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S. Math., v, vi, vu

JÉSUS-CHRIST

avec eux-mêmes, parce qu’ils posséderont la terre... Le meilleur moyen pour réussir en tout, c’est la douceur, la bonté, la patience.

Bienheureux ceux qui pleurent , parce qu’en effet le chagrin nous porte à chercher notre consolation dans les choses qui ne passent pas... tandis qu’il est bien difficile à celui qui est heureux des choses de ee monde, de désirer ce qui, ni ne se voit, ni ne se touche.

Bienheureux ceux qui ont soif de la justice , c’està-dire ceux qui désirent ce qui est bien, ce qui est bon, ceux qui ont horreur du mal, ceux qui sont prêts à donner leur vie pour faire régner le bien, parce que, dit Notre-Seigneur ceux-là seront rassasiés... En effet, ils posséderont enfin, dans le Ciel, cette justice qui sur la terre était l’objet de tous leurs désirs.

Bienheureux les miséricordieux , parce qu’ils oh tiendront miséricorde. .. Par cette parole, Notre-Seigneur encourage le pardon des injures, et toutes les œuvres de charité, car il y attache le pardon du péché.

Bienheureux ceux qui ont le cœur pur et les pacifiques , parce qu’ils sont les enfants de Dieu et ils le verront.

Et enfin : Bienheureux ceux qui souffriront sur la terre pour la cause de la justice... parce que leur récompense sera grande dans le ciel... C’est qu’en effet, il n’y a rien de plus beau, pour un être libre, que de supporter patiemment des injures ou des tourments injustes, et de les souffrir pour le bien... Un ancien avait écrit que le plus beau spectacle qui

pouvait se voir sur la terre était celui d’un homme juste souffrant avec résignation l’injustice... Pour réaliser ce rêve, il fallait que le Verbe de Dieu se fit homme.

Vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde , disait Notre-Seigneur aux âmes fidèles qui s’attachaient à ses pas, c’était dire que l’accomplissement d’actes vertueux, la résistance au mal et la diffusion de la vérité, étaient ce qui rendait le monde bon, étaient ce sa?is quoi l’agriculture, le commerce, l’industrie, les relations de famille ne seraient rien, car toutes ces choses passent... tandis que la vertu et la vérité seules resteront éternellement.

Dans plusieurs autres passages, Notre-Seigneur confirme les mêmes pensées ; il veut que ses Disciples sachent pardonner à leurs ennemis, rendre le bien pour le mal, et arrachent un de leurs membres, plutôt que de consentir au péché... Il rétablit l’indissolubilité du mariage, défend les moindres jurements... Que votre parole soit simple , dit-il... Puis, s’élevant plus haut encore, il ordonne la plus grande charité envers les pauvres... afin que nous soyons parfaits comme notre Père Céleste est parfait... C’était, d’un seul mot, placer devant les yeux de l’humanité, un idéal de perfection qu’elle poursuivra jusqu’à la fin, sans jamais l’atteindre.

§ 163. De la prière par excellence, qui est le Pater.

La prière étant nécessaire à l’homme, Notre-Seigneur lui en enseigne une admirable, qui contient

JÉSUS-CHRIST

en peu de mots, tout ce que nous devons demander à Dieu et désirer... C’est le Pater.

Appelant Dieu notre Père, et confessant par là que nous sommes tous ses enfants et tous frères, nous souhaitons qu’il soit connu et loué par toute la terre... qu’il soit obéi de tous, et que la volonté des méchants ne mette pas d’obstacles à l’accomplissement de sa volonté sainte.

Ensuite nous lui demandons ce qui nous est nécessaire... Le pain, et sous ce nom, nous comprenons trois pains différents... Le pain de F âme qui est le corps de Jésus-Christ, renfermé dans le Très Saint Sacrement de l’Eucharistie; le pain de F intelligence, qui est la vérité ; et enfin le pain matériel, nécessaire à l’existence du corps pendant cette vie mortelle... Mais l’homme tombe souvent dans le mal: il faut donc qu’il demande souvent pardon, c’est l’objet de la cinquième demandent il lui est ordonné de pardonner lui-même à ses ennemis s’il veut être pardonné. Enfin, cette admirable prière se termine en demandant à Dieu de ne pas même nous laisser tenter, car nous sommes si faibles que la tentation nous effraye justement ..

De plus, joignant toujours l’exemple à la parole, Jésus-Christ a beaucoup prié et prié avec larmes et gémissements, d’abord il pria pendant quarante jours dans le désert, souvent il s’éloignait de ses Disciples pour passer des nuits en prière, il priait trois longues heures avant de mourir... Et un jour que ses Disciples se plaignaient de n’avoir pas pu délivrer un homme de son mauvais esprit : Ah!

leur répondit-il, c est là un esprit qui ne se chasse que par le jeune et la prière.

§ 164. Que nous devons avoir une confiance absolue en la Providence de Dieu, et savoir tout quitter pour son service.

Jésus-Christ ne veut pas que ses Disciples s’embarrassent dans les affaires du monde; s’ils ont confiance en lui et le servent, il leur promet de les nourrir comme il nourrit les oiseaux des champs, et de les habiller avec plus de splendeur que le lis de nos jardins... Il craint que l’attachement naturel aux biens de ce monde n’empêche leur âme de s’élever... Personne ne peut servir deux maîtres, leur dit-il, là où sera votre trésor , là sera votre cœur... Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, ne dites pas: que mangerons-nous ? que boirons -nous? et avec quoi nous couvrirons-nous?... Ce sont les païens qui doivent parler ainsi... Quant à vous, votre Père sait bien que vous avez besoin de ces choses... Cherchez donc d'abord le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît. Et encore : Ne jugez pas votre frère, si vous ne voulez pas être jugé vous-même ; considérez vos fautes, plutôt que celles des autres, car il est plus facile de voir une paille dans l’œil de son voisin qu’une poutre dans son propre œil... Ayez une grande confiance dans la prière... Vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à ceux qui vous prient ; que ne vous donnera donc pas votre Père qui est dans le Ciel, Lui qui est la bonté même, l’auteur de tout bien ?

JÉSUS-CHRIST

Et ces promesses se sont vérifiées, ceux qui ont eu le courage de tout quitter pour Dieu, iront jamais manqué de rien. Un jour que les disciples de saint François d’Assise, effrayés de l’état de parfaite pauvreté que leur imposait ce saint, lui exprimaient leurs craintes pour l’avenir : « Ne vous inquiétez pas, leur répond saint François, tant qu’il y aura un pain sur la terre, il y en aura la moitié pour vous ». Mais écoutons encore les conseils de Jésus-Christ.

« Gardez-vous avec soin des mauvais conseils et des mauvaises doctrines qui se présenteront souvent à vous sous l’apparence du bien... Au reste, vous les reconnaîtrez facilement à leurs fruits... Efforcezvous de faire le bien ; ne vous contentez pas d’en parler, car ceux qui entreront dans le royaume des deux ne seront pas ceux qui auront crié : Seigneur, Seigneur !.. . mais ceux qui auront fait la volonté de mon Père , qui est dans le Ciel. »

Je vous le prédis d’avance, vous serez un sujet de contradiction pour le monde; beaucoup croiront bien faire en vous persécutant... Vous serez obligés de fuir de ville en ville, mais ne vous en étonnez pas, car le Disciple n’est pas plus grand que son Maître... Et voici que je vais moi-même souffrir ces choses... Vous ne craindrez rien, vos cheveux euxmêmes sont comptés, et pas un seul ne tombe sans la permission de mon Père... Au reste, souvenez-vous bien que je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais la guerre; je suis venu séparer le bis de son père, la bile desamère, et celui qui aimera son père ou sa mère plus qu’il ne m’aime n’est pas

digne de moi... Pour me suivre il faut savoir accepter la Croix... Il faut savoir perdre son âme, c’està-dire s’oublier soi-même, et celui qui saura ainsi perdre son âme la retrouvera, tandis que celui qui la gardera ou se recherchera, la perdra, c’est-à-dire sera malheureux, sans joie intérieure, et il ne pourra posséder le bonheur éternel.

En effet notre âme étant semblable à Dieu, qui est Bonté et Amour, comme nous l’avons tant expliqué déjà, il en résulte que nous ne pouvons jamais trouver le bonheur, tant que nous sommes attachés à nous-mêmes, à nos aises, à nos intérêts, à notre satisfaction, tant que nous sommes égoïstes, en un mot; car l’égoïsme est l’opposé de Dieu, et par conséquent l’opposé du bien, du bon, du bonheur. C’est là ce que Jésus-Christ s’efforce de nous rappeler par cette parole, que nous comprenons généralement si peu : Perds Ion âme et tu la retrouveras... Et Il la confirme merveilleusement par son exemple,, puisque, étant Dieu, Maître absolu de tout, il s’est fait pauvre, s’est oublié Lui-même et anéanti jusqu’à être jeté par terre, insulté et foulé aux pieds.

§ 164. Que Notre-Seigneur s’applique surtout à entraîner

les cœurs.

Pendant trois années, Notre-Seigneur continua ces enseignements, vivant familièrement avec ses Disciples, se mêlant au peuple, se laissant approcher par tous, saisissant toutes les occasions pour répandre la vérité et la faire mieux comprendre... lise servait

JÉSUS-CHRIST

fréquemment de paraboles, c’est-à-dire de comparaisons tirées de choses ou de faits connus de ses auditeurs... Il compare le royaume de Dieu à un grand festin qu’un roi a préparé pour ses amis, à une pierre si précieuse qu’il faut tout vendre pour l’acheter... Il exalte sans cesse la pauvreté et l’humilité, tandis qu’il maudit les grandeurs et les richesses qui nous entraînent si facilement loin de Dieu : il ne se lasse pas de prêcher la charité, il conseille à celui qui veut être parfait de tout donner aux pauvres et de le suivre... Et il promet le centuple en ce monde, c’est-à-dire un grand bonheur et la vie éternelle en plus à celui qui renonce à tout pour servir Dieu... Il s’applique à bien pénétrer ses disciples du néant des choses humaines, et quand les pharisiens lui demandent insidieusement comment il faut agir avec les gouvernements, il leur répond tout simplement : Rendez à César ce qui est à César , et à Dieu ce qui est à Dieu , ce qui voulait dire que nous devons obéir aux puissances établies, dans tout ce qui n’est pas contraire au service de Dieu, et que la religion n’a rien de commun avec le monde, qu’elle ne lui est ni opposée, ni soumise.

Mais ce que Jésus-Christ semble avoir le plus à cœur, c’est de bien convaincre ses Disciples de l’amour ardent qu’il a pour les hommes ; ne nous lassons pas d’écouter les paroles divines que saint Jean nous a conservées à ce sujet; elles forment un véritable chant d’amour : « Je vous aime comme mon Père m’a aimé, dit Jésus-Christ, persévérez dans mon amour, c’est-à-dire, aimez-moi vous-mêmes...

Je vous parle ainsi, alin que vous soyez dans la joie. Je donnerai ma vie pour vous, et personne n’a un plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ceux qu’il aime, et voici que je vous appelle mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que je sais de mon Père... Et mon Père vous aime parce que vous-mêmes vous m’aimez... »

Enlin, un jour, son cœur déborde à la vue de la foule immense qui l’entoure, et lui tendant les bras il s’écrie : « Oh! vous tous qui êtes affligés, venez à moi et je vous soulagerai... Si quelqu’un de vous a soif, qu’il vienne à moi, et je lui donnerai à boire une eau qui fera qu’il n’aura plus soif! » Et les âmes enivrées par tant d’amour s’attachaient en effet à ses pas, l’acclamaient, et voulaient le faire roi, mais il s’échappait de leurs mains, déclarant que son royaume n’était pas de ce monde.

§ 165. Que Jésus-Christ a donné à l’homme le moyen

d’obtenir la force de mettre l’Évangile en pratique.

Cependant Jésus-Christ ne s’est pas contenté d’enseigner ce qu’il fallait faire, et d’en donner l'exemple, 11 a fait plus, 11 a fait ce que nul homme ne pourrait, Il a donné à ceux qui croiraient en Lui des moyens certains pour acquérir la force de mettre en pratique tout ce qu'il demandait d’eux, et de s’élever ainsi à la plus haute perfection et au plus grand bonheur possible. Déjà les juifs, comme nous l’avons vu plus haut, avaient des cérémonies sacrées ou Sacrements, par lesquels ils entraient en

JESUS-CHRIST

communication avec Dieu, et en recevaient, s’ils le voulaient, les grâces nécessaires à l’accomplissement de la Loi.

Mais ces anciens Sacrements, avons-nous dit, ne conteraient la grâce que par les mérites ou la foi de ceux qui les recevaient ou de ceux qui les conféraient; Jésus-Christ les maintiendra, mais il les transformera complètement, 11 leur donnera une efficacité infiniment plus grande, ce sera désormais Lui-même qui les administrera par des prêtres ou représentants, qui recevront de Lui des pouvoirs ne dépendant ni de leur vertu, ni de leur foi, mais dépendant uniquement de Lui, Jésus-Christ.

De sorte que ces Sacremen ts , ou cérémonies sacrées , opéreront sûrement leur effet, quel que soit celui qui les confère et pourvu qu’il garde les formes fixées, et entende faire ce que Jésus-Christ lui-même a voulu faire, mais encore faut-il que celui qui reçoit le sacrement n’y oppose pas des obstacles insurmontables, par sa mauvaise volonté. C’est ainsi que lorsqu’un magistrat prononce un jugement, ce jugement produit tous ses effets, lors même que le juge ne croirait pas à l’efficacité de la loi qu’il applique, pourvu, toutefois, qu’il ait observé les formalités requises1.

Ce que les Sacrements nouveaux auront surtout de plus que les anciens, c’est qu’ils feront profiter ceux qui les recevront des mérites et des grâces

1 . Iiom., vi. Quicumque baptizati sumus in Christo Jesu, in morte jpsius baptizati sumus. — I. Cor., i. Numquid Paulus crucilixus est pro vobis; aut in nomine Pauli baptizati estis? — Ibid. ni. Ego Paulus, plantavi, Appolo, rigavit, sed Deus incrementum dédit... etc...

surabondantes acquises à l’humanité par les humiliations et les souffrances infinies de Jésus-Christ. 11 y a sans doute un mystère dans cette réversibilité des mérites de Jésus-Christ sur nous... Mais faut-il donc tant s’en étonner; est-ce que la vie morale n’est pas toute dans ce fait? Qu’admirons-nous sur la terre, si ce ne sont précisément ces réversibilités de mérites et de grâces?

Mon ami est en prison pour dettes, je vais payer sa dette, je cours à la prison, je le délivre, je l’emmène chez moi, je lui donne des habits propres, je le fais asseoir à ma table, et je me réjouis avec lui... Et ce sera là un des plus beaux jours de ma vie... Un frère demande pardon pour son frère coupable, et le père offensé, tout heureux de voir la bonté de cœur de son fils aîné, pardonne volontiers au fils coupable. Ainsi en est-il dans les Sacrements : l’humanité sainte de Jésus-Christ prie pour nous, et nous sommes pardonnés.

Les Sacrements sont tout simplement les actions ou cérémonies qui nous mettent en rapport avec notre Sauveur, et dans lesquelles II nous prodigue tout ce qu’il possède, se donne tout entier à nous, paye toutes nos dettes. « Venez, nous dit-il, venez, asseyez-vous à ma table, buvez avec joie aux fontaines de votre Sauveur, c’est-à-dire à mes plaies sacrées, venez avec confiance, ne craignez rien, et racontez au monde les inventions démon amour1.»

1. Isaïe, xii. Haurietis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris... fiducialiter agam, non timebo.. notas facite in populis adinventiones ejus...

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§ 166. Qu’il doit y avoir sept Sacrements, parce qu’il faut sept choses ou sept opérations pour la vie, et d'abord du Baptême.

Le but des Sacrements étant de créer et maintenir en nous la vie surnaturelle, saint Thomas s’est demandé si l’on ne pourrait pas trouver dans la vie du corps la raison ou l’explication du nombre et de l’objet des sacrements, car, dit-il, la vie spirituelle est sous quelque rapport conforme à la vie du corps , si donc il faut sept opérations pour que le corps vive et atteigne sa perfection, ne pourrait-on pas dire qu’il faut également sept opérations pour que l’âme vive de la vie surnaturelle et arrive à sa perfection, qui est l’union avec Dieu ou l’entrée dans la vie divine *?

Or sept choses ou opérations sont nécessaires à la vie corporelle. La première est la naissance. De même il faut que les âmes créées à l’état de simples créatures, renaissent en quelque sorte aune nouvelle vie, dans laquelle elles deviennent enfants adoptifs de Dieu et jouissent de tous les privilèges de cette adoption.

Mais comment s’opérera cette renaissance ? Elle demande deux choses : d’abord la destruction de ce qui peut l’empêcher, et ensuite le don des grâces et qualités nécessaires pour avoir la force de

S. Thomas, III, q. xlv, a. 1. Vita etenim spiritualis conformitatem aliquam habet ad vitam corporalem, sicut et cætera corporalia conformitatem quamdam spiritualium habent.

vivre de la vie que demande ou impose cette élévation à la dignité d’enfants de Dieu.

Il y a donc en effet un premier Sacrement qui délivrera l’homme de la tache du péché originel, et le remettra dans l’état d’innocence que possédaient Adam et Eve, et ce Sacrement s’appellera le Baptême, du mot grec (qui veut dire laver), parce qu’en

effet le Baptême lave en quelque sorte l’âme destaches du péché, comme l’eau lave les mains ou le linge. Pour signifier cette purification, on baptise en versant de l’eau en forme de croix sur la tête de celui qui demande â être baptisé, et en disant : Je te baptise au nom du Père , et du Fils et du Saint-Esprit , c’està-dire au nom de la Très Sainte Trinité, au nom de Dieu en Trois Personnes.

Dans les premiers siècles, lorsqu’on ne baptisait pas encore les enfants, les adultes étaient plongés tout entiers dans l’eau ; ils y disparaissaient complètement, ce qui signifiait que le baptisé était non seulement lavé de ses fautes, mais encore qu’il était mort à son ancienne vie, et sa sortie de l’eau signifiait comme une résurrection à une nouvelle vie ; aussi lui mettait-on un vêtement complètement blanc signifiant son nouvel état, comme le signifie encore le voile blanc qu’on met sur les jeunes baptisés en leur disant : Reçois ce vêtement blanc que tu t'efforceras de présenter sans tache devant le tribunal de Jésus- Christ Notre-Seigneur , afin que tu entres dans la vie éternelle.

Mais le Baptême n’a pas seulement pour effet de nous laver du péché originel, il nous donne encore

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les grâces qui conviennent à un enfant de Dieu; il nous donne la Foi, ou grande prédisposition â croire ce que l’Église enseigne ; il nous donne aussi une inclination affectueuse vers Dieu, inclination qui ressemble à l’inclination naturelle que nous avons pour nos parents et qui nous fait les écouter volontiers, nous plaire avec eux. Le Baptême nous met, en un mot, dans un état moins parfait, mais ayant en réalité quelque ressemblance avec l’état d’Adam et d’Eve avant leur chute1.

§ 107. Que le Baptême veut être complété par deux autres Sacrements, la Confirmation et la Très Sainte Eucharistie.

Cependant, ce n’est pas tout de naître, il faut grandir, afin d’arriver à l’état d’homme parfait; or, avoir la force ou la faculté de s’augmenter, de grandir, est pour l’âme comme pour le corps une autre chose que de naître, car tous les êtres n’ont pas cette force ou faculté. Il faut donc qu’il y ait un Sacrement qui donne â l’âme la force de grandir dans la foi et les autres vertus, dont le Baptême ne lui a en quelque sorte donné que le germe ou la puissance.

Ce Sacrement existe, c’estla Confirmation, quinous

donne le Saint-Esprit. Et il est dit que la Confirma-

Nous n’entendons donner ici qu’un aperçu raisonné des sept Sacrements, car on trouve dans tous les catéchismes les détails concernant leur administration, et les effets qu’ils produisent.

tion nous rend parfaits chrétiens, parce que le Saint- Esprit nous y apporte cette ardeur, cet amour, cette flamme de vie qui complète la vie divine, comme nous l’avons vu en étudiant le mystère de la Très Sainte Trinité.

Ce sont les évêques qui confèrent la Confirmation en nous imposant les mains et en faisant une croix sur notre front avec du baume consacré, afin de signifier les dons ou grâces que nous apporte ce Sacrement.1.

Exister et posséder la puissance de croître, c’est déjà beaucoup, mais, pour croître, il faut pouvoir se procurer ce qui aide à la croissance, c’est-à-dire la nourriture. C’est en vain que l’enfant naîtrait bien conformé, si sa mère ou sa nourrice ne peuvent lui donner du lait, il mourra.

Ainsi en est-il pour l’âme. Mais quelle sera sa

1. L’emploi de l’huile ou du baume, pour signifier la consécration d’un homme ou d’une chose, est certainement un mystère, mais il faut convenir qu’il est difficile de considérer cette coutume comme une simplicité ou une cérémonie insignifiante, car elle remonte à la plus haute antiquité, bien au delà des temps chrétiens. Après tout, qui ne rêve de se donner à l’être aimé, en se liant à lui par un signe sensible, par exemple en mélangeant son sang avec le sien, comme cela s’est fait chez tant de peuples, et se fait encore dans le secret de l’amitié. Les consécrations étaient d’un fréquent usage chez les païens; les temples des dieux, les autels, les vases d’or et d’argent servant aux purifications et aux sacrifices étaient consacrés par des onctions. Sachons donc respecter ces cérémonies, à cause des effets invisibles qu’elles sont destinées à signifier, et ne dédaignons pas dans nos rapports avec Dieu ces signes extérieurs de respect, de déférence et d’amitié, auxquels nous attachons une telle importance dans la vie de ce monde, qu'ils sont souvent la cause de graves querelles, et même de combats à mort.

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nourriture? Une nourriture purement spirituelle ou intellectuelle, comme le pensent quelques-uns, ne lui suffirait pas, car l’âme est unie au corps, elle ne vit pas sans lui, et elle exerce son influence sur le corps, comme le corps de son côté, exerce son influence sur elle. Il faut donc à l’homme une nourriture en rapport avec sa nature complexe.

Or, en s’incarnant, Jésus-Christ avait précisément voulu élever la nature humaine et la rendre ainsi capable de la vie divine, mais il n’avait pu s’unir qu’à un seul corps, à une seule âme, et cependant il venait sur la terre pour tous les hommes, il voulait tous les sanctifier, donner à tous les moyens les plus parfaits, pour arriver au bonheur infini de l’éternité.

C’est alors que, dépassant tout ce que l’amour le plus ardent aurait jamais pu rêver et tout ce que peuvent désirer ceux qui s’aiment, Jésus-Christ, le mot est de l’Écriture, invente ou imagine de se donner lui-même en nourriture à nous, comme la mère se donne à son enfant.

Et de même que la mère, ne pouvant donner sa chair telle qu’elle est, la transforme en quelque chose de blanc et d’agréable, en lait, de même Jésus-Christ transformera son corps en ce qui est notre meilleure nourriture, en pain. Déjà nous avons répondu avec notre cœur aux objections que l’orgueilleuse raison pourrait faire contre ce Sacrement admirable : nous n’y reviendrons pas.

Et nous disons que nous y avons répondu avec notre cœur, parce qu’en effet, le cœur dit que si Dieu nous a assez aimés pour nous créer, assez aimés pour

venir habiter parmi nous et mourir crucifié, il n’est pas étonnant qu’il nous ait encore assez aimés, pour nous nourrir de lui-même, car II ne craint pas de nous dire qu’il est encore plus tendre que les mères. . . Une mère peut-elle oublier son enfant ? non.. . Y en aurait-il cependant une qui V oublierait? ... Eh bien , moi Je ne vous oublierai pas.. . Oui , je vous allaiterai et je parlerai à votre cœur'...

Ce n’est pas, certainement, que ce Sacrement ne dépasse infiniment tout ce que peut imaginer l’homme, mais si Ton veut cependant bien réfléchir, il ne dépasse pas ce qu’on peut attendre d’un amour infini, puisque nous voyons les affections imparfaites de ce monde produire déjà de tels effets, qu’il n’est rien de plus commun que de les voir arriver aux actes les plus insensés, même au suicide ou au meurtre... Au lieu de nous scandaliser de cette preuve merveilleuse de l’amour de Dieu, comme un enfant las des caresses de sa mère, sachons au contraire recourir avec ardeur et confiance à ce Sacrement qui nous élève jusqu’à Dieu, nous transforme en lui, purifie notre cœur, change nos inclinations, nos pensées et nos désirs, et nous est comme un gage certain du bonheur éternel. Et le prophète Zacharie, énumérant les merveilles que verrait le monde après la mort de Jésus-Christ, s’arrête comme tout à coup pour s’écrier : « Mais qu’est-ce qu’il y a encore de meilleur et de plus beau, si ce

1. Isaïe, xlix, 15. Numquid oblivisci potest millier infantem suum, et ilia oblitus fuerit ego tamen non obliviscar lui.

Osée, ii, 14.. Ecce ego lactabo eum... et loqnar ad cor ejus.

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n’est le pain des élus et le yin qui fait les vierges ! » c’est-à-dire la Très Sainte Eucharistie1.

Nous verrons plus loin comment Notre-Seigneur établit ce Sacrement la veille de sa mort, et donna à ses Apôtres et à leurs successeurs le pouvoir de changer le pain et le vin en son corps et en son sang.

§ 168. Qu'il faut des Sacrements par lesquels l’homme puisse obtenir le pardon de ses fautes, et que ces Sacrements sont la Pénitence et l’Extrême-Onction.

Par les trois premiers Sacrements, l’homme est fait enfant de Dieu, acquiert la force de grandir dans la Foi et enfin devient comme un seul être avec Jésus-Christ, par la réception de son corps et de son sang. Mais de même que le corps le mieux portant peut tomber malade et avoir besoin d’un médecin et de remèdes, de même le chrétien peut s’écarter de son devoir, faire le mal, et perdre ainsi tous les biens que lui ont procuré les trois premiers Sacrements.

Une faute pourra-t-elle donc ainsi perdre pour toujours une âme? Non, sans doute, Dieu a préparé des remèdes pour le corps ; comment n’en aurait-il pas préparé pour l’âme?... et ce remède c’est le Sacrement de Pénitence.

Par ce Sacrement les péchés seront pardonnés à ceux qui viendront humblement les avouer, et c’est

1. Zacli., ix. Quid enimboimm ejus est, et quid pulchrum ejus^ nisi frumentum electorum, et vinum germinans virgines.

aux prêtres que Jésus-Christ confie le soin de recevoir

cet aveu. Il dit à ses Apôtres : Allez , prêchez l'Evangile à toute créature et les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez , retenus à ceux à qui vous les retiendrez.

Ces paroles suffisent pour établir la nécessité de la confession, car le prêtre ne peut savoir s’il doit pardonner ou remettre un péché, sans connaître d’abord quel est ce péché, et quelles sont les dispositions de celui qui le confesse.

Nous trouvons en nous-mêmes une double preuve de la nécessité et de la convenance de ce Sacrement. D’abord, lorsque nous avons commis une faute contre quelqu’un, nous sentons que nous serions pardonnés si nous avions le courage d’aller lui avouer humblement cette faute, et enfin tout homme n’a généralement que des paroles de miséricorde et de consolation pour celui qui l’a offensé, si celui-ci lui demande pardon... On peut donc dire que l’idée de la confession est comme naturellement imprimée dans notre cœur; elle lest même à ce point que l’on voit les assassins aller jusqu’à avouer leurs crimes,, afin de se délivrer des remords qui les rongent, Qu’est après tout la confession, si ce n’est une humble confidence faite à Dieu, en la personne de l’un de ses représentants, ayant pouvoir de parler et de remettre la faute au nom de Dieu.

Il est bien entendu que l’aveu d’une faute doit être accompagné du regret de l’avoir commise, d’abord parce qu’elle a offensé Dieu, notre Père, et parce qu’elle nous prive de son amitié, ensuite parce

JESUS-CHRIST

qu’elle nous fait perdre la paix de lame et l’espérance du bonheur éternel. Ce regret, pour être réel, doit être lui-même accompagné de la ferme intention de ne pas retomber dans la même faute, et enfin, si notre faute a fait tort à quelqu’un, nous devons réparer ce tort autant que cela nous est possible.

On a voulu dire que l’aveu intérieur de nos fautes et une simple élévation de cœur vers Dieu, pour lui demander pardon, remplaceraient parfaitement bien la confession, mais notre cœur lui-même proteste contre cette assertion. Nous sentons fort bien que cet aveu secret n’est en réalité pas un aveu, que surtout il ne coûte rien, et n’imprime en notre âme aucune honte de notre faute. Dès lors il ne peut être ni un remède, ni une expiation, et tout nous dit qu’il est besoin de quelque chose qui expie les fautes et aide à en sortir.

Quant au pouvoir conféré aux prêtres, il est en tout semblable au pouvoir que le chef d’État confère au magistrat. Le magistrat condamne ou absout l’accusé , après l’enquête et les dépositions des témoins; son jugement est tenu pour bon par tous et il donne la mort ou la vie... Pourquoi Dieu ne pourrait-il pas donner à un homme le pouvoir de pardonner des fautes, puisqu’un simple chef d’État peut donner à un autre homme le terrible pouvoir de vie ou de mort sur son semblable?

Cependant, il ne suffit pas de guérir un malade, il faut encore effacer en lui les ravages produits par la maladie, et le rétablir dans son état premier, ce que font les soins particuliers donnés aux convales-

cents. Il en est de même pour l’âme. Après avoir obtenu le pardon de ses péchés par une humble confession, elle n’en reste pas moins affaiblie par le péché lui-même. Ainsi, par exemple, mon fils me vole... je lui pardonne, c’est bien, mais ce pardon ne peut lui enlever la tache que cet acte honteux a comme imprimé dans tout son être... On peut donc imaginer quelque chose qui enlèverait cette tache.

Or c’est là ce que fait le Sacrement de l’Extrême- Onction ; il confère une grâce qui rétablit l’âme dans sa beauté première; de plus, il remettes péchés oubliés et les péchés véniels ; il soulage même le corps comme on peut souvent le constater, et dans le cas où le malade n’aurait pas eu la force de se confesser et de recevoir le saint Sacrement de l’Eucharistie, l’Extrême-Onction peut lui donner cette force.

Le prêtre administre ce Sacrement en imposant les mains au malade, et en lui faisant des onctions sur les cinq sens, pour signifier que ce Sacrement purifie des péchés commis par ces cinq organes, et enfin des prières accompagnent ces signes extérieurs.

On ne lit pas, dans l’Evangile, l’établissement de ce Sacrement par Jésus-Christ, mais l’on ne peut douter que les Apôtres n’aient reçu à son sujet les instructions de Jésus-Christ lui-même, lorsqu’on entend saint Jacques dire, auvc chapitre de son Épître : Si quelqu'un est malade parmi vous , qu'il fasse

venir les prêtres de l'Eglise , qu'ils prient sur lui , qu'ils lui fassent les onctions avec T huile au nom du Seigneur , et la prière faite avec foi sauvera le malade et le Seigneur le soulagera , et, s'il est dans le péché, ses péchés

JÉSUS-CHRIST

lui seront remis... Il ne faudrait cependant pas induire de ces dernières paroles que l’Extrême-Onction supprime la nécessité de la Confession ; elle ne fait que la suppléer dans une mesure que Dieu seul peut connaître, lui seul connaissant les dispositions intimes du malade.

§ 169. Qu’il convenait que Notre-Seigneur consacrât la famille ou du Sacrement de Mariage.

Il est dans l’humanité une institution nécessaire entre toutes, c’est celle de la famille : c’est par la famille que le monde se perpétue, c’est par elle que sont formés les corps et les âmes. Nous ne sommes guère que ce que nous ont fait nos parents.

Jésus-Christ voudra donc sanctifier et consacrer la famille par un Sacrement particulier qui contiendra les grâces nécessaires à cet acte, et ce sera le Sacrement de Mariage. Il assiste même à des noces, à Cana, et y change l’eau en vin en faveur des époux ; ailleurs il enseigne que l’homme et la femme devront tout quitter pour s’attacher l’un à l’autre; que nul n’a le droit de les séparer, parce que c’est Dieu qui les unit, et nous verrons le respect de ce Sacrement être une des bases essentielles du nouvel ordre de choses qui va heureusement s’établir.

C’est par le Sacrement de Mariage que la femme reprendra au foyer la place d’honneur qui lui est due, et la considération, le respect, l’amour inviolable dont elle a besoin pour accomplir sa mission, comme

nous l’avons déjà expliqué longuement plus haut.

;§ 170. Que Notre-Seigneur devait assurer la durée de son œuvre par l’établissement d’un Sacerdoce ou du Sacrement de l’Ordre.

Mais Jésus-Christ va bientôt quitter la terre pour retourner vers Celui qui Ta envoyé. Qui, dès lors, continuera son œuvre pendant la suite du siècle? Qui portera sa doctrine à tant de peuples divers et l’y conservera? Qui administrera les Sacrements? Qui gouvernera l’immense société que vont bientôt former ceux qui croiront en Lui? Suffira-t-il de croire pour être capable de se conduire soi-même, pour puiser aux grâces que contiennent les Sacrements?... La simple raison dit que c’est impossible. Il est clair que la vérité se perdrait rapidement si elle n’était confiée à la garde vigilante d’hommes consacrés d’une manière toute particulière à cette mission, et que l’administration des Sacrements de Pénitence et d’Eucharistie surtout, nécessite chez ceux qui en sont chargés un caractère , une position et un savoir qui ne peuvent se rencontrer chez tous.

De même donc qu’il y a un gouvernement dans toute société terrestre, de même il y en aura un dans la société que vont former les disciples ou fidèles de Jésus-Christ.

Jésus-Christ créera une classe d’hommes qui, pendant toute la suite des siècles, enseigneront sa doctrine, administreront les Sacrements et gouverneront la société des fidèles, et c’est ce qu’il fait par l’institution du Sacrement de F Ordre*

JÉSUS-CHRIST

Ce Sacrement revêt celui qui le reçoit d’un caractère particulier, du caractère sacerdotal ; il fait de l’homme un prêtre, c’est-à-dire un médiateur ou intermédiaire entre Dieu et l’humanité, car, selon la

parole de l’Ecriture, le prêtre se tient entre l’autel où est Dieu et le vestibule où est le peuple ; allant de l’un à l’autre, offrant les sacrifices et les prières; mais la merveille du Sacerdoce, c’est le pouvoir de changer le pain et le vin en le corps et en le sang de Jésus-Christ; c’est de faire, pendant toute la suite des siècles, ce que nous verrons tout à l’heure Notre- Seigneur faire la veille de sa mort. Ce seront les prêtres qui recevront ce pouvoir divin au jour où ils recevront le Sacrement de l’Ordre, et ils pourront l’exercer chaque jour en disant la Sainte Messe, cette auguste cérémonie pendant laquelle Jésus-Christ descend sur l’autel, comme il est descendu jadis dans l’étable de Bethléem, prie pour le monde, comme il a prié sur la terre, et enfin meurt en se donnant en nourriture au prêtre et aux fidèles qui consentent à le recevoir.

§ 171. Que Notre-Seigneur forme avec soin les Disciples qui doivent continuer son œuvre et leur donne un chef.

Mais Notre-Seigneur ne se contentera pas d’établir le Sacrement de V Ordre , il apportera encore tous ses soins à former de son vivant cette Société ou corps moral qui est appelé à le remplacer sur la terre, et

qui s’appellera Y Eglise du mot grec E/^ata qui veut dire réunion , assemblée.

Il en attache étroitement les premiers membres à sa personne, il vit avec eux dans la plus complète intimité, il leur témoigne le plus grand attachement, il les rend témoins de ses miracles; des voix descendent du ciel pendant sa Transfiguration sur le Thabor et confirment leur foi en sa divinité ; il les envoie même en mission avec le pouvoir de faire des miracles. Enfin il assure leur union en leur donnant un chef, ce sera l’un d’eux, Pierre... Et il fait de ce chef un autre lui-même : Tu m'aimes , o Pierre , pais donc mes agneaux et mes brebis , mes agneaux c’est-à-dire les simples fidèles, mes brebis, c’est-à-dire leurs pasteurs ; tu es Pierre et sur cette

pierre je bâtirai mon Eglise , et les portes de l'Enfer , c’est-à-dire les méchants, ne prévaudront pas contre1 elle; quand je ne serai plus là , tu confirmeras tes frères dans la Foi , car j’ai prié pour toi , afin que ta foi ne défaille jamais... Je te remets les clefs du royaume des de ux ; tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le défi tout ce que tu lieras sera lié..

Par ces paroles, dites devant les autres Apôtres, Notre-Seigneur a établi Pierre chef de tous les fidèles; c’est lui qui possède la plénitude de la puissance sacerdotale : il est comme un autre Christ, c’est à lui que tous les peuples de la terre sont confiés, c’est donc lui qui devra assigner à chacun des disciples la partie du monde qu’il doit évangéliser, soutenir les faibles, redresser ceux qui s’égarent; il exercera en effet ce ministère dès le commencement, et après dix-huit siècles la petite société fondée par Jésus-Christ est devenue cette grande Église

JÉSUS-CHRIST

catholique que nous voyons couvrir le monde... elle est bien celle que le prophète Isaïe entrevoyait, lorsqu’il s’écriait : « Lève-toi, lève-toi, ô Jérusalem, voici que la lumière du Seigneur a brillé sur toi, et les nations et les rois marcheront à ta splendeur. Regarde... des fils et des filles te viennent des pays les plus lointains, Madian et Saba t’envoient l’or et l’encens. » Elle est la véritable Arche de Noé hors de laquelle tout périt, le véritable Temple dans lequel tous doivent offrir leur sacrifice.

On l’appelle Catholique parce qu’elle est universelle et n’est attachée à aucun pays, à aucun gouvernement, — Apostolique parce qu’elle a été fondée par les premiers Disciples de Notre-Seigneur, par les apôtres, — Romaine parce qu’elle reconnaît

pour chefle successeur de Pierre, l’Evêque de Rome, notre Saint-Père le Pape, et, après dix-neuf siècles, le successeur du pauvre pêcheur de Galilée semble disposer d’une puissance à nulle autre pareille et briller d’un éclat plus grand que jamais.

;§ 172. Des raisons qui amenèrent la mort douloureuse de

Notre-Seigneur.

Les sacrements établis et l’Eglise fondée, Notre- Seigneur semblait avoir achevé sa mission. Il avait prouvé sa divinité par d’innombrables miracles, ravi les cœurs par sa parole, fait et dit tant de choses que l’Apôtre saint Jean avoue que tous les livres de l’univers ne pourraient les contenir; il ne lui restait donc plus qu’à mourir dans les supplices et les hu-

miliations, afin de nous donner la plus grande preuve d’amour qu’un homme puisse donner à un autre homme. Mais qui fera mourir Notre-Seigneur? quelle raison trouver pour le condamner?

De tout temps le bien a excité la jalousie; de plus, la doctrine de Jésus-Christ était la condamnation des puissants de son époque... Enfin, par un aveuglement inexplicable, les juifs, fermantleurcœur à la véritable interprétation de leurs Écritures, refusèrent du voir en Jésus-Christ le Messie qu’ils attendaient. Le Messie, croyaient-ils, devait être un prince qui les mènerait à la conquête du monde, et ils n’ont devant eux qu’un pauvre doux et humble.

Dès lors, Notre-Seigneur n’est plus pour eux qu’un coupable imposteur, un blasphémateur, car il s’est dit Fils de Dieu , égal à son Père ; comparant son corps au Temple, il a dit qu'il le détruirait et le relèverait en trois jours ; puis il n’a pas caché son horreur pour les vices des grands... Il met le mauvais riche en enfer, et Lazare en paradis. Il veut bien qu’on paye le tribut à César, mais, en même temps, il veut qu’on rende à Dieu toute l’obéissance qui lui est due. Il ordonne de ne pas craindre la colère de ceux qui, sans puissance sur l’âme, ne peuvent tuer que le corps. Il y en avait bien assez pour mériter la mort.

Jésus-Christ, connaissant le sort qui l’attendait, réunit une dernière fois ses Disciples, et, dans un admirable discours, il leur ouvre tout son cœur. Il leur annonce que ses ennemis vont le faire mourir, mais II les rassure. « Que votre cœur ne se trouble pas. Croyez en moi, je retourne vers mon Père, je

JÉSUS-CHRIST. 359-

vais vous préparer une place, et vous serez là où je serai. »

Et enfin, voulant donner à ses Disciples l’exemple^ de ce qu’ils devaient être les uns pour les autres,. Jésus-Christ se ceint d’un linge, prend de l’eau dans un vase et leur lave les pieds. « Je vous laisse un. commandement nouveau, leur dit-il, c’est que vous, vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai* aimés, et le monde reconnaîtra que vous êtes mes Disciples, s’il voit que vous vous aimez. Vous m’appelez votre Maître, et vous dites bien. Si donc moi,, votre Maître, je vous lave les pieds, à combien plusforte raison ne devez-vous pas vous laver les pieds, les uns les autres, car, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son maître.... Mais voici que je vous enverrai le Saint-Esprit, qui vous rappellera ce que je vous ai dit. Je vous donne la paix, mais non pas de la même manière que le monde la donne, et si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous, et c’est parce que vous n’êtes pas du monde qu’il vous, hait... »

§ 173. La dernière Pâque de Jésus-Christ et l’établissement du Très Saint Sacrement de l’Eucharistie.

Après avoir dit ces choses, Jésus-Christ, voulant se conformer jusqu’à la fin à la Loi, fit la Pâque avec ses Apôtres. Il leur partagea cet Agneau figuratif,, qui depuis tant de siècles, était égorgé dans chaquefamille, non pas tant pour rappeler la sortie de

l’Égypte que pour prédire et figurer l’immolation du véritable Agneau de Dieu.

Or, le jour de cette douloureuse immolation est arrivé, Jésus le choisit pour établir la plus grande de toutes les merveilles de la Rédemption, le Sacrement de son corps et de son sang. A ce moment solennel il s’émeut : « Mon âme est troublée, s’écriet-il, mais, ô Père, vous prierai-je de me délivrer de cette heure, non, puisque c’est pour elle que je suis venu et j’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec mes disciples. O Père, glorifiez votre Nom, je vous ai glorifié sur la terre, j’ai achevé l’œuvre que vous m’avez confiée, j’ai prêché votre Nom, j’ai eu soin de ceux qui sont à vous, je leur ai donné tout ce que vous m’aviez donné, et je vous prie pour eux. Conservez-les afin qu’ils n’aient tous qu’un même cœur, et qu’ils ne soient qu’Un, comme vous et moi nous ne sommes qu’Un. Lorsque j’étais avec eux, je les conservais en votre nom... Maintenant sanctifiez-les dans la vérité, car voici que je les envoie dans le monde, comme vous m’y avez envoyé vous-même, et je leur donne la lumière que vous m’avez donnée; je suis dans eux comme vous êtes dans moi. Père, je veux que ceux que vous m’avez donnés soient là où je suis, et je leur ai fait connaître votre nom, afin que l’amour dont vous m’aimez soit en eux et moi également en eux.

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi, aura la vie éternelle ; je suis le pain de vie, qui est descendu du ciel, et le pain que je donne c’est ma chair, car ma chair est vraiment une nour-

JÉSUS-CHRIST

riture et mon sang est vraiment un breuvage, et celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui... » Et les Disciples trouvaient dur ce discours, et ils se demandaient comment Jésus pouvait leur donner sa chair à manger?... Et Jésus leur dit : « Ce discours vous scandalise, que sera-ce donc lorsque vous verrez le Fils de l’homme monter dans le ciel... C’est l’Esprit, qui donne la vie, la chair ne sert à rien, et les paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie. »

Et alors, prenant du pain entre ses mains, il le bénit, le rompit, et le distribua à ses Apôtres, en leur disant : Prenez et mangez, car ceci est mon corps, et ensuite, prenant le calice, il rendit grâces et le leur distribua aussi en disant : Buvez-en tous, car c’est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour la rémission des péchés, et faites ceci en mémoire de moi, c’est-à-dire : « Je vous donne le droit de faire ce que je viens de faire devant vous, désormais vous serez prêtres , c’està-dire d’autres moi-même , vous parlerez en mon nom, et les paroles que vous prononcerez auront la même puissance que si je les prononçais moi-même. » Et la Messe sera désormais la cérémonie où se répétera cette dernière Cène, et où se prononceront, à travers les siècles les paroles de Jésus-Christ, et sa célébration a été confiée aux prêtres afin qu'ils prennent d'abord eux-mêmes le corps et le sang de Jésus- Christ , et ensuite le donnent aux autres .

« O chose admirable ! s’écrie saint Thomas, le pauvre, l’esclave et le petit se nourrissent de la

chair du Seigneur; le pain des Anges est devenu le pain de l’homme1. »

§ 174. Prière et agonie de Jésus-Christ, au jardin des

Olives.

La Cène terminée, les Apôtres rendirent grâces, en récitant l’hymne accoutumée, et Jésus se levant prit Pierre, Jacques et Jean, et s’en alla au jardin de Gethsémani, où il avait coutume de prier... Là, il commença à être triste et inquiet; alors, il dit à ses trois compagnons : « Mon âme est triste jusqu’à la mort, restez ici, et veillez avec moi2. »

Jésus-Christ est triste, triste jusqu’à la mort, car il a consacré sa vie tout entière au salut des hommes; dès l’instant de sa naissance, il n’a pas eu d’autre pensée que de faire tout ce qu’il pouvait pour le bien des âmes ; il s’est tout refusé à luimême, privé de tout, de toute affection, même de celle de sa Mère ; il a vécu pauvre, abandonné au premier venu ; et voici que, pour couronner une vie si pénible, il va être livré à ses ennemis, mis à

1. Hijm. ofî. SS. Sacrcim. Sacriücium istud instituit, — Gujus ofliciurn committi voluit — Solis presbyteris quibus sic congruit — Ut sumant et dent cæteris.

2. Pour comprendre cette douloureuse agonie du jardin des Olives, il faut se rappeler ce que nous avons dit de Punion des deux natures, en la personne de Jésus-Christ. En tant que Dieu, Notre-Seigneur savait très bien ce qui pouvait se faire, mais, en tant qu’homme, il ne le savait pas; et l’on peut dire que dans son agonie, la nature divine se retirait, en quelque sorte en ellemême, laissant la nature humaine livrée à ses faiblesses, à ses ignorances et à toutes ses incertitudes.

JÉSUS-CHRIST

mort, au milieu des supplices les plus affreux, et il s’aperçoit que malgré tant de sacrifices, et tant de douleurs effroyables, il y aura des multitudes d’âme&

qui seront perdues pour l’Eternité, parce qu’elles se seront laissé aller à toutes leurs passions, ou se seront renfermées dans leur orgueil, et n’auront pas voulu recourir à la nourriture merveilleuse qui est son Corps et son Sang.

Notre-Seigneur voyait toutes ces choses, comme dans un tableau se déroulant devant lui, et il en frémissait; tout son être en était bouleversé, de même que nous serions bouleversés devant un abîme s’ouvrant tout à coup sous nos pas, ou si nous apercevions une voiture, ou un train de chemin de fer, qui va broyer notre fils unique, jouant sur les rails... Nos cheveux se dresseraient sur notre tête, une sueur se répandrait, tout à coup, sur notre face. Ainsi en fut-il de Jésus, notre Sauveur; aussi, s’éloignant de ses Apôtres, il tomba la face contre terre, priant et disant : O Père , si cela est possible , que ce Calice s éloigne de moi ! c’est-à-dire : « Faites que je puisse sauver tous les hommes ; faites qu’il n’y en ait pas un seul qui soit perdu, car je les aime tous, comme la mère aime ses enfants; bien plus, j’aime autant chacun d’eux qu’une mère aime son premier-né, son fils unique... et cependant, ô Père, s’il ne peut pas en être autrement, que votre volonté soit faite , et non ta mienne. »

Et ce fut, pour Jésus-Christ, trois heures de la plus douloureuse agonie; son regard embrassait la suite des siècles et augmentait sa douleur... car

l’histoire du monde se déroulait devant lui. Il voyait les crimes de tous les hommes, les conséquences de ces crimes, les innocents perdus par les coupables, le bien empêché ; et cette inutilité de son sangle jetait dans un si profond abattement, dans une telle angoisse, qu’une sueur de sang couvrit son corps... « Eh quoi! s’écriait-il, je consens à souffrir tous les tourments et toutes les humiliations possibles pour le salut des âmes, et toutes ne seront pas sauvées... Oh! que ce Calice s'éloigne de moi...

Mais la Raison Eternelle, Dieu le Père, lui montrait que les âmes de mauvaise volonté ne pouvaient pas être sauvées, que sa mort ne pouvait servir de rien à ceux qui ne consentiraient pas à voir dans cette mort l’amour infini de Dieu, la gravité du mal, les conséquences affreuses qu’il entraîne à sa suite, -et Jésus reconnaissait que la liberté de l’homme ne permettait pas qu’il en fût autrement, et alors il se résignait douloureusement.

Telle une mère qui verrait ses trois enfants en danger de mort, elle s’élance, prête à tout souffrir pour les sauver, mais elle s’aperçoit qu’elle ne peut en sauver que deux... qu’il faut absolument en abandonner un ! Lequel choisira-t-elle ? Elle les aime tous également, elle donnerait mille fois sa vie pour les sauver tous... mais cela ne se peut pas... Quelle angoisse dans le cœur de cette mère! Qui pourrait peindre sa souffrance et son désespoir1?

I. Il faut encore ici comprendre que Jésus-Christ aime autant chaque homme, que la plus tendre des mères aime son fils, et même un fils unique, et il faudrait bien se garder de penser que le

JESUS-CHRIST

Trois fois Jésus cria vers son Père, mais trois fois il fit acte de soumission à sa volonté ; et se levant tout à coup, avec courage, il va vers ses Disciples qu’il trouve endormi. « Ah ! dit-il, vous n’avez pas pu veiller une heure avec moi ; allons, levez-vous, voici qu’approche celui qui va me livrer! »

§ 175. Crucifiement et mort du Sauveur.

A peine Jésus-Christ a-t-il fait quelques pas, que Judas, l’un de ses Apôtres, s’approche de luietl’embrasse. Le malheureux venait de vendre son bon Maître pour quelques pièces d’argent, et il avait donné son baiser pour signe aux soldats... et Jésus lui dit : Ami , pour quoi faire êtes-vous venu?...

Judas ne répond rien, les soldats s’approchent... Notre-Seigneur voulait bien se livrer, mais, afin de montrer que ses ennemis n’ont pas sur lui d’autre puissance que celle qu’il leur donne, les soldats sont tout à coup renversés... Ils se relèvent cependant et par un singulier aveuglement, ils osent de

grand nombre des hommes diminue cet amour, et que l'amour de Dieu est comme une espèce d'amour général , qui embrasse Y humanité , et non chacun de nous en particulier... Mais il n’en est point ainsi. Si un père, si une mère peuvent aimer huit ou dix enfants, pleurer la mort de chacun d'eux, comme s’il était seul et ne laissait pas des frères et des sœurs après lui, Dieu, qui est infini , peut bien, à plus forte raison, aimer chacun de nous, en particulier... car il n’v a rien de nombreux devant l’infini; les milliards d’àmes qui ont vécu, vivent ou vivront sur la terre, ne sont rien devant la puissance infinie d’amour qui est Dieu. Quand nous pensons aux souffrances de Jésus-Christ nous devons donc croire qu’il nous aime, nous, d’une affection aussi particulière, aussi complète que si nous étions seul sur la terre.

nouveau porter la main sur Celui qui vient de leur révéler sa divinité... Ils enchaînent donc Jésus, le maltraitent indignement, les Apôtres s’enfuient épouvantés, et il est conduit devant les tribunaux.

Là, il est moqué, bafoué, renvoyé d’un juge à un autre juge, et enfin jeté en prison jusqu’au lendemain matin. Au jour il est ramené devant Pilate, au milieu d’une foule innombrable qui l’accuse et demande son sang.

Cependant Pilate reconnaît son innocence ; Jésus va-t-il être sauvé? Non, le peuple réclame avec tant d’insistance sa mort, que Pilate craint une sédition ; il le livre donc aux soldats qui le flagellent, le couronnent d’épines, le couvrent de crachats, le soufflettent... Alors, Pilate le montre au peuple en lui disant : « Voicivotreroi , n’aurez-vous pas pitié de Lui, que voulez-vous en faire?... — Qu'il soit crucifié ! me ce peuple comblé de tant de bienfaits, témoin de tant de miracles, quil soit crucifié ! — Il n’a point fait de mal! » reprend Pilate... Mais ils criaient encore plus fort : « Qu'il soit crucifié ! .. . Délivreznous Barrabas l’assassin, mais Lui, Jésus, qui s’est dit le Fils de Dieu, crucifîez-le ! »

Et pendant cette longue procédure qui dura du soir du jeudi jusqu’à midi du lendemain, nulle plainte ne sortit de la bouche de Jésus-Christ. Il se contenta de répondre quelques paroles à ses juges pour ne pas avoir l’air d’avouer par son silence ce qu’on lui reprochait, mais il se laissa conduire au supplice comme un agneau...

Enfin on le charge d’une pesante croix, il la porte

JÉSUS-CHRIST

jusqu’au lieu de son supplice, des clous percent ses pieds et ses mains...

Et voici le Roi du ciel et de la terre, le Saint des Saints, pendu à un gibet infamant au même rang que deux voleurs ou assassins... Quelles sont ses pensées?... Désire-t-il se venger de ses ennemis? « Si je le voulais, dit-il, des millions d’Anges viendraient me délivrer. » Mais non, ce n’est pas là ce qui occupe le cœur de Jésus notre Sauveur, il ne pense au contraire qu’à notre salut, 11 crie : « J1 ai soif... mais ce n’est pas d’eau que j’ai soif, j’ai soif de souffrances pour sauver un plus grand nombre d’âmes si c’était possible!... » Puis II prie pour ses propres bourreaux... Apercevant sa pauvre Mère debout au pied de sa Croix, Il la confie au disciple bien-aimé, à Jean, le seul d’entre les Apôtres qui ne l’ait pas abandonné ; Il promet le Ciel à un criminel repentant qui est crucifié à côté de Lui. Il souffre tellement, son humanité abandonnée à ellemême se tord dans une si grande angoisse qu’il crie vers son Père : « Mon Père! mon Père! pourquoi m’avez-vous abandonné? » Enfin, ayant accompli tout ce que les Ecritures avaient prédit de lui, Il jette un grand cri et expire !...

A ce moment solennel, toutes les créatures publient la divinité de Celui que les hommes viennent de faire mourir... le soleil refuse de donner sa lumière, la terre tremble, le voile qui dans le Temple cachait le Saint des Saints se déchire du haut en bas, enfin les morts ressuscitent et parcourent les rues de Jérusalem, en annonçant que le Sauveur

prédit par les Prophètes vient de leur ouvrir le chemin du Ciel.

Recueillons-nous, restons un instant au pied de cette Croix. Que tout fasse silence en nous ; que nul bruit de la terre ne nous trouble. Nous touchons au sommet des choses ; il n’y a rien au delà. L’Infini a livré son secret, l’amour éternel nous est apparu... Le Créateur est mort dans les tourments pour rendre le bonheur à sa créature coupable.

« O Seigneur! s’écriait saint François d’Assiser vous n’avez pas su vous défendre de l’amour. C’est l’amour qui vous a fait venir sur la terre, c’est lui qui vous a fait descendre jusqu’à cette humiliation * d’aller parle monde, comme un homme méprisé. Et si vous avez gardé le silence devant Pilate, c’est que vous vouliez être la victime de l’amour et mourir pour moi sur une Croix!... O amour, en délire, à quel bois as-tu pendule Christ? Ah ! je commencerai les lamentations d’une éternelle douleur ! » s’écriait à son tour, un disciple du même saint.

Et nous, resterons-nous indifférents?... Pourrons-nous passer devant cette Croix, sans accorder quelques moments d’attention, à Celui qui y est attaché?...

Le moindre doute sur la possibilité d’un tel sacrifice ne nous oblige-t-il pas, au moins, à nous informer... Puis-je me contenter de dire... Qui sait?... Eh quoi, se contenter de dire Qui sait? devant la mort! rester dans le doute!...

En vérité, me conduirais-je ainsi, avec la moindre des créatures? Non, sans doute... Je suis à table.

JÉSUS-CHRIST

j’entends le bruit de la chute de quelque chose dans la rue, d’un corps peut-être... Me contenterais-je de dire Qui sait ?... et continuerais-je paisiblement mon repas?... Si j’agissais ainsi, je me considérerais moi-même comme un misérable... Et voici que j’agis ainsi avec Dieu... Je passe devant sa Croix. La grande voix de l’histoire me crie : Regarde ! c’est à peine si je daigne lever les yeux... et je passe!

Il y a cependant là devant moi la plus affreuse des choses... Un Fils unique crucifié et sa Mère se tenant debout au pied de sa croix!... Si c’était vrai !...

Etrange et cruelle aberration !... Nous aimons à savoir, et à nous rendre compte de tout, il n’y a que l’amour de Dieu qui ne nous intéresse pas.

Et cependant, que pouvait faire Dieu, qu’il n’ait pas fait? — O vous tous , qui passez, nous dit-il, voyez s'il est une douleur semblable à la mienne ... J'ai été tout le long du jour, les bras étendus vers vous. C’est Jésus-Christ qui parle, ayons donc au moins pitié de Lui.

§ 176. Qu’en méditant la Passion de Jésus-Christ, il faut toujours méditer aussi la Passion de la Sainte Vierge, sa Mère.

Mais, dans la Passion de Jésus-Christ, il y a encore autre chose de plus grand et de plus terrible, si c’est possible, il y a les douleurs de sa Mère, la Sainte Vierge Marie. Quel abîme de désolation ! Une Mère qui voit son Fils unique torturé, brisé de

coups, couvert de plaies et crucifié au milieu de tout un peuple qui l’accable de ses mépris, et demande sa mort.

Qu’on se représente la Sainte Vierge recevant sur elle le sang qui coule des plaies de son Fils, entendant ses dernières paroles, et enfin ce grand cri qui est le signe de sa mort... Vraiment l’esprit s’y perd, les expressions manquent, et l’on est presque tenté de demander pourquoi Jésus-Christ n’a pas laissé mourir sa Mère avant le jour de sa Passion, afin de lui éviter de telles douleurs.

Ah! c’est qu’il fallait, pour notre salut, que la Sainte Vierge partageât toutes les angoisses et toutes les souffrances de son Fils, c’est qu’il fallait qu’elle fût la Mère des douleurs, comme Lui était l’Homme des douleurs. En effet ce que Jésus-Christ voulait, par l’excès de ses souffrances, c’était surtout émouvoir notre cœur, nous arrachera notre indifférence, s’attirer notre amour. Or il semble que ses souffrances n’auraient pas été aussi grandes que possible, si sa Mère n’en avait pas été témoin.

En sacrifiant ainsi sa propre Mère, Jésus-Christ semble nous dire : « Voyez, vous courez un tel danger, le malheur qui vous menace est si grand que, pour vous l’éviter, je n’hésite pas à plonger ma Mère elle-même dans le plus grand chagrin. Que pourrais-je faire davantage pour vous! Que je consente à mourir, c’est déjà beaucoup, mais que je consente à faire souffrir ma Mère, voilà ce qui doit vous toucher... »

Ensuite il fallait aussi que nous vissions une fille

JÉSUS-CHRIST

d’Ève, du même sang que nous, souffrant pour nous tout ce qu’il est possible de souffrir. « Eh quoi ! devons-nous nous dire à la vue des douleurs immenses de la Très Sainte Vierge, eh quoi! je n’ai pas le courage de renoncer au mal, de souffrir un peu, et voici qu’une Mère semblable à ma mère, semblable à ma sœur, est torturée à cause de ce mal que je fais, à cause de ma dureté de cœur! »

La Sainte Vierge a voulu encore davantage, elle a voulu être comme le ministre du sacrifice de Jésus- Christ, elle l’accompagne pendant toute sa passion, elle monte avec Lui au Calvaire. Si elle n’écoutait que son cœur, elle supplierait Dieu de délivrer son fils de ses ennemis..., mais, au contraire, elle l’encourage, parce qu’elle sait que nous ne pouvons être sauvés que par sa mort, qu’il n’y a que cette mort très douloureuse qui puisse nous arracher à l’amour de nous-mêmes, au mal, à tout ce qui mène fatalement au malheur éternel.

Aussi devons-nous infiniment l’aimer, cette Mère qui a tant souffert pour nous, et toujours penser à elle lorsque nous méditons la Passion. Pour notre amour, elle fut plus que martyre, elle souffrit presque plus que son Fils, comme ose le dire saint Bernard, car son Fils put mourir, et elle, elle ne le put pas C

1. Ut plus quam Martyrem non immerito prædicemus... 111 e etiam mori corpore potuit; ista commori corde non potuit. S. Bernard, n, Noct. offic. dol.

§ 177. La Résurrection et l’Ascension de Jésus-Christ.

Cependant la mort ne pouvait rester maîtresse de Jésus-Christ. Sa Résurrection affirmera une fois de plus sa divinité et nous montrera dans son propre corps la future Résurrection de chacun de nous. . . En effet, le troisième jour après sa mort, Notre-Seigneur sortit du tombeau et apparut à ses Disciples avec le même corps qui avait souffert et qui avait été crucifié, mais ce corps n’était plus soumis à toutes les imperfections et infirmités de la matière, il était devenu corps glorieux , il pouvait se transporter d’un lieu à un autre avec la rapidité de la pensée, les obstacles matériels ne pouvaient l’arrêter , c’est ainsi que Notre-Seigneur apparut un jour, tout à coup, aux yeux de ses Disciples réunis dans une salle dont les portes étaient fermées, et cependant son corps était bien un corps réel, puisque Thomas put s’en convaincre, en touchant de ses mains les plaies du crucifiement et en voyant Jésus-Christ manger réellement comme il le faisait avant sa mort... Ces qualités des corps glorieux échappent complètement à notre intelligence, mais il y a tant d’autres choses qui lui échappent, notre science est toujours si courte, quelle que soit l’idée que nous en ayons ; il faut le reconnaître, nous ne savons le fond de rien.

Notre-Seigneur ressuscitéconsacra quarante jours à ses Apôtres et à ses Disciples ; Il leur apparut souvent, les confirmant dans la Foi, leur donnant ses

JÉSUS-CHRIST

dernières instructions; enfin, ayant encore mangé avec eux, Il les mène sur une montagne, Il les encourage, leur parle du royaume de Dieu... et tout à coup il s’élève dans les airs et disparaît. Et comme les disciples étonnés restaient les yeux en haut, deux hommes vêtus de hlanc leur apparurent et leur dirent : « O hommes de Galilée, que restez-vous là, regardant le ciel?... Ce Jésus qui vient d’y monter, en descendra un jour de la même manière! »

Les Apôtres, rassurés par ces paroles, rentrèrent à Jérusalem, et, habitant tous ensemble, jeûnant et priant, ils attendirent avec confiance pendant dix jours le Saint-Esprit, que Jésus-Christ leur avait prédit, cet Esprit de vie qui devait leur rappeler tout ce qu’ils avaient appris, et leur donner en même temps la force de le prêcher sans crainte.

§ 178. De la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.

En effet, le dixième jour un grand bruit se fit entendre comme venant du ciel, et des langues de feu se reposèrent sur chacun des Disciples. C’était le Saint-Esprit qui manifestait sa présence sous ce signe sensible. Alors les Apôtres se mirent à prêcher avec ardeur et en diverses langues, selon que l’Esprit-Saint les faisait parler. Or il y avait en ce moment à Jérusalem des juifs de toutes les nations qui sont sous le ciel, et chacun était étonné d’entendre les Apôtres parler dans sa langue. « Comment cela peut-il se faire, se disaient-ils, car ces hommes sont tous Galiléens, et nous, nous sommes Parthes,

Mèdes, OElamites, nous habitons la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont, l’Asie, laPhrygie, la Pamphylie, l’Égypte, la Lybie, la Crète, l’Arabie... » Et ils étaient stupéfaits...

Alors Pierre, entouré des autres Apôtres, se lève, et prenant la parole, il explique que le Prophète Joël avait prédit que l’Esprit de Dieu se répandrait ainsi sur toute chair, lorsque serait venu ce Jésus qui avait été crucifié, mais qui était ressuscité, ce dont ils étaient les témoins... Et trois mille hommes crurent à ces paroles et furent baptisés1.

Et alors on vit des choses admirables, les fidèles vendaient leurs biens, en apportaient le produit aux pieds des Apôtres ettous vivaient comme des frères, mettant tout en commun, partageant le même pain.

§ 179. Premières prédications des Apôtres.

Cependant les Apôtres étendaient rapidement la Religion par leur prédication, que soutenaient leur sainteté et des miracles sans nombre. « Un jour Pierre et Jean montaient au Temple pour prier. Un infirme leur demande l’aumône. Pierr'e le regarde, et lui dit : — Je ri ai ni or, ni argent , mais je te donne

1. Act. apost. ii. Ce n’est pas sans intention que l’Écriture Sainte nous a conservé, avec tant de soin, les noms de ces nombreux pays. Cette longue énumération montre comment les juifs étaient répandus par toute la terre, propageant parmi les païens l’idée d’un vrai Dieu, ainsi que celle de Vattente d'an Sauveur... Et venus à Jérusalem pour faire la Pâque, selon que l’ordonnait la Loi, ils ne manquèrent certainement pas de raconter chez eux les prodiges dont ils avaient été témoins, préparant ainsi les âmes de bonne volonté aux prédications des Apôtres.

JESUS-CHRIST

ce que fai. Au nom de Jésus de Nazareth, lève-toi et marche ! Et l’infirme se lève et il entre dans le Temple en sautant et en louant Dieu... Et comme le peuple s’étonnaitet se récriait, Pierre, prenant la parole, dit : « Hommes d’Israël,, qu’avez-vous à tant vous étonner, et à tant nous regarder, comme si nous avions fait marcher cet infirme par notre propre puissance? C’est le Dieu d’Abraham, le Dieud’Isaac, le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères, qui a voulu glorifier son Fils Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate... Vous avez mis à mort l’auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts, comme nous en sommes les témoins... » Et le lendemain, les princes des prêtres, les scribes, font appeler Pierre et Jean et leur demandent au nom de qui ils ont guéri cet homme. . . Pierre, prenant encore la parole, leur dit : « C’est au nom de ce Jésus que vous avez mis à mort, mais vous l’avez fait par ignorance... Faites donc pénitence, et convertissez-vous... Vous êtes les fils des Prophètes qui ont annoncé ce qui arrive aujourd’hui... » Alors les magistrats arrivèrent et mirent Pierre et Jean en prison.

Mais cela n’empêcha pas qu’il y eut cinq mille hommes qui- se convertirent à la parole de Pierre... Et le nombre des fidèles augmentait ainsi continuellement, et la puissance miraculeuse des Apôtres était telle, que l’ombre seule de saint Pierre guérissait les malades que l’on plaçait sur son passage.

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