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Judic., xiv, 17. Cum ei esset molesta

LA CHUTE ORIGINELLE

c’était la vraie vie, le bien, et par conséquent le bonheur. Ce bon sentiment rejeté par égoïsme ou amour d’eux-mêmes, que leur reste-t-il ? Rien ou presque rien ; la vie et la nature matérielles, un arbre portant un fruit; quelque chose qui peut suffire à l’animal, mais qui ne suffit pas à l’homme. Et cependant, dépouillés de tout, ils se jettent sur ce débris. Hélas! leurs sens eux-mêmes n’y trouvent pas leur rassasiement, car l’âme qui les vivifie leur communique quelque chose d’infini qui agrandit leur faim dans une telle mesure que rien ne peut la satisfaire ; déjà fatigués ils demandent encore. Aussi Adam et Eve ne tardèrent-ils pas à rougir d’eux-mêmes; ils se font honte, se cachent sous des vêtements de feuillage et se sentent envahis par un ennui et une angoisse qu’ils ne connaissaient pas. Que faire, comment retrouver la paix?... Ils pourraient, il est vrai, recourir à Dieu qui sans doute leur pardonnerait, mais ils n’en n’ont ni la volonté ni la force ; nul repentir sincère ne s’est encore fait jour dans leur cœur; ils souffrent, il est vrai, de leur faute, mais ce n’est pas parce qu’elle a fait de la peine à Dieu, leur Père, ou parce qu’elle les sépare de lui ; c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé, dans cette faute, le bonheur qu’ils espéraient. Leur souffrance n’a donc rien de bon, rien de méritoire; elle n’est qu’une nouvelle forme de leur égoïsme et de leur ingratitude.

§ 90. Que Dieu essaya de ramener Adam et Eve à de

meilleurs sentiments.

Cependant Dieu avait assisté à ce drame lugubre ; il avait vu l’esprit mauvais détruire en un instant l’œuvre de son amour, et ses grâces rester impuissantes contre l’égoïsme et l’orgueil insensés de sa créature. Ému de pitié, Il ne désespère pas encore de ses enfants. Ils ne reviennent pas à Lui ; peutêtre est-ce parce qu’ils ne l’osent pas. Il fera le premier pas... Dieu appelle donc Adam; ce n’est pas pour lui reprocher sa faute et le punir, c’est pour essayer de l’éclairer sur son égarement ; mais Adam persévère dans sa méfiance ; bien loin de répondre avec empressement à cet appel de Dieu, il cherche une excuse dans un mensonge ; il prétend qu’il se cache parce qu’il n’a pas de vêtements. En avait-il hier? Dieu ne se lasse pas encore, il s’efforce de faire sentir son mensonge à Adam, et de lui faciliter la confession de sa faute, en lui montrant qu’il la connaît : ... Tu as mangé du fruit défendu , lui dit-il.

Malgré tant d’avances de la part de Dieu, Adam s’obstine ; il ne consent pas à se reconnaître coupable et à implorer humblement son pardon. Il fait plus : se laissant aller aux mauvais sentiments qui déjà envahissent son cœur, il rejette lâchement sa faute sur sa compagne, comme s’il n’aurait pas dû d’abord veiller sur elle ; ensuite ne pas accepter sottement le fruit de sa main, l’encourageant ainsi

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au mal. Mais ce n’est pas tout; non content de rejeter sa faute sur Eve, il la rejette même sur Dieu, en lui disant: C'est la femme que vous aï avez donnée pour compagne qui m'a nrésenté du fruit défendu, et ï en ai mangé.

§ 91. Qu’Èvene fut pas plus repentante qu’Adam.

Alors Dieu semble las de parler à cet endurci : il ne lui reproche pas même sa sotte excuse ; il se tourne vers Eve, espérant peut-être trouver en elle plus de sagesse et de générosité. Pourquoi avez-vous mangé du fruit ? lui dit-il. Eve ne chercha pas de détour comme Adam, mais elle ne demande pas non plus pardon. Au lieu de se prosterner aux pieds de Dieu, elle rejette son péché sur le serpent. C'est le serpent qui m'a trompé , dit-elle, et j'cà mangé. N’aurait-elle pas dû se refuser à toute conversation et discussion avec un être aussi inférieur, elle, la reine et maîtresse du monde; elle, devant qui tous les animaux s’inclinaient comme des esclaves?

Après cette réponse insignifiante, Dieu suspend tout à coup l’entretien ; il voit qu’il n’y a décidément rien à espérer de nos premiers parents, dans l’état où ils sont. En effet, en aspirant à se passer de Dieu, en secouant le joug de la reconnaissance et de l’affection, ils ont nécessairement perdu tous les bénéfices de l’adoption divine, c’est-à-dire cette grâce ou influence surnaturelle qui faisait prédominer en eux l’esprit sur la matière, qui leur donnait l’horreur du mal, l’inclination au bien, le goût des choses divi-

nés, et enfin l’immortalité. Ils étaient tout entiers retombés sous les charmes cle la vie naturelle ; de cette vie qui peut, il est vrai, donner quelques satisfactions intellectuelles, mais qui n’a jamais suffi au bonheur de personne, comme l’expérience le prouve; et qui d’ailleurs est bien peu de chose, si l’on songe que la mort peut l’interrompre d’un moment à l’autre et pour toujours.

§ 92. Que le péché blessa Adam et Eve, même dans leurs

facultés naturelles.

Privés, par leur propre volonté, de la vie surnaturelle, non seulement Adam et Eve ne ressentent plus aucun attrait pour l’abnégation, pour la reconnaissance, pour le bien, pour ces grandes choses qui sont la vie de l’âme et peuvent seules lui donner la paix, mais ils se sentent même portés à des choses au-dessous de leur nature, car ils sont dans un état bien inférieur à celui où ils étaient au moment de leur création : ils ont fait le mal et ce mal a vicié leur nature1, et tout sera changé

1. Une comparaison peut faire comprendre l’état nouveau d’Adam et d’Ève. Un homme veut faire un voyage; fort et valide, il pourrait le faire à pied, mais, pour l’obliger, un de ses amis lui prête un cheval. Notre homme est enchanté, seulement il est mauvais cavalier, il se laisse désarçonner. En tombant, il se blesse gravement; le cheval se sauve. De sorte que, non seulement il ne pourra plus faire son voyage avec rapidité, mais il ne pourra même le faire que plus difficilement qu’avant, puisqu’il est blessé. De même Adam et Ève ne possédaient plus, après leur faute, les facultés et forces naturelles qu'ils avaient avant, car le péché les a blessés, c’est-à-dire a gâté ou diminué leurs dons naturels...

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dans leur vie; ils vont connaître la douleur, le froid, la faim, la soif, les infirmités; ils ne seront plus maîtres de leurs sens et de leurs appétits ; ils se sentiront violemment portés à faire ce qu’ils ne voudraient pas faire.

Mais ce n’est pas tout; la Création ne sera plus, pour Adam et Eve, ce qu’elle était au sortir des mains de Dieu. Par un mystère que peut expliquer la royauté ou prééminence de l’homme, sa chute a troublé la nature entière. 11 semble que, tout ayant été fait pour lui, il était comme le pivot sur lequel reposait l’ordre dans le monde, et que, du moment qu’il troublait lui-même cet ordre, les êtres inférieurs s’en trouvaient affranchis. Le soleil se voilera derrière les vapeurs qui s’élèvent de la terre inondée par les pluies ; les orages surgiront, le froid se fera sentir; les éclairs et les tonnerres répandront la terreur; les animaux s’enfuiront dans la solitude et n’obéiront plus à l’homme; les fruits deviendront âpres et sauvages; la terre ne sourit plus à son maître et un travail ardu pourra seul l’améliorer. Nul ne pourra plus vivre sans soucis et sans efforts continuels, la mère enfantera dans la douleur; ses enfants lui seront l'occasion de mille angoisses et tortures ; l’homme mangera son pain à la sueur de son front ; s’il ne prend pas la peine de fouiller la terre par un travail ardu, elle ne lui produira que des ronces et des épines, et enfin la maladie et la mort, elles-mêmes, viendront à chaque instant détruire le peu de bonheur ou de paix que quelques-uns auront cru s’assurer.

Il est sans doute très difficile d’expliquer ce changement du monde matériel après le péché d’Adam. Et cependant, si l’on veut bien regarder jusqu’au fond des choses, on le comprend. En résumé, la matière n’est absolument rien par elle-même et pour elle-même ; elle ne vaut que par les services qu’elle rend à l’homme. Que serait la terre avec ses plantes et ses animaux, si elle n’était pas le séjour et le lieu de travail et de formation d’un être capable de bonheur et de malheur, de l’homme ?... Que seraient les corps célestes, s’ils n’éclairaient pas la terre?... Or l’homme étant la seule raison finale de la Création matérielle, on comprend facilement que cette Création se soit altérée en même temps que lui. Comment cela s’est-il fait? quels sont les rapports secrets qui existent entre la nature matérielle et l’âme de l’homme? Nous ne le savons pas, mais nous ne savons pas davantage comment l’état de notre âme influe sur notre corps, et cependant nous n’en doutons pas puisque chaque jour nous éprouvons cette influence. La gaieté donne de la force, la tristesse affaiblit et va jusqu’à rendre malade. Ceci étant, on peut bien admettre qu’il en soit de même dans la nature matérielle.

§ 93. Que les conséquences du péché d’Adam et d’Ève devaient se transmettre à toute la race humaine.

Sont-ce là toutes les conséquences de la faute originelle? Non, il en est unê autre qui semble la plus terrible et la plus incompréhensible de toutes.

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A peine peut-on la croire! Voici que les maux qui résultent de la faute d’Adam et d’Ève tomberont sur toute leur race. Désormais les hommes naîtront non seulement dépouillés des dons surnaturels qui faisaient de nos premiers parents des êtres presque divins, portés au bien, possédant toutes les clartés de l’intelligence et toutes les générosités du cœur, mais ils naîtront déjà blessés et gâtés, jusque dans leurs facultés naturelles , portés au mal, n’ayant du goût que pour les choses terrestres.

Eh quoi? dira-t-on, est-ce possible? Je n’ai pas demandé la vie, je n’étais pour rien dans une faute commise par mes ancêtres, il y a des milliers d’années ; et voici qu’en naissant je me trouve déjà chargé de cette faute et malheureux à cause d’elle. En vérité, c’est à ne pas croire à une telle horreur, à une telle injustice; tout se révolte en nous contre cette croyance.

Il ne faut pas se le dissimuler : rien ne semble plus juste que ces objections; et, lors même que presque tous les chrétiens confessent de bouche le péché originel, il en est très peu qui reconnaissent ses conséquences, qui se regardent sincèrement comme des êtres déchus et fils d’un père rejeté de Dieu, auxquels il ne reste qu’à implorer humblement pardon et miséricorde. Où sont-ils, en effet, ceux qui acceptent les peines et les douleurs de la vie comme une juste et salutaire punition de ce péché qu’ils n’ont pas commis? Aussi, la plupart des chrétiens considèrent-ils le péché originel comme une figure 4 un mythe, un symbole , mais non comme un fait

bien réel ; et cependant, si l’on n’admet pas sa transmission , la religion chrétienne tout entière reste inexplicable; ses cérémonies, ses sacrements, sa morale et son Évangile lui-même, deviennent des choses incompréhensibles , sans but , sans raison d’être, absurdes, disons le mot. Pourquoi tant d’expiations, de purifications, de sacrifices sanglants, de prières si nous ne sommes pas des coupables, par nous-mêmes ou par nos pères?

Rien n’est donc plus important que de nous convaincre de cette déchéance de l’humanité, de nous convaincre surtout de sa justice , non comme punition, car Dieu ne punit jamais dans le sens que nous donnons à ce mot, mais de sa justice dans le sens de conformité à ce qui doit et peut être, car cette déchéance est une conséquence nécessaire et inéluctable découlant de la nature des choses, conséquence que Dieu lui-même ne peut changer sans violer sa justice, ou plutôt sa droiture, sa rectitude, car la parole de Dieu est droite , nous dit l’Écriture, et la terre est pleine de sa miséricorde . Et cette miséricorde infinie ne peut être trouvée en défaut1.

§ 94. Que la transmission du péché originel découle de la

nature des choses, c’est-à-dire est selon la raison.

En effet, reportons-nous à ce que nous avons dit de la paternité, soit d’abord en Dieu, et ensuite

1. Ps. xxxii, 4-5. Quia est rectum Verbum Dei, et omnia opéra ejus in fide... Diligit misericordiam et judicium, misericordia Doinini plena est terra.

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chez l’homme, nous reconnaîtrons que tous nous devons nécessairement naître avec la tache et la déchéance imprimées dans la chair d’Adam et d’Eve, par leur faute.

En effet qu’ est-ce qu’un fils? C’est un être de même substance et de même nature que son père, c’est un prolongement de ce père. Un fils, quoique étant une personne distincte, n’est cependant pas un étranger pour son père; il ne forme pour ainsi dire avec lui qu’un seul être moral, et il hérite de son nom, de sa fortune, de sa réputation, de sa gloire ou de son déshonneur; c’est étrange, si on le veut, les conséquences en sont souvent désastreuses, mais vraiment si un fils n’était pas tout cela, alors la paternité ne serait rien... Elle ne serait qu’un moyen de peupler le monde, mais elle ne serait pas cette chose merveilleuse qui fait toute la grandeur de l’homme et qui l’aide à s’élever jusqu’à l’intelligence et à l’amour de Dieu : elle ne serait pas la source ou la cause de tant d’actes de vertu, de dévouement et de sacrifice.

Pourquoi me contraindrais-je si ma conduite mauvaise ne doit pas rejaillir sur mon enfant, si mon déshonneur ne retombe pas sur lui? Au reste, est-ce que l’expérience ne nous prouve pas que les fautes des pères retombent fatalement sur leurs enfants? Qu’y a-t-il de plus triste, en ce monde, que la vue de ces multitudes de pauvres petits êtres qui, par la faute de leur père et quelquefois de leur mère, apportent en entrant dans la vie les germes de tous les vices et des plus cruelles maladies, et même de

la mort? N’est-ce pas là un fait incontestable dont nous sommes centfois témoins et souventles victimes, qui sait, peut-être même la cause, la cause coupable ?

Or, s’il en est ainsi pour les infirmités, les défauts et les vices qui se voient, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les vices qui ne se voient pas? On ne comprend même pas comment il pourrait en être autrement. Est-ce que les infirmités morales ne sont pas aussi mauvaises ou honteuses que les infirmités physiques ; est-ce qu’elles n’impriment pas dans notre corps lui-même des stigmates qui se retrouvent forcément dans nos enfants? Il n’est pas jusqu’aux pensées, jusqu’aux chagrins ou tristesses du père ou de la mère qui ne se retrouvent chez ces pauvres petits êtres, et se manifestent même par l’état de leur santé... Ah! le pauvre petit est maladif ... dira souvent une mère. T ai eu tant de chagrins ou cle soucis pendant que je le portais!... Et notons que ce sont là des faits, des faits incontestables, tout aussi difficiles à expliquer que la transmission du péché originel, si nous ne voulons pas admettre qu’ils découlent des lois et des nécessités de la paternité.

Tout ceci bien établi et bien compris, il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les nouveau-nés apportent aussi, en entrant dans la vie, tous les maux résultant de la faute de leurs premiers ancêtres ; c’est que nous étions tous contenus en Adam, comme les fruits d’un arbre sont tous contenus dans sa graine, comme les enfants sont tous contenus dans le sang de leur père et de leur mère*

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§ 95. Que les contradictions du cœur humain prouvent la transmission du péché originel.

Si cette preuve rationnelle de la transmission du péché originel à tous les hommes ne nous suffit pas, il est encore deux autres preuves que nous pouvons toucher du doigt et voir de nos yeux. Ce sont d’abord les contradictions singulières que nous trouvons dans notre cœur. Nous appelons contradictions de notre cœur l’existence en nous de désirs et de sentiments tellement contraires les uns aux autres, qu’ils semblent ne pouvoir vraiment se rencontrer que chez un être révolutionné par quelque catastrophe, et qui certainement n’est pas tel qu’il a été créé, car le Créateur étant néces-

sairement un Etre infiniment parfait et tout-puissant, n’a pu créer que des êtres parfaits, chacun selon leur nature. C’est ainsi que lorsque, dans nos voyages, nous rencontrons un pays montagneux couvert de masses rocheuses, entassées sans ordre, formant des défilés étroits, barrant le passage aux eaux, rendant toute circulation impossible, nous en concluons forcément que ce pays aujourd’hui tranquille n’est pas tel qu’il a été créé, mais qu’il a été jadis bouleversé par des éruptions volcaniques.

De même on ne peut supposer qu’Adam et Eve furent créés avec ces énergiques penchants au mal que nous trouvons mélangés en nous avec un incontestable respect du bien, ni avec ces désirs insatiables et ces illusions qui nous entraînent si

facilement à des actes que notre cœur et notre intelligence condamnent, et que nous savons devoir nous rendre malheureux. Et encore, quoi de plus étrange que notre préoccupation si grande pour cette vie d’un jour, et notre indifférence presque complète pour ce temps illimité qui suivra l’instant de notre mort... de cette mort qui est toujours prête à nous saisir au moment où nous nous y attendons le moins, renversant en un instant tous nos projets, nous enlevant à ces biens, à ces affections, à ces maisons, à ces terres, à ces honneurs qui ttaient les seuls objets de nos soucis et de nos pensées?... Ces contradictions, inexplicables, si on n’admet pas une révolution dans la nature de l’homme, sont donc une preuve de la réalité de la chute originelle et de sa transmission à l’humanité tout entière.

§ 96. Que l’abaissement des femmes chez les peuples non chrétiens prouve la transmission du péché originel.

Mais il est une preuve du péché originel encore plus sensible que celle qui résulte de ces contradictions, c’est le singulier abaissement et l’abjection où ont été réduites les femmes par toute la terre, si ce n’est chez le peuple juif, et aujourd’hui chez les chrétiens. Quelle contradiction, quelle chose inexplicable ! l’homme est naturellement porté à aimer la femme; de plus, il est son tîls, il a été nourri de son lait, bercé sur ses genoux; il lui doit tout;

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plus tard, il en fait sa compagne : il entoure son mariage de fêtes et de cérémonies qui indiquent le respect et l’affection. Et malgré cela il la réduit à l’état le plus misérable, il la méprise, la considère, en beaucoup de pays, comme un être très inférieur, il va jusqu’à lui refuser toute intelligence, même une âme... Il lui enlève tous les droits, va jusqu’à la vendre, comme un animal de service, et enfin, passant toutes les bornes, il en réunit et forme des troupeaux dans ses palais, pour son amusement. A Rome, à Athènes, chez ces peuples d’un esprit cultivé, si la femme était parfois, il est vrai, respectée comme mère , elle n’était rien ou presque rien en tant que femme. De la puissance de mari, elle passait sous celle de son fils ; tout ce que la loi avait cru pouvoir faire c’était de la considérer comme un enfant, et il en est encore ainsi, de nos jours, à nos portes, dans tous les pays où le christianisme n’a pas changé le cœur de l’homme. Et chez les peuples conquis par nous, mais non convertis, on assiste à ce singulier spectacle de femmes chrétiennes marchant la tête levée, au bras de leur mari, tandis qu’à côté d’elles, d’autres femmes, leurs sœurs, sont considérées comme les dernières des créatures, plus maltraitées que les animaux, supportant tout le fardeau de la vie.

Pour qui veut réfléchir, il y a là un fait inexplicable, si l’on n’admet pas que l’homme, par sa dureté, se venge en quelque sorte des malheurs dans lesquels Eve l’a entraîné, et que la femme reconnaît sa faute, en acceptant humblement tant

d’humiliations et tant de souffrances. Enfin, un second fait encore plus étonnant et plus inexplicable que cet incroyable abaissement de nos mères, de nos sœurs, c’est que cet abaissement cesse dès que l’homme se fait chrétien, c’est-à-dire croit que le Verbe de Dieu est né d’une femme, de la Sainte Vierge Marie. Alors, tout est changé; les femmes chrétiennes sont entourées de tant de respect et d’égards qu’elles semblent, en vérité, avoir pris le pas sur l’homme.

Or, comment expliquer ce fait universel et incontestable, si ce n'est en admettant que les femmes, qui avaient hérité de la honte d’Ève, ont de même hérité de la gloire de la Vierge Marie, nouvelle Ève qui a sauvé le monde par son obéissance et son humilité, comme la première Ève l’avait perdu par son orgueil et sa présomption. Comment l’homme, en effet, pouvait-il en vouloir encore à la femme, puisque c’est une femme qui lui apporte le salut, puisqu’il adore un Dieu bercé sur les genoux d’une femme. Merveilleux mystère qui, en élevant à une telle dignité une fille d’Eve, réhabilitait en elle toutes les femmes ses sœurs, et rétablissait l’ordre dans la vie de l’homme, en rendant à sa compagne et à la mère de ses enfants la place d’honneur qu’elle doit naturellement occuper dans la famille.

L’abaissement irrémédiable des femmes, chez les peuples non chrétiens, et leur relèvement ou élévation chez les peuples chrétiens, est donc une preuve incontestable de la vérité de la transmission du péché originel. . . Et si l’on ne veut pas admettre cette

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preuve, alors il faut dire que cet abaissement et ce relèvement sont des faits sans cause, ce qui ne peut pas être, nous le savons, puisque tout dans le monde a une cause.

§ 97. Que la croyance universelle au péché originel est

une preuve de sa réalité.

La dernière preuve de la transmission héréditaire des conséquences de la chute de nos premiers parents est la crovance universelle dans cette trans-

mission. Il n’est pas une seule religion qui ne soit basée sur cette croyance; toutes ont conservé, à travers les siècles, des cérémonies qui rappellent la tentation d’Eve par le serpent; en Amérique, tout aussi bien qu’en Afrique et en Asie, on trouve des légendes ou même des sculptures ou des dessins constatant cette tentation. Les purifications par l’eau lustrale et le sang des victimes se trouvent dans toutes les cérémonies païennes ; or, pourquoi des purifications s’il n’y a pas un vice ou une faute? Les poètes grecs nous ont conservé, dans leurs œuvres immortelles, l’histoire même de la chute originelle ; histoire déformée, il est vrai, mais dans laquelle il est cependant impossible de ne pas reconnaître les traces profondes d’une vérité connue.

Eschyle nous montre le premier homme, qu’il appelle Prométhée, enchaîné sur un rocher, parce qu’il a voulu dérober le feu du Ciel. Un vautour dévore son foie et le malheureux n’attend sa délivrance que de la venue d’un libérateur, qui sera

plus qu’un homme. La main d’une femme, dit la légende de Pandore, souleva le couvercle du vase qui contenait les dons des cieux, et ne put conserver que l’espérance. Les druides, prêtres des anciens Gaulois, sortaient chaque vendredi revêtus de robes blanches, pour offrir un sacrifice sanglant dans les forêts sacrées et devant un chêne, signe ou symbole, on peut le penser, de l’arbre du Paradis et de celui de la Croix. « Les erreurs et calamités de la vie humaine, remarque Cicéron, ont fait dire aux anciens prêtres ou interprètes, chargés d’expliquer aux initiés les mystères divins, que nous n’étions nés dans un état de misère, que pour expier quelque grand crime, commis dans une vie supérieure; et il me paraît qu’ils ont vu quelque chose de la vérité à cet égard. »

Or ces témoignages, dont nous pourrions remplir un volume, sont incontestablement une preuve péremptoire de la réalité du péché originel, car il est impossible de supposer qu’un homme ait pu inventer une histoire aussi étrange, et en convaincre l’humanité tout entière. Admettre la possibilité d’un tel fait, ce serait admettre un mystère encore mille fois plus incompréhensible que le péché originel. Cependant nous donnerons encore ici une comparaison très simple ou apologue qui, mieux que toutes les explications, fera comprendre que ces conséquences terribles de la faute de nos premiers parents, découlent forcément de la nature des choses, et qu’elles ne sont pas contre la raison, comme on ne le pense que trop.

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§ 98. Apologue pour aider à comprendre le péché originel.

Pour nous faire une idée de ce qu’a été pour Adam et Ève le fruit défendu, et comprendre pourquoi les suites de leur désobéissance ont été si terribles, supposons un homme très riche, très bon et très généreux, vivant avec sa femme et un fils unique, dans un magnifique château, entouré de vastes terres, prairies et forêts... Un soir, ce bon père se trouvant seul avec sa femme et son fils, et causant tout doucement avec eux du bonheur dont ils jouissent tous trois, se prend à dire : « Qu’il est dommage de ne pas faire un peu profiter de ce bonheur quelques-uns de ces malheureux qui viennent chaque jour frapper à la porte du château! Nous leur donnons une aumône, dit ce digne homme, mais qu’est-ce que cela? Nous avons une si grande fortune que nous devrions essayer de prendre un orphelin que nous élèverions et doterions un jour... Voudrais-tu, Charles? (C’est le nom de son fils.) — Oh! quelle bonne idée, s’écrie le jeune homme, je serais vraiment tout heureux de pouvoir faire le bonheur d’un de ces pauvres enfants; j’en ferais mon frère, je lui apprendrais à se tenir comme un enfant bien élevé, je lui donnerais des leçons ; puis, quand il sera grand, nous lui donnerions une petite fortune pour qu’il puisse s’établir et se marier. — Et moi, reprend la mère, je me prêterai de tout mon cœur à une si bonne œuvre ; je l’aimerai beaucoup, ce pauvre petit, et j’espère que nous pourrions en faire un brave jeune homme. »

Dès le lendemain, le père, disons le général, si nous le voulons, descend avec son fds au village, il s’informe auprès du curé et choisit un jeune garçon d’une dizaine d’années, qui vient de perdre sa mère, veuve depuis peu, par suite d’un accident arrivé à son mari... 11 emmène tout de suite l’enfant au château, le présente à la générale qui l’embrasse, le fait approprier et revêtir de nouveaux habits par un domestique, et, pour la première fois, l’enfant s’assoit tout émerveillé à la table de sa nouvelle famille.

Cependant une réflexion vient au général et à sa femme: « C’est bien, se disent-ils, nous voulons élever cet enfant, le rendre capable d’être un jour, un jeune homme distingué, officier comme notre fils, mais tout cela ne peut se faire si cet enfant n’a pas un cœur généreux, s’il ne s’élève pas au-dessus des idées d’un simple berger ou valet de ferme ; de plus, pour qu’il se plaise avec nous et y soit heureux il faut qu’il nous aime, qu’il ait pour nous des sentiments de reconnaissance. Or, si nous l’élevons ainsi tout de suite à une position tellement supérieure à la sienne, si nous l’entourons de soins et d’affection, s’il se voit obéi et respecté par nos domestiques comme notre fils l’est lui-même, n’y a-t-il pas à craindre qu’il ne s’enorgueillisse, qu’il se croie dû ce qu’il ne tient que de notre générosité? C’est même là ce qui arrive assez ordinairement chez ces enfants pauvres; ils s’en croient et alors ils finissent par ne plus rien faire de bon et même par fort mal se conduire, etc. Comment pourrions-nous faire

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pour éviter ce danger à ce petit Jean ?Nous ne pouvons pas le laisser avec les domestiques, il s’y élèverait mal ; puis il faut qu’il fasse des études sérieuses, etc. » Ainsi causaient ces trois dignes personnes; alors lanière, femme sage et prudente, émit l’idée de ne pas tout prodiguer ainsi à cet enfant. « Il faut, dit-elle, il faut qu’il sente qu’il n’est pas tout à fait le maître dans notre maison; il faut qu’il se rappelle toujours qu’il tient tout ce qu’il a de notre pure bonté ; mais comment faire, pour qu’il ait sans cesse présente à l’esprit cette pensée de sa dépendance? C’est difficile ; on le lui dira bien, mais il l’oubliera, puis l’amour de l’indépendance se fait si vite jour dans le cœur des enfants! — Il y a un moyen bien simple, dit le père, défendons-lui quelque chose : par exemple d’entrer dans mon cabinet de travail, là où sont mes livres et mes papiers, et menaçons-le de le renvoyer s’il se permet d’y entrer... Ce n’est pas lui demander beaucoup, mais cette défense suffira pour lui rappeler sans cesse qu’il n’est pas le maître du château et que, par conséquent, s’il veut un jour en posséder une partie, il faut qu’il s’en rende digne par sa bonne conduite. — Nous pourrions encore, reprit le fils, lui demander défaire comme je le fais, de vous donner le bonjour chaque matin, de vous dire adieu le soir avant d’aller se coucher ; de ne pas sortir sans rien vous dire, comme le ferait un étranger. — Très bien, mon fils, répondit le père, je vois que tu veux que notre protégé se conduise comme toi, qui es si bon pour nous. »

Le général appelle donc le petitJean et lui annonce ce qui a été décidé avec sa femme et son fils. « Désormais, lui dit-il, tu vivras avec nous comme un enfant avec ses parents ; tu nous aimeras et tu nous le témoigneras en nous obéissant et nous saluant à ton lever, à ton coucher et chaque fois que tu sortiras ou que tu rentreras; de plus, tu t’appliqueras à travailler, car tu as bien à faire pour devenir capable d’entrer dans les grandes écoles et d’en sortir officier ou ingénieur; de plus, enfin, mon cher enfant, j'ai mes affaires particulières, comme tu le penses, je ne veux donc pas que tu entres dans mon cabinet de travail; vois-tu, cette chambre, là, à côté, où sont tous mes livres et papiers de famille. Ma femme seule et mon fils ont le droit d’y entrer parce que eux c’est moi-même ; tout ce qui est à moi est à eux; mais pour toi, tu dois le comprendre, il n’en est pas de même, au moins pour le moment ; plus tard, si tu travailles et nous aimes bien, je pourrai t’adopter et alors tu seras tout à fait comme mon propre fils.

Le petit Jean promit naturellement d’être très obéissant, de faire tout ce que voudrait le général, et il trouva que lui défendre l’entrée d’une seule chambre n’était rien, quand on lui permettait d’entrer dans toutes les autres du château, dans les beaux salons, lagrande salle à manger, le parc, etc., et il embrassa de bon cœur le général.

Pendant quelques jours, tout marcha bien. Jean, émerveillé d’un-e telle vie, trouvait tout pour le mieux et ne se lassait pas d’admirer et de penser qu’il

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n’avait jamais été si heureux. Mais quelques mois auparavant, le général avait clû renvoyer un de ses domestiques qui se conduisait très mal et même le volait; or ce méchant domestique, que nous nommerons Jacques, n’avait pas pu trouver de place et, dénué de tout, mourant de faim, il errait souvent autour du château, regrettant les années heureuses qu’il y avait passées, et lorsqu’il voyait les croisées éclairées, les domestiques allant et venant, il leur portait envie et son cœur se gonflait de jalousie.

Un jour, ayant pénétré dans le parc, il aperçut le petitJean qui jouait sous les arbres. «Tiens! dit-il, mais n’est-ce pas là le pauvre petit orphelin du village?... Comment se trouve-t-il ici? Je vais le lui demander, je lui ai assez souvent donné des restes et du pain. » Jacques s’approche donc; le petit Jean le reconnaît, va à lui. « Comment es-tu donc ici, petit, lui dit Jacques, et puis, où as-tu pris ces beaux habits? Tu ressembles à un monsieur. —Ah! c’est que voilà, répond l’enfant, le général m’a pris chez lui et je suis élevé comme son fils; je mange à sa table et je suis bien content, j’ai tout ce qu’il me faut. » La vue de la joie de cet enfant mord Jacques au cœur et lui rappelle que lui-même pourrait encore jouir du même bonheur, s’il l’avait voulu. « Ah ! vraiment, répond Jacques, tu dis que le général est bien bon pour toi ; il ne l’a pas été pour moi. Est-ce que tu couches aussi dans le château? — Mais oui, répond Jean, et encore que ma chambre est à côté de celle du fils du général. — Ah ! fais-la-moi donc voir, » dit Jacques.

Jean hésite un instant, car il avait un jour entendu le général se plaindre de son ancien domestique, et il lui semblait qu’il ne serait peut-être pas bien de le faire monter dans le château, mais Jacques insiste. « Eh bien, montons, dit l’enfant, tu verras comme ma chambre est jolie. » La vue de cette chambre irrite encore Jacques ; il pourrait en avoir une semblable, et, au lieu de cela, il faut qu’il erre par les rues. Le petit Jean continue à lui faire voir les beaux salons du château, et comme ils passaient devant la porte du cabinet du général, Jacques dit au petit : «Et là, est-ce que nous n’y entrons pas? — Oh ! non, répond Jean, le général m’a défendu de jamais entrer dans son cabinet. — Et pourquoi cela? reprend Jacques. — Ah! je ne sais pas, il m’a dit qu’il me chasserait, si j’y entrais... — Oh ! que non, s’écrie Jacques ; c’est pour te faire peur que le général a dit cela... Puis, vois-tu, entre nous, le général n’est pas si bon qu’il en a l’air; ainsi, quand j’étais chez lui, il regardait à notre nourriture... nous payait le moins possible... » En entendant cet homme parler ainsi, le petit Jean aurait dû le faire taire , et le reconduire jusque dehors... Mais non, il l’écoute et il se demande si par hasard ce que Jacques dit du général serait vrai... Jacques s’aperçoit de cette hésitation ; son audace s’en augmente, « Yois-tu, Jean, continue-t-il, moi j’ai une idée. Si le général t’a défendu d’entrer dans son cabinet, c’est qu’il a quelque raison pour cela. Qui sait, par exemple, si en fouillant les papiers qui sont sur le bureau tu n’en

LA CHUTE ORIGINELLE

trouverais pas un qui t'apprendrait que tu es parent du général et qu’il te doit une partie de sa fortune? » Cette pensée frappe Jean ; il aimerait bien ne plus être obligé d’avoir tant de reconnaissance pour le général; c’est si ennuyeux de toujours remercier de toujours obéir; combien il serait plus agréable de se sentir maître et chez soi... Jacques insiste pour entrer dans le cabinet. Jean cède. A peine y est-il, qu’arrive le général qui a entendu toute la conversation. « Eli! quoi, petit malheureux! s’écrie le général, en prenant Jean par le bras, eh ! quoi, je t’ai tiré de la plus extrême misère; tu n’avais pas seulement de souliers aux pieds; je t’ai comblé de tous les soins; je t’ai traité comme un fils; je t’ai même promis une partie de ma fortune, et toi, tu as pensé à me chasser de ce château, à te mettre à ma place!... Tu écoutes ce mauvais sujet de Jacques, au lieu de m’écouter, moi, ton ami, ton père... Va! sors d’ici, que je ne te revoie jamais !... Et toi, misérable Jacques, que je ne te revoie plus autour du château, ou je te fais prendre par la police ; tu sais que tu m’as volé ! »

Jean, tout en pleurs, s’en allait tristement; mais la femme du général arrive, elle tâche de calmer un peu son mari ; le fils, attiré par le bruit, intercède aussi pour le petit Jean. « Il faut avoir pitié, père, dit-il, le pauvre enfant s’est laissé tromper par ce vieux mauvais sujet de Jacques; pardonnez-lui et vous verrez que cette leçon lui servira... Puis, voyez-vous, je l’aime, ce cher petit, et je ne pourrais plus vivre sans lui. »

Le général, ému de la bonté de sa femme et de son fils, consent à pardonner. « Mais à une condition , dit-il, c’est que nous ne serons plus aussi bons avec cet enfant : il ne prendra plus que le repas du soir avec nous ; le matin il mangera seul à la cuisine ; déplus, il travaillera davantage; on ne le laissera plus autant s’amuser, il sera puni sévèrement lorsqu’il n’aura pas fait ses devoirs et nous nous garderons bien de le traiter avec familiarité, comme nous le faisions ; c’est ce qui l’a perdu,... etc. — Et moi, si vous me le permettez, ô mon père, dit le fils, je. ferai mieux; je mangerai le matin avec Jean, je travaillerai et je prendrai des leçons avec lui... Je lui tiendrai compagnie, je partagerai ses jeux et j’espère qu’ainsi j’arriverai à en faire un bon jeune homme, que vous aimerez un jour comme vous m’aimez. »

Le père accepte ce sacrifice de son fds, il consent

à se priver ainsi souvent de lui ; le petit Jean, tout

confus, se soumet humblement aux nouvelles con-

ditions du général, il remercie le fils et lui promet de lui obéir en tout, et de ne plus écouter jamais ce malheureux Jacques, si par hasard il revenait.

Cet apologue est si clair qu’il n’a pas besoin d’explication : il semble parfaitement établir la nécessité du fruit défendu, et pourquoi Ève et Adam ont si facilement écouté le mauvais esprit, et les raisons pour lesquelles Dieu a dû rendre la vie plus dure à l’homme. 11 explique même l’Incarnation du Verbe.

Il fallait nous arrêter aussi longtemps sur ce

LA CHUTE ORIGINELLE

grand fait de la transmission des conséquences de la faute de nos premiers parents, car si on ne l’admet pas pleinement, l’on ne peut rien comprendre à la religion, et toutes ses cérémonies et sacrements restent lettre close pour nous, comme nous l’avons dit plus haut. Ce point fondamental bien établi, reprenons notre récit.

LA RÉDEMPTION

99. Que l’abandon d’Adam et d’Ève à leur sort eût été la ruine de l’humanité.

Que va-t-il se passer? La grande œuvre de la création sera-t-elle perdue? Dieu, renonçant à ramener Adam et Eve au bien, les abandonnera-t-il à leurs désirs et à leurs passions? Les laissera-t-il chercher leur bonheur dans les affections naturelles, dans l’amour d’eux-mêmes, dans le sentiment de leur propre perfection, ou encore dans la jouissance des choses matérielles, dans les arts, dans les sciences, dans ces inventions, développements ou progrès que nous appelons la civilisation, le bien-être... etc.? 11 semble en vérité que c’est là ce que Dieu aurait dû faire. Puisque l’homme ne voulait pas du bonheur infini, pourquoi le lui offrir et pourquoi l’exposer ainsi à des luttes où il en est tant qui trouveront leur perte ?

Ah ! il est bien certain, que si les choses de la terre pouvaient donner le repos et le bonheur à l’homme, Dieu aurait pu en effet laisser Adam et Êve dans l’état inférieur où ils s’étaient mis volontairement en mangeant le fruit défendu; mais, par malheur, il n’en est point ainsi. L’homme est d’une nature tellement supérieure que rien de terrestre

LA REDEMPTION

ne peut le contenter. L’animal trouve le repos et le rassasiement dans la satisfaction de ses besoins matériels, mais l’homme ne le peut pas; s’il trouve parfois une espèce de joie ou plutôt de distraction dans la matière; s’il apprécie l’harmonie des sons, le bel arrangement des pensées, la beauté des formes, il est certain qu’il n’a jamais trouvé le moindre bonheur durable dans ces choses. Charmé un instant, il ne tarde même pas à en être fatigué... Et quand il arrive par hasard à posséder tout ce qu’il est possible de posséder sur la terre, le plus souvent il éprouve un ennui inexplicable , une espèce de lassitude et d’insensibilité qui lui fait prendre la vie en dégoût; trop heureux même si, avant de tomber dans ce triste état, il n’a pas demandé aux créatures plus qu’elles ne peuvent donner et ne s’est pas plongé dans les plus affreux désordres en foulant aux pieds toute morale et toute convenance, pour satisfaire des passions insatiables.

Erreur ! dira-t-on, l’homme généralement n’en arrive pas à ces excès ; le plus grand nombre vit paisiblement, se conduit sagement dans le monde, par le seul sentiment du devoir et sans aucune pensée du bonheur éternel... Nous le savons, cette opinion est aujourd’hui très répandue et cependant elle est en contradiction complète avec les faits. Qu’il y ait quelques hommes qui, doués d’un tempérament paisible, de certaines habitudes de modération et qui, de plus, comblés des biens de ce monde, de la fortune, de la santé, d’une belle famille, puissent vivre sans tomber dans le désordre, c’est pos-

sible ; il faut même reconnaître qu’il en est un certain nombre ; seulement, ce qu’il faut aussi reconnaître, c’est que ces hommes qui prétendent pouvoir se passer de la religion, ont en résumé des mœurs chrétiennes, qu’ils ont été formés par des mères chrétiennes, sont entourés de chrétiens et pensent même pour la plupart, beaucoup plus qu’on ne le croit, à la vie future et aux notions religieuses qu’ils ont acquises dans leur enfance.

Mais si nous prenons la masse de l’humanité, si nous pensons à l’esclavage ancien et moderne, à ce que l’homme avait fait et à ce qu’il fait encore de l’enfant et de la femme sur une grande partie du globe terrestre ; si nous pensons aux horreurs que nous révèle l’histoire, aux mœurs qui s’introduisent périodiquement dans nos pays chrétiens, aux siècles de prospérité matérielle , nous reconnaîtrons qu’abandonné à lui-même l’homme va au mal et peu à peu au pire; et nous pouvons répéter ici le mot du vieil Horace, que nous [citions plus haut : Gens humana ruit per vetitum nef as : La race humaine se rue à travers tous les crimes. Et les grands coupables dont l’histoire nous a conservé le nom, Sardanapale, Sylla, Néron, Messaline et tant d’autres (que nous ne nommons pas, parce qu’ils sont trop rapprochés de nous), bien loin d’être des exceptions ne sont au contraire que des types effrayants de l’état auquel peut arriver l’homme dépourvu de la crainte de Dieu et dédaignant toute pratique religieuse, lorsqu’il unit une âme énergique à un corps puissant. Rien de créé ne le rassasie. Ses passions

LA RÉDEMPTION

lui crient sans cesse : Apporte , apporte ! A /fer , afferl Et plus il leur accorde, plus leurs désirs s’enflamment... De là, des abominations et des cruautés sans nom. Et ne disons pas que c’est de l’histoire ancienne. De nos jours, dans le secret delà vie privée, combien n’est-il pas de malheureux qui descendent tous les degrés du vice et du désordre, parfois du crime et finissent par n’avoir plus de l’homme que le nom?... Et si ce mal pouvait se répandre sans obstacle, comme autrefois dans les sociétés païennes, on verrait disparaître notre civilisation comme ont disparu successivement toutes les civilisations antiques.

§ 100. Qu’il fallait surtout ramener le cœur d’Adam et d’Ève, et que l’Incarnation du Verbe était un admirable moyen.

Abandonner Adam et Eve à eux-mêmes, et ne pas chercher à rétablir en eux cette vie supérieure, qui seule peut maintenir l’homme dans le bien et l’amener au bonheur éternel, c’était donc condamner l’humanité tout entière au mal, au malheur, et bientôt à sa ruine totale. Mais comment ramener ces dévoyés ; comment toucher ces cœurs que n’a touché ni le bienfait de la création ni le don gratuit de tant de grâces surnaturelles, ni même les avances que Dieu leur a faites après leur faute?

Nous l’avons vu plus haut; dès l’instant de la Création, Dieu connaissait la chute, mais il avait son dessein, et sa bonté ne devait reculer devant aucun sacrifice, devant aucun abaissement.

En effet, la Création et la promesse d’un bonheur infini n’ont pas touché le cœur de l’homme ; il est resté indifférent devant tant de générosité. Pourquoi serait-ce? C’est qu’Adam et Eve se sont peutêtre dit, comme certains pauvres qui reçoivent d’un riche une modique aumône : « Après tout, la Création n’a rien coûté à Dieu; n’est-il pas Tout-Puissant? Pourquoi, par conséquent, lui avoir tant de reconnaissance? On doit certainement de la reconnaissance à celui qui se prive ou se dévoue pour nous ; mais que devons-nous à Dieu? Une parole lui a suffi pour nous créer, son bonheur n’a été troublé en rien. »

Si Dieu voulait toucher le cœur d’Adam et d’Eve, il fallait donc qu’il fit une œuvre qui lui coûtât beaucoup, et c’est là ce qui se réalisera par l’Incarnation. Le Sauveur, tout à la fois vrai Dieu et vrai homme souffrira dans sa personne divine, tout ce que l’homme peut souffrir; Lui, le Créateur, souffrira comme une créature. Tout en ne cessant pas d’être Dieu, et Roi du monde, 11 sera soumis à toutes les misères et à toutes les faiblesses inhérentes à la nature humaine ; Maître absolu de tout, Il obéira et obéira jusqu’à se laisser torturer et mettre à mort, par ses propres enfants! Quel cœur pourra résister à de telles preuves d’affection?

LA RÉDEMPTION

§ 101 . Que l'Incarnation prouve à l’homme qu’il est le

fils de Dieu et lui donne l’exemple de ce que doit être

sa vie sur la terre.

L’une des causes principales de la chute d’Adam et de l’indi fférence de ses descendants, est qu’ils ne veulent pas se croire les enfants de Dieu et se conduisent comme s’ils n’avaient pas à se préparer à la vie divine ; mais voici que le Fils de Dieu se fait le Fils de P homme ; dès lors, l’homme croira facilement qu’il peut être élevé jusqu’à Dieu, puisqu’il voit Dieu revêtir la nature humaine et partager son pain ; c’est ainsi, par exemple, que je ne m’étonnerais plus de pouvoir entrer dans le palais du roi et de m’asseoir à sa tahlc, si je le vois venir, lui-même, dans ma maison et partager mon pain, ou encore, s’il épouse ma sœur ou l’une de mes proches parentes.

Adam et Eve et leurs descendants croient qu’il est trop difficile, sinon impossible, d’observer les préceptes de la loi divine; que c’est trop demander à l’homme que de lui demander de résister à ses passions. Le Verbe de Dieu vivra donc, lui-même, sur la terre, toute une vie d’homme ; il en supportera les peines, se soumettra à toutes les tentations, obéira à la loi de Dieu jusqu’à en mourir; il montrera donc ainsi ce que peut la nature humaine, lorsque nous le voulons sérieusement, et lorsque, nous défiant de nos propres forces, nous savons recourir à Dieu par la prière.

§ 102. Que le Verbe incarné offre un Dieu visible à l’adoration des hommes.

L’homme n’étant pas un esprit pur, et aimant naturellement à voir et toucher de ses mains les êtres avec lesquels il est en rapport, il lui était peutêtre difficile de conserver la pensée continuelle de Dieu invisible, de Dieu dont nous ne pouvons nous faire aucune idée sensible, puisqu’il n’a ni forme ni figure et ne peut tomber sous aucun de nos sens. Dieu nous apparaîtra sous la forme humaine ; ses contemporains pourront le voir de leurs yeux, l’entendre de leurs oreilles et le toucher de leurs mains ; ils constateront eux-mêmes qu’il est bien un homme véritable, un homme souffrant, car ils le verront répandre son sang et mourir ; et, d’un autre côté, en voyant ses œuvres, ses miracles, sa résurrection, ils seront forcés de reconnaître qu’il est Dieu.

Et son nom sera inscrit dans l’histoire, et II y occupera une telle place, qu’il sera impossible de nier son existence et sa divinité, sans renier en même temps la raison, la certitude, tout ce qui est l’homme intelligent, c’est-à-dire l’homme qui ne se contente pas de croire ce qu’il voit mais qui sait remonter des effets aux causes. Or, en voyant qu’il ne se fait rien de bien et de beau dans le monde qu’au nom et sous l’empire de ce Jésus-Christ, comment ne pas croire en sa parole, et s’obstiner à penser que celui-là n’est qu’un homme qui a interrompu, par sa naissance, le compte de nos

LA RÉDEMPTION

années terrestres, a imposé son nom à des milliers de milliers d’hommes qui ne vivent que de Lui, et qui n’ont pas hésité à lui donner leur sang, toutes les fois que le monde le leur a demandé, en témoignage de leur Foi.

§ 103. Que Dieu, fait homme, inventera le Sacrement de .l’Eucharistie, afin de pouvoir toujours rester au milieu des hommes.

Il y a encore autre chose : si Dieu pouvait apparaître, à un moment de l’histoire du monde, Il ne pouvait y apparaître que durant le temps de la vie ordinaire d’un homme ; s’il fallait qu’il naquît, et naquît d’une tille des hommes pour montrer qu’il était vraiment homme et avait un véritable corps humain, il fallait aussi qu'il mourût... Dès lors, ses contemporains et ses compatriotes seuls auraient pu jouir de sa vue; mais comment un homme peut-il perpétuer sa vie après lui et être présent à la fois dans tous les lieux et dans tous les temps? Si c’était un rêve possible à réaliser, ce serait certainement le rêve de tous ceux qui aiment. Quelle est la mère qui ne voudrait pouvoir être présente auprès de chacun de ses enfants disséminés en divers pays, par les circonstances de la vie?... Ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu. La veille de sa mort, le Sauveur du monde donnera donc à ses disciples, c’est-à-dire aux hommes qu’il chargera de continuer sa mission sur la terre, la puissance et le droit de changer le pain et le vin en son corps et en son

sang; miracle, sans doute! mais tout n’est-il pas miracle dans la vie? Ne sommes-nous pas, nousmêmes, contenus tout entiers dans le lait que nous avons reçu de notre mère, et qui, en une année, a fait de nous, pauvres petits agnelets, des garçons ayant déjà des dents, et se tenant sur leurs jambes? Ne sommes-nous pas également contenus tout entiers dans le pain et dans le vin qui nous rendent si vite les forces perdues, par le travail ou la marche1?

Désormais, Dieu habitera visible partout où l’homme portera ses pas et lui élèvera une demeure, basilique, chapelle ou cabane, et y appellera un prêtre , c’est-à-dire un homme auquel aura été transmis le pouvoir donné par Jésus-Christ à ses apôtres, en la même forme que se transmettent mille autres pouvoirs parmi les hommes.

i. Pour qui veut raisonner, rien de plus naturel que la présence réelle de Jésus-Christ, sous la forme du pain... Le mot naturel , entendu en ce sens que ce n’est pas là une chose contre nature , une chose impossible, mais, au contraire, une chose qui trouve mille similitudes dans la nature elle-même. En effet, n’assistonsnous pas, dans la vie, à une continuelle transsubstantiation des choses. La mère transsubstantie, c’est-à-dire change tout son être en lait, puis l’enfant transsubstantie ce lait en lui-même. Nous transsubslantions, sans cesse, en notre propre corps, les divers aliments qui servent à notre nourriture. La transsubstantiation du pain et du vin au corps et au sang de N. -S. Jésus-Christ, n’est donc pas une chose si extraordinaire qu’elle en soit impossible, comme le pensent beaucoup; c’est, au contraire, une chose très humaine, quoiqu’elle réclame la puissance divine, comme la réclame au reste toute chose. «Dieu, nous dit S. Thomas, agit plus particulièrement en chaque chose que toule autre cause ».

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§ 104. Que le Verbe incarné élève l’homme jusqu’à Dieu en se donnant en nourriture à lui.

Enfin, ce qu’il fallait surtout, c’était transformer l’homme, c’était réparer le désordre apporté dans tout son être par le péché d’Adam ; il fallait guérir son âme et son corps, et y déposer comme un principe de résurrection et de vie divine. Le Verbe de Dieu ne se contentera donc pas de résider parmi nous, il voudra encore nous servir de nourriture, et nous changer en Lui-même, en substituant son corps

à notre corps, son âme à notre âme. Etonnons-nous, sans doute, mais admirons en même temps!... Dieu se donnant en nourriture à l’homme, c’est certainement tout ce qu’il peut y avoir de plus merveilleux; c’est même une chose si merveilleuse qu’elle semble impossible, et cependant, si nous songeons que Dieu est père et mère, ce don de Lui-même ne nous étonne plus, et nous l’entendrons en effet, nous dire : « Eh! quoi, les mères ont le privilège de nourrir leurs enfants de leur propre substance et mai je ne l’aurais pas, moi qui ai fait le cœur des mères?... » Et au moment d’établir ce grand Sacrement, le Verbe de Dieu s’écriera : « Ah! j' ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous. »

§ 105. Que le Sauveur ne devait pas venir sur la terre immédiatement après la chute de l’homme.

Telles sont les grandes choses qui devaient naturellement découler de flncarnation du Verbe.

A quelle époque s’opérera cette Incarnation? Sera-ce tout de suite? Non, c’était impossible et pour plusieurs raisons qu’il est important de connaître. Car quel est celui qui ne s’est pas demandé pourquoi Dieu avait laissé le monde livré à lui-même, et privé de la grâce de la Rédemption pendant quatre mille ans?

La première raison du retard de l’Incarnation est une raison matérielle. En effet, si Jésus-Christ était venu sur la terre dès le commencement, Adam et Ève seuls l’auraient connu; dès lors, le souvenir et la connaissance de ce mystère n’auraient pu que bien difficilement arriver jusqu’à nous et se conserver jusqu’à la fin du monde. De plus, il fallait que le monde fût assez peuplé pour que Jésus-Christ pût y trouver une société organisée, au milieu de laquelle il pût exercer toutes les vertus dont il venait donner l’exemple et enfin souffrir et mourir injustement condamné, ce qui n’aurait pu avoir lieu au commencement du monde.

§ 106. Qu’il fallait que les hommes connussent leur faiblesse et désirassent un Sauveur.

Il fallait aussi que les hommes connussent le besoin qu’ils avaient d’un Sauveur ; or, ils ne pouvaient arriver à cette connaissance qu’en expérimentant, par eux-mêmes, dans quels désordres ils se plongeaient lorsqu’ils étaient abandonnés à leurs propres forces. Et, comme nous le verrons, Dieu employa même, pour les ramener au bien, divers

LA RÉDEMPTION

moyens qu’il savait cependant d’avance ne devoir pas réussir, comme par exemple le déluge, mais c’était pour convaincre encore davantage l’humanité delà nécessité de l’Incarnation, en lui montrant que nul autre moyen n’avait pu la sauver, de sorte qu’il arriva même un moment où la terre était si malheureuse que les cœurs non tout à fait corrompus en gémissaient et désiraient ardemment la venue de ce Sauveur, dont certaines traditions maintenaient obscurément la pensée à travers le monde.

Troisièmement, il fallait que les âmes fussent préparées à la venue d’un Sauveur, par une longue suite d’événements et d’avertissements, car si Jésus- Christ, naissant dans une pauvre étable, n’avait pas été annoncé d’avance, personne n’aurait rien compris aux mystères d’humilité de sa vie et de sa mort, et II n’aurait pas pu prouver sa divinité par l’accomplissement des prophéties comme II le fit si souvent, car il ne faut pas oublier que Jésus-Christ devait être un homme réel, abandonné à toutes les nécessités de la nature humaine et condamné , pour réussir, à employer les moyens humains ; or l’annonce de sa venue, à travers une longue suite de siècles, était un de ces moyens \

§ 107. Qu’il fallait attendre qu’il y eût enfin sur la terre une femme digne d’être la Mère de Dieu.

Quatrièmement, enfin, il fallait qu’il se trouvât sur la terre une femme assez parfaite pour mériter

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