Que la discorde se mit entre les enfants d’Adam
dès le commencement.
Le premier enfant d’Eve fut un fils. En le voyant, sa mère, pleine de joie et toute ravie, s’écria : Je possède un homme , par la grâce de Dieu ! Ce fut le premier cri d’amour maternel qu’entendit la terre, et ce cri devint le nom de l’enfant, car c’est la signification du mot Caïn (possession). Rientôt
après, Ève eut un second fds, il reçut le nom d’Abel... Ces deux enfants eurent de nombreux frères et sœurs, dont l’Écriture ne nous a pas conservé les noms, et ils devinrent, à leur tour, chefs de famille.
Caïn s’était adonné à la culture de la terre, Abel au soin des troupeaux, et les deux frères, se conformant à la loi de Dieu, offraient, en temps voulu, des sacrifices. Mais ce qui fait la valeur du sacrifice, c’est l’intention... Caïn, trop attaché aux biens de la terre, n’offrait ses sacrifices qu’avec regret; c’était le contraire pour Abel, qui trouvait tout naturel de témoigner sa reconnaissance à son Créateur, en lui offrant ses plus belles brebis.
Caïn s’aperçut que les sacrifices d’Abel étaient
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reçus favorablement de Dieu, tandis que les siens étaient au contraire repoussés, et il en conçut une violente jalousie contre son frère.
Nous avons à étudier ici, avec soin, ce qui se passa
entre Dieu et Caïn, car l’Ecriture Sainte nous en a donné le récit très détaillé, afin que ce récit nous apprenne comment Dieu converse invisiblement avec nous, pour nous éloigner du mal et nous conduire au bien.
§ 125. Que Dieu essaye d’arrêter Caïn sur la voie du mal.
Soit extérieurement, soit intérieurement, peu importe, Dieu parle donc à Caïn ; il veut l’arrêter sur la pente du crime : « Pourquoi es-tu irrité et pourquoi Ion visage est-il triste ? lui dit-il. Est-ce que , si tu fais le bien , tu ne trouveras pas le bonheur et , au contraire , le malheur si tu fais le mal ? N'oublie pas que ta concupiscence est sous toi , que tu peux la dominer.
Caïn ne répond rien ; tout entier à sa jalousie et à sa haine, il ne pense qu’au moyen de l’assouvir... Par ruse il entraîne son frère dans un lieu désert , et il le tue.
On ne peut douter que le remords de son crime ne soit immédiatement entré dans l’âme de Caïn. Créé bon et pour le bien, l’homme ne peut faire le mal sans en ressentir une douleur profonde qui empoisonne sa vie, et lui fait chercher, à tout prix, le moyen de retrouver la paix qu’il a perdue par sa faute... Ce trouble intérieur de Pâme, c’est ce qu’on
appelle le remords , le remords, cette dernière ressource pour revenir au bien.
Mais Caïn n’écouta pas cette voix qui criait en lui. . . Il éloigna la pensée de demander pardon ; il chercha des excuses contre sa propre conscience... et cependant Dieu ne l’abandonnait pas... 11 le regardait et l’attendait... Voyant qu’il ne vient pas, il prend le parti de le prévenir lui-même, il espère encore pouvoir l’amener au repentir... 11 l’appelle : Caïn, où est ion frère ? C’était une question indirecte, pour offrir à Caïn l’occasion de confesser sa faute... Mais loin de là ! Caïn répond avec dédain : Est-ce que je suis Je gardien de mon frère ?
§ 126. Qu’après avoir échoué par la douceur, Dieu essaye de ramener Caïn par la crainte.
Repoussé une première fois, Dieu ne se lasse cependant pas ; il espère toucher cet endurci, en lui rappelant son crime, en lui en faisant voir les circonstances : Qu'as tu fait , 6 Caïn ? Voici que la voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi!... Caïn ne répond encore rien... Dieu va-t-il tout de suite le condamner? Non... Pour lui donner une idée de la punition que mérite son crime et l’amener par la crainte au repentir, il lui annonce qu’il sera maudit sur cette terre qui a bu le sang d’Abel et que lorsqu’il la travaillera, elle ne lui donnera pas son fruit et qu’il sera errant pendant sa vie...
Après cette malédiction, Caïn aurait encore pu demander pardon, mais il ne le veut toujours pas.
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Au lieu de recourir à la bonté de Dieu, de lui ouvrir son cœur, il se renferme dans ses propres pensées, il semble se complaire dans cette malédiction ; il en augmente, en quelque sorte lui-même, les conséquences.. . Mon iniquité , dit-il, est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon , voici , 6 Dieu que vous me rejetez , aujourd'hui de la face de la terre , j'y serai errant , sans asile , et tout homme qui. me rencontrera pourra me tuer.
Dieu ne s’éloigne pas encore de cet orgueilleux, qui aime mieux mourir que de s’humilier, et de demander pardon... 11 lui montre de nouveau sa miséricorde, en lui apprenant que sa malédiction n’a pas d’aussi grandes conséquences qu’il affecte de le croire... Il nen sera point ainsi , lui dit-il, au contraire , celui qui se permettrait de tuer Caïn , serait puni sept fois plus...
Par ces paroles Dieu révélait à Caïn que la vie lui était laissée afin qu’il pût revenir au bien, et la septuple punition , dont il menace celui qui le tuerait, lui apprend aussi combien sa vie est précieuse. Malgré tous les efforts de Dieu pour le sauver et lui faire retrouver la paix, en l’amenant à reconnaître son crime, Caïn continue cependant à ne rien vouloir entendre; il s'éloigne de la présence de Dieu , éteint en lui ce souvenir importun, et s’enfuit du côté de l’Orient, comme pour fuir le lieu de son crime, et là, il bâtit une ville qu’il appela Hénoch, du nom de son fils*
§ 127. Qu’il dut y avoir une grande civilisation dès le
commencement.
Jubal, petit-fils d’Hénoch, fut habile dans la construction des instruments de musique ; Tubalcaïn, son frère, dans le travail du fer et de l1 airain, et les noms de ces deux hommes nous disent assez que leur existence n’est pas une simple légende, car c’est de Jubal que vient le mot jubilation ou joie , qu'apporte ordinairement la musique, et le célèbre Vulcain des païens est évidemment le même personnage que Tubalcaïn, et si nous pensons à ce que nous avons dit plus haut, en parlant de l’état intellectuel d’Adam
et d’Eve, nous ne pouvons pas douter que la terre ne fût bientôt couverte de villes et de monuments de toutes sortes, ainsi que de tout ce qui pouvait contribuer au bien-être et à l’agrément.
Et la raison en est bien simple : les premiers hommes avaient naturellement les mêmes passions et les mêmes goûts que nous. Dès lors on ne voit pas pourquoi ils n’auraient pas travaillé à les satisfaire avec une ardeur aussi grande que la nôtre. Il nous semble qu’ayant des siècles de vie devant eux, ils devaient arriver rapidement à un état prodigieux de science, d’intelligence et d'expérience, sans compter que la population se développait, par la même raison, avec une grande rapidité; car si Moïse, faisant le dénombrement du peuple hébreu quatre cents ans après Abraham, y trouvait six cent mille hommes en état de porter les armes, ce qui suppose une popu-
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lation de trois millions d’âmes, sans parler des trois millions issus d’Ésaü, on peut croire qu’Adam et Ève ont vu plusieurs millions d’enfants et de petitsenfants.
Ce serait donc une grande erreur de croire que ces multitudes se contentèrent de la vie nomade, d’instruments et de vêtements grossiers... C’est peut être même à cette époque qu’il faut faire remonter les monuments gigantesques dont les ruines existent encore en si grand nombre, en certains pays orientaux; car les pierres colossales employées à ces monuments sont d’une telle dimension, que nos machines actuelles ne pourraient pas même les remuer, à tel point qu’on serait tenté d’attribuer la construction de ces monuments à une race de géants...
§ 128. Que le monde se corrompit rapidement.
Les aises de la vie et le luxe amenèrent forcément l’amollissement des caractères et tous les vices qui en sont la suite ; de là une corruption de mœurs d’autant plus grande, que la vie des hommes était plus longue et qu’ils étaient plus puissants, de sorte que l’humanité, tout entière, allait arriver à un tel état que, non seulement le bien y deviendrait presque impossible, mais encore qu’elle périrait abîmée, dans sa propre corruption, comme périrait un édifice dont on fouillerait les fondations, ou une famille dans laquelle on se ferait un jeu de fouler aux pieds toutes les lois naturelles.
Alors, la Providence de Dieu intervient, car si
Dieu laisse l'homme libre de ses actes, il ne lui permet pas d’abuser de sa liberté, au point de détruire le monde. Tel ce père qui assiste aux jeux de ses enfants ; il leur laisse bouleverser les meubles, batailler entre eux, au risque de quelques horions, mais si le jeu va trop loin, tend à briser les meubles ou les vitres et à compromettre la santé de ses enfants, alors il met le holà, et fait de force rentrer tout son petit monde dans la raison.
C’est exactement ce que fait Dieu. Si nous savons lire l'histoire avec intelligence, il est facile de reconnaître sa main dans la marche du monde à toutes les époques où les choses arrivent à un tel état que l’humanité ne pourrait plus accomplir ses destinées éternelles et périrait même bientôt sans cette intervention particulière. Dieu intervint, donc à l’époque à laquelle nous sommes arrivés, et pensant que la longueur de la vie est une cause de corruption, il déclare que désormais elle ne s’étendra pas au delà de cent vingt ans.
Si nous voulons un peu réfléchir à la crainte instinctive que nous avons de la mort, ce dut être une annonce terrible pour les hommes. « Eh! quoi! il faudra si vite quitter ces somptueuses demeures, ces amas de biens de toutes sortes que nous avions réunis avec l’espérance d’en jouir pendant de longs siècles. Cent vingt ans, mais ce n’est rien ; si on en sort les années de l’enfance, celles de la vieillesse et de la décrépitude, que reste-t-il? Autant ne pas vivre. »
Il semble qu'à la suite de telles réflexions, les
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hommes, voyant que la terre leur manquait, auraient du renoncer à des plaisirs si passagers et revenir à une vie plus digne d’enfants de Dieu, appelés au bonheur infini. Mais non ; par une espèce de dépit, dont tous au reste nous sentons le germe en nous, l’humanité se plongea de nouveau profondément dans les plaisirs et dans le plus étrange et le plus épouvantable abus des créatures ; ce dut être quelque chose comme ce que nous savons de Ninive et de Babylone ou encore de Rome, sous les empereurs.
Les faibles, les femmes, les enfants furent impitoyablement sacrifiés aux affreux plaisirs des puissants. Le monde tout entier allait donc périr comme ont péri les peuples orientaux, le peuple romain
plus tard et enfin de nos jours l’empire musulman, qui ne tient plus debout que grâce au conflit des intérêts politiques qui divisent les nations chrétiennes.
§ 129. Que Dieu fut obligé de détruire l’humanité.
A la vue de tant de désordres et de malheurs, Dieu, nous dit l’Écriture, fut pénétré de douleur jusqu'au fond du cœur. Il se repentit dé avoir créé [homme 1 en voyant q\éil n était plus que chair , et que toutes ses pensées étaient tournées vers le mal. Dieu désespéra donc de son œuvre, et il lui sembla qu’il serait contre sa Bonté de la laisser subsister plus long-
1. Nous avons expliqué plus haut, dans une longue note, comment il fallait entendre ce langage appliqué à Dieu.
temps. Pourquoi donner la vie à des êtres qui ne s’en servent que pour se plonger dans le malheur éternel et y entraîner tous ceux qui les entourent ?
Dieu se préparait donc à détruire le monde ; mais l’on dirait qu’il reprend espérance, en apercevant encore sur la terre un homme qui s’était conservé dans la justice, lui et ses enfants... Peut-on faire périr ce juste? Qui sait si une nouvelle humanité, moins portée au mal, ne pourrait pas se reconstituer avec cette seule famille? Instruits par l’expérience, conservant le souvenir de l’épouvantable catastrophe qui va engloutir la terre, ne vivant plus qu’un temps très court, les hommes, à ce qu’il semble, s’attacheront moins aux choses matérielles, et penseront plus facilement au ciel.
Dieu parle doncàNoé, chef de cette famille qui avait trouvé grâce devant lui. « Voici, lui dit-il, que je vais faire périr tous les hommes, car l’iniquité couvre la terre ; mais quant à toi tu ne périras pas, je t’en fais la promesse; construis une arche ou vaisseau qui aura trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut, et quand le moment sera venu où je ferai tomber l’eau qui détruira le monde, tu entreras dans cette arche, avec ta femme, tes trois fils et leurs épouses; tu y renfermeras aussi un couple de tous les animaux qui vivent sur la terre ou volent dans les airs, et tu prendras les vivres qu’il te faut pour ta vie et pour la leur.
Noé exécuta l’ordre de Dieu. On peut penser que ceux qui le virent construire cet énorme vaisseau
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ne tardèrent pas à le considérer comme un fou et à se moquer de son déluge et de ses craintes. L’homme est si léger!... N’ayons-nous pas chaque jour le même spectacle sous les yeux? L’Évangile nous dit qu’au temps de Noé les hommes se mariaient et vivaient comme si la mort la plus affreuse ne leur avait pas été annoncée... Aussi Dieu, voyant que le mal ne diminuait pas, se décida à exécuter ses menaces ; il ordonna à Noé d’entrer dans l’arche, et ouvrant les cataractes du ciel ; il fit pleuvoir pendant quarante jours et quarante nuits et Veau s'éleva à (quinze coudées au-dessus du niveau des plus hautes montagnes . L'arche de Noé était portée sur les eaux , et tout ce qui avait vie sur la terre périt; et les eaux couvrirent la terre pendant cent cinquante jours.
Rien de plus terrible, sans doute, que cette destruction complète de tant de millions et peut-être de milliards d’êtres humains, aussi beaucoup sontils tentés de reléguer le déluge au nombre des légendes respectables par leur antiquité, mais que l’esprit critique et éclairé de notre époque ne permet plus d’admettre.
D’abord, disent-ils, toutes les eaux existantes à l’état de vapeurs ou de nuages, n’auraient pu suffire pour couvrir les montagnes. A ceci, il faut répondre que Dieu n’est pas en peine de trouver de l’eau, mais que de plus, l’Écriture Sainte nous parle en trois endroits différents des eaux qui sont au-dessus du firmament .. . Comment ces eaux se tiennent-elles en l’air? sous quelles formes se tiennent-elles? c’est ce que nous ne savons pas... mais la
science météorologique ignore tant de choses, qu’elle peut bien ignorer celle-là... Elle n’a pas encore pu nous dire comment nous vient la grêle, pourquoi tout à coup s’élèvent les orages ; il ne faut donc pas nous étonner qu’elle ne puisse pas nous dire où Dieu a pu trouver de l’eau1.
D’autres ont prétendu que le déluge n’avait été que partiel, mais ils n’ont pas réfléchi qu’un déluge partiel est encore plus difficile à comprendre qu’un déluge général, car les eaux tendant toujours à prendre leur niveau : on ne comprend pas du tout comment elles auraient pu couvrir les montagnes de la Syrie, par exemple et ne pas s’extravaser dans la mer... Cette objection ne tient pas debout et n’en est pour ainsi dire pas une.
§ 130. Que le déluge fut une œuvre de miséricorde et de
sagesse.
Une objection plus sérieuse est celle de ceux qui considèrent une telle catastrophe comme tout à fait contraire à la Bonté de Dieu ; mais, nous l’avons déjà dit plus haut, c’est au contraire la Bonté de Dieu qui le portait à infliger cette punition. En effet, l’état moral des hommes était tel qu’ils se perdaient tous pour l’éternité, il n’y avait donc aucune raison pour les laisser vivre, car les laisser vivre, devenait une cruauté. Ce n’était qu’augmenter chaque jour le nombre des malheureux, et si nous nous reportons
1. Genèse, 1... Divisit aquas quæ erant sub firmamento, ab bis quæ erant super firmamentum... Ps. 148. Gant. Dan.
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à ce que nous avons expliqué au sujet cle l’enfer, nous savons que, malgré sa Bonté toute-puissante, Dieu ne peut pas empêcher les hommes cle se précipiter dans le malheur éternel.
De plus, en détruisant l’humanité, Dieu pouvait espérer trois bons résultats. Le premier, qu’une foule d’enfants seraient sauvés du malheur éternel, tandis que si la mort ne les prenait pas, ils se corrompraient et se perdraient infailliblement comme leurs pères. « Il faut croire, dit saint Augustin, qu’à l’époque du déluge il n’y avait personne qui ne méritât d’être exterminé par le fléau » ; et il faut entendre ces mots : qui ne méritât , non en ce sens que Dieu avait le droit de punir , mais en ce sens que Dieu était obligé de détruire de tels êtres, afin d’empêcher qu’ils ne devinssent plus malheureux, et n’en entraînassent encore des multitudes d’autres dans le malheur... C’est la pensée qu’il ne faut jamais perdre de vue, lorsqu’il s’agit de la Providence de Dieu et des maux qu’il permet.
Le deuxième fut que, beaucoup, réduits à l’extrémité, repoussés jusque sur les sommets par les eaux et voyant engloutir leurs possessions, leur famille, leurs lieux de plaisirs, et ne conservant plus aucune espérance, finiraient par s’épouvanter, comprendraient leur aveuglement, se repentiraient, demanderaient pardon et sauveraient ainsi leur âme. Et saint Bernard, dans son Apologie de la croisade qu’il avait prêchée et qui avait si mal réussi, malgré tant de miracles par lesquels Dieu avait confirmé sa parole, n’hésite pas à affirmer que les mal-
heurs mêmes de la croisade sauvèrent beaucoup d’âmes qui auraient été perdues sans ces malheurs... « De même, dit-il, que cela arriva au déluge » , car jamais la miséricorde de Dieu ne peut être prise en défaut.
Le troisième, que le souvenir de cette terrible punition contribuerait à tenir dans le devoir et le respect des lois naturelles le nouveau peuple qui naîtrait de Noé, et c’est là ce qui est arrivé dans une certaine mesure.
Et que si, insistant encore, nous croyons ne pouvoir admettre un tel holocauste de la vie humaine, nous observerons que, sans parler de Sodome et de Gomorrhe, et de tant de massacres d’hommes et de destructions de villes, relatés par l’Écriture Sainte, le cours ordinaire des choses amène, dans le monde, mille catastrophes tout aussi terribles que le déluge pour ceux sur lesquels elles tombent. Les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les affaissements de terrain, les cyclones ont cent fois détruit des populations entières ; que serait-ce si nous rappelions les malheurs de main d’homme, tels que les guerres, les invasions, les incendies, les pillages, les supplices, les pestes, les famines et mille autres horreurs. Et il est bon qu’il en soit ainsi, car si l’homme n’était pas sans cesse ramené à la pensée de la brièveté de la vie, par tant de cataclysmes, il oublierait bien vite que la terre n’est pas sa patrie.
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§ 131. Que la croyance universelle prouve la vérité du
déluge biblique.
Il est encore une preuve, qu’il n’est pas permis de négliger; c’est la croyance du genre humain tout entier à ce cataclysme universel. On ne trouve pas un seul peuple, ayant des traditions ou des livres, qui n’ait conservé l’histoire d’un déluge; histoires incomplètes sans doute, et même déformées, mais qui n’en sont pas moins une affirmation. . . C’est ainsi que chez les Grecs nous trouvons un récit du déluge, presque semblable à celui de la Bible ; seulement le nom de Noé est changé en celui de Deucalion et il n’y est question que de la Grèce; mais peu importe, il faut conclure tout simplement, de là, que l’écrivain ne connaissait que la Grèce, ce qui est facile à supposer, ce pays étant une presqu’île; d’ailleurs, nous avons vu plus haut qu’un déluge partiel n’était pas possible.
Enlin, il est des faits matériels qui prouvent incontestablement une inondation générale de la terre : c’est d’abord la congélation, dans les glaces du pôle, de nombreux animaux des pays chauds, tels que les éléphants. Or, comment les cadavres de ces animaux pourraient-ils se trouver pris dans les glaces s’ils n’y avaient pas été transportés par les eaux ? Ce sont, ensuite, des amas d’os et de débris de toute sorte, réunis dans de vastes cavernes où ils ne peuvent également avoir été transportés que par les eaux... Nous appuyant donc sur l’Histoire Sainte,
sur le consentement général du genre humain, sur des observations scientifiques suffisantes et sur les considérations morales et philosophiques que nous venons de faire, nous croirons fermement au déluge sans nous arrêter devant certaines choses inexplicables à la science humaine, nécessairement si bornée.
§ 132. Ce que fit Noé après sa sortie de l’arche et qu’il reçut de Dieu de nouvelles instructions.
Cependant, après cent cinquante jours, Dieu se souvint de Noé et de tout ce qui était dans T arche avec lui ; il souffla sur la terre et les eaux commencèrent à diminuer, et enfin, plus d’une année s’étant écoulée, Noé et ses enfants sortirent de l’arche le vingt-septième jour du second mois.
A peine délivré, Noé, n’oubliant pas qu’il doit à Dieu son salut, s’empresse de lui rendre grâces et de se consacrer de nouveau à lui, en offrant de nombreux sacrifices. Alors, selon la parole de l’Écriture Sainte, Dieu semble ému d’amour envers son serviteur et ses enfants. « Je ne maudirai plus la terre à cause des hommes , dit-il, car les sens et les pensées du cœur humain sont prompts au mal dès la jeunesse; je ne frapperai donc plus ainsi tout être vivant , et la terre donnera régulièrement ses fruits. Croissez et multipliez et remplissez la terre, dit-il encore à Noé et à ses fils; tous les animaux du ciel et de la terre et des eaux sont sous votre puissance et trembleront devant vous, et tout ce qui a vie vous servira
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de nourriture, tout aussi bien que les fruits de la terre ; cependant, vous ne mangerez pas la chair avec le sang, car je réclamerai le sang ou la vie de l’homme, de tout animal ou de tout homme qui l’aura répandu, car l’homme a été créé à l’image de Dieu. Et moi, dit de nouveau Dieu à Noé et à ses fils, je ferai un pacte avec vous et avec vos enfants ; je ne détruirai plus le monde, comme je l’ai fait par un déluge ; et l’apparition de l’arc-en-ciel dans les nuées, lorsqu’il va pleuvoir, sera le signe qui vous rappellera ma promesse. »
La permission donnée par Dieu de manger de la viande, n’est pas une raison pour croire que les hommes n’en mangeaient pas avant le déluge ; il est au contraire plus sage de penser qu’ils en avaient étrangement abusé et que Dieu ne fit qu’autoriser, à regret, ce qu’il vit impossible d’empêcher, car manger ces viandes sanguinolentes est évidemment une chose tellement basse, qu’on ne peut croire que ce soit là une nourriture qui convienne à un être doué d’aussi nobles et délicates aspirations que l’est l’homme.
En permettant aux hommes de manger de la viande, Dieu fît ce que fait aujourd’hui l’Église, quand elle concède le gras pendant l’avent et le carême, ainsi que le samedi : c’est afin de supprimer le péché d’une multitude de personnes, sans respect pour ces prescriptions.
§ 133. Après le déluge. — Destinées différentes des fils
de Noé.
Cependant Noé et ses trois fils, Sem, Cham et J aphet commencèrent à cultiver la terre et ils plantèrent la vigne. Alors il arriva, soit par accident, soit parce que la force de la liqueur fermentée qu’on tire du raisin était encore inconnue, que Noé s’enivra. Son fils Chain, le voyant dans cet état, se moqua de lui ; Sem et Japhet s’empressèrent, au contraire, de couvrir leur père d’un manteau et quand Noé se réveilla, apprenant ce qui s’était passé, il maudit la race de son fils Cham. « Que Sem soit béni, dit-il; que Japhet se multiplie et que les enfants de Cham soient leurs esclaves. » Inspiré de Dieu, Noé entrevoyait d’un regard prophétique ce qui existe encore de nos jours; après quatre mille ans, les enfants de Cham sont de partout esclaves et ils semblent même offrir des obstacles insurmontables à tout ce qui se fait pour les tirer de leur abjection.
Noé vécut trois cent cinquante ans après le déluge, et, ayant atteint neuf cent cinquante ans, il mourut. Ses enfants se multiplièrent rapidement et probablement, après avoir à peu près peuplé les pays arrosés par l’Euphrate et le Tigre, ils sentirent le besoin de s’étendre au delà, en traversant les mers ou les montagnes, mais, avant de se séparer, ils voulurent, pour éterniser leur mémoire, construire une vaste ville et un monument qui atteignît jusqu'au
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ciel, comme dit l’Écriture Sainte. Voulaient-ils, en même temps, se préparer un lieu de refuge contre un nouveau déluge, afin de pouvoir braver Dieu impunément? Il est difficile de croire que cette idée ait pu leur entrer dans la tête, car, à cette époque, les hommes devaient être déjà si nombreux qu’une tour, tant grande eût-elle été, n’aurait jamais pu en recevoir qu’un nombre relativement très petit.
Quoi qu’il en soit, Dieu, voyant les hommes élever ce monument d’orgueil, voulut leur faire comprendre la vanité de leurs pensées et leur dépendance, en les arrêtant par un moyen qu’ils ne pouvaient guère prévoir ; il changea subitement leur langue , c’est-à-dire que les descendants de Noé, qui jusqu’à ce jour s’entendaient parfaitement les uns les autres, se trouvèrent, tout à coup, ne plus se comprendre. Étonnés d’abord, ils ne tardèrent probablement pas à reconnaître la main de Dieu, et, se soumettant, ils se dispersèrent par toute la terre (ap. Création 1800, av. Jésus-Christ 2204).
On s’est souvent demandé comment ces peuples avaient pu aller peupler l’Amérique et les îles, car nous savons que partout où abordent nos vaisseaux, ils trouvent des hommes et même des monuments dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Mais ce sont là des questions toutes résolues pour ceux qui n’ont pas la sottise de ne faire dater la civilisation du monde que du xixe siècle ; il est clair que des hommes qui avaient su construire l’arche et des monuments dont nous admirons encore les restes sur les bords de l’Euphrate et du Nil, n’avaient pas
été en peine de se construire des vaisseaux aussi bons, dans leur genre, que les nôtres dans le leur.
§ 134. Que les hommes se corrompent de nouveau et se livrent bientôt à l’idôlatrie.
Cependant, ainsi divisée, la terre se repeupla; les sociétés se reconstituèrent et il semble, qu’avertis par tant de malheurs, les hommes auraient dû rester tidèles à Dieu et cependant il n’en fut rien ; oubliant la promesse du Messie, que devaient sans cesse leur rappeler les sacrifices qu’ils étaient tenus d’offrir, ainsi que l’observation du septième jour, ils se livrèrent de nouveau à tous les désordres. Ne sachant pas tenir leurs pensées élevées vers le Dieu invisible qui gouverne toutes choses, ils allèrent jusqu’à déifier certaines forces de la nature : le feu, les vents, l’eau ; et, pour représenter ces forces, ils firent des statues ayant généralement la forme humaine et leur offrirent des sacrifices; il arriva même, dans certains pays, que quelques hommes étant devenus très puissants, acquirent une telle influence, qu’après leur mort on les considéra comme des dieux.
Telle est l’origine probable de l’idolâtrie. Les trois dieux principaux, Jupiter, Neptune et Pluton, tous trois fils de Saturne, doivent être trois frères, devenus célèbres par leurs conquêtes (ou peut-être encore une déformation du mystère de la Sainte-Trinité.) Hercule, qui ressemble tant auSamson de l’Écriture, Thésée, etc., furent les demi-dieux de la Grèce. De plus, les hommes arrivèrent à placer dans le ciel
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des représentants de leurs propres passions, c’est ainsi qu’il y eut Bacchus, le dieu de l’ivresse ; Mercure, le dieu des marchands et des voleurs; Mars, le dieu de la guerre; Apollon, le dieu de la musique et des arts. Apollon était encore chargé de conduire le char du Soleil, que précède l’Aurore aux doigts de rose • puis c’est la chaste Minerve, fdle de Jupiter, dans laquelle il est difficile de ne pas voir des vestiges de la promesse de la Vierge qui devait sauver le monde. Minerve naît toute pure et tout armée du cerveau de Jupiter ; elle porte un bouclier qui la rend invulnérable, ainsi que ceux qu’elle en couvre ; l’olivier, symbole de la paix, lui est consacré. Au milieu d’un monde corrompu, sa chasteté est chantée par les poètes : on l’appelle souvent la Sagesse.
Mais ce qu’il y a de plus incroyable, c’est que l’humanité arriva à adorer des morceaux de pierres difformes, comme l’attestent les inscriptions étranges que portent ces pierres, dont plusieurs existent dans nos musées. Ces peuples si avancés qui devinrent bientôt les Grecs et les Romains, avaient les mêmes superstitions que les peuples sauvages de
nos jours ; ils attachaient le salut de l’Etat, leur santé et leur vie à la conservation de morceaux de pierre brute. Singulier travers d’esprit dont il ne faut pas trop nous étonner, puisqu’après dix-neuf cents ans de christianisme, nous en sentons encore le germe en nous... Quelle misère! combien nous devrions en être humiliés !
On comprend facilement qu’un tel culte, loin de
moraliser l’humanité, devait, au contraire, la cor-
rompre rapidement. Aussi Dieu désespère-t-il de nouveau du monde ; et cependant il avait pris tous les moyens pour conserver l’homme dans le bien, mais pour le sauver, il fallait absolument la vie, les exemples et la passion du Verbe fait homme. Il n’y avait rien à espérer de l’humanité, tant que l’Incarnation du Fils de Dieu ne lui aurait pas inoculé un nouveau sang; tant que les cœurs n’auraient pas été enfin touchés et ravis par les perfections et l’amour de Jésus-Christ.
LE PEUPLE HÉBREU
§ 135. Que Dieu voulut créer un peuple particulier pour annoncer au monde la venue du Sauveur et le recevoir.
Nous avons dit plus haut pourquoi la venue du Sauveur devait être retardée. Il fallait que l’homme connût, par des expériences multipliées, le besoin absolu qu’il avait d’un Sauveur, et ce sera là un des résultats principaux du déluge. Il fallait encore que la terre fût très peuplée, les États ou royaumes établis, les communications rendues possibles et les intelligences préparées; et, pour ce travail, il n’était pas trop de mille ans et plus ; Rome n’avait-elle pas besoin de sept cent cinquante ans de guerre pour plier sous son joug une partie de la terre, préparer la demeure du chef de cette grande Eglise qu’établira le Verbe fait chair, pour conserver et répandre son Évangile par toute la terre.
Mais un événement aussi extraordinaire que la descente de Dieu sur la terre, demandait une préparation plus grande encore. 11 fallait qu’au milieu d’un monde idolâtre et sans cesse bouleversé par les révolutions, il existât un peuple particulier si fortement constitué, qu’il pût résister à tous les malheurs, braver le temps, conserver intact le culte du vrai [Dieu, et offrir ainsi au Verbe incarné un
lieu où 11 fût attendu, où 11 pût naître, poser le pied et préparer sa mission.
Il fallait aussi que la vie tout entière de ce peuple, fût comme une prophétie et une image vivante du Sauveur; Dieu semble ne pas se contenter de l’airain et de la pierre, pour inscrire de tels événements, il veut la chair de l’homme, la chair de tout un peuple. Et ce grand dessein s’est réalisé à la face du ciel et de la terre. Ce peuple, sorti d’un seul homme, subsiste toujours le même pendant dix-huit siècles. Entraîné par son génie des affaires, nulle frontière ne l’arrête, il se plie à toute forme de gouvernement et tout en gardant sa langue propre, il les parle toutes et répand ainsi dans chaque pays la connaissance de ses prophéties et le respect de son livre sacré, de sa Bible; sa seule présence est une véritable révélation de la future venue d’un Sauveur, car ce grand événement est toute sa raison d’être, et il n’existe que pour le préparer.
Enfin, après avoir vu, sans le connaître, ce Sauveur ou Messie qu’il a tant annoncé et qu’il attend encore, ce peuple commencera une nouvelle série de siècles. Dispersé parmi les nations, il ne se mêlera à aucune, il conservera sa pureté de race, sa physionomie particulière. Et quelles que soient les changements qui s’opéreront autour de lui et les persécutions dont il sera l’obj et, il sera toujours là, toujours debout, témoin vivant des faits merveilleux dont il garde religieusement le souvenir, dans ses livres, dans ses traditions, dans sa langue. Après tant de siècles, nos savants ne se lassent pas encore
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de fouiller sesj archives, d’étudier’ ses livres, car tout y révèle la main de l’ÉterneL
Mais comment Dieu pourra-t-il former un tel peuple? Les nations existantes, déjà païennes et à moitié corrompues ne pouvaient lui servir, car il fallait un peuple entièrement nouveau, sans lien avec le passé ; en quelque sorte sans père ni mère ; sans frère ni sœur ; et c’est ce que Dieu va réaliser, en faisant naître ce peuple d’un seul homme, qu’il enlève à son pays, à sa famille pour le transporter au loin, errant, isolé, habitant sous la tente, loin de tout commerce avec les villes. Dieu cherchera donc un homme juste, digne d’être le père et le modèle du peuple prédestiné à une si grande mission et il le trouve en Mésopotamie, dans cet antique pays qu’arrosent deux grands fleuves : le Tigre et l’Euphrate. Les traditions veulent que ce soit là qu’était situé le lieu qui fut le berceau du genre humain.
§ 136. Qu’il importe de nous pénétrer de la vérité et de la vraisemblance des récits de la Bible.
Arrivé à ce point de l’exposé de la religion, une pensée nous arrête. Jusqu’à présent nous n’avons avancé à travers l’éternité et les siècles, qu’en raisonnant continuellement, en nous prouvant à nousmêmes tout ce que nous disions par la nécessité des choses et l’impossibilité qu’il en fût autrement, or voici que maintenant nous allons nous borner à un simple récit des événements les plus extraordinaires
et lesplus surnaturels qu’il soit possible d’imaginer. La vocation d’Abraham, ses rapports constants avec Dieu, puis l’histoire de ses enfants et petits-enfants, celle de Joseph, de Moïse, des Hébreux, histoires qui ne sont qu’une suite de prodiges et de miracles.
Or, nous le sentons, pour beaucoup le récit de la Bible n’est guère qu’une légende, respectable sans doute, mais dont l’antiquité, le changement des mœurs, les progrès de la civilisation et des sciences, ont singulièrement réduit la valeur; et, complètement éblouis et absorbés par les commodités et la beauté de nos villes, par les progrès de l’industrie, par la facilité des communications, nous considérons comme d’un autre monde ces patriarches assis sur la porte de leur tente, vêtus des étoffes primitives tissées par leurs femmes ou leurs servantes ; mangeant des pains cuits sous la cendre et exerçant avec simplicité les devoirs de l’hospitalité.
Mais, en vérité, ces différences dans la vie extérieure ont-elles donc une si grande importance? l’homme n’est-il pas partout l’homme, et les passions qui l’agitent sous la tente ne sont-elles pas exactement les mêmes que celles qui l’agitent dans les maisons fermées des villes? Qu’importe de voyager plus ou moins vite, d’être plus ou moins éclairé ou assis à une table plus ou moins bien servie ! Ce n’est pas en des choses d’aussi mince valeur que consiste la différence entre les hommes.
Après tout, des peuples entiers, des populations considérables, ont encore aujourd’hui exactement les mêmes mœurs et coutumes que du temps d’Abraham,
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résistent invinciblement à tous nos efforts pour les transformer et dédaignent nos perfectionnements, cependant, leurs chefs ne laissent pas d’être des hommes souvent très remarquables, avec lesquels notre politique est chaque jour obligée de compter.
Que si Dieu a choisi une tribu nomade pour accomplir ses desseins, c’est probablement parce qu’il trouvait dans ces tribus une stabilité et une pureté de mœurs qu’il aurait peut-être vainement cherchées dans les villes, car déjà, comme aujourd’hui, les villes devaient dévorer leurs populations et ne vivre que de l’immigration continuelle des campagnes. Ce n’était donc pas parmi leurs habitants, qu’il eût été possible de trouver une famille pouvant se perpétuer à travers de longs siècles et conserver intacts des traditions et des souvenirs.
Nous saurons donc lire cette histoire de nos ancêtres avec la même attention et la même foi que nous lisons tant d’autres histoires qui doivent nous intéresser infiniment moins, et qui ne portent certainement pas avec elles autant de titres d’authenticité qu’en portent les récits de la Bible. Quant à la différence des mœurs entre les patriarches et les nôtres, elle ne nous empêchera pas de nous appliquer à nous-mêmes les enseignements qui découlent de leur conduite et de leurs rapports avec Dieu.
§ 137. Vocation d’Abraham, père du peuple [qui sera le
peuple de Dieu.
A l’époque qui nous occupe vivait donc, en Mésopotamie, une nombreuse famille dont l’Écriture Sainte nous a conservé la généalogie avec soin ; elle descendait en ligne directe deSem. Deux cent vingtdeux ans après le déluge, le chef de cette famille était Tharé, fils de Nachor qui était fils de Sarug. Tharé avait trois fils : Abram, Nachor et Aran.
Abram avait épousé Sara, mais Sara était stérile; c’est cependant sur lui que Dieu jette les yeux pour l’accomplissement de ses desseins. lia soixante-quinze ans, il n’a pas d’enfants ; peu importe ! il n’en sera que plus évident que ce qui va se passer est bien une œuvre divine1.
Dieu apparaît donc à Abram : « Sors de ton pays , lui dit-il , sors du milieu de ta parenté et de la maison de ton père et viens dans la terre que je te montrerai et je te ferai le chef d’une grande nation... En toi seront bénis tous les peuples de la terre... Et tu ne t’appelleras plus Abram, mais Abraham (c’està-dire père d’une multitude élevée). » (Gen. xn.)
1. Nous avons à remarquer ici avec quel soin l’Écriture Sainte nous donne les Généalogies. C’est peut-être là une des plus grandes preuves de sa véracité; les romanciers n’ont jamais donné la généalogie de leurs héros ou héroïnes. On ne ment pas ainsi. Comme il a été dit, avec raison, on ne s’avise pas de donner des ancêtres à une personne supposée et surtout des ancêtres remontant à de nombreux siècles.
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§ 138. Que la foi d’Abraham ravit le cœur de Dieu, et comment Dieu éprouve cette foi.
Abraham obéit, il n’hésite pas à quitter son pays, et, malgré son grand âge et la stérilité de sa femme, il ne doute pas non plus de raccomplissement des promesses qui lui sont faites, il sait que tout est possible à Dieu.
Cependant, avant de lui donner un fils, Dieu éprouve sa foi et saforce d’âme de diverses manières, il lui parle sans cesse, il lui envoie ses anges, accepte son hospitalité, le traite en ami; il entre même en conseil avec lui, avant de détruire les villes coupables de la Pentapole. . . Est-ce que je pourrais cacher ce projet à Abraham , dit Dieu se parlant à lui-même, à Abraham qui doit être le père d'un peuple grand et fort ?... Je sais qu'il ordonnera à ses descendants de garder mes commandements .. . Et sur la prière de son serviteur, Dieu se montre prêt à pardonner, si dix justes seulement se trouvent dans ces deux villes... Mais ces dix justes ne se trouvaient ni dans Sodome ni dans Gomorrhe, et l’épouvantable malheur de ces deux villes apprendra aux générations futures quelle punition mérite le désordre des mœurs.
Enfin naît le fils promis ; c’est Isaac. Il grandit : c’est sur lui seul que repose l’accomplissement des promesses divines. . . Il a déjà vingt-cinq ans. . . et voici que Dieu parle de nouveau à Abraham, et cette fois c’est pour lui demander de lui sacrifier ce fils unique. . . Pourquoi donc, ô mon Dieu, vous plaisez-vous à tour-
menter votre fidèle serviteur?... C’est qu’il faut qu’ Abraham serve d’exemple aux générations futures et que le peuple qu’il doit former, trouve en lui un exemple mémorable de la foi et de l’espérance que tout homme doit conserver, même au milieu des plus grandes contradictions.
Mais cette demande de Dieu avait un but encore plus élevé : Puisque Dieu donnait son Fils au monde ne fallait-il pas que, par un juste retour, le monde, lui-même lui donnât aussi son fils, le meilleur de son cœur, et c’est ce que fit Abraham, représentant à ce moment-là l’humanité tout entière; c’est ce que fera plus tard celle de ses filles qui sera la Mère du Sauveur : résignée et consentante, elle saura se tenir debout au pied de la Croix de son Fils, mourant dans les tourments les plus affreux.
Abraham obéit sans murmurer, sans un moment de doute. Après une douloureuse marche de trois jours pour atteindre le lieu du sacrifice, il lie luimême, sur le bûcher, la victime très aimée, et déjà son bras était levé pour frapper lorsque Dieu l’arrête et se déclare enfin satisfait. — Je reconnais maintenant que tu me crains, dit-il à Abraham, car , à cause de moi , tu ?ïas pas épargné ton fils unique. Deux mille ans après, Dieu ne devait pas épargner son propre Fils.
Ceci se passait en l’année 2135 de la Création ou 1869 ans avant Jésus-Christ. Dix ans après Sara meurt et le lieu de sa sépulture nous est encore montré par les habitants du pays: c’était à Mambré, près d’Hébron, dans la terre de Chanaan. Avant de
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mourir, Abraham marie son fils à une fille de sa race, à Rébecca, fille de Bathuel, qui était fils de Melcha, épouse de Nachor, frère d’Abraham. La mission de ce grand patriarche était achevée ; arrivé à lage de cent soixante-quinze ans, cent ans après son entrée dans la terre de Ghanaan, ayant déjà vu les fils d’Isaac, il meurt dans une bonne vieillesse , plein de jours , comme dit l’Écriture. Et Isaac l’ensevelit à côté de Sara. C’était l’année 2183 de la Création ou 1821 avant Jésus-Christ.
§ 139. Que les promesses faites à Abraham s’accomplissent
dans Isaac son fils.
Dieu confirme à Isaac les promesses qu’il avait faites à son père. Ses deux fils, Jacob et Ésaü, sont une figure des deux peuples séparés qui vont désormais exister sur la terre, et si, par erreur, Isaac donne sa bénédiction au cadet et non à l’aîné, il faut voir dans ce fait une prophétie de la destinée du peuple juif. Ce peuple est, en effet, comme le peuple aîné de Dieu, et pourtant il sera plus tard rejeté à cause de l’aveuglement de son cœur, tandis que les nations païennes recevront volontiers
l’Evangile ou bonne nouvelle que leur apporteront les disciples du Sauveur.
Jacob, à l’exemple de son père et de son grand-père, conserve la vie pastorale ; il habite sous des tentes, ne se fixe nulle part, et cependant, à cette époque-là, cette partie de la terre possédait déjà des villes et royaumes florissants, comme l’atteste la date de
fondation des empires d’Assyrie, d’Égypte et de Chine... Mais Dieu, comme nous l’avons dit, l’avait ainsi ordonné, afin de ne pas exposer son peuple naissant à la corruption fatale des grandes agglomérations.
Des songes préparent Jacob à sa mission : une échelle lui apparaît ; sur ce tte échelle montaient et descendaient des anges figurant les rapports du ciel avec la terre, et, à la suite de ce songe, Jacob reçoit la confirmation des promesses divines faites à son aïeul; une autre fois, il lutte jusqu’au matin avec un inconnu: cet inconnu était Dieu lui-même qui, en le quittant, lui dit: Désormais tu ne t'appelleras plus Jacob , mais Israël , c’est-à-dire fort contre Dieu. Cette lutte signifie la lutte intérieure que tout homme de foi est appelé à supporter, s’il veut éviter le mal, faire le bien et servir Dieu...
Jacob fut donc trouvé fort et digne de l’accomplissement des promesses. Il vit bientôt réunis autour de lui les douze fils qui doivent être les chefs des douze tribus, appelées à composer le peuple de Dieu. Alors commence l’histoire merveilleuse de ce peuple.
§ 140. Comment Jacob et ses enfants allèrent s’établir
en Égypte.
La famine et la singulière fortune de Joseph, un de ses fils, conduit Jacob et toute sa famille en Egypte, 1 706 ans avant Jésus-Christ. Objet de la bienveillance du roi qui est plein de reconnaissance pour
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les services que lui a rendus Joseph, Jacob s’établit en Egypte, dans la terre de Gessen et y continue la vie pastorale... Il y vit encore dix-sept ans, pendant lesquels il voit sa famille s’augmenter considérablement.
Enfin , se sentant près de mourir, il réunit ses fils autour de son lit, les bénit en prédisant à chacun la destinée de sa race, mais arrivé à Juda, sa voix s’élève : — Juda , dit-il, tes frères te loueront , ta main s appesantira sur la tête de tes ennemis et les fils de ton père /’ adoreront. O Juda , tu es comme un jeune lion; tu es allé au butin , tu te reposes comme un lion ou comme une lionne; qui osera te réveiller ? Le sceptre ne sortira pas de la tribu jusqu à ce que vienne CELUI qui doit être envoyé , CELUI qui est l’attente des nations... Prophétie dont nous voyous encore la réalisation sous nos yeux, car les juifs, c’est-à-dire les descendants de Juda, existent toujours et cependant l’autorité ou le sceptre leur a été enlevé depuis la venue du Messie.
Ayant achevé tout ce qu’il avait à recommander à ses enfants, Jacob joignit ses pieds sur son lit et il mourut: c’était 1689 ans avant Jésus-Christ et son corps, par les soins de Joseph, fut porté avec grande pompe dans la terre de Chanaan et enseveli dans un tombeau qu’il s’y était préparé depuis longtemps. Ces patriarches prenaient ainsi possession du pays qu’ils avaient promis à leurs descendants1.
1, Gen. xlix.
§ 141. Les Israélites en Égypte et leur départ.
Pendant deux cents ans, les enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob se multiplient dans la terre d’Égypte et ils y deviennent si puissants qu’ils s’attirent la jalousie des Pharaons. Ceux-ci, oubliant ce qu’ils devaient à leurs ancêtres, essayent de détruire les Israélites, en les accablant de travaux; mais que peut l’homme contre les desseins de Dieu? Aussi les Israélites continuèrent-ils à se multiplier, malgré les efforts de leurs persécuteurs1.
Enfin, le cri de son peuple affligé monte vers Dieu. Il suscite un homme qui doit le délivrer et le conduire jusqu’à la Terre Promise. C’est Moïse, dont la vie est une figure vivante de celle du véritable Sauveur. Moïse est miraculeusement sauvé des eaux par la fille même de Pharaon et l’éducation qu’il reçoit dans le palais de sa libératrice le prépare admirablement à sa mission... Le moment venu, il se présente devant le persécuteur de ses frères; il lui demande, de la part de Dieu, de les laisser partir pour le pays où ils doivent trouver le
1. On attribue généralement aux Israélites, réduits en esclavage, la construction d’une partie des magnifiques monuments anciens qui existent encore en Égypte. On a même trouvé des peintures murales représentant des Israélites fabriquant des briques mélangées de paille, sous la direction d’un Égyptien qui tient un fouet à la main. Quelques papyrus, qu’on a pu déchiffrer, parlent aussi de ce qui arriva aux Israélites en Égypte. Il y a peu d’années, un voyageur a découvert des manuscrits qui étaient des lettres où un ministre de Pharaon raconte à un ami absent les plaies dont furent frappées les Égyptiens. Le récit de la Bible est donc parfaitement confirmé par ces divers monuments historiques.
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repos. Pharaon refuse. Alors Dieu l’y contraint par dix plaies successives dont la dernière était la mort de tous les premiers-nés d’Égypte.
La veille, Dieu avait parlé à Moïse : Tu ordonneras à chaque famille , lui dit-il, de se préparer au départ , puis de prendre un agneau que le père égorgera lui-même et distribuera aux siens ; on mangera cet agneau debout , la robe relevée et les pieds chaussés , les bâtons de voyage à la main ; c'est la Pâque , le repas du passage. Et vous teindrez le seuil de vos portes avec le sang de l'agneau , car cette nuit T Ange de la mort passera et entrera dans toute maison qui ne sera pas marquée de ce sang... Et vous vous souviendrez de ce jour et vous le célébrerez de génération en génération var un culte sempiternel. Et lorsque vos fils vous diront: Quelle est donc cette cérémonie religieuse ? Vous leur répondrez : C'est la victime par laquelle nos maisons ont été préservées de la main du Seigneur lorsqu'il frappa les Egyptiens i.
En effet, le lendemain, les Égyptiens et leur roi, épouvantés de la mort de tous leurs premiers-nés supplièrent les Israélites de partir et leur laissèrent emporter de nombreux vases d’or et d’argent, ainsi que des vêtements. C’est au nombre de plusieurs millions que les Israélites commencent à travers le désert ce long voyage qui doit durer quarante ans, afin d’être comme une image de la vie humaine qui n’est réellement qu’un voyage pour arriver à la véritable Terre Promise, le Ciel...
1v Exode, xii.
Mais à peine les Israélites sont-ils engagés dans le désert que le roi d’Egypte se repent de les avoir lai ssé partir; il réunit donc son armée, s’élance à leur poursuite, les rejoint sur les bords de la mer R o u ge. A ce moment, il semble que les Israélites n’ont plus qu’à choisir entre la mort et une nouvelle servitude; déjà ils se désespèrent et s’épouvantent. Mais le Dieu d’Abraham veillait sur eux. A sa parole, Moïse étend sa main sur la mer, et ses flots, s’élevant comme des murs, livrent passage au peuple choisi et se referment sur les Égyptiens qui ont osé le poursuivre à travers les profondeurs de l’abîme.
§ 142. Comment les Israélites sont miraculeusement protégés et nourris dans le désert.
Les Israélites avaient emporté quelques vivres d’Égypte, mais ces vivres s’épuisent, l’eau manque, le peuple croit qu’il va périr, il regrette d’avoir quitté l’Égypte, reproche sa délivrance à Moïse; il oublie, comme il l’oubliera encore souvent que Celui qui l’a conduit dans le désert, est Tout Bon et Tout-Puissant et que même il ne se permet jamais d’éprouver bien longuement ses enfants.
Dieu se hâte donc de faire pleuvoir chaque matin une nourriture merveilleuse qui remplaçait surabondamment toutes les autres ; il fait sortir l’eau du rocher; d’autres fois, il adoucit l’eau salée des lacs qui se trouvent dans le désert; cette manne et cette eau figurent la divine nourriture que reçoit le chrétien dans le sacrement de d’Eucharistie, nourri-
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ture qui lui aide à traverser le désert de la vie.
Cependant Dieu, toujours père, ne se contente pas de donner à son peuple le strict nécessaire, il ne veut pas qu’il souffre trop dans ce long voyage, il l’abrite contre les ardeurs du soleil, par une nuée qui le suit, et qui, la nuit, devient lumineuse. Cette nuée représente la paix intérieure que Dieu donne à ses serviteurs, paix qui les rend heureux malgré la chaleur du jour, c’est-à-dire malgré les tribulations de la vie, et qui les éclaire dans leurs doutes et leurs tristesses... Il ira même jusqu’à leur «envoyer des cailles, lorsqu’il les verra trop fatigués delà manne... C’est ainsi qu’il ne refuse pas quelques consolations à ceux qui savent tout quitter pour lui...
Mais Dieu s’applique surtout à former son peuple, à le rendre capable de se conserver pendant des siècles ; il l’habitue à observer sévèrement le repos du septième jour en ne faisant pas tomber de la manne ce jour-là. Seulement il en tombait une quantité double le sixième, et tandis que la manne des cinq premiers jours de la semaine se corrompait d’un jour à l’autre, celle du sixième jour se conservait jusqu’à la fin du septième. Par là, Dieu enseignait à tous les siècles que nous devons observer le repos du septième jour, sans nous inquiéter de ce que nous mangerons ce jour-là, et une sanction sévère confirmait cette loi; car un homme s’étant permis de la violer, en ramassant du bois, Dieu ordonna de le lapider.
§ 143. Que Dieu a souvent à se plaindre de l’ingratitude
de son peuple.
Malgré tant de soins, Dieu a néanmoins souvent à se plaindre de son peuple, et nous le voyons le punir sévèrement, soit par des massacres qu’il ordonne, soit par des flammes qui sortent de terre et engloutissent les coupables, soit par la peste, soit par des serpents venimeux dont la morsure n’est guérie que par la vue du serpent cV airain que, sur l’ordre de Dieu, Moïse élève sur un arbre au milieu du camp. Arbre qui figure cet arbre sacré sur lequel sera attaché le Sauveur, qui délivrera le monde de la morsure du péché.
Pour l’instruction des générations futures, Dieu ne ménage pas son fidèle serviteur lui-même. Un jour, le peuple murmurait plus que jamais, se plaignant de ne pas avoir d’eau. Dieu ordonna à Moïse d’aller frapper le Rocher, afin d’en faire sortir un peu de cette eau tant désirée; Moïse, irrité des plaintes continuelles des Hébreux, ne se rend qu’avec regret à l’ordre de Dieu et semble douter qu’il puisse encore pardonner à ces ingrats... Pour cette seule hésitation, Dieu le prive du bonheur d’entrer dans la Terre Promise. « Parce que, dit-il, tu n’as pas cru en moi et n’as pas glorifié ma miséricorde devant les enfants d’Israël, tu n’entreras pas dans la terre que j’ai promise à mon peuple. »
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§ 144. Que Dieu profite du séjour de son peuple dans le désert pour confirmer ses lois et lui en faire solennellement jurer l’observation.
Cependant, au milieu de tant d’événements et de tribulations, les commandements transmis par Noé à ses fils pouvaient être obscurcis ou même oubliés ; Dieu les dictera donc de nouveau à Moïse. Il l’appelle sur la montagne du Sinaï, et lui ordonne de jeûner et de rester en prière pendant quarante jours... Et c’est seulement alors et au milieu des éclairs et des tonnerres que sont solennellement confiées à Moïse deux Tables de pierre, sur lesquelles Dieu a voulu inscrire, de sa propre main, les principaux commandements, et il accompagne la remise de ces Tables de nombreuses explications, ainsi que de menaces et de promesses.
« O Israël, dit-il, tu n’adoreras qu’un Dieu; tu ne te feras pas des idoles de bois, d’or ou d’argent ; tu observeras le repos du septième jour; tu sanctifieras ce jour; tu le célébreras de génération en génération comme un pacte entre Moi et toi, car j’ai fait la terre en six jours et mon œuvre a cessé le septième, et ce jour-là, je me suis reposé... Et si tu observes mes commandements, je marcherai au milieu de toi; tu seras mon peuple et je serai ton Dieu, le
Dieu qui t’a délivré de l’Egypte... Et la terre te donnera ses fruits en son temps, et une récolte ne sera pas consommée que la nouvelle t’arrivera... Et tes ennemis se dissiperont devant toi. Cinq des tiens
en poursuivront cent, et cent en poursuivront dixmille... Mais si tu méprises mes commandements... la pauvreté te visitera... C’est en vain que tu sèmeras, tes récoltes seront dévorées par tes ennemis, tu fuiras sans que personne te poursuive... Et si tu t’obstines dans ta prévarication, le ciel sera de fer pour toi et j’ajouterai les plaies par-dessus les plaies et je te disperserai parmi les nations... Et alors toi, qui ne voulais pas observer le sabbat dans ton pays, tu l’observeras dans les pays étrangers... Et considère qu’au jourd’hui je t’ai offert la vie dans le bien ou la mort dans le mal, et j’en prends le ciel à témoin, choisis donc le bien et tu vivras, et tes descendants vivront... Agis virilement, ne crains rien, sois plein de courage, car c’est moi ton Dieu qui serai ton chef1. »
Alors Moïse ordonna au peuple de se réunir sur les collines qui formaient une vaste vallée au pied du Sinaï. Chaque tribu se rendit à la place qui lui fut fixée. Qu’on se représente ces millions d’hommes rangés comme sur les gradins d’un immense amphithéâtre. Les Hébreux, remplis de foi et de crainte respectueuse par les innombrables prodiges dont ils avaient été témoins, se tenaient dans le plus profond silence.
Moïse commença par dicter aux scribes, afin qu’ils le lussent au peuple, tout ce que Dieu lui avait dit. Ensuite chaque article de la loi fut solennellement promulgué, et les chefs des tribus les transmettaient