‹ La religionChapitre 21 sur 30 · E. Ozanam, Éludes germaniques , cliap. vm · texte numérisé non relu

E. Ozanam, Éludes germaniques , cliap. vm

tinue encore de nos jours, et ne s’éteindra peutêtre même jamais, car il semble presque impossible que les gouvernements arrivent à se désintéresser complètement de la question religieuse. Les évêques, les prêtres, les religieux, les religieuses elles-mêmes tiennent une trop large place dans les Etats, pour qu’il n’y ait pas, de temps en temps, des contacts douloureux entre eux et les pouvoirs publics. Et cependant, tout en n’ayant en vue que le bien s pi-

rituel des âmes, l’Eglise ne peut moins faire que d’habiter quelque part, que de posséder des domiciles, que de s’occuper d’instruction, de mille choses matérielles qui la mettent inévitablement en rapport avec la société humaine, avec les chefs de cette société.

Si nous soulevons ici cette question, c’est pour qu’on apprenne à ne rien voir de mal, au point de vue religieux, dans cette lutte séculaire entre l’Église et les puissances temporelles... Car cette lutte, comme tant d’autres malheurs de ce monde, découle forcément de la nature des choses. Pour qu’elle n’ait pas lieu, il faudrait supposer chez l’homme une perfection plus qu’humaine, et dans les institutions une immutabilité qu’elles ne peuvent avoir. Mais ne nous inquiétons pas plus qu’il ne faut : Dieu est là, toujours veillant, respectant la liberté humaine, l’arrêtant cependant lorsqu’elle est prête à aller trop loin... C’est ainsi que, de notre

temps, le Chef de l’Eglise * voyant que les catholiques s’inquiétaient plus qu’il ne fallait de la forme du gouvernement* et tendaient à faire trop dépendre

LE CHRISTIANISME

de cette forme, le bien cle la Religion et des âmes, a pris la parole pour déclarer « que l’Église se refuse résolument, par droit et par devoir, à s’asservir aux partis et à se plier aux exigences changeantes de la politique ; que, par une conséquence du même principe, gardienne de son droit, et pleine de respect pour le droit d’autrui, elle estime qu’elle doit rester indifférente aux diverses formes de gouvernement et aux institutions civiles des États chrétiens, et qu’elle ne désapprouve aucun des systèmes de gouvernement qui respectent la Religion et la Morale chrétiennes h »

§ 188. Qu’il fallait que la civilisation païenne disparût.

11 y avait encore, à cette époque, un grand obstacle à l’établissement complet de la religion chrétienne, et au changement de mœurs qu’elle exigeait, c’était le paganisme. Le paganisme, en effet, subsista bien plus longtemps qu’on ne le pense après la conversion de Constantin, et malgré les édits des empereurs...

« C’est que, dit Ozanam, il était infiniment plus difficile qu’on ne le croit généralement de déposséder cette vieille religion, maîtresse du sol pat* ses monuments, de la société par ses souvenirs et par le peu de vérités qu’elle conservait. C’est ainsi qu’une statistique du ve siècle compte encore à Rome seulement quarante-trois temples ^

Page 1