Iste juvenis, a dit saint Augustin. Ce jeune homme
JÉSUS-CHRIST
pour Lui et que sa pensée, planant au-dessus des choses qui passent et des passions humaines, n’a d’autres vues que celle de l’Éternité et du bien des âmes.
Mais, ô Seigneur Jésus, qui pourrait parler convenablement de vous! qui pourrait vous peindre et vous raconter tel que vous êtes ! Il faudrait une plume d’or tenue par un Ange, et encore les expressions manquent-elles à nos langues terrestres pour exprimer vos perfections et vos amabilités infinies. Vous êtes le Lis de la vallée , c’est-à-dire la pure splendeur de la beauté parfaite dans la plus profonde humilité ; la fleur des champs , c’est-à-dire le pauvre délaissé, foulé aux pieds par le moindre des passants, et toujours prêt à se relever et à fleurir de nouveau pour charmer le désert de la vie. Vous croissez comme Y arbrisseau que le passant brise en se jouant, et cependant c’est vous qui avez créé le chêne de nos forêts et le cèdre des monts élevés. Vous êtes fort comme le lion et doux comme le miel; votre nom seul rappelle une si grande bonté et un tel amour, que semblable à une huile répandue , il adoucit les chagrins, illumine les intelligences et réchauffe les cœurs... Aimable pour ceux qui vous cherchent, que n’êtes-vous pas pour ceux qui vous trouvent et vous aiment! Beau par-dessus tous les enfants des hommes , les âmes jeunes et fortes vous aimeront plus que tout, et lorsque nous vous prions, Seigneur Jésus, lorsque nous embrassons vos pieds et vos mains, nous devons penser que Vous, qui pleurez dans la crèche, Vous qui errez comme un
pauvre par les chemins, Vous qui êtes moqué et maltraité, vous êtes le Souverain Maître de toutes choses, le Tout-Puissant; que d’un mot vous pourriez anéantir ceux qui vous méconnaissent, mais que vous aimerez mieux mourir crucifié pour eux, et c’est alors en vérité que vous attirerez tous les cœurs à vous1.
§ 158. Naissance du Sauveur et sa jeunesse.
Enfin 4004 ans après la Création du monde, César Auguste étant empereur romain et Cyrinus gouverneur de la Judée, un édit parut, qui ordonnait à chaque famille de se rendre dans son pays d’origine pour le dénombrement général de la population.
Joseph, époux de Marie, habitait Nazareth ; il se rendit avec son épouse à Bethléem, ville de David, car il était de cette race illustre, mais, par une disposition particulière de la Providence qui voulait que le Verbe naquît dans la plus extrême pauvreté, il ne se trouva dans Bethléem aucun logement pour sa mère : une étable abandonnée fut donc le lieu où le Créateur du monde vit le jour, et de pauvres
1. Cant. c. il. Ego flos campi et lilium convallium. — Isaïe, lui. Ascendet sicut virgultum coram eo. — Jud. xiv. Quid dulcius nielle, et quid fortius leone. — Cant . c. i. Oleum effusum nomen tuum. — Serm. S. Bernardi. Oleum enim lucet, pascit et ungit. Fovet ignem, nutritcarnem,lenitdolorem. Lux,cibus, medicina. — Hym. off. SS. Nom.Jesu... Quampiuses petentibus, quam bonus te quærentibus, sed [quid invenientibus... — Ps. xi.iv. Speciosus forma præ filiis bominum... — Cant. c. i. Adolescentulæ dilexerunt te... — S. Jean xii. Et ego si exaltatus fuero a lerrà, omnia traham ad meipsum.
JÉSUS-CHRIST
bergers, avertis par un Ange, furent ses premiers adorateurs. Quelques jours plus tard, des rois, venus d’Orient, lui apportent de riches présents, et après l’avoir adoré, ils s’en retournent pleins de joie dans leur patrie, et par leurs récits préparent leurs compatriotes à recevoir un jour la foi que leur annonceront les Disciples de ce petit abandonné \
1. Comment résister au désir de donner ces admirables lignes de M. le vicomte Melchior de Vogué sur la naissance du Sauveur? Nous regrettons d’être obligé de les abréger... « L’autre soir, écrit M. de Vogué, de la maison solitaire des monts Albains, où je rassemble ces notes, je regardais un jour mourir sur ce linceuil déroulé qu’est la campagne romaine, fausse mer, fuyante vers la vraie mer, qui fuit au delà. Rome blanchissait confusément dans un petit canton de cette étendue... Quand le globe rouge du soleil, déclinant vers Ostie, se perdit dans la pâleur des eaux lointaines, de maigres cloches sonnèrent sur ma tête, au hameau de Palazzuola, d’autres leur répondirent, de tous les villages accrochés aux rampes de la montagne, dans la vasque du lac d’Albano. Elles redisaient obstinément, depuis bientôt dix-neuf cents ans : L'ange du Seigneur annonça à Marie... Et des gens s’arrêtaient sur les routes pour bénir une fois de plus l’événement.
« Quel événement? Le plus fugitif des faits quotidiens... une femme d’artisan mettant un être de plus au monde dans un bourg ignoré..., ce qui arrive à chaque minute dans le vaste univers, et passe inaperçu de l’histoire, l’histoire ayant de plus grands soucis, que ce pullulement des pauvres gens d’en bas.
» Cependant, après l’épreuve de tant de siècles, tous ceux qui devaient raisonnablement peser sur le sort du monde, gisent làbas... faisant lit commun avec les Augustes dans l’oubli du tombeau... Et la chose insignifiante que je dis (la naissance obscure de cet enfant) est devenue et reste le pivot de l’histoire, on la sonne à chaque soleil qui paraît et disparaît, dans tous les lieux qui furent l’empire romain et bien au delà; elle a interrompu le compte de nos années terrestres, on les date à nouveau de l’enfantement de cette femme, à par tu Virginis... Pourquoi cet établissement d’un pareil rien sur tout? » ( Revue des Deux Mondes, 15 avril 1892.) Et, ajouterons-nous, nous-même, comment ne pas voir une preuve incontestable de la divinité de Jésus-Christ^
En buite aux fureurs des hommes dès sa nais-
sance, ses parents l’emportent en Egypte pour échapper à la fureur du roi Hérode, qui s’était imaginé que l’Enfant attendu par le peuple juif devait le détrôner, car Hérode, n’étant pas de la famille de David, était considéré par tous comme un usurpateur, et c’est, ainsi que, dès sa naissance, Jésus- Christ souffre qu’il y ait de grandes douleurs à cause de Lui, pour annoncer au monde qu’il vient le sauver, non des malheurs de la terre non de la pauvreté, mais de la mort éternelle.
Arrivé à l’âge de douze ans, l’Enfant Jésus accompagna ses parents qui allaient, selon la coutume, faire la Pâque à Jérusalem . Peut-être même peut-on penser qu’il participa, cette année-là, à la Pâque, comme les enfants chrétiens participent également, à peu près vers cet âge, à la véritable Pâque, à la Très Sainte Communion. Et naturellement l’Enfant Jésus assista aux instructions ou catéchismes, et il étonnait les docteurs par la sagesse de ses réponses, sans toutefois révéler qui il était.
Mais ce qu’il y a de plus remarquable en cet événement, c’est que l’Enfant Jésus ne craignit pas de faire un mortel chagrin à ses parents, en se cachant d’eux pendant trois jours pour écouter les instructions qui se faisaient dans le Temple. Il voulait montrer par là aux enfants qu’ils avaient le droit de tout quitter, même leurs parents, quand
et par conséquent de la religion, dans ce fait incompréhensible du règne de ce rien, de ce Petit Enfant, sur les idées, sur les cœurs surtout, et après tant de siècles...
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il s’agit pour eux d’apprendre à connaître Dieu, et à le servir.
L’Évangile ne nous dit rien autre de la jeunesse ni de l’adolescence de Jésus; nous devons croire qu’il a tenu sa vie ainsi cachée afin de nous enseigner à ne pas chercher la renommée, à nous contenter de bien remplir les devoirs les plus obscurs ; mais l’on peut penser, avec raison, qu’en bon fils Jésus resta avec ses parents, les aida de son travail, tout en s’occupant de faire du bien autour de Lui ; soulageant les pauvres, leur parlant de Dieu, enseignant ainsi à tous les siècles que le travail est une chose sainte, voulue de Dieu, et que l’on peut se sanctifier dans la vie ordinaire du monde aussi bien que dans la vie extraordinaire, que sont appelés à mener ceux qui embrassent la vie religieuse ou la vie sacerdotale.
§ 159. Commencement de la vie publique de Jésus-Christ,
son Baptême.
Mais les années s’écoulent, et, arrivé à l’âge de trente ans, Jésus-Christ se dispose à remplir sa mission. Depuis plusieurs années Jean-Baptiste a quitté le désert pour se rapprocher des lieux habités... Les foules, étonnées par sa vie extraordinaire et ses paroles inspirées, s’attachent à ses pas, demandent le Baptême qu’il donnait dans le Jourdain... Un jour il voit Jésus lui-même descendre dans le fleuve et s’incliner devant lui; il le reconnaît, refuse d’abord de baptiser celui dont il se confesse indigne
de délier les cordons de ses souliers... Mais Jésusinsiste, car, dit-il, il faut que toute justice s’ accomplisse, c’est-à-dire il faut qu’en moi, représentant de l’humanité, la chair d’Adam soit purifiée, et qu’elle expie tous les péchés de la terre... Au Jourdain commencent les miracles qui doivent prouver au monde que, malgré les apparences, Jésus est bien le Verbe fait homme... Le ciel s’ouvre sur sa tête, l’Esprit-Saint en descend sous la forme d’une colombe et l’on entend une voix qui dit : C'est ici mon Fils bien- aimé sur lequel fai placé toutes mes complaisances .
Déjà nous pouvons admirer les abaissements de Jésus-Christ ; il se mêle aux pêcheurs et aux pauvres qui entouraient saint Jean, et il était si semblable à eux, qu’il faut un miracle pour qu’on le reconnaisse.
Pour comprendre ce que devait souffrir Jésus- Christ en se réduisant à un état si minable et nous en pénétrer, essayons de nous faire une idée de ce qu’il nous en coûterait à nous-mêmes de vivre ainsi au milieu des pauvres, de manger leur nourriture,, d’être dédaigné, laissé de côté, pris pour l’un d’eux; à aucun prix nous ne voudrions nous soumettre à une telle humiliation, nous aimerions mieux la mort... Eh bien, Notre-Seigneur, Lui, le roi du Cielr s’y est soumis pour expier nos orgueils, nous donner l’exemple de l’humilité, nous montrer que nous devions, à tout prix, nous faire petits devant les hommes, afin de l’être devant Dieu, carie véritable amour est humble, avons-nous dit plus haut.
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§ 160. Que Notre-Seigneur se soumet à toutes les épreuves
humaines. — Son jeûne et sa tentation dans le désert.
Cependant, après son Baptême, Notre-Seigneur se hâte de quitter le Jourdain. Avant d’évangéliser, il veut nous apprendre ce qu’il en coûte, et ce qu’il faut, pour être véritablement apôtre. Il se retire dans le désert afin d’y jeûner et d’y prier pendant quarante jours. Sa divinité, loin de lui servir pour ne pas souffrir, ne lui sert au contraire qu’à souffrir davantage, car c’est elle qui lui donne la force de supporter un jeûne qui, en trois jours, tuerait un homme ordinaire ; mais si sa divinité suspendait les effets mortels du jeûne elle n’en supprimait pas les douleurs. Notre-Seigneur souffrit donc toutes les tortures de la faim pendant quarante jours, afin de nous apprendre que nous pouvons bien la souffrir pendant quelques heures, pour l’expiation de nos péchés, pour refréner nos passions, combattre nos mauvaises tendances, en un mot pour le bien de notre âme.
Étant ainsi séparé de tout ce qui est le monde, Jésus se livre à la méditation et à la prière. Il considère d’un côté la bonté et la grandeur de Dieu, de l’autre le malheur des hommes, qui, oubliant cette bonté, négligent tout ce qui peut leur donner le seul bonheur véritable, et cette double1 considération enflamme son désir de tra-
vaille r au salut du monde.
Les quarante jours écoulés, Jésus veut passer
par l’épreuve de la tentation ; il est tenté de vaine gloire, tenté de renoncer à la vie de dévouement qu’il va entreprendre... Pourquoi ne mènerait-il pas une vie plus douce, plus humaine?... « O mon Dieu, lui fait dire un poète, ô mon Dieu, pourquoi avez-vous incarné votre Verbe dans une chair si faible? » Mais il surmonte la tentation par des actes de foi en la parole et en la Toute-Puissance divine, nous laissant l’exemple de ce que nous devions faire dans les mêmes circonstances.
Ne nous étonnons pas si l’Evangile nous dit que Notre-Seigneur a subi l’épreuve de la tentation... et n’allons pas croire que cette tentation n’a pas été une véritable tentation, une tentation semblable en tout à celles que nous éprouvons... Saint Paul nous dit formellement que Notre-Seigneur a été tenté jusqu'au péché , c’est-à-dire qu’il a subi toutes les angoisses et toutes les douleurs de la tentation, mais sans y céder en rien ; et il fallait qu’il en fût ainsi, car si Notre-Seigneur n’avait pas été réellement tenté, il n’aurait pas pu nous servir d’exemple.
§ 161. Jésus appelle à lui ses premiers Disciples et commence à faire des miracles, afin de prouver sa divinité.
Ce grand mystère du jeûne et de la tentation de Notre-Seigneur étant accompli, Il se rapproche des lieux habités, rencontre sur le bord d’un lac deux hommes qui pêchaient. « Laissez là vos filets, leur dit-il, et suivez-moi. » Et ces hommes le suivent... D’autres se joignent bientôt à eux... Ce furent les
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premiers Disciples ou Apôtres du Sauveur ... Et deux motifs les porteront à s’attacher à jamais à Jésus... D’abord, comme il est dit dans l’Écriture Sainte, « la grâce était répandue sur ses lèvres », et, de plus, les juifs de bonne volonté avaient déjà entendu saint Jean leur annoncer la prochaine venue du Messie. Ces premiers Disciples furent donc moins étonnés. D’ailleurs, Jésus-Christ commençait à faire des miracles ; or, les miracles attirent invinciblement les hommes, ils les épouvantent, en quelque sorte, car ils révèlent la présence de Dieu... Le miracle est une chose que Dieu seul peut faire... Si donc un miracle se fait sous mes yeux, il me semble que Dieu m’apparaît... Et, au fait, s’il n’apparaît pas lui-même, sa Toute-Puissance apparaît bien réellement, et quoi de plus effrayant!...
Jésus faisait donc un grand nombre de miracles, et ces miracles tendaient surtout au soulagement
de tout ce qui souffre. De partout, dit l’Evangile, on lui amenait des malades et il les guérissait... Plein de tendresse, il ne pouvait voir une douleur sans la soulager... Il rend à la veuve de Naïm son fils que déjà on portait en terre ; il pleure sur Lazare et le ressuscite... Les foules le pressent tellement, qu’un jour on enlève jusqu’au toit de sa maison pour faire arriver un malade jusqu’à lui... Un autre jour, cinq mille hommes le suivent dans le désert... oubliant tout pour le voir et l’entendre, ils n’avaient pas même emporté de quoi manger... Jésus a pitié d’eux et avec cinq pains et deux poissons, il rassasie cette multitude, etc...
Aussi le nombre de ses Disciples ne tarde-t-il pas à être considérable; Il les réunit souvent autour de lui, Il ne cesse de leur adresser ses intructions, car ce sont eux qui devront bientôt les répandre dans le monde... Ces instructions contiennent toute la perfection morale dont l’homme est capable : du premier mot elles s’élèvent au-dessus de tous les sages qui ont précédé.
§ 162. Enseignement de Jésus-Christ, résumé dans le discours sur la montagne *.
Bienheureux les pauvres en esprit ! s’écrie Jésus-Christ, parce que le royaume du Ciel est à eux, c’est-à-dire : bienheureux ceux qui ne s’attacheront pas aux biens de la terre, à ces choses qui passent si vite, et qui cependant nous passionnent si facilement... Notre-Seigneur dit pauvres en esprit , pour marquer que ce n’est pas tant la possession des biens de la terre, que l’amour de ces biens qui est mauvais... et que l’on peut les posséder et être pauvre en esprit, tandis que le pauvre qui les désire est au contraire riche en esprit... Et Notre-Seigneur promet le royaume des Cieux à ceux qui sauront se détacher de ces biens, en réalité ou en esprit, parce qu’en effet il est facile à l’homme détaché d’élever ses pensées vers les choses de la vie éternelle.
Bienheureux les doux , les doux avec les autres et