‹ La religionChapitre 25 sur 30 · P. Lacordaire, i (5e confér · texte numérisé non relu

P. Lacordaire, i (5e confér

ques, tellement insuffisantes ou écourtées qu’elles ont successivement disparu, après un règne éphémère qui n’a pas même laissé à leur auteur le temps de s’ensevelir dans l’oubli du tombeau, en croyant avoir doté le monde d’une idée nouvelle.

Et à qui a-t-il été transféré, ce spectre des idées]? est-ce à de nouveaux génies, à de plus grands savants?. . . Non, sans doute, mais au premier bon cœur venu, à la première âme simple mais forte qui voudra croire qu’il vaut mieux agir que de parler, et que la vertu est au-dessus de tout... Et ces âmes simples, issues d’un pâtre ou d’un prince, peu importe, parleront, et toute autorité intellectuelle s’inclinera devant elles. Saint Paul pouvait déjà s’écrier : Où sont les sages , où sont les savants , ou sont les investigateurs de ce siècle ? Est-ce que Dieu na pas fait de la sagesse de ce monde une folie... Y oyez votre vocation , parmi vous , il n y a pas beaucoup de sages selon la chair , ni dû hommes puissants et nobles. Dieu a choisi les faibles pour confondre les forts.

« Voilà un étrange spectacle, dit le Père Lacordaire, et l’on conçoit qu’en le voyant, les hommes de génie s’indignent. » Eh quoi ! plus moyen de discuter, diront-ils; plus moyen de philosopher, de chercher l’origine des choses. Il faut croire ou mourir : c’est l’étouffement de l’intelligence humaine! Non, leur répondrons-nous, c’est au contraire l’affranchissement de la tyrannie sous laquelle le génie prétendait tenir toute autre intelligence que la sienne, c’est la destruction de prétentions désordonnées.

La vérité, ce bien des biens, n’est plus le privilège

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de quelques-uns, elle appartient à tons, aux petits comme aux grands : il ne sera plus besoin d’être savant pour la comprendre, il suffira d’être bon et d’avoir le cœur droit. Saint Augustin se félicitait déjà défaire philosopher les ouvriers foulons de Carthage. Comme, dit Ozanam : « Au lieu que Platon écrivait sur sa porte : « Nul n’entre ici, s’il n’est géomètre » il était glorieux d’écrire au contraire sur sa porte, comme le Christ : « Venez tous à moi, vous tous qui » travaillez, qui bêchez la terre, qui pêchez dans la » mer, qui portez des fardeaux, vous tous entrez ici ; » je vous expliquerai non pas seulement le yvwc-tç » ÉauTov le Connais toi loi-même , de Socrate, mais » les plus profonds mystères, le mystère de la » Trinité. » Et c’est là ce qui s'est fait1. »

La bonne femme ou la jeune fille qui s’en va humblement à la messe, son livre à la main, ou son chapelet dans sa poche, sourit de l’homme du monde ou du savant qui dédaigne d’entrer avec elle à l’église. Elle sait d’une science certaine qu’elle en sait plus que lui, et qu’il viendra forcément un jour où ce dédaigneux, enfin désenchanté d’une vaine science, se trouvera trop heureux de recourir à ce Dieu, qu elle, pauvre femme, aura eu la sagesse d’adorer pendant toute sa vie, et non pas seulement au court moment des terreurs et des défaillances de la mort.

Quant aux hommes de génie, s’ils le veulent, leur rôle sera plus grand que jamais. Ceux qui consen-

l. Civilisation au vc siècle, 46e leçon : L’éloquence chrétienne.

liront à incliner un instant leur raison devant cette vérité apportée du ciel par Jésus-Christ, s’élèveront, en partant d’elle, comme d’une base solide, jusqu’à des hauteurs intellectuelles que n’ont point connues et que ne connaîtront jamais ceux qui ne veulent pas accepter ce joug salutaire. On l’a dit souvent : la suprême science est de savoir qu’on ne sait pas tout , et qu’on ne peut pas tout savoir. L'esprit qui croit pouvoir tout savoir est bien petit, car il montre ainsi qu’il n’a pas même la moindre idée de l’immensité des choses à apprendre. Croire qu’on peut tout savoir c’est rapetisser le monde à sa mesure, c’est agir comme l’enfant qui croit qu’il n’y a rien au delà du mur de son enclos, ou qu'en étendant la main il va pouvoir saisir une étoile.

« Commençons donc à être petits et humbles pour devenir les véritables hommes de génie, les conservateurs, les vases de la vérité, et par conséquent pour coopérer à l’établissement sur la terre des devoirs, des droits, des libertés, tous fondés sur la puissance donnée par Jésus-Christ à la Conscience et à la Foi1 ».

§ 194. Que la Messe est le centre, la force et le résumé

de la vie chrétienne.

Mais qui donnera la vie à ce grand corps de l’Église, et à ces multitudes d’âmes dévouées à tout bien, prêtes à tout sacrifice? Quel sera le centre

(1) P. Lacordaire, 16e confér.

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autour duquel graviteront tous, les désirs et toutes les pensées de ceux qui auront compris et aimé Jésus-Christ? N’y aura-t-il donc sur la terre rien de visible, rien de sensible qui puisse fixer les esprits, charmer les cœurs?... Jésus-Christ l’avait dit: Lorsque f aurai été élevé sur la croix , f attirerai tout à moi... Ce sera donc en effet le sacrifice du Calvaire perpétué par la sainte Eucharistie qui sera le centre de toute la vie de l’Eglise.

Le vision de saint Jean sera réalisée. Comme dans le ciel, le véritable Agneau de Dieu égorgé, c’està-dire Jésus-Christ, seraperpétuellement élevé entre le ciel et la terre, par les mains des prêtres, dans la cérémonie qui s’appellera la messe, parce qu’elle est la commémoration et la figure parfaites de toute la vie et de la mort du Messie...

Désormais il n’y aura plus un seul instant où nous ne puissions adorer, sur quelque point du globe, le Sauveur s’incarnant sous la forme du pain et du vin, offrant pour nous son sang, et nous rappelant ainsi son amour, ses exemples et sa mort très douloureuse... Merveilleuse vision qu’ont les âmes qui comprennent la vie et savent s’élever au-dessus des choses matérielles et passagères, pour considérer les choses éternelles.

Quand on parcourt les salles du Vatican, on s’arrête comme malgré soi, avec une admiration toujours nouvelle, devant la célèbre fresque de Raphaël connue sous le nom de Dispute du Saint-Sacrement . Au centre de cette vaste composition est placé un autel simple, au-dessus c’est le ciel, au-dessous

c’est la terre. Autour de l’autel lui-même, sont groupés les docteurs et les grands hommes qui ont le mieux parlé de la sainte Eucharistie; parmi eux on aperçoit saint Thomas d’Aquin et Dante. Sur cet autel ainsi entouré de tout Ce qui est, Raphaël, par un trait de génie, s’est contenté de placer une Hostie rayonnante.

Ce fut du génie, car c’était d’un coup de pinceau représenter la réalité éternelle des choses. En effet, I’iiostie consacrée, c’est l’union de Dieu avec l’homme, l’union du ciel et de la terre... le pacte de réconciliation et d’amour planant au-dessus du monde.

Nous essayerons donc de donner une explication aussi claire que possible des cérémonies de la messe, en analysant de notre mieux saint Thomas d’Aquin.

(me P., Q. 85.)

§ 195. — La Messe.

Comme il est convenable d’entourer une aussi grande action de toute la solennité possible, la Messe, sauf exception, ne se dit que dans des lieux consacrés et sur un autel ou au moins une pierre, renfermant des reliques des martyrs et ointe d’huile sainte par l’évêque, selon des rites remontant à la plus haute antiquité : Jacob , est-il écrit au xxvue chapitre de la Genèse, ayant aperçu Dieu en songe , prit la pierre qui lui avait servi pour appuyer sa tête , et, après avoir ointe d huile cette pierre , il la consacra en (lisant : Ce Heu est terrible , car il est la demeure de

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Dieu, et je ne le savais pas. Et il promit à Dieu la dîme de tout ce que Dieu lui donnerait \

Ensuite, le prêtre se revêt de vêtements particuliers, portant l’image de la Croix pour signifier que c’est le sacrifice de la Croix qui va se renouveler entre ses mains ; et, dans les solennités, l’évêque change même de chaussures, afin de signifier qu’il ne touche en quelque sorte à plus rien de la terre pendant toute la cérémonie.

Notons encore que le prêtre ne doit jamais dire la messe seul, ou sans au moins un servant qui représente le peuple, car le prêtre est le ministre de Dieu ou son intermédiaire. Plusieurs fois pendant la messe, il parle de ceux qui V entourent , et il parle même constamment au pluriel.

Enfin, tout étant préparé, le prêtre s’avance devant l’autel, et, se tenant au bas des marches, il commence par un appel à la miséricorde de Dieu, ce qui se fait en récitant le psaume Judica me. Jugezmoi , Seigneur , et séparez ma cause de celle des pêcheurs ,

1. La simplicité avec laquelle se disent les messes ordinaires, et leur brièveté, enlevant à beaucoup presque tout respect pour le grand mystère qui s’y accomplit, il est bon de rappeler ici une sage observation de l’ Imitation de Jésus-Christ. « Si cet adorable sacrement, est-il dit (au chapitre ier du IVe livre), ne s’accomplissait qu’en un seul lieu, et qu’un seul prêtre, dans le monde entier, consacrât l’hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes n’accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique ! Mais il y a beaucoup de prêtres, et le Christ est offert en tous lieux, afin que la miséricorde et l’amour de Dieu pour l’homme éclatent d’autant plus que la sainte communion est plus répandue dans le monde. » A nous d’être assez réfléchis pour ne pas faire tourner à notre perte les plus grands dons de Dieu, ce qui nous arrive malheusement trop souvent.

car je veux glorifier votre nom... Ce psaume est suivi d’une humble confession, faite en commun avec les assistants.

Ensuite le prêtre monte à l’autel, lit quelques paroles de l’Écriture, ayant rapport à la fête du jour : c'est Y Introït ; puis il répète neuf fois : Ayez pitié de moi , Seigneur ; le peuple répète ces paroles avec lui, et récite ou chante le Gloria in excelsis... Gloire à Dieu au plus haut des deux et paix sur la terré aux hommes de bonne volonté , merveilleux cantique de louanges, qui réjouit toujours l’âme.

Le Gloria terminé, le prêtre se tourne vers le peuple et lui demande d’être de cœur avec le Seigneur; le peuple lui répond : Qu II soit aussi avec vous. C’est l’objet du Dominus vobiscum, et cura spiritu tuo , qui se répète plusieurs fois pendant la messe, comme pour réveiller l’attention des assistants.

L'oraison étant dite, il s’agit d’instruire les fidèles. C’est ce qui se fait par la lecture de YEpître et de Y Evangile, laquelle est souvent suivie d’une instruction ou homélie.

L’instruction terminée, le prêtre et les assistants témoignent de leur foi en récitant le Credo. Le Credo terminé, on prépare le sacrifice. Le peuple, par les mains des servants, présente à l’autel le pain et le vin qui vont devenir le corps et le sang de Jésus- Christ. Le prêtre offre ces dons, verse le vin et l'eau dans le calice, en disant : O Dieu qui avez établi la substance humaine dans une si grande dignité , et qui F avez encore plus merveilleusement réparée , accor -

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dez-nous , par le mystère de ce vin et de cette eau , de partager un jour la Divinité de votre Fils , Notre Seigneur Jésus-Christ , a daigné s'unir à notre

humanité , ensuite il élève le calice vers Dieu, en lui disant encore : Nous vous offrons , d Seigneur , ce ca- /zce de salut , suppliant votre miséricorde qu'il soit accepté par vous pour notre salut et celui de tout le monde. Enfin le prêtre se lave les mains, soit pour signifier la pureté de cœur qu’il doit avoir en ce moment-là, soit pour purifier ses doigts eux-mêmes de toute parcelle de poussière, par respect pour ce qu’il va toucher. En recevant l’eau sur les doigts, il dit : Je laverai mes mains avec les innocents , et f entourerai votre autel , car fai aimé la beauté de votre maison; ne me perdez pas avec les impies. Ensuite, se tournant vers le peuple, il l’invite à prier afin que ce sacrifice , qui est aussi le sien , soit agréé par Dieu , le Père Tout-Puissant , et il récite la Secrète ou oraison, dite à voix basse.

Nous voici arrivé à la messe proprement dite, à ce qu’on appelle le Canon , mot grec qui veut dire règle , loi, parce que cette partie de la messe se dit selon des règles invariables et partout les mêmes.

A ce moment solennel, le prêtre invite à haute voix le peuple à se recueillir, et il engage avec lui un véritable dialogue. C’est l’objet de la Préface...

Que le Seigneur soit avec vous .. . Sur sumcorda... Elevez vos cœurs ! s’écrie le prêtre, et le peuple répond : Habemus ad Dominuml Nous les avons vers le Seigneur , car il est juste et raisonnable de Lui rendre grâce.

Alors le prêtre, comme rassuré par cette réponse, reprend avec plus de force : — Oui , il est véritablement juste et raisonnable de vous rendre grâce , 6 Dieu éternel et Tout-Puissant , par Jésus-Christ, notre Seigneur... et nous unissons nos voix a celles des Anges et des Archanges pour chanter : Saint , saint , saint est le Seigneur. . .

Alors le prêtre prie seul et à voix basse. Il est comme anéanti devant la grande chose qui va se passer entre ses mains ; bientôt il prononce, sur le pain et le vin, les mêmes paroles qu’a prononcées Jésus-Christ, et le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ. Le servant agite la clochette pour avertir les assistants, et le prêtre, après s’être profondément incliné lui-même, offre ce Corps et ce Sang sacrés à l’adoration des fidèles...

Voici donc Jésus-Christ réellement présent sous les apparences du pain, réellement vivant, nous regardant, nous écoutant... priant et s’offrant pour nous... A ce moment, sachons, par l’imagination, voir au-dessus de l’autel, Dieu le Père assistant à ce sacrifice qui rappelle le sacrifice sanglant du Calvaire, et disons-lui : « O Dieu, ô Père, regardez la face de votre Fils, souvenez-vous que c’est pour moi qu’il vient sur cet autel, que c’est pour moi qu’il va s’immoler et s’anéantir par la Communion. . . Ne considérez pas ma misère, mais l’amour de votre Verbe très aimé; je m’unis à Lui par ma foi, par ma volonté, par mes désirs, par mon amour, et je vous prie en son nom, pour moi, pauvre pécheur, pour ceux que

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j’aime, pour ceux qui m’étaient chers et qui sont morts1, »

Et c’est là ce que fait de son côté le prêtre ; il prie pour les vivants et pour les morts, il prie les Anges de porter jusqu’au trône de Dieu la victime sans tache, afin que lui et tous ceux qui participent à ce sacrifice soient comblés de toute bénédiction et de toute grâce céleste. Ensuite il élève encore une fois la sainte hostie et le calice, en disant : Que par Jcsus- Christ , avec Lui , et en Lui , tout honneur et toute gloire vous soient rendus , ô Dieu , Père Tout-Puissant , en l'unité du Saint- Esprit...

Suit la récitation solennelle et à haute voix du Pater , de cette unique prière enseignée par Jésus- Christ... Le Pater est suivi d’une invocation à la Très Sainte Vierge et aux Apôtres Pierre, Paul et André. Alors le prêtre se frappe trois fois la poitrine en répétant à chaque fois, la douce invocation : Agneau de Dieu , qui effacez les péchés du monde , ayez pitié de nous ; donnez-nous la paix.

Voici enfin le moment de la consommation du sacrifice par la communion. Le prêtre s’incline sur

l’autel et prie d’abord pour l’Eglise, ensuite pour tous les fidèles et enfin pour lui-même, afin que ce scicri-

i. « Nous errions tous comme des brebis perdues., et alors II a pris sur lui nos faiblesses, et II s’est chargé lui-même de nos douleurs.. Il a été couvert de plaies à cause de nos péchés, et nous sommes guéris par ses souffrances. Il a été offert en sacrifice parce qu’il l’a voulu, Il a été conduit à la mort comme un agneau, et II n’a pas ouvert la bouche pour se plaindre ». Omnes nos quasi oves erravimus... vere languores nostrosipse tulit et dolores nostros ipse portavit... Isaïe, C, liii.

fice ne tourne pas à sa condamnation , mais à son salut. . . Puis il prend la sainte hostie, se frappe trois fois la poitrine en répétant les humbles paroles du Centurion : Seigneur , je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison , mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie... Ayant communié, il prend le calice et boit le précieux Sang en disant : Que ce sang garde mon âme pour la vie éternelle. Les fidèles communient à leur tour, s’ils s’y sont préparés et le désirent, et la messe proprement dite est terminée.

Mais il ne serait pas sage de se retirer sans remercier Dieu d’une si grande grâce ; le prêtre récite donc encore plusieurs prières après la communion. Il donne la bénédiction aux fidèles avec sa main, qui vient de toucher le Corps de Jésus-Christ... et enfin

il lit à haute voix l’Evangile selon saint Jean. Il sem-

ble, en vérité, que cet Evangile a été placé à la fin de la messe, parce que l’âme qui vient d’être purifiée et sanctifiée par un tel sacrifice et parla communion, doit pouvoir s’élever plus facilement avec l’Évangéliste jusque dans le sein de Dieu, jusqu’à ce Verbe Eternel par qui tout a été fait , et qui est la Vie et la Lumière de la terre, comme II est la Vie et la Lumière du ciel, et a donné à tous ceux qui le recevront et qui croiront en Lui, le pouvoir d’être faits enfant de Dieu, et nous avons vu sa gloire qui est la gloire du Fils de Dieu plein de grâce et de vérité.

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