‹ La religionChapitre 15 sur 30 · Lévit. xvi · texte numérisé non relu

Lévit. xvi

remarquer, dans les lois juives, le soin avec lequel Dieu règle tout ce qui est destiné à figurer la vie et la mort de Jésus-Christ : c’est que l’existence toute entière du peuple juif n’avait pas d’autre but que d’annoncer et de préparer la venue du Sauveur.

§ 146. Que Dieu donne aux Hébreux un code civil et

pénal.

Cependant Dieu ne se contente pas de donner aux juifs les lois religieuses, il voulut encore leur donner lui-même les lois civiles, c’est-à-dire les lois qui règlent les rapports des citoyens entre eux, afin que son peuple pût résister au temps, ce grand destructeur de tout ce qui est humain.

En effet, une société a, comme toutes choses, ses conditions d’existence et elle tombe si on les viole, de même que tombe une maison si on viole les lois de Y aplomb selon lesquelles elle est construite. Une société ne peut donc pas exister sans un ensemble de règlements ou de lois qui fixent la limite de la liberté, dit à chacun ce qu’il doit éviter et ce qu’il doit faire, afin de ne pas violer les droits de son voisin. Ainsi, par exemple, si j’ai le droit de bâtir une maison pour abriter ma famille, il est clair que je dois la bâtir de manière à ne pas enlever le jour à mon voisin, ou à empêcher la circulation. Il faut donc tout un code de lois, qui règlent les rapports des propriétaires entre eux d’abord, et ensuite, avec l’autorité chargée de

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veiller au bon ordre, et enfin avec les personnes qu’ils admettront dans leurs maisons.

Il en est de même pour les terres cultivées, pour la navigation des fleuves et des rivières, pour la pêche, pour la chasse, et des peines proportionnées à l’importance du délit, doivent accompagner chaque prescription. Ces peines devront même être très sévères et très graves lorsqu’il s’agira de protéger les droits, la propriété et la vie des citoyens; les peines iront jusqu’à l’emprisonnement, jusqu’à la mort violente, et ces peines sont absolument nécessaires, car, sans elles, on verrait bientôt lesméchants opprimer les bons, à ce point, que la vie deviendrait impossible.

Dieu voulut donner lui-même ces lois à son peuple, en entrant dans les plus grands détails, et, quoique les mœurs aient bien changé, on peut dire que les lois juives se retrouvent encore en germe dans toute législation.

Nous n’entrerons pas dans l’exposé complet de ces lois : ce serait trop long et inutile ; nous remarquerons seulement que, par condescendance pour les mœurs du temps, Dieu permit à son peuple d’avoir des esclaves ; cependant le juif lui-même ne pouvait être réduit en esclavage qu’à certaines conditions, qui adoucissaient infiniment cet état contre nature.

Pour maintenir les familles, les terres ne pouvaient être aliénées à perpétuité.

Enfin, non content d’avoir établi le repos du septième jour, Dieu établit encore des semaines ( ï années ,

et toute septième année était sainte ; et pendant cette année, on ne devait pas cultiver la terre, et ses produits venus sans culture étaient pour les pauvres. Il y avait aussi des semaines de semaines d’années, c’est-à-dire qu’après sept fois sept années ou quarante-neuf années, la cinquantième était sainte, c’était l’année du Jubilé. Les propriétés revenaient à leurs premiers possesseurs, les esclaves recouvraient leur liberté ; c’était un renouvellement universel à partir duquel chacun recommençait, en quelque sorte, sa vie et ses affaires. Il faut admirer cette loi, car elle contribua puissamment à la conservation du peuple juif, mais il semble qu’elle serait inapplicable aujourd’hui. Peut-être avait-elle aussi l’inconvénient d’amollir les âmes, en enlevant, à bien des vices, leurs conséquences naturelles.

Il y avait ensuite une foule de lois tendantes toutes à faire régner l’ordre, la paix et la charité. Les pauvres, les faibles, les femmes, les enfants étaient protégés contre les forts, par de nombreuses prescriptions, dont on ne saurait trop louer la sagesse, surtout si l’on se reporte aux législations si dures et si cruelles, qui régissaient les peuples de ce temps-là.

Quant à la forme général du gouvernement, c’est-à-dire au principe d' autorité, qu’il faut en résumé au sommet de toute société, l’intention de Dieu semble avoir été de conserver les juifs directement sous sa main, comme il les avait conservés depuis leur sortie de l’Égypte : ce fut ce qu’on appela le

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gouvernement des Juges , véritables délégués de Dieu lui-même. Mais nous verrons comment les juifs s’opposèrent bientôt à ce dessein paternel.

§ 147. Derniers jours de Moïse et sa mort.

Cependant Moïse, âgé de cent vingt ans, consacre ses derniers jours à donner des avisa son peuple, et de magnifiques cantiques nous ont conservé l’expression de ses humbles sentiments de reconnaissance envers Dieu. Enfin, sentant la mort s’approcher, il fit venir Josué qu’il avait, sur l’ordre de Dieu, depuis longtemps choisi pour lui succéder et, devant le peuple assemblé, il lui dit : « Aie du courage et sois fort, tu introduiras ce peuple dans la Terre que Dieu avait promise à leurs pères et tu la lui partageras. Le Seigneur sera avec toi et ne t’abandonnera pas, n’aie donc pas peur. » Et alors, élevant la voix, il invite les cieux à l’écouter: « Vous êtes ma force et ma gloire, ô mon Dieu, et c’est vous qui m’avez sauvé, et je vous glorifierai, ô Dieu de mon père, et je vous exalterai. Le Seigneur est comme un guerrier et son nom est tout-puissant. Il a englouti dans la mer Pharaon et son armée, et les abîmes se sont ouverts devant lui. Qui, parmi les forts, est semblable à vous, ô Seigneur ! vous avez étendu la main et la terre les a dévorés, et vous avez précipité dans la mer le cavalier et celui qui le portait ; vous m’avez gardé comme la prunelle de votre œil, et couvert de vos ailes, comme l’aigle qui invite ses petits à voler... Et toi, ô peuple aimé, tu laisseras

ton cœur s’endurcir et tu oublieras ce Dieu qui t’a engendré... Il m’est témoin que j'ai mis devant toi le bonheur dans le bien, le malheur dans le mal, et tu as vu tout ce que Dieu a fait pour toi; enseigne-le à tes enfants, et garde-toi, toi-même... » Et en achevant, il annonce, dans un langage prophétique, la destinée de chaque tribu.

Ensuite Moïse se fît porter sur la montagne Nebor d’où il aperçut enfin cette Terre promise dans laquelle il ne devait pas entrer lui-même. Et alors il mourut. Son corps fut enseveli dans la terre de Moab, près Phogor, et les Hébreux obéirent à Josué, auquel Moïse avait transmis l’Esprit de sagesse en lui imposant les mains, comme Dieu l’avait ordonné.

§ 148. Que l’histoire des Hébreux est l'histoire de chaque

homme en particulier.

Ces choses étant accomplies, les Hébreux s’établirent enfin dans la Terre Promise, après une suite d’événements et de combats que nous ne raconterons pas, parce que ce serait trop long, mais que l’on fera très bien de lire dans les Récits de la Bible, parce qu’on y voit, sous une forme sensible, et dans des faits matériels, la manière dont Dieu se conduit invisiblement avec nous, soit dans le gouvernement des choses publiques, soit dans le gouvernement de nos âmes.

Rien de plus beau que la simplicité et la confiance que Dieu réclame des Hébreux. Il leur montre par mille prodiges que c’est lui qui donne la victoire,,

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que c’est en vain que l’homme agit et combat, si Lui Dieu n’agit et ne combat pas avec lui; que si les événements dépendent en un sens en partie de l’homme, cependant Dieu a la main sur eux, et sait les faire tourner à notre bien, sans toutefois violer notre liberté.

On peut et on doit appliquer à l’action de Dieu sur les choses humaines, exactement ce que nous avons dit de l’action de la grâce sur nos âmes. Nous ne pouvons rien sans Dieu, et d’un autre côté Dieu ne peut rien sans nous. Gédéon, avec trois cents combattants, remporta la victoire sur une armée innombrable, mais encore fallût-il que ces trois cents hommes s’avançassent courageusement au combat. Plus tard David combattit Goliath avec une simple fronde, mais encore fallût-il qu’il eût assez de courage et de confiance en Dieu pour ne pas trembler devant la mort, et se présenter désarmé devant ce guerrier colossal... Ainsi en est-il de Judith, d’Esther,

de tous les héros et de toutes les héroïnes de l’Ecriture, de Joh lui-même qui est trouvé fort contre le malheur, et loue Dieu dans la mauvaise fortune tout aussi bien que dans la bonne.

La touchante histoire de Tobie nous montre que Dieu nous assiste d’une manière toute particulière, et que, par le ministère invisible de ses Auges, il nous conduit comme par la main à travers les mille péripéties de la vie, écartant les obstacles qui nous la rendraient trop dangereuse ou trop pénible, et nous ménageant les biens et les maux, dans une telle mesure, que nous ne nous découragions ni

ne nous exaltions, comme cela nous arrive si facilement dans la prospérité.

§ 149. Que nous ne devons pas nous étonner ou scandaliser des horreurs que relate l’histoire sainte.

Quand on lit la Bible, surtout à l’époque où nous sommes arrivés, on est choqué des massacres ordonnés par Dieu lui-même. Ainsi, par exemple, avant de s’établir dans la Terre Promise, les Hébreux durent anéantir presque complètement les sept peuples qui l’occupaient, détruire jusqu’à leurs troupeaux, raser leurs villes : les enfants eux-mêmes ne devaient pas être épargnés. Eh quoi ! dit-on, est-ce là l’œuvre d’un Dieu qu’on dit plein de miséricorde! Et l’on part de là pour n’accorder que très peu de foi à la Bible, et pour ne la considérer que comme une légende dans laquelle il ne faut guère voir que des figures ou des fables.

Deux observations suffiront pour faire tomber ce préjugé. D’abord, avons-nous vraiment le droit de nous étonner autant des massacres rappelés par la Bible? Ces massacres sont-ils donc particuliers au peuple juif? Est-ce que l’histoire de cette époque est autre chose qu’une suite de destructions, d’horreurs et de cruautés dépassant de beaucoup ce que nous sommes tentés de reprocher aux Hébreux?

L’histoire n’a jamais eu un mot de blâme contre Alexandre, et cependant qu’est en réalité sa vie, si ce n’est une suite de pillages, de massacres, de cruautés ! Un jour il ordonna de couper les pieds et les

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mains à deux mille prisonniers ; après le siège de Tyr, les arbres manquèrent pour le crucifiement des habitants, sans parler des supplices atroces auxquels ce jeune roi livra ceux qui étaient soupçonnés de conspiration.

La cruauté des Carthaginois dépassait toute idée, celle des Orientaux était encore plus grande si c’est possible, les monuments en font foi. Ils nous représentent des rois crevant eux-mêmes les yeux à d’innombrables prisonniers. Marius, consul romain, massacre deux cent mille Cimbres qui menaçaient l’Italie... Telle était, pour ainsi dire, la loi de l’humanité! Comment dès lors les Hébreux y auraient-ils échappé?

Ils l’auraient dû, reprend-on, puisqu’ils étaient le peuple de Dieu! C’est vrai, Dieu aurait certainement pu défendre ces massacres, mais sa Sagesse providentielle, qui connaît le fond des choses, ne le lui permettait pas.

En effet, par suite de la prospérité et de la décadence dont le temps frappe toutes les choses de ce monde, il arrive qu’il finit presque toujours par se glisser chez les peuples de tels vices, que ces vices les mèneraient rapidement à leur ruine si de grands malheurs ne venaient pas les rappeler au sentiment de leur devoir. Il est même des vices tels, qu’ils s’étendent fatalement à la manière de véritables chancres, pourrissent les populations, et, leur enlevant toute énergie, tout amour du bien et toute vie, les conduisent à la mort.

Ceci étant, il est clair que Dieu doit supprimer

sans pitié ceux qui sont atteints de ces vices, par la même raison que le chirurgien n’hésite pas à couper, chez son meilleur ami, le membre gangrené qui menace tout le corps de la plus triste destruction, et son ami le remercie.

Or, les peuples dont Die u ordonna l’anéantissement étaient arrivés à un tel état de corruption, qu’il eût suffi que les Hébreux en aient conservé quelques membres pour être bientôt eux-mêmes infestés. Et si Dieu ordonna même la destruction des troupeaux, des meubles, c’est qu’il ne voulait pas que le moindre objet pût rappeler de telles horreurs à son peuple. « Que ce crime, dira plus tard saint Paul, ne soit pas même nommé parmi vous! » C’est ainsi que les parents sages éloignent à tout prix de leurs enfants l’ami qui pourrait les scandaliser, ou les tableaux et livres déshonnêtes; et ceux qui ne le font pas savent bientôt ce que leur coûte leur condescendance ou leur aveuglement.

En ordonnant la destruction des peuples de la terre de Chanaan, Dieu ne fit donc que pourvoir sagement au bien général du monde... tel ce général qui est souvent obligé de sacrifier un corps entier de son armée, quelquefois le meilleur, pour sauver le reste... douloureuse et cruelle détermination, et cependant c’est son devoir...

Mais la destruction des sept peuples occupant la Terre Promise nous donne encore une autre leçon, c’est que nous ne pouvons entrer dans la vie spirituelle, c’est-à-dire dans la vie des enfants de Dieu, sans détruire d’abord en nous les sept vices prin-

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cipaux qui empêcheraient et détruiraient tout bien, si nous les laissions nous dominer. Qu’est la mortification chrétienne, si ce n’est précisément la mise à mort de nos défauts, de nos penchants mauvais, de notre égoïsme, en un mot de tout ce qui pourrait nous empêcher d’être bons, charitables, aimants, pieux, dévoués, sacrifiés... Et les malheurs amenés par les vices sont mille fois plus terribles que les souffrances que peut nous imposer la lutte contre eux, de même que les malheurs qui seraient résultés de la conservation des peuples de la terre de Chanaan, eussent été mille fois plus horribles que leur destruction. L’histoire du monde entier est là pour nous l’apprendre.

§ 150. Le peuple juif, les juges et les rois.

Le premier gouvernement des Hébreux dans la Terre-Promise fut, comme nous l’avons dit, un gouvernement thêocratique , c’est-à-dire complètement et visiblement sous la main de Dieu, qui était représenté devant le peuple par des simples délégués nommés Juges... Les plus célèbres furent Josué, Gédéon, Jephté, Samson... Mais en ce monde rien ne reste longtemps dans le même état, et surtout dans sa perfection première ; les Hébreux se lassèrent bientôt de la faiblesse de leurs chefs. Héli ne sut pas réprimer les écarts de ses fils. Samuel, son successeur, rendit un moment quelque gloire à Israël ; mais, devenu vieux, il transmit son pouvoir à ses

fils, et ceux-ci , dit l’Écriture, se laissèrent aller à

l'avarice , ils acceptèrent des présents et vendirent la justice.

Alors les plus âgés d’entre les Hébreux se rendirent auprès de Samuel, et lui dirent : Voici que tu as vieilli et tes fils ne marchent pas sur tes traces ; donne-nous un roi , afin qu'il nous gouverne , comme cela est chez toutes les autres nations. Samuel leur montra les inconvénients de la royauté... Le roi prendra à son service vos fils et vos filles , il vous fera payer la dîme sur vos troupeaux , sur vos moissons et vous viendrez vous plaindre de ce que vous avez un roi , mais Dieu ne vous écoutera pas , parce que c'est vous qui l'aurez demandé. Le peuple ne voulut pasécouter Samuel, et alors un roi lui fut désigné. C’était le fameux Saül qui fut lui-même peu fidèle à Dieu, et vit transférer sa couronne à un jeune berger remarquable par sa simplicité, son courage et sa confiance en Dieu. Un jour David n’avait pas craint, de s’avancer seul et sans autre arme qu’une fronde, contre un Philistin colossal, qui était venu insulter et défier les combattants d’Israël... Mais en passant il avait choisi, dans le torrent, cinq petites pierres très polies : ces cinq pierres étaient la figure des cinq plaies du futur Sauveur du monde.

David, devenu roi après la mort de Saül, combattit pendant quarante ans les ennemis du peuple de Dieu. Ses malheurs, le repentir de ses faiblesses et sa confiance en Dieu, tirèrent de son cœur et de ses lèvres les cent cinquante Psaumes ou Poèmes admirables que le monde entier se chante ou se

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récite depuis plus de trois mille ans, pour se consoler dans ses douleurs, s’encourager dans ses tristesses, et toutes les croyances les ont adoptés, comme l’expression la plus parfaite des plus nobles, des plus touchants et des plus pieux sentiments.

David meurt dans une extrême vieillesse : son fils Salomon hérite de la gloire de son père, et arrive lui -même à une prospérité dont l’Orient conserve encore le souvenir, mais dans sa vieillesse, il se laisse aller au mal, et au culte des faux dieux, cette chute déplorable apprend au monde que toute sagesse humaine est fragile, si elle s’éloigne de Dieu.

Salomon est puni dans ses fils ; son royaume se divise; deux tribus seulement restent fidèles, et alors commence cette triste histoire du peuple de Dieu, qui ne se compose guère que de ses fautes et de ses malheurs... Au reste, peut-être, fallait-il qu’il en fût ainsi, car ce n’est pas la prospérité, mais la douleur qui fait les cœurs forts, qui développe les volontés et les vertus, qui, en un mot, fait les hommes. ..

JÉSUS-CHRIST

§ 151. Coup d’œil sur l’histoire du monde avant Jésus-

Christ.

Avant de commencer l’histoire de Jésus-Christ, il convient de jeter un coup d’œil sur l’état du monde, sur ces peuples innombrables qu’il vient arracher à leur ignorance, à leur grossièreté de vie, au malheur en un mot, pour les mettre sur le chemin du vrai bonheur.

L’histoire ne nous a presque rien conservé au delà des grands empires dont Babylone et Ninive furent les capitales. Ces empires aspirèrent souvent à la conquête du monde, ils poussèrent leurs armées jusqu’en Égypte, peut-être plus loin. L’un d’eux comptait cent vingt provinces. Cette prospérité elle-même causa leur perte, ils tombèrent rapidement sous les coups des Perses et des Mèdes.

Mais ceux-ci s’énervèrent bientôt à leur tour ; les historiens nous ont conservé le souvenir de l’incroyable luxe que déployaient leurs rois jusque dans les armées ; la magnificence de leurs palais et le désordre de leurs mœurs dépassèrent tout ce qu’on peut en dire. Ils se jouèrent de toutes les lois divines et humaines en réunissant autour

JÉSUS-CHRIST

d’eux de véritables troupeaux de femmes et d’esclaves uniquement voués à leur plaisir.

Aussi deux cents ans se sont-ils à peine écoulés depuis la conquête de Babylone par Cyrus, qu’Alexandre de Macédoine n’a qu’à paraître pour fonder, sur les ruines de l’Asie, le plus grand des empires. La course victorieuse du jeune conquérant est si rapide que, dans son ambition de jeune homme, il craint un instant que la terre manque à sa gloire.

En effet, la terre fit silence devant lui, selon la frappante expression de l’Écriture... Mais il s’éleva dans son cœur... se mit dans son lit et mourut... La mission dont il était évidemment chargé n’avait demandé que douze années1.

La main providentielle de Dieu se laisse apercevoir au milieu du désordre apparent de ces événements. Plusieurs fois emmené en captivité à la suite de ses guerres avec Ninive, Babylone et l’Égypte, le peuple juif en est toujours délivré par des événements dans lesquels il était forcé de reconnaître l’assistance divine. Au reste, ces captivités n’avaient pas seulement pour but la conversion des juifs, elles servaient encore à faire connaître aux païens les Livres saints, et la promesse d’un Sauveur. Les juifs sages et pieux ne tardaient pas à être un objet d’admiration pour leurs maîtres eux-mêmes ; Daniel, Tobie, Mardochée, Esther en sont les plus mémorables exemples. C’est encore ainsi que l’on voit le

d. Machab. J. Gonstituit prælia multa, et interfecitreges terræ... et siluit terra in conspectu ejus... et exaltatum est, et elevatum cor ejus... et post hæc decidit in lectum, et... mortuus est...

roi Ptolémée d’Égypte réunir autour de lui soixante et dix docteurs juifs, qu’il charge de traduire en grec la Bible tout entière. C’est ce qu’on appelle la Traduction des Septante : nous la possédons encore.

Les événements qui se passaient à la même époque dans la Chine, dans les Indes, dans la Tartarie, dans les Amériques, etc., nous sont moins connus, mais l’on ne peut douter qu’ils ne soient également des guerres et des révolutions avec alternative d’années de paix et de corruption... Et ce sont probablement ces guerres qui ont rejeté au delà de la mer Caspienne et du Caucase des débris de population qui, se développant dans les vastes solitudes de la Russie et de la Germanie, formèrent ces innombrables barbares, que nous rencontrerons bientôt envahissant les Gaules et tout l’Occident.

§ 15 ±. Que la fondation de Rome porte des marques certaines de l’action providentielle.

Cependant, à travers ces révolutions, Dieu conduisaitpeu à peu le monde à l’état où il désirait le voir pour la venue du Messie... Douze cent neuf ans avant Jésus-Christ, le crime de Paris, fds de Priam, roi de Troie, amène sous les murs de cette ville célèbre les rois grecs conjurés, pour venger l’honneur deMériélas; ils s’emparent de cette ville après un long siège... Et c’est un prince troyen, le pieux Énée, qui, fuyant sa patrie avec quelques compagnons, va fonder en Italie un peuple qui, cinq cents ans plus tard, sera le peuple romain.

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Romulus et Rémus, dont l’origine se perd dans les fables, furent les fondateurs et les premiers rois de Rome. Tout est, merveilleux et providentiel dans les commencements de cette ville : elle est fondée sur sept collines, les dieux président à son établissement; Numa, son second roi, lui donne de sages lois qu’il prétend tenir d’une divinité ; il établit un culte savant, quoique reposant sur les erreurs mythologiques... Et il est difficile de ne pas s’étonner de trouver dans ce culte les Vestales, vierges chargées de conserver le Feu sacré. Rome prend déjà le titre de Sainte : Urbs aima ; ses armées ne marchent jamais qu’à la suite d’étendards, portant l’image des dieux et après avoir consulté les entrailles des victimes sacrées.

En combattant et mourant pour sa patrie, le Romain croyait obéir à une puissance supérieure... Aussi ne se décourage-t-il jamais, même au milieu des plus grandes calamités ; et tandis que certains peuples mettent à mort leurs généraux vaincus, lorsque le consul Varron rentre à Rome après la plus désastreuse des défaites, le Sénat va à sa rencontre et le remercie, parce qu’il n’a pas désespéré de la république.

Sous un tel gouvernement, Rome ne tarda pas à être maîtresse de toute l’Italie. En 264, elle rencontre les Carthaginois en Sicile, et Carthage devient pour elle une rivale qu’il faut détruire à tout prix... En effet, Carthage détruite, les conquêtes de Rome sont incessantes ; elle subjugue successivement l’Afrique, l’Espagne, la Grèce, la Macédoine, les

provinces Illyriennes; elle passe en Asie, et ne s’arrête qu’au delà de l’Euphrate.

La Judée, l’Arabie, l’Égypte, l’Éthiopie deviennent des provinces romaines. Un grand homme, César, rêve la conquête des Gaules ; il y consacre dix années, après ces dix années, la puissance de Rome était reconnue jusque dans le nord des îles Britanniques, jusqu’au delà du Rhin et du Danube.

Mais alors Rome se voit elle-même déchirée par ses propres enfants ; ceux qui ont concouru à sa gloire aspirent à en profiter, et après les guerres civiles les plus épouvantables, un seul homme, Octave, neveu de César, se trouve le maître obéi et respecté de cet immense empire, et, pour la première fois depuis sept cent cinquante ans, on voit se fermer les portes du temple de Janus, qui devaient rester ouvertes quand Rome faisait la guerre...

§ 153. De l’état moral et religieux du monde romain.

Quant à l’état moral et religieux de l’empire romain, on peut dire que si Rome avait conquis tous les peuples, elle en avait aussi conquis toutes les erreurs et tous les vices. C’est ainsi que l’on vit s’introduire successivement à Rome le culte des plus affreuses divinités de l’Afrique et de l’Orient. Apeine oserait-on les nommer, tellement l’homme a été ingénieux pour excuser ses déportements et justifier ses passions, en les attribuant à la fatalité des choses, en les déifiant , c’est-à-dire en les considérant comme origine et fin de tout. Aussi n’essayerons

JESUS-CHRIST

nous même pas de donner une idée de la dépravation des mœurs romaines, à l’époque où nous sommes parvenus; cette dépravation dépassait toute idée.

D’ailleurs, deux faits suffiraient pour déshonorer à jamais les civilisations antiques. C’est d’abord l’état d’abaissement des femmes : nous en avons déjà fait ressortir les malheureuses conséquences et l’absurdité en parlant des suites du péché originel. Chez les Romains, il est vrai, la femme, en tant que mère, avait encore certains droits, et c’est probablement à cette circonstance que Rome dut la plupart de ses grands hommes. Que sont les hommes, en effet, si ce n’est ce que les font leurs mères? Aussi l’histoire romaine nous a-t-elle conservé le nom de plusieurs femmes illustres par leurs vertus et leur courage, surtout dans les premiers temps de la république, mais sous les empereurs, leur dépravation surpassa celle des hommes.

Le second crime des sociétés anciennes fut Y esclavage, c’est-à-dire le droit que se reconnaissaient les plus forts de réduire les faibles, les vaincus surtout, à l’état de simples bêtes de somme, n’ayant aucun droit, ne méritant aucun égard. L’esclave, selon le droit romain, n’était plus une personne , mais une chose . Son maître pouvait faire ce qu’il voulait de lui, le torturer ou le tuer, sans que la loi eût rien à y voir. On força bientôt ces malheureux à se battre entre eux comme de vils animaux, pour l’amusement du peuple romain : ce fut ce qu’on appela les combats de gladiateurs ; la plus grande horreur qui, peutêtre, se soit jamais vue. Les prisonniers de guerre

devenaient tous esclaves, comme cela se voit encore en Afrique. Les vainqueurs se les partageaient entre eux, ou les vendaient au marché comme du bétail, et les lois les plus sévères et les plus cruelles tenaient dans la crainte et le respect ces multitudes dont le nombre dépassait celui des citoyens libres.

Cependant, malgré ces horreurs, les Romains concourent de deux manières à l’accomplissement des desseins de Dieu. En réunissant sous un seul gouvernement tant de peuples divers, en construisant des routes qui sillonnaient en tout sens leur immense empire, ils faciliteront évidemment, dans une large mesure, la diffusion de la vérité, car les Apôtres ou Messagers du Sauveur se serviront de ces longues voies , que Rome croyait ne construire que pour transporter ses légions jusqu’aux extrémités de la terre.

La conquête romaine eut encore cet important résultat de donner à tous les peuples une langue uniforme, et de plus une langue savante, possédant les mots nécessaires à la formation intellectuelle et à X intelligence de la vérité. Rome fit en quelque sorte l’éducation du monde, elle lui donna ces notions philosophiques et ces connaissances préliminaires sans lesquelles l’esprit humain serait resté dans une inertie ou obscurité qui ne lui aurait pas permis de saisir les vérités élevées que le Sauveur apportait à la terre. Cela est si vrai, qu’après dix-neuf siècles, il n’y a encore que les pays latinisés qui aient accepté la Religion chrétienne, et surtout qui l’aient conservée.

Les Romains humanisèrent le monde, a-t-il été

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dit avec raison, c’est-à-dire ouvrirent et éclairèrent les intelligences des populations ignorantes, auxquelles ils imposèrent leur joug, leurs coutumes et leurs écoles.

§ 154. Que le Messie ou Sauveur du monde était l’objet de l’attente et des désirs de la terre.

Après ce long travail de quarante siècles, opéré sous l’œil de Dieu, se servant des passions humaines pour l’accomplissement de ses desseins miséricordieux, le monde semblait donc aussi bien préparé qu’il pouvait l’être à recevoir son Sauveur, et tout disait que l’époque indiquée par les prophètes était enfin arrivée. Le sceptre était sorti de Juda1 car ce n’était plus un descendant de David qui régnait à Jérusalem, et l’on était au milieu de cette septanticme semaine d'années si clairement annoncée par Daniel.

Appuyés sur de vieilles traditions, peut-être même sur les livres Sybillins, dont on ne peut complètement nier l’authenticité, les païens eux-mêmes étaient dans l’attente de quelque chose d’extraordinaire. Virgile, dans des vers célèbres, venait de prédire le retour de l’âge d’or sous le règne d’un enfant que, par flatterie, il attribue à Auguste : Que la naissance de cet enfant , dit-il, par qui ï âge de' fer va cesser et qui fera régner l'âge d'or par tout l'univers , soit l'objet de vos soins favorables , ô chaste Lucine.

D’ailleurs, il est incontestable que les lettrés de ce temps connaissaient l’Écriture Sainte ; comment, dès lors, supposer qu’ils ne s’arrêtaient pas devant

les textes si clairs d’Isaïe et des autres Prophètes? Tout, dans l’Écriture, serait resté inintelligible pour eux, s’ils n’avaient accordé aucune attention et aucune foi à ces prophéties. Quel sens, par exemple, aurait pu avoir pour eux le seul psaume xxi : Ils m'ont entouré comme des lions dévorants; ils se sont moqués de moi , fai été considéré comme un ver de terre; ils ont percé mes pieds et mes mains ... etc...? Il était évidemment impossible à des hommes éclairés, comme l’étaient les penseurs grecs et romains, de lire ce passage et mille autres semblables sans en chercher le sens ; c’est même probablement sous l’influence de ces préoccupations que les Athéniens avaient élevé un temple au Dieu inconnu , inscription dont un jour saint Paul se servira pour annoncer l’Évangile à ce peuple amoureux de nouveautés1.

Quant aux juifs, il est certain qu’il devait y en avoir un grand nombre qui s’appliquaient à chercher de bonne foi le véritable sens de ces Écritures, qu’ils devaient avoir sans cesse dans les mains. Siméon et Anne, que nous trouverons dans le Temple lorsque l’Enfant Jésus y sera présenté, n’étaient certainement pas les seules âmes pieuses qui attendaient le Messie.

§ 155. Qu’il convenait que le Sauveur du monde eût un Précurseur pour préparer les âmes.

Cependant l’arrivée du Sauveur devait être pré-

1. Act. Apost. xvii. In quà scriptum erat ignoto Deo. Quod ergo ignorantes colitis, ego annuntio vobis.

JÉSUS-CHRIST

parée d’une manière encore plus prochaine. Dieu suscite un homme extraordinaire, saint Jean- Baptiste. C’est lui qui sera le Précurseur ou héraut du Grand Roi. Tout est merveilleux en lui. Un jour que son père, Zacharie, offrait l’encens dans le Temple, un Ange lui avait annoncé sa naissance et Dieu lui avait indiqué le nom qu’il porterait, le nom de Jean. Dès le sein de sa mère il sera purifié de la tache du péché originel, par la visite de la future Mère du Sauveur, la Sainte Vierge Marie.

En effet, six mois après son apparition à Zacharie, le même Ange, l’Ange Gabriel se présente à une jeune fille de Nazareth, et la salue. Cette jeune fille se nomme Marie. Déjà consacrée à Dieu, malgré son mariage avec un homme juste, avec Joseph; toujours humble et craintive, Marie s’étonne de cette salutation. L’Ange alors la rassure et lui révèle qu’elle est appelée à être la Mère du Sauveur... Et à cet instant, on peut le croire, il semble que Marie eut une claire vue de la terrible mission qui lui était offerte. Elle sera, il est vrai, la glorieuse Mère de Dieu, mais, en même temps, la Mère des douleurs. Elle devra être comme le prêtre ou le ministre de ce sacrifice qui commencera dans la grotte de Bethléem pour se terminer sur le Calvaire, et il faudra qu’elle nourrisse de son lait et berce sur ses genoux un Fils unique et très aimé qu’elle saura d’avance destiné à mourir dans les supplices... Quelle vision pour une mère ! quelle femme accepterait une pareille croix !...

Mais, dans le cœur de Marie, la piété et l’amour

de Dieu l’emportent sur tout. Elle est la femme forte prédite par l’Écriture, elle sait mettre la volonté de Dieu et le salut des âmes au-dessus de tout, et elle accepte... Voici la servante de Dieu , dit-elle, c’està-dire, Dieu a parlé, çu il me soit fait selon sa parole. Me voici prête à tout souffrir, à tout sacrifier... Et quand, peu de jours après, Élisabeth, mère de Jean, la proclame Mère de Dieu, Marie se tenant toujours dans les sentiments de la plus humble et de la plus ardente reconnaissance, ne répond qu’en entonnant le Cantique sacré que répéteront à l’envi toutes les générations, et dans lequel elle déclare que c’est Dieu seul qui, malgré sa petitesse, a fait en elle ces grandes choses... Et tous les siècles la proclameront Reine des vertus, Rédemptrice du monde, Salut des peuples, Honneur du Ciel et de la terre, et elle sera bénie par-dessus toutes les femmes, parce qu’elle a agi virilement et n’a pas épargné son âme et son cœur1 !...

§ 156. Qu’il est important de bien comprendre qu’en Jésus-Christ, il y a deux natures mais une seule Personne.

Avant de raconter la vie du Sauveur et d’étudier les enseignements admirables qui sont tombés de ses lèvres, il importe excessivement de comprendre

1. Judith, xiii -xv . Tu gloria Jérusalem, tu lætitia Israël, tu honorificentia populi tui, quia fecisti virililer, et confortalum est cor tuum, non pepercisti animæ tuæ propter angustias et tribulationes generis tui.

JÉSUS-CHRIST

jusqu’au fond ce que veut dire cette parole : et le Verbe s'est fait chair et il a habité par nous. Ce qu’il faut d’abord bien nous persuader, c’est que, tout en étant Dieu, Jésus-Christ, est cependant homme et homme véritable ; c’est, que, s’il n’y a en lui qu’une personne , une seule personnalité, dans le sens où nous avons déjà expliqué ce mot, c’est-à-dire un seul moi , une seule existence, il y a d’un autre côté réellement en lui deux natures unies dans ce moi, dans cette personnalité : la nature divine et la nature humaine, et ces deux natures, tout en restant distinctes entre elles, ne font cependant pas deux êtres différents. Dans Jésus-Christ la nature divine reste donc avec toute sa puissance, toute son infinité, toute sa divinité, tandis que de son côté la nature humaine reste avec toutes ses faiblesses, toutes ses infirmités, toutes ses impuissances, toute sa faculté de souffrir.

De telle sorte, qu’en parlant de Jésus-Christ on peut dire que Dieu souffre, parce qu’en effet, lorsque Jésus-Christ souffre en vertu de sa nature humaine, Il souffre en réalité dans sa Personne divine, puisqu’il n’est qu’une seule personne et que les actes se rapportent à la personne1.

1. Symb. Athanasii. Est ergo fides recta ut credamus et confiteamur, quia Dominus noster Jésus Christus Dei Filius, Deus et homo est... Deus ex substantià Patris antesæculagenitus; et homo est ex substantia matris in sæculo natus. PerfectusDeus, perfectus homo, ex anima ralionali et humanâ carne subsistens... Unus omnino non confusione substantiæ, sed unitate personæ, nam sicut anima rationalis et caro unus est homo, ita Deus et homo unus est Christus.

Et nous ne saurions trop insister sur cette vérité fondamentale de la Religion, car la croyance à l’existence des deux personnes en Jésus-Christ fut une des premières erreurs qui se firent jour après sa mort. C’est encore l’erreur tacite de ceux qui sans cesse, s’excusent de leurs faiblesses et de leurs plaintes, en disant que Jésus-Christ ne souffrait pas autant qu’elles, puisqu’il était Dieu. L’existence de deux personnes en Jésus-Christ renverserait toute l’économie de la Rédemption et troublerait toute la vie chrétienne. En effet, s’il y a deux personnes en Jésus-Christ, alors chaque personne a sa nature, d’où il résulte : d’abord, que la nature humaine n’a pas été relevée, purifiée et fortifiée par son union avec la nature divine ; ensuite que les actes humains du Sauveur ne sont plus divins et d’une valeur infinie, puisqu’ils ne sont plus unis à la Divinité.

Mais la croyance à l’existence de deux personnes en Jésus-Christ, aurait encore une conséquence plus désastreuse, si c’est possible, car il en résulterait que la Sainte Vierge Marie ne serait plus la glorieuse Mère de Dieu. En effet, si la nature divine n’est pas unie à la même personne que la nature humaine, évidemment la Vierge Marie n’est mère que de la personne humaine... Dès lors, la nature humaine n’est plus exaltée et divinisée par son enfantement. Elle n’est plus la femme bénie entre toutes, élevée au-dessus des puissances célestes, réconciliant le Ciel avec la terre, rachetant la faute d’Eve, relevant toutes les femmes de l’état d’abjection auquel

JÉSUS-CHRIST

i’homme les avait réduites, et rétablissant ainsi l’ordre dans tout le genre humain.

Au reste, le cœur de l’humanité, sans peut-être bien le comprendre, ne s’est cependant jamais égaré sur ce mystère. Tous les peuples chrétiens se sont plus à honorer la Sainte Vierge d’un culte, qui parfois semble presque éclipser celui de son Fils. L’his-

toire rapporte qu’au v° siècle, la ville d’Ephèse fit éclater la plus grande joie et illumina ses rues et ses places lorsque les évêques réunis dans ses murs, condamnèrent Nestorius et proclamèrent solennellement Marie Mère de Dieu ; et ainsi en est-il de nos jours, toutes les fois qu’il s’agit de la gloire de la Très Sainte Vierge, les plus indifférents semblent alors se réveiller.

Une comparaison très simple fera facilement comprendre cette union de deux natures en Jésus- Christ. . . Nous sommes à la guerre : un corps d’armée est en marche à travers des chemins difficiles; les soldats se découragent, s’arrêtent, refusent d’aller plus loin... Que fait le général, s’il veut que ses soldats reprennent courage? 11 descend de cheval, saisit le fusil d’un soldat, se charge de son sac, marche à pied, se couvre de poussière ou de boue, se fatigue... Il est clair qu’à ce moment-là, il y a deux natures et deux vies différentes dans la personne de ce général... En effet, il n’y a bien toujours là qu’une seule personne, celle du général, et cependant cette personne a réellement en elle la nature du soldat, puisqu’elle marche et souffre comme les

simples soldats, et en même temps la nature du géné-

ral, puisqu’elle ne cesse pas d’être le chef de l’armée et de la commander. Ainsi en est-il de la personne sacrée du Sauveur; la nature divine et la nature humaine y sont réunies sans se confondre et sans se détruire.

§ 157. Que nous pouvons converser intimement avec

Jésus-Christ.

Jésus-Christ étant homme parfait, tout en étant Dieu, nous devons donc l’aimer comme nous aimerions un autre homme, un fils, un frère, un ami, et croire qu’il aime comme nous aimons, souffre comme nous souffrons; et pour converser avec Lui, pour profiter de ses paroles et de ses exemples, nous devons nous le représenter sous une forme en rapport avec l’état de notre âme ellemême ; tantôt sous la forme d’un petit enfant au regard un peu triste et pensif, tantôt sous celle d’un bel adolescent plein de vie1, se portant avec ardeur au travail, toujours prêt à rendre service, à partager ce qu’il a avec plus pauvre que lui, consolant sa mère, soulageant gaiement son père, soit enfin sous la forme d’un homme fait, les cheveux et la barbe couleur d’épis mûrs, comme dit sainte Catherine de Sienne, gracieusement sérieux, les mains toujours prêtes à bénir, s’attristant sur les maux qu’il aperçoit. La démarche de Jésus-Christ est grave ; on sent qu’il porte le monde, que la terre n’a nulle joie

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