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Qu’il fallait un précepte qui empêchât d’oublier

le respect dû à Dieu.

Dieu, qui connaît bien le cœur de l’homme, compléta, par un quatrième commandement, ce qui regardait son culte, et il le fallait. Il vit en effet en nous les germes d’un singulier mal; il vit que nous nous révolterions facilement contre Lui ; que nous éprouverions même souvent, comme une espèce de colère qui nous porterait à blasphémer , c’est-à-dire à prononcer son nom à tort et à travers en le mêlant même à des mots grossiers. Or, il n’est rien qui enlève davantage le respect et la crainte de quelqu’un que d’abuser de son nom, de le mêler à de sottes paroles. Il fallait donc que Dieu défendît sévèrement à l’homme de se servir de son nom pour se mettre en colère ou pour injurier quelqu’un, de le prononcer à tout propos, sans donner en même temps quelque signe de respect... Mon nom est saint , dira donc le Seigneur à Adam, et vous ne le prononcerez pas en vain.

Et nous verrons le souvenir de ce commandement se perpétuer chez tous les peuples, même chez ceux qui abandonnèrent peu à peu le culte du vrai Dieu pour se livrer à toutes les erreurs de l’idolâtrie... Chez les Grecs et les Romains et dans bien d’autres nations, les blasphémateurs étaient chassés du milieu des hommes, et voués aux dieux infernaux comme des êtres qui ne pouvaient qu’attirer le malheur, non seulement sur eux-mêmes, mais encore sur tous ceux qui les supporteraient, et les Tragiques

ont tiré le plus grand parti de cette horreur naturelle que l’homme ressent pour les blasphémateurs.

Une nuit que la mer était agitée, un navire rentrait dans le port de M***. Du haut de sa passerelle le capitaine se laissa aller à prononcer un blasphème en donnant un ordre. Le silence improbateur le plus profond se fit immédiatement parmi les nombreux passagers déjà groupés sur le pont. Tout le monde semblait terrifié. Le capitaine le comprit et s’excusa.

§114. Que Dieu compléta le précepte de l’observation du repos pendant le septième jour.

Ensuite Dieu confirma le précepte de l’observation du repos le septième jour, car ce jour, qui n’aurait été pour Adam et Eve innocents qu’un jour plus beau que les autres, allait être un temps d’arrêt et un repos absolument indispensables à l’homme, condamné au rude travail que lui imposeront les nécessités de la vie.

En effet, si l’homme travaille toujours, s’il n’a de repos que les heures où il prend ses repas, ou répare ses forces par le sommeil, quand pourra-t-il penser à lui-même, à ce qu’il est, au but dernier de la vie? Tandis qu’au contraire, s’il a un jour de repos sur sept, ce jour-là, le plus pauvre des hommes sera son maître ; le serviteur et l’esclave auront le droit de se reposer et de se réjouir avec leur famille ou leurs amis; la justice elle-même suspendra son cours, le créancier ne pourra poursuivre son débiteur, la vie sera moins dure jusque dans les prisons.

LA RÉDEMPTION

Supprimons ce jour de fête, que reste-t-il sur la terre? Des êtres malheureux et solitaires, s’en allant chaque matin à leur travail et prenant leurs repas à la hâte comme les animaux, des êtres ne voyant que leur maigre salaire de chaque jour, sans autre idéal, sans autre espérance.

Déplus, nous l’avons remarqué plus haut, l’homme n’est pas un être seul , il est trois, il est famille; or, il est de toute évidence que la famille ne peut exister sans un jour de repos chaque semaine. « En effet, pourquoi me marier, si je ne puis jamais être un instant tranquille avec ma femme et mes enfants et me récréer avec eux? Si je suis obligé de retourner chaque matin à mon atelier enfumé, comment les élèverai-je, ces enfants, c’est à peine si je les connaîtrai... Au contraire, si j’ai mon dimanche à moi, comme tout change! Le samedi soir je me vois libre pendant trente-six heures ! Un jour et demi sur sept, c’est beaucoup !... Peu m’importent alors les duretés du travail de la semaine : l’espérance de ce long et fréquent repos me fait tout supporter; il est comme une fête qui revient sans cesse et console de tout. » Quand on réfléchit sur le repos du septième jour, on ne sait vraiment lequel il faut le plus admirer de la sagesse, ou de la magnificence d’une telle institution. Elle élève l’homme au-dessus de la vie naturelle ; elle lui rappelle continuellement qu’il est créé non pour les choses de la terre, mais pour la fête de l’Éternité, et elle le lui rappelle de la plus douce manière en l’obligeant à quitter son travail pour se

mettre en fête dès ce monde avec tous ceux qu’il

aime, et en l’invitant à jouir de la liberté la plus complète, pendant les longues heures qui s’étendent de la veille de ce jour sacré, jusqu’au lendemain matin.

§ 115. Qu’on peut s’étonner que le repos du septième jour

soit si souvent violé.

Il semble donc qu’une coutume si belle et si douce n’avait qu’à être indiquée pour que tout le monde l’adoptât ; mais ce sera tout le contraire : il y aura bientôt des hommes ambitieux qui oublieront tout pour acquérir plus rapidement la richesse et la puissance et qui regarderont ce jour de repos comme un temps perdu; d’autres qui, faibles et épouvantés par la crainte de manquer du nécessaire, n’auront pas le courage de refuser le travail. Dieu dut donc défendre, sous peine du malheur éternel, tout travail pendant le septième jour. Ce jour-là , dit-il, tu ne feras aucun travail , ni ta femme , ni ton fils , ni ton serviteur , ni ta servante , ni tes animaux domestiques , ni r étranger qui sera dans ta maison.

Gardez ce repos , ajoute encore Dieu, car il est le signe de l’alliance entre vous et moi , c’est-à-dire le signe qui indique que vous êtes mes enfants et non de simples créatures. Et celui qui violera ce commandement périra. Et l’on verra cette malédiction s’accomplir dès ce monde, car le travail du septième jour trouble tellement l’équilibre entre la production, la consommation et les rapports nécessaires entre les familles, en un mot toute l’harmonie ou

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ordre général des choses, que les plus grands malheurs ne tardent pas à l’accompagner. Merveilleuse Providence de Dieu qui fait que les peuples sont ramenés, par ces malheurs eux-mêmes, à l’observation de cette loi admirable! C/est ainsi qu’au moment ou nous écrivons, nous voyons chaque corps detat venir à son tour réclamer un jour de repos par semaine, et les plus impitoyables incrédules ou matérialistes en faire autant.

Et s’il en est qui doutent de l’institution primordiale et divine du dimanche, on peut leur observer que l’existence de cette coutume se perpétuant à travers les siècles et chez tous les peuples, malgré l’étrangeté de ce nombre sept, porte incontestablement en elle-même, la preuve de son origine divine. Une telle œuvre n’est pas œuvre d’homme. Quel législateur eût été assez puissant pour faire adopter une coutume si singulière chez les peuples les plus étrangers les uns aux autres?

Ce sont les barbares du Nord qui apportèrent aux Romains la division des jours en semaines, et les Romains acceptèrent cette division des mains de leurs vaincus; on dirait qu’ils reconnurent en elle comme l’écho d’une tradition perdue. « Ce jour-là, dit une vieille inscription trouvée dans les ruines assyriennes, ce jour-là, le roi ne mangera aucun aliment cuit, il ne montera pas sur son trône, il ne commandera aucun service à ses armées. » Une touchante légende voulait que les damnés euxmêmes participassent à ce repos universel. En vérité le doigt de Dieu est là, il faut l’y reconnaître, et l’on

peut dire que l’institution du repos hebdomadaire fait partie de cet héritage divin que les générations se transmettent de siècle en siècle, depuis le commencement du monde.

§ 116. Qu’il fallait un précepte qui obligeât les enfants

envers leurs parents.

Après avoir tracé à l’homme les devoirs que lui imposent ses destinées éternelles, Dieu devait encore lui tracer ceux qui concernent sa vie terrestre et les relations nécessaires qu’elle crée. Il fallait d’abord un commandement qui établit la famille, en resserrât et maintînt les liens de respect et d’affection sans lesquels elle ne pourrait exister. Dieu ht donc connaître à Adam qu’il devait apprendre aux enfants qui naîtraient de lui à l’aimer et à le respecter, avoir en leur père et en leur mère les représentants de Dieu lui-même, puisque c’est par eux qu’ils reçoivent la vie, la nourriture, la parole, l’instruction, l’éducation, tout ce qu’ils sont.

Et, d’un autre côté, afin d’encourager les enfants, il leur promet la vie et le bonheur sur la terre s’ils accomplissent ce précepte, tandis qu’au contraire, il menace de tous les maux possibles ceux qui le violeront, il maudit ceux qui affligeront leur père et leur mère. Et il ne faut pas s’en étonner, car si l’on réfléchit à toutes les peines et à toutes les douleurs que la naissance et l’éducation d’un enfant coûtent h ses parents, si Ton comprend tout l’amour dont il est entouré par eux pendant de si longues

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années, il n’est certainement rien de plus horrible que cle voir un de ces enfants délaisser ou mépriser un père, une mère qui l’ont tant aimé, qui ont tant souffert pour lui.

§ 117. Que Dieu défend de s’ôter la vie à soi-même et de

l’ôter au prochain.

Dieu vit la nécessité de donner encore à l’homme plusieurs autres préceptes. Prévoyant qu’il y aurait des malheureux qui se décourageraient au milieu des difficultés de la vie et qui penseraient à s’en débarrasser par la mort, il défendit à l’homme de se tuer lui-même, sous quelque prétexte que ce fut, car la vie ne nous est pas donnée pour en jouir et être heureux, mais pour arriver au ciel ; or, la patience, la résignation, l'amoureuse confiance en Dieu et l’espérance invincible en lui, sont les plus grandes preuves que nous puissions lui donner de cet amour qui seul peut donner le bonheur éternel.

D’ailleurs, il est mille autres raisons qui enlèvent à l’homme le droit de quitter la vie : il appartient à son père et à sa mère, à ses frères et à ses sœurs; il appartient à sa femme, à ses enfants, et si, par hasard, il n’a plus aucun de ces êtres autour de lui, il appartient à la société au milieu de laquelle il a été élevé, et sans laquelle il n’aurait été qu’un malheureux sauvage. Il n’a donc pas le droit de déserter la vie avant l’heure de sa mort naturelle.

Si l’homme n’a pas le droit de disposer de sa vie, combien, àplus forte raison, ne doit-il pas disposer de

celle du prochain. 11 n’est donc jamais permis de tuer un homme, sous quelque prétexte que ce soit, sauf le cas de légitime défense, c’est-à-dire si nous ne pouvons protéger notre vie ou celle de ceux qui dépendent de nous, sans enlever celle de celui qui nous attaque.

Enfin, si une injure grave nous est faite, nous n’avons pas le droit de nous en venger en tuant hauteur de cette injure : il faut laisser ce soin à la justice, s’il y a lieu. 1‘as de vie sociale possible sans ce respect absolu de la personne du prochain : c’est ce respect qui établit la plus grande différence entre les peuples civilisés et les peuples sauvages. Que faire d’une vie qu’on serait exposé à se voir enlever d’un moment à l’autre? Gomment établir et aimer une famille que le premier venu peut nous ravir?

§ 418. Que nous devons respecter le bien d’autrui.

Si nous n’avons jamais le droit d’enlever la vie au prochain, nous n’avons jamais, non plus, celui de lui enlever ce qu’il possède, à quelque titre que ce soit, car ce que l’homme possède est comme une partie de lui-même : c’est le fruit de son travail ou ce qu’il a reçu de son père, de ses parents, de ses amis; or ceux-ci avaient certes le droit de lui transmettre les biens qu’ils avaient, puisque ces biens étaient le fruit de leur travail et de leurs économies, et qu’ils auraient pu de leur vivant les détruire, les dissiper, sans que personne ait eu rien à leur dire. Et il est bien clair que si j ai le droit de dépenser toutce qui est à

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moi, j'ai, àbien plus forte raison encore, le droit de le donner à qui je veux, de mon vivant ou après ma mort. Le respect du bien d’autrui est, comme le respect de la vie, une des conditions nécessaires à l’existence de la famille et de toute société. Conv ment vivre, comment élever autour de moi des enfants et assurer leur existence, si le premier venu peut venir me prendre ce que je possède, m’enlever mes provisions ou l’argent qui doit payer le toit qui m’abrite, etc.? Comment aurai-je le courage de travailler, si je ne suis pas assuré de conserver le fruit de mon travail et de pouvoir le transmettre à mes enfants?

Il est certain que si je ne pouvais pas laisser à mes enfants le fruit de mon travail, alors je n’écomiserais rien ; je dépenserais tout chaque jour, c’est à peine si je bâtirais des maisons, et je me garderais, avec encore bien plus de raison, de prêter mon argent, de le confier à des entreprises, de sorte qu’un peuple où ne régnerait pas le respect de la propriété, ou du bien d’autrui, tomberait bientôt dans la plus effroyable barbarie et serait à jamais privé de tous les bienfaits de ce qu’on appelle la civilisation.

§ 119. Qu’il fallait que l’homme fût obligé de dire la

vérité.

Mais il fallait encore que, dans les relations avec

nos semblables, nous puissions croire à ce qu’on

nous dit. Il ne fallait pas que chacun pût impu-

némentnous raconter des choses fausses, nous tromper sur ce qu’il est, gagner ainsi injustement notre confiance, nous engager sans que nous le sachions dans de mauvaises affaires, dans de fausses démarches, et compromettre par là notre vie, notre honneur et celui de tous ceux qui dépendent de nous.

Dieu défendit donc sévèrement le mensonge; il voulut que l’homme dît toujours la vérité, même au prix des plus grandes souffrances. 11 ne sera jamais permis de mentir, même pour un bien, car la vérité c'est ce qui est ; c’est donc ce que Dieu veut ou permet; par conséquent, ne pas la dire ou la voiler par des mots détournés, c’est aller contre les desseins de Dieu ; c’est empêcher, peut-être, de grands biens ou causer de grands maux ; et le monde le comprendra tellement qu’on le verra avoir en horreur les menteurs et honorer, au contraire, les hommes simples qui disent toujours la vérité, et sur la parole desquels on peut compter.

§ 120. Qu’il ne fallait pas que l’homme abusât des

créatures.

Après avoir imposé à l’homme de respecter sa propre vie, celle de son prochain et même le bien de celui-ci, Dieu devait encore lui indiquer la mesure dans laquelle il pouvait user des choses de la Création, car nous le savons, afin que l’homme ne se laissât pas mourir, par négligence, Dieu a voulu qu’il trouvât un certain plaisir dans l’usage des aliments et de mille autres choses qui servent à l’en-

LA REDEMPTION

tretien et à l’agrément de sa vie ; mais clu moment qu’une chose est agréable, on est exposé à en abuser, à trop s’en occuper, à y absorber, peut-être sa pensée tout entière, et même à faire le mal pour se la procurer.

Dieu défendit donc ÿ abuser des choses, de prendre les aliments pour le seul plaisir ; d’avoir un soin exagéré de son corps et de sa toilette... d’user de trop de parfums, etc... en un mot, de se procurer des plaisirs inutiles et souvent coupables ou dangereux.

§ 121. Qu’il fallait le jeûne et l’abstinence pour habituer l’homme à résister à ses appétits.

Mais il ne suffisait pas que Dieu défendit à l’homme d’abuser des plaisirs des sens, il fallait encore qu’il lui donnât le moyen de se résister à lui-même, de dominer ses appétits , c’est ce qu’il fit en lui prescrivant des jeûnes et des abstinences , c’est-à-dire, en lui ordonnant, à certains jours, de ne pas prendre d’aliments avant midi, et ensuite de ne manger, en ces mêmes jours, que des végétaux ou aliments très simples.

Pourquoi ces prescriptions, dira-t-on, qu’importe à Dieu et au bien que nous mangions ceci ou cela? Pourvu que nous ne mangions pas trop, c’est tout ce qu’il faut. C’est vrai, mais Dieu nous connaissait mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes ; il savait que si nous ne nous appliquions pas à réfréner, de temps en temps, nos appétits, nous n’en

serions bientôt plus les maîtres... Or, la nécessité de s’abstenir de certains aliments et de retarder nos repas, à certains jours, nous habitue à ne pas obéir aveuglément à nos appétits ; elle dompte ceux-ci comme le mors et le fouet domptent le cheval ; elle apprend à nos appétits qu’ils ont un maître et alors ils se calment, ne demandent plus aussi impérativement, comme l’expérience le prouve; de sorte que cette simple coutume de nous contraindre dans nos repas, de ne pas nous laisser aller à tous nos désirs, crée en nous la vertu, c’est-à-dire la force ou bonne habitude de résister aux tentations de toutes sortes, dont nous sommes entourés et de ne pas leur céder sans combat, comme le font si facilement ceux qui n’ont pas été habitués à résister à leurs fantaisies.

Il y a là une gymnastique de l’âme tout à fait semblable à la gymnastique par laquelle nous devenons habiles dans tous les exercices du corps. 11 est certainement inutile de savoir faire les exercices du trapèze ; mais celui qui est devenu habile dans ces exercices ne se trouve pas embarrassé lorsqu’il faut déployer quelque adresse ou force, pour des choses utiles, ou dans un moment de danger... De même, celui qui a habitué son corps à lui obéir pour ses repas, le trouve ensuite obéissant pour des choses plus importantes. C’est ainsi que les vertus les plus difficiles et les plus délicates deviennent faciles pour le tempérant , tandis qu’elles sont presque impossibles pour l’intempérant.

Ne savons-nous pas, de plus, quelle dés-espérante

la rédemption.

irritation entretient dans le corps une nourriture trop bonne, sans parler des tristes suites de l’abus des boissons enivrantes, du tabac et de tant d’autres substances qui troublent la raison et détruisent la santé et la vie, dès qu’on en fait un usage trop suivi? Or comment pourra résister à tant de dangers celui qui, dès sa jeunesse, aura lâché la bride à toutes ses fantaisies? Il sera évidemment sans force contre la moindre tentation.

g 122. Que le jeûne et l’abstinence ont le grand avantage de rappeler Dieu et sa présence.

Le jeûne et l’abstinence ont encore un autre grand avantage, auquel on ne prend pas assez garde, lorsqu’on les néglige avec tant de légèreté. Ils transforment, ils spiritualisent l’acte le plus grossier et le plus matériel de la vie, et en font une espèce de prière et de sacrifice. En effet, au moment de prendre ma nourriture, la nécessité de m’en priver ou la vue de mets différents m’oblige à élever ma pensée vers Dieu, à faire un acte de soumission... de sorte que, par le fait, l’abstinence remplace réellement cet arbre de la science du bien et du mal qui était destiné à rappeler, sans cesse, la présence de Dieu

à Adam et à Eve, et comme les repas sont une chose que nous n’oublions jamais, que nous ne pouvons même pas oublier, il arrive que l’oubli de Dieu est impossible pour celui qui se soumet aux lois de l’abstinence ; et le père et la mère trouvent ainsi, dans les repas et sans dire un mot, une occa-

sion toute naturelle de rappeler leur devoir à leurs enfants et même à tous leurs convives. Quel admirable résultat!

C’est sous ces deux points de vue si importants qu’il faut surtout considérer l’observation de l’abstinence, et c’est ainsi que l’a considérée l’humanité, car nous la trouvons répandue chez tous les peuples, même chez ceux qui ont les religions les plus éloignées de la vérité ; il en est même qui s’abstiennent de tout ce qui a eu vie: d’autres, comme les musulmans qui, en certain temps, ne rompent le jeûne, qu’ après le coucher du soleil. Qu’ils se dédommagent ensuite, comme on le dit, c’est possible; mais une telle coutume, se perpétuant ainsi à travers tant de siècles, tant de changements de religion, et chez tous les peuples, ne peut avoir pour origine et pour base qu’un enseignement donné dès le commencement par le Créateur du monde lui-même.

§ 123. Qu’il fallait que Dieu défendît à l’homme de désirer le mal et même d’y penser.

Enfin Dieu qui savait avec quelle facilité l’homme se laisserait séduire par les rêves de son imagination, et par les images que créent en lui les choses qu’il regarde et dont il conserve le souvenir, voulut le préserver contre ce danger, en lui défendant la simple pensée du mal, "et les désirs mauvais : « Tu ne désireras pas ce qui t’est défendu, lui dit-il, tu ne le regarderas pas même, tu en chasseras l’idée

LA RÉDEMPTION

ou l’image de ton esprit. Car, se complaire dans la pensée ou le désir du mal, c’est déjà un mal. »

Sage prescription qui ouvrait devant l’homme les voies de la plus haute perfection, et que nous ne violons jamais sans le plus grand danger.

Dieu imprima ces commandements en traits ineffaçables dans la mémoire de nos premiers parents, afin qu’ils pussent les transmettre intacts à leurs enfants. Il fit plus : il leur en donna l’intelligence parfaite. Il les pénétra de la pensée que leur observation était indispensable à la marche et au bonheur de l’humanité. Il semble donc qu’ainsi armé, instruit de ses devoirs, et éclairé sur ses destinées, l’homme pouvait s’avancer avec sécurité dans la vie. Il avait, sans doute à veiller sur lui-même et à ne pas se laisser aller à ses passions, mais cela lui était facile, s’il savait se tenir uni à Dieu, par la prière et par de sages réflexions... Au reste, les maladies, les infirmités, la pauvreté, l’ennui, la tristesse, l’instabilité des choses, la vue et la crainte de la mort seront là pour lui rappeler sans cesse que la terre n’est pas sa véritable Patrie et qu’il n’y a été mis que pour s’efforcer de se rendre digne de la vie éternelle, en s’élevant et se divinisant, en quelque sorte, par la générosité de ses sentiments, l’ardeur de sa reconnaissance et de son amour envers son Créateur et son Sauveur, et cependant nous allons assister, dès le commencement, aux plus douloureux événements.

LES PREMIERS HOMMES

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