution, l'église épiscopale, constamment abattue, sentit douloureusement sa nouvelle position. Il semblait que ses ennemis n'auraient pas de repos qu'ils
' D' Hawks, Hislory, etc., pp. 153, 15*.
ne l'eussent ruinée de fond en comble. Il est vrai qu'au jour de sa puissance elle s'élail montrée exclusive , lyrannique cl persécutrice; et l'on peut bien dire qu'elle avait attiré sur elle celte sévère rétribution. Toute église qui opprime doit s'attendre à être opprimée une fois, et souvent môme j)ar ceux sur le cou desquels elle posa son pied orgueilleux.
Mais l'hisloire de l'église épiscopale de Virginie eut enfin de belles pages. Celui qui aime à guérir les plaies, lui tenait en réserve quelques bénédictions, et ses verges mômes la préparèrent à les recevoir. On la vit tout doucement sortir de ses embarras. Le peuple apprit à se reposer sur lui-môme , ou plutôt sur le Seigneur, et à chercher dans ses propres sacrifices , et non dans un impôt forcé, les ressources nécessaires pour l'entretien des églises et des pasteurs. Le nombre des ministres fidèles alla croissant ; ils se choisirent un homme excellent pour évoque; l'esprit d'association se développa ; l'on fonda une école de théologie , et, sous de savants professeurs, beaucoup de jeunes gens instruits et pieux s'y formèrent à la prédication du glorieux Evangile de Jésus-Christ. Bien que cette église ne compte pas actuellement autant de pasteurs et de temples qu'avant la révolution , le nombre en est toutefois considérable et il fait de continuels progrès. * L'église épiscopale de Virginie a
* Progrès réels, puisqu'auparavant les paroisses officielles n'étaient souvent que des paroisses nominales, et les pasteurs des hommes qui avaient le titre et non l'esprit de leur charge. {Trad.)
CHAP. VIII. SÉPARÂT. DE l'ÉT. ET DE L'ÉGL. 297
soixante-quinze minisires et plus de quatre-vingts églises. Mais ce qu'il faut surtout remarquer, c'est qu'il n'est guère possible de voir un clergé plus distingué que celui de cette communion. Il y a chez lui , avec beaucoup de science Ihéologique , un zèle plein de prudence, une éloquence simple et pénétrante, une activité conslante pour tout ce qui est bon ; aussi n'en est-il point qui soit en plus grande estime auprès du peuple. * Quel changement! et combien les voies du Seigneur sont admirables! Au lieu des disputes sans cesse renaissantes que les pasteurs avaient jadis avec leurs paroissiens et avec les fonctionnaires publics au sujet des redevances en labac qu'on devait leur payer, ils reçoivent régulièrement des libres contributions du troupeau uu salaire qui n'est pas exorbitant, mais qui est fort convenable; et au lieu du mauvais vouloir que leur portaient les membres des autres églises, j'ai tout lieu de croire qu'ils en sont généralement respectés et aimés !
L'église épiscopale du Maryland eut à souffrir aussi, bien qu'à un moindre degré. Nulle part le traitement des pasteurs ne s'élevait aussi haut que dans cette co-
* Cet éloge ne paraîtra point excessif aux personnes qui ont, comme moi, le bonheur de connaître plusieurs de ces respectables ecclésiastiques. Le défunt évêque Moore était aimé de tout le monde, L'évêque actuel, le D'' Meade, jouit de plus d'estime et de confiance peut-être qu'aucun autre ministre des Etats-Unis. Les professeurs du séminaire théologique diocésain, MM. les docteurs Keith, Lippitt et Sparrow, sont très-connus et fort estimés de ceux qui les connaissent.
loiiic, cl c'était, convenons-en, les exposer k de rudes chances que de les aljandonner brusquement au bon plaisir de leur paroisse. Aussi plusieurs d'entre eux furent-ils vraiment à plaindre.
A l'époque de la révolution, l'on comptait au Marylandquaranle-qualre églises et autant de ministres pour les desservir; mais ce n'étaient pas tous des hommes fort recommandables, dit le docteur Hawk. * A la fin de la guerre, il n'y restait que dix-huit à vingt pasteurs. Mais ce fait ne s'explique pas par la séparation seule de l'Etat et de l'Eglise. Les deux tiers des ministres épiscopaux ayant refusé de reconnaître le nouvel ordre de choses et de prêter le serment civique, la plupart d'entre eux quittèrent le pays. Au retour de la paix, leur église se releva petit à petit, et dès lors elle n'a cessé de faire des pas en avant, en sorte qu'elle est dans un état de prospérité très-réelle. Dés 1792, elle eut un évoque dans la personne du docteur Clagget, et une convention ecclésiastique qui promulgua des canons et régla tout ce qui tient à la discipline. Si le clergé fut longtemps moins nombreux qu'avant la révolution , c'est que les hommes manquaient et non pas l'argent nécessaire pour les entretenir. Il est vrai que d'abord après la guerre, et même on 1822, quelques pasteurs durent quitter leur paroisse faute de traitements suffisants; mais il faut dire que, dans le premier cas, les paroissiens n'avaient pas encore fait l'apprentissage du système volontaire, et
' Histoire de l'église épiscopale du Maryland.