I. Encyclique Sapientæ christianæ
deux cent quatre-vingts édicules sacrés ; le Colosse du Soleil, haut de cent pieds, s’élevait auprès du Colysée où avait coulé le sang de tant de martyrs, et en 419, sous Valentinien III, Rutilius Numantius ne craint pas de célébrer la ville païenne, mère des héros et des dieux. « Ses temples, s’écrie-t-il, nous portent plus près du ciel ! » Que serait-ce si on parlait des théâtres, des cirques, des thermes, des arènes et de tant d’autres lieux de plaisirs, dont les ruines gigantesques nous étonnent encore.
On ne sait pas assez quelles mœurs affreuses le paganisme avait comme incrustées dans les âmes, de quel aveuglement il avait frappé les plus belles intelligences, un trait pris au hasard suffit pour le démontrer. Un des plus illustres païens de cette époque, Symmaque, élevé aux plus hautes et aux plus honorables dignités de l’empire, allait célébrer par des jeux la préture de son fils. Longtemps d’avance il avait épuisé les provinces de ce qu’elles avaient de plus rare : chevaux de course, bêtes féroces, comédiens, gladiateurs... Au milieu de ces soins un chagrin inattendu le trouble, il a besoin d’en écrire à Flavien son ami. « Ce ne sera pas trop, dit-il, pour le consoler de toute la philosophie de Socrate... Et quel est-il donc le chagrin qui vient troubler cet homme considérable ?... On ose à peine le dire. . . hélas ! Il avait acheté des prisonniers saxons destinés aux combats de l’arène, et vingt-neuf de ces misérables, écrit-il â son ami, ont eu X impiété de s’étrangler de leurs mains, plutôt que de servir aux plaisirs du peuple-roi I
LE CHRISTIANISME
« Voilà, continue Ozanam, ce que la sagesse païenne avait su faire d’une âme naturellement droite et bienveillante, au ve siècle, à cet âge avancé du monde, dans une société qui s’éclairait de tous les flambeaux de l’antiquité. »
Au fait, ce vieux païen n’a pas dans l’âme le moindre sentiment de pitié. Il est père, il aime ce fils dont il veut célébrer l’avènement aux dignités, et il ne lui vient pas même à la pensée que ces malheureux qu’il achète pour les faire tuer , ont eux-mêmes des pères, le sont peut-être, et qu’il est quelque part des cœurs qui les aiment; non, le malheureux égoïste ne voit que lui-même, que la gloire puérile de donner des jeux publics au peuple.
Et s’il en était ainsi des esprits cultivés, que devait-il en être des ignorants, des esprits courbés vers la terre par le travail et les soins matériels de la vie !.. . Comment dès lors arracher les populations à ces fêtes païennes où toute licence était permise, où les danses, les festins et les réjouissances de toute sorte faisaient partie du culte des dieux?... Aussi l’Église dut-elle y mettre beaucoup de condescendance, supporter bien des pratiques douteuses, remplacer plusieurs fêtes païennes par des fêtes chrétiennes. « La procession de la Chandeleur fit oublier les Lupercales; les Siciliens ne pouvaient se détacher les fêtes de Gérés, la fête de la Visitation fut retardée pour eux, et ils offraient aux autels du Christ les épis murs dont ils couronnaient leurs idoles1. »