S. Thomas d'A. T, II, q. xcvm, a. G; III, q. I, V, VI
d’être la Mère de Dieu; magnifique, mais terrible mission, qui demandait des vertus presque divines, une humilité sans limites et un amour infini de Dieu et du prochain. Dieu, sans doute, se préparait à combler de grâces lame de sa mère; mais, comme l’a dit plusieurs fois la Sainte Vierge elle-même à de saintes âmes qui désiraient marcher sur ses traces, si elle a été comblée de grâces, c’est qu’elle s’en est rendue digne. « Je n’en ai pas reçu une seule, disaitelle à sainte Élisabeth, sans beaucoup de peine, sans une prière continuelle, un ardent désir, une profonde dévotion, beaucoup de larmes et d’épreuves, et sois certaine qu’aucune grâce ne descend dans l ame que par l’oraison et la mortification du corps... » C’est pour cela que la Sainte Vierge sera, plus tard, appelée la Reine des Vertus, c’est-à-dire la femme bénie qui a le plus renoncé à elle-même et à tout, pour l’amour de Dieu et du prochain. Il ne faut donc pas s’étonner si le monde a dû attendre quatre mille ans avant qu’il se soit trouvé une jeune fille digne de ce nom, de Reine des Vertus, et de celui de Mère de Dieu.
Mais il y a plus : pour que la future et glorieuse Mère du Sauveur pût éprouver cette immense pitié qui lui fit appeler de tous ses vœux le Sauveur et lui donna le courage d’offrir son Fils pour le salut du monde, il fallait qu’elle connût et fût témoin de la corruption qui couvrait la terre et des malheurs épouvantables qu’elle entraînait à sa suite ; or, pour que cette corruption se manifestât, il fallait que les peuples se fussent établis et que l’histoire eût eu
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le temps cle se développer. Il fallait encore qu’il y eût des prophètes annonçant un Sauveur, et pouvant ainsi faire naître dans les âmes le désir de voir ce Sauveur et les exciter à hâter sa venue par la prière, comme il est dit dans Daniel, et ce fut précisément là un des buts de l’Écriture Sainte; or, la composition d’un tel livre ne peut être que l’œuvre des siècles.
§ 108. Que Dieu dut faire connaître â Adam et à Eve le
mystère de la Rédemption.
D’après toutes ces considérations, il est donc évD dent que le Sauveur du monde ne pouvait venir sur la terre dès le commencement, et que Dieu dut se contenter d’annoncer le grand mystère de la Rédemption à Adam et à Eve, afin qu’ils pussent profiter, par anticipation, des exemples et des grâces qui en découlaient.
L’Ecriture Sainte ne nous donne que quelques mots à ce sujet, mais les premiers chapitres de la Genèse ne sont qu’un récit très abrégé de la Création. On y sent très bien que Moïse, avant d’écrire ce qui se passait sous ses yeux, a seulement voulu rappeler brièvement des choses, qui se conservaient en détail dans d’autres livres, ou que tout le monde savait, car peu de générations séparaient Moïse du commencement du monde, puisque Noé, qui vécut trois cents ans après le déluge, avait pu voir les enfants d’Adam.
Mais il est encore une raison qui montre qu’Adam
eut la connaissance parfaite de l’Incarnation, et de tous les mystères de la vie et de la mort du Sauveur. C’est que la promesse d’un Sauveur se trouve chez tous les peuples, comme en font foi les livres, les monuments, les cérémonies des païens, même des sauvages. De plus, l’Écriture Sainte entre dans les plus grands détails sur la vie, la passion et la mort de ce Sauveur, à tel point que David, Isaïe, Jérémie et bien d’autres prophètes écrivent, dans certains passages, comme s’ils voyaient les mystères de la Rédemption se développer sous leurs yeux1.
Or, David, Isaïe et les autres écrivains sacrés ne pouvaient inventer ces détails sur la vie et la mort du Sauveur : on n’invente pas ainsi, on ne devine pas si juste ; or s’ils ne les ont pas inventés, ils n’ont pu les puiser qu’à deux sources : soit dans les récits que conservait la mémoire de leurs contemporains, soit dans une révélation surnaturelle faite directement à eux.
Si c’est dans les récits ou les livres, Dieu a donc parlé à Adam, car c’est évidemment le premier homme qui a dû être le dépositaire de toutes les vérités essentielles et les transmettre à ses enfants, comme nous l’avons prouvé plus haut. Si c’est dans une révélation surnaturelle, alors il faut admettre que Dieu se communique à l’homme, et l’on ne voit pas dès lors pourquoi il ne se serait pas d’abord communiqué au premier père du genre humain , sauf, comme il l’a fait, à renouveler de temps en temps
i. Ps. xxi. Isaïe, l, li, lii. JérémiefLam., i, etc...
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le souvenir de cette révélation, selon la parole de saint Paul dans son Épître aux Hébreux.
Nous devons donc croire que Dieu fit connaître, avec le plus grand détail, à nos premiers parents, l’Incarnation du Verbe, sa vie, ses souffrances, sa mort douloureuse ; en un mot, tous les mystères d’amour de la Rédemption, et qu’à l’annonce de tant de merveilles de bonté et de miséricorde, nos premiers parents, consolés et ravis, comprirent enfin toute la grandeur de leur faute, remercièrent Dieu du fond du cœur et se préparèrent à embrasser avec courage la vie de travail et de douleurs qui, désormais, devait être la leur et celle de tous leurs descendants.
§ 109. Que Dieu confirma et compléta les règles de conduite d’abord données à Adam.
Dieu fît encore autre chose; il confirma les règles de conduite qu’il avait données à Adam et en ajouta même d’autres plus en rapport avec son nouvel état moral, et avec les difficultés que les passions et le conflit des intérêts allaient susciter à travers les multitudes qui couvriraient bientôt la terre.
Il confirma d’abord le commandement de l’adoration et de la prière, destinées à rappeler sans cesse à l’homme sa filiation divine et ses destinées éternelles, mais, de plus, afin de lui rappeler aussi sa chute et la punition qu’elle avait méritée et qu’accomplirait Lui-même un jour le Verbe incarné, il établit que, désormais, il lui serait offert en sacrifice
non plus seulement des fleurs et des fruits, mais des sacrifices sanglants, des animaux qu’on égorgerait devant lui avec certains rites signifiant le but de leur immolation.
Celui qui offrira le sacrifice tiendra la main sur la tête delà victime, pendant qu’on l’égorgera et il en mangera une partie, afin de signifier qu’il ne fait qu’un avec cette victime et que c’est lui, homme coupable qui devrait souffrir et mourir, et non cet animal innocent; ensuite, on aspergera les assistants avec le sang, on bridera une partie de la victime pour signifier le domaine absolu de Dieu sur toutes choses, rappeler qu’il a le droit de tout demander, puisque nous tenons de Lui tout ce que nous avons, et qu’il peut tout anéantir d’un mot, comme il a également tout créé d’un mot.
Il est encore ordonné de conserver perpétuellement allumé un feu sacré, qui sera le signe ou emblème du feu de l’amour de Dieu et de la lumière intellectuelle qui découlent de Lui, et l’on verra les peuples les plus éloignés du culte du vrai Dieu, faire garder ce feu par des Vestales ou vierges consacrées.
§ 110. Que les sacrifices sanglants furent imposés par Dieu, pour rappeler le futur Sacrifice du Sauveur.
Enfin, les sacrifices sanglants avaient encore un but plus élevé, que celui de rappeler aux hommes leur dépendance de Dieu, la nécessité d’expier leurs fautes et de penser à la mort, ils avaient avant tout pour but de rappeler sans cesse le futur sacrifice du
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Sauveur du monde, le sacrifice de la Croix; c’était même leur but principal, car la croyance à l’Incarnation du Verbe, à sa vie et à sa mort très douloureuse, pouvait seule arracher l’homme à son égoïsme et à son amour des choses de la terre ; il fallait donc quelque chose qui empêchât l’humanité de l'oublier et il n’était certes rien de plus puissant que ces cérémonies solennelles et lugubres où le sang coulait à flots au milieu des invocations, des chants et du bruit des instruments...
Qu’on se représente un sacrifice dans un de ces immenses temples, dont les ruines nous étonnent... Les colonnes reflètent la lueur des flambeaux et des foyers ardents. Des théories ou chœurs de jeunes gens et de jeunes filles vêtues de blancs chantent les hymnes sacrées... Les prêtres arrivent avec leurs longs vêtements symboliques ; la fumée de l’encens s’élève en spirales des cassolettes ou des encensoirs ; les sacrificateurs conduisent avec peine les bœufs, les taureaux, les blanches génisses ornées de bandelettes, les mugissements de ces animaux effrayés de de tant d’appareil font retentir les voûtes. Derrière les victimes, les serviteurs portent les vases d’or et d’argent destinés à recevoir leur sang. Le sacrifice commence, le coup de la mort est donné à ces nombreux animaux, on les dépèce, leurs entrailles sont dévorées par la flamme, leurs viandes distribuées, en partie, aux assistants, selon les rites sacrés et l’intention du sacrifice.
On le comprend, un tel spectacle devait enlever les âmes aux préoccupations matérielles, les faire vivre,
au moins pour quelques instants, d’une existence n’ayant rien de ce monde, et leur faire penser à ce monde invisible, mais réel, dans lequel nous entrerons tous un jour, après une mort non moins cruelle que ces sacrifices eux-mêmes...
Mais ce qu’il y a de plus remarquable et de plus terrible en même temps dans les sacrifices, et ce qui prouve peut-être le mieux la haute signification que les peuples y attachaient, c’est que beaucoup ne tardèrent pas à substituer des victimes humaines aux animaux domestiques ; etdansles grandes occasions, dans les malheurs publics, on immolait non plus seulement des esclaves, des prisonniers de guerre, mais des jeunes gens ou des jeunes filles choisis entre les plus nobles, jusque parmi les enfants des rois. Il semblait que la divinité ne pouvait être apaisée que par une victime sans tache et précieuse... Et ces sacrifices étaient accompagnés de prières qui rappelaient en tout le futur sacrifice du Fils de Dieu. Chaque vendredi, les druides se rendaient dans leurs forêts sacrées, ils y offraient des victimes humaines, et, par un singulier contraste, des jeunes filles nommées druidesses assistaient à ces sacrifices.
César, au livre Y de ses Commentâmes , nous parle des terribles sacrifices humains qu’offraient nos ancêtres. A certains jours, ils brûlaient vifs des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants entassés dans des espèces d’énormes statues construites en bois et en fer.
Les tragiques grecs nous ont également conservé l’histoire de ces sacrifices incompréhensibles.
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La croyance qu’il fallait du sang pour racheter l’homme était tellement répandue, qu’à certains jours le prêtre, vêtu de ses ornements sacrés, se plaçait sous un autel particulier, recevait sur lui tout le sang d’un taureau égorgé sur cette espèce d’autel, dont quelques restes se voient encore dans nos musées. Ainsi couvert de cette pluie de sang, il se montrait au peuple qui l’acclamait et le regardait comme sanctifié ; parfois de simples particuliers demandaient à participer à cette épouvantable cérémonie, afin de se purifier de leurs fautes... C’était ce qu’on appelait sc tauroboliser...
On ne peut rien imaginer de plus affreux, mais en même temps de plus significatif... Erreur, sans doute ; mais quelle preuve de la chute de l’homme et de la révélation qui lui fut faite de la mort sanglante du Verbe de Dieu ! Car si l’on n’admet pas la chute d’Adam et d’Eve et la promesse qui leur fut faite, on ne peut expliquer une coutume aussi cruelle, aussi étrange, se conservant même jusqu’à nos jours chez les peuples les plus civilisés, où la religion chrétienne ou au moins les sectes qui en sortent n’ont pas encore pénétré. Et l’on peut dire en toute vérité, à ceux qui nient la révélation divine, qu’il est plus opposé à la raison de croire que l’homme a inventé les sacrifices et les cérémonies singulières qui les accompagnaient, qu’il n’est difficile de croire que c’est Dieu lui-même qui les a ordonnés, par une révélation surnaturelle *.
1. Nous insistons longuement sur ces nouvelles preuves de l’éducation directe de l’homme par Dieu, parce que cette question
§ 111. Qu’il fallait un corps d’hommes consacrés à la conservation et à la prédication de la vérité.
Mais Dieu fît une chose encore plus extraordinaire pour maintenir dans l’humanité la pensée de ses destinées éternelles, Il voulut qu’il y eût sur la terre toute une classe d’hommes qui n’auraient d’autre occupation que de rappeler sans cesse la vérité, soit par la parole, soit par les cérémonies du culte, soit encore par leurs exemples, soit même par leurs vêtements particuliers; en un mot, par toute leur vie, par tout leur être.
Ce seront les Prêtres , qui composeront ce qu’on appellera le Sacerdoce , mot qui vient de sacer , vieux mot étrusque qui veut dire consacré , dévoué à Dieu, devenu la part de Dieu, et de docere , instruire. Les pères bientôt grands-pères et aïeuls, furent d’abord tout naturellement les prêtres de leurs familles ; ils
nous semble de la dernière importance, surtout aujourd’hui que nous sommes si portés au naturalisme, c’est-à-dire, à ne vouloir accepter que des faits naturels, que nous refusons d’étudier et de chercher à comprendre tout ce qui nous semble surnaturel,... c’est-à-dire au-dessus des forces habituelles de la nature; comme si ces forces naturelles n’étaient pas aussi merveilleuses et inexplicables que les forces surnaturelles, et ne différaient pas d’elles, seulement en ceci qu’elles agissent régulièrement, étant données certaines circonstances, tandis que les autres n'agissent qu’accidentellement dans les circonstances que la science ne peut saisir. Il n’est en effet pas plus étonnant de voir Dieu parler à l'homme et multiplier les cinq pains dans le désert, qu’il n’est étonnant de le voir multiplier les grains de blé jetés dans la terre par le laboureur. Il y a du merveilleux des deux côtés. Seulement l’un de ces merveilleux se produit chaque jour, tandis que l’autre ne se produit que de temps en temps, pour des raisons particulières. C’est la seule différence qui existe entre eux.
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offraient les sacrifices, enseignaient la religion à leurs fils et présidaient aux prières : c’est ainsi que nous voyons Caïn offrir les fruits de la terre, et Abel les brebis de son troupeau, Job se lever dès le matin, afin d’offrir des sacrifices et des prières à Dieu, pour ses enfants qui peut-être ont péché ; plus tard, à Rome, ce sont les pères de famille, chargés du culte de leurs dieux pénates et transmettant cette charge à leurs fils aînés...
Mais ce sacerdoce de famille ne put bientôt plus suffire ; la vérité révélée se fût perdue, les rites sacrés se fussent rapidement déformés, s’ils étaient restés confiés aux idées de chacun : il fallut donc que des jeunes gens fussent d’abord instruits d’une manière particulière, puis consacrés au ministère de la parole et de la prière, pour toute leur vie. Les peuples leur bâtirent des demeures, des écoles et des temples auxquels étaient attachés des revenus qui devaient servir à l’entretien du corps sacerdotal et aux frais du culte.
Et ce qui nous assure de la fondation divine de ce sacerdoce, c’est son universalité . Il n’est pas un seul pays, un seul peuple tellement barbare où Ion ne trouve des prêtres qui s’appellent flammes, comme chez les Romains, brahmes ou derviches chez les Indiens, féticheurs ou sorciers chez les sauvages. Peu importe leur nom, ils n’en sont pas moins partout, des hommes considérés comme d’une nature supérieure et que l’on va consulter dans les moments difficiles de la vie, auxquels on demande des prières, que l’on craint même. C’est ainsi que chez les sau-
vages et chez les Turcs, nous voyons les féticheurs et les ulémas être au-dessus du souverain, lui commander au nom d’un pouvoir surnaturel ou de divinités invisibles... Erreurs absurdes, sans doute, mais dont l’existence est inexplicable, si elles ne sont pas tout simplement des vérités déformées...
On peut suivre, dans l’histoire profane et dans Tbistoire sacrée, la trace de ce sacerdoce établie par Dieu dès les commencements. Romulus et Rémus, fondateurs de Rome, sont les fils d’une vestale, et le temple de Jupiter, élevé par leurs successeurs, est desservi par des prêtres nommés flammes qui appartenaient évidemment à quelque collège ou corps existant déjà dans le pays, en Etrurie probablement. Un peu plus tard, c’est Numa qui prétend n’agir que
par les conseils d’une nymphe, d’Egérie. Enfin, ce qu’il y a certainement de plus remarquable à ce sujet, c’est l’existence de Melchisédech, ce Prêtre du T) * ès-Haut , auquel Abraham donne la dîme, en lui demandant d’offrir le sacrifice du pain et du vin ; image frappante du véritable sacrifice institué par le Sauveur du monde, qui se dira lui-même Prêtre selon l’ordre de Melchisédech, montrant ainsi que le Sacerdoce n’avait jamais été interrompu sur la terre, et qu’il durerait toujours1.
i. Ps. cix. — Ep. ad Heb., vi, vu.
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§ 112. Que Dieu donna probablement des Sacrements à l’homme dès le commencement.
L’institution d’un Sacerdoce, d’un culte et de
sacrifices publics, était un puissant moyen pour
conserver dans l’humanité la pensée de la vie future
et des devoirs qu’impose une doctrine aussi
élevée, et cependant ce n’était pas encore assez. 11
fallait plus que cela, pour que l’homme soit et se
sente réellement le fils de Dieu. 11 fallait quelque
chose qui s’adressât à sa personne elle-même, et qui
communiquât presque visiblement, à ceux qui les
désireraient, ces dons surnaturels qu’Adam et Eve possédèrent un instant h
Or, ces dons sont invisibles ; comment, dès lors, l’homme saura-t-il quand il les reçoit, comment pourra-t-il les demander? Il n’est pas dans notre nature de saisir les choses surnaturelles sans
1. On trouvera peut-être inutile ou déplacée cette discussion sur les sacrements primitifs. Quant à nous, nous croyons, au contraire, qu'il est très important de montrer que la religion a toujours été la même dans ses grandes lignes, et que le christianisme n’est que V accomplissement de la religion primitive, comme l’a dit au reste Noire-Seigneur lui-même, dans l’Évangile. Nous nous rappelons, pour notre part, que nous fûmes tous ravis lorsque nous entendîmes à Rome un illustre professeur de théologie, devenu depuis cardinal, nous apprendre qu’il y avait déjà sept sacrements dans la loi juive; que ces sacrements ne différaient des nôtres que par leur mode d’action, et qu’ils étaient de véritables sacrements. C’est ainsi que l’on arrive à comprendre que la Religion n’est pas seulement un épisode, dans la vie de l’humanité, mais qu’elle est, au contraire, son essence, sa raison d’être, et que sans elle l’humanité n’est rien. Saint Thomas d’Aquin traite cette question dans ce sens. (IIIe part., q. lxi.)
qu’elles soient signifiées par des choses matérielles, ou comme incarnées dans quelque chose qui tombe sous les sens. C’est au reste ce qui se fait pour la vie civile et sociale, qui n’existe que grâce à des signes ou cérémonies exprimant les sentiments ou les changements invisibles des personnes ; ainsi, par exemple, on ne devient citoyen d’un pays civilisé que par l’inscription à l’état civil, ou par des formalités plus compliquées pour un étranger. Le mariage ne s’accomplit qu’après de longues démarches, et par des cérémonies qui signifient les devoirs qu’il impose, les droits qu’il donne et le nouveau caractère ou manière d’être qu’il confère aux époux. Il en est de même pour l’acquisition ou la transmission de la propriété. On n’entre pas dans l’état militaire sans passer par certaines cérémonies, surtout pour les gradés. Les Romains, considérant que la défense et l’agrandissement de la patrie était une chose en quelque sorte plus qu’humaine, consacraient le citoyen â son entrée dans la milice, et cette cérémonie avait pris le nom de sacramentum , qui veut dire signe sacré. Chez nos populations maritimes, la famille fête le jour où :le jeune garçon monte dans la barque de son père, pour lui servir de mousse.
Il en sera donc de même pour la vie religieuse ou divine; elle se manifestera et se communiquera à nous par des cérémonies qui, plus tard, prendront même le nom de sacrement , par analogie avec la cérémonie conférant la dignité militaire au citoyen romain. Quelles furent exactement ces cérémonies, dès le commencement ? Il serait assez difficile de le
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dire exactement, car l’Écriture Sainte et la tradition sont à peu près muettes sur cette question, surtout avant le déluge. Cependant, si l’on veut procéder par analogie, on peut au moins le pressentir.
La coutume si répandue de l’eau lustrale , ou consacrée, donne à penser qu’il existait un baptême. Et la preuve, c’est que chez certains peuples, on faisait passer les nouveau-nés à travers les flammes, comme cela se fait encore dans quelques pays; chez d’autres, on consacrait les enfants à des dieux, etc... La manducation d’une partie des animaux sacrifiés et des pains consacrés, était une figure incontestable de la Très Sainte Eucharistie ; le sacrifice de victimes spéciales pour chaque faute ou péché était une véritable confession, et ce que l’histoire nous apprend de la vénération dont les Prêtres étaient l’objet, peut bien nous faire croire que les coupables allaient les consulter, conférer avec eux de leurs troubles, de leurs craintes, et chercher le pardon, et avec le pardon la paix de la conscience.
Le mariage, de tout temps et partout, a été une cérémonie religieuse importante. lien fut toujours de même pour la consécration des Prêtres, comme le prouve surabondamment ce que nous avons remarqué plus haut à propos du Sacerdoce. Il ne resterait donc que les Sacrements de Confirmation et d’Extrême-Onotion, sur lesquels nous ne pourrions peutêtre rien préciser.
D’un autre côté, qui sait si les secrètes initiations aux mystères dont l’histoire et les monuments nous ont conservé le souvenir si vif, n’étaient pas tout
simplement des sacrements primitifs déformés par le temps et les passions qui, peu à peu, nous le savons, arrivent à se servir des choses les plus saintes pour justifier leurs déportements.
Cependant il ne faudrait pas aller jusqu’à croire que ces sacrements primitifs avaient la même valeur que nos Sacrements actuels vivifiés par le sang de Jésus-Christ. Les sacrements primitifs, comme les sacrements des juifs, plus tard, donnaient la grâce par le mérite de la Foi de celui qui les recevait ou de celui qui les conférait, tandis que les Sacrements actuels produisent et donnent la grâce par eux-mêmes quelle que soit la Foi de celui qui les confère1.
Cette distinction établie, nous pouvons donccroire que les hommes de bonne volonté ont toujours pu trouver tous les moyens possibles de salut. Au reste, une telle croyance est en rapport parfait avec la miséricorde et la bonté infinies de Dieu. Nous pouvons et devons toujours penser de Dieu tout ce qui est le meilleur et que sa toute-puissante Bonté ne s’arrête jamais que devant les impossibilités, et que, si parfois cette Bonté infinie semble en défaut, c’est que notre intelligence, si courte en tant de choses, ne sait pas découvrir la raison de ces impossibilités qui ne sont que trop souvent créées par notre mauvaise volonté elle-même.
d. Ex opéré operantis (Par l’œuvre de celui qui agit) vel opéré operato (ou par l’œuvre elle-même), comme dit Ja théologie.
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