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I. Cité de Dieu, xi, 2. Magnum et admodum rarum

DE LA CRÉATION

vouloir faire des heureux, si ce n’est brûler du désir de donner tout ce que l’on a, plus que l’on a, à des êtres dont on n’attend rien. Etre bon, c’est aller jusqu’à rêver de souffrir et même de mourir pour ces êtres.

Dieu, si toutefois l’on peut comparer son cœur à un cœur humain, est donc semblable à un père de famille riche et puissant qui, non content de faire le bonheur de sa femme et de ses enfants, penserait encore à faire autour de lui tout le bien imaginable, à recueillir les abandonnés, à soulager les vieillards et les malades, à aider les pauvres, à établir les jeunes gens... sacrifiant tout son temps, toute sa fortune à ceux qui souffrent, à ceux qui ont besoin de lui... étendant ainsi son amour et sa vie en dehors de sa paternité.

Ainsi en est-il de Dieu. Ne nous étonnons donc pas s’il a créé le ciel et la terre. Tout ce qui peut faire des heureux est tellement dans sa nature, que l’on pourrait presque dire que notre raison ne comprendrait point Dieu ne créant pas... Car si Dieu avait comme épuisé sa divine et infinie Paternité en engendrant le Verbe éternel, 11 n’avait pas épuisé sa puissance et sa bonté ; 11 pouvait donc augmenter le nombre des heureux en créant , c’est-à-dire en appelant à l’existence, par un seul acte de sa volonté, des êtres qui ne seraient pas Lui, mais par Lui, de Lui et à Lui.

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§ 31. Que Dieu veut créer des êtres qui puissent partager

son bonheur infini.

A un moment, il se passa donc clans l’Éternité des choses merveilleuses; les Trois Personnes Divines s’écoutèrent; il y eut entre elles comme un frémissement plus intense d’amour, de tendresse et de bonté ; l’océan de vie qui est l’Infini semblait vouloir s’augmenter, en faisant être ce qui n'était pas , c’est-à-dire en créant des êtres sur lesquels les Trois Personnes Divines pourraient répandre les trésors infinis de leur cœur... et l’immense dessein de la Création fut conçu.

Mais entre les millions d'êtres possibles , quels sont ceux que l’éternel amour va appeler à la vie? Car Dieu pouvait créer des êtres de mille natures différentes, jouissant chacun d’une sorte de bonheur... de ces bonheurs limités, dont nous nous faisons communément une idée sur la terre ; par exemple, l’espèce de bonheur ou de joie qui se trouve dans l’affection de nos semblables, dans la vie de famille, dans la sécurité pour l’avenir, dans le sentiment de force et de bien-être que procure une bonne santé, dans la satisfaction intérieure qu’apporte le succès d’une entreprise, ou encore la vue des beautés de la nature, des produits de l’art et de l’industrie, la joie de faire des découvertes... de se sentir honoré1, etc.

1. U est bien évident que ce langage, au sujet de Dieu, est une pure fiction employée pour nous expliquer à nous-mêmes

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ôl

On comprend que des êtres créés dans certaines conditions auraient pu trouver un bonheur suffisant dans ces choses, et qu’ils auraient encore dû remercier Dieu de leur avoir donné l’existence.

Mais Dieu est infiniment bon; Il est père au suprême degré et dans toute la force de ce mot. Il fera donc comme tout père, |il rêvera pour ses enfants le plus grand bonheur possible, un bonheur aussi grand que le sien. Or, nous le savons, le bonheur de Dieu consiste dans les admirables sentiments, qui sont la vie des Trois Personnes Divines... Il faut donc que Dieu crée des êtres capables d éprouver ces sentiments, capables d’aimer et de se donner eux-mêmes dans les joies du sacrifice et de l’abnégation, en un mot des êtres semblables à Lui.

l’action divine, car, en réalité, rien ne change en Dieu: sa pensée ne se développe pas, en discourant longuement, à l'aide de paroles; elle apparaît pleine, entière, comme un éclair continu, ou plutôt cette Pensée qui est la Sagesse, est elle-même son Etre, et son Être tout entier, car en Dieu rien n’est en puissance, c’est-à-dire en état de pouvoir être, tout y est en acte... La vie divine est donc un acte pur, immuable, toujours le même, d’une intensité infinie, et produisant toujours l'Infini, « un acte pur, » nous a dit saint Thomas d’Aquin. Dieu est aujourd’hui ce qu’il était hier, ce qu’il sera demain. C’est en ce sens qu’il dit (Ps. n, Ilebr.) Filins meus es tu, ego hodie genui te : Tu es mon fds; je t'ai engendré aujourd'hui... c’est-à-dire, dans cet instant éternel, dans ce jour qui n'a point eu de commencement, qui n'aura point de fin, et qui est l'Éternité.

Dieu, c’est le Point lumineux et indivisible qu’entrevit Dante; un Point... mais dont dépend le ciel et toute la nature, car ce point, c’était Dieu... et dans ce point qui l'avait d’abord ébloui, Dante vit rassemblé, en un seul faisceau, et réduit à l’état d’une simple lumière, tout ce qui se déploie dans l’univers: substance, mode, accidents, idées typiques de la Création : Da quel punto dépende , il cielo e lutta la natura. (Parad., XXX.)

§ 32. Que les êtres que Dieu veut créer devront posséder la sensibilité, l’intelligence et la liberté morale.

Dès lors, ces êtres devront posséder trois facultés essentielles ; d’abord la sensibilité , cette faculté ou puissance par laquelle ils pourront éprouver ces diverses émotions ou mouvements de l’âme, qui sont toute la vie; c’est-à-dire l’admiration, la pitié, le regret, la confusion, la honte, la colère, le dépit, la reconnaissance, le courage, l’honneur, le respect, le dévouement, l’humilité, l’affection, et tant d’autres... et ce sera cette faculté d’être ému et de trouver la joie ou la douleur, la paix ou la tristesse dans ces émotions, qui arrachera ces êtres à l’inertie du repos et les portera à vouloir, à aimer, à agir; c’est elle qui en fera des êtres aimants ou aimables, haineux, jaloux ou bons, charitables, indulgents, miséricordieux, généreux, oublieux d’eux-mêmes, etc...

Cependant cette faculté d’être ému serait une faculté bien dangereuse, si elle n’était pas accompagnée de la faculté de discerner les bons sentiments des mauvais, les sentiments auxquels il faut se laisser aller de ceux qu’il faut rejeter. L’être qui ne serait que sensible se verrait agité dans tous les sens, entraîné de-ci et de-là, tantôt par un sentiment, tantôt par un autre, semblable à une barque sans gouvernail, que le vent et la mer briseront bientôt contre le moindre écueil.

Il fallait, au contraire, que les êtres que Dieu va créer pussent délibérer sur leur conduite, distinguer

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le juste de l’injuste. Avec la sensibilité, ils posséderont donc l’ intelligence, l’intelligence, qui est la faculté de remonter des effets aux causes, et de descendre des causes aux effets, c’est-à-dire de voir les conséquences que contiennent les causes, prévoir les suites de leurs pensées et de leurs actes ; en un mot de juger; l'intelligence, rayon de l’intelligence divine elle-même, lumière qui éclaire les esprits comme la lumière matérielle éclaire les choses matérielles, et en fait voir les qualités ou les défauts, les beautés ou les laideurs 1.

Mais ce que ces nouveaux êtres, ces enfants de Dieu devront surtout posséder, c’est une volonté libre , c’est-à-dire la faculté de vouloir ceci ou cela, et envers et contre tout, sans que rien en eux les pousse à vouloir une chose plutôt que l’autre, faculté qui s’appellera le libre arbitre , parce que celui qui la possède est libre de ses jugements et de ses volontés, ne dépend que de lui-même, et n’est nécessité en rien.

Cette liberté est la compagne inséparable des deux autres facultés. En effet à quoi servirait d’avoir des sentiments, si l’on n’était pas libre de les écouter ou de ne pas les écouter? A quoi servirait de juger les choses, de discerner le vrai du faux, le bien du mal, si l’on n’était pas libre de se décider et d’agir selon ces jugements? La liberté morale des êtres que Dieu va créer sera donc pleine et entière ; rien ne pourra la leur enlever. Renfermée en elle-même

1. Signature, est super nos lumen vultus tui, Domine. (Ps. iv.)

comme dans une citadelle, la volonté pourra défier toutes les attaques, tenir tête à toute la Création : Dieu lui-même s’est interdit de la contraindre.

§ 33. Qu’il fallait que ces êtres possèdent la puissance

et l’immortalité.

Posséder la sensibilité, Fintelligence et la liberté, c’est déjà beaucoup sans doute, et cependant ce n’est pas assez. La liberté, pour être entière et vraiment la liberté, réclame elle-même deux autres dons sans lesquels elle ne serait pas la liberté. Elle réclame d’abord la Puissance, c’est-à-dire la possibilité de faire ce qu’elle veut. Expliquons-nous... Un père dit à son fils, âgé de vingt et un ans : « Mon fils, maintenant tu es libre et tu peux faire tout ce que tu veux. — Eli bien, papa, donnez-moi de l’argent pour aller à Paris... — Ah ! mais non, reprend le père... — Alors répondra le fils, je ne suis pas libre, car n’ayant pas un centime à moi, je ne puis pas du tout faire ce que je veux ! »

Ainsi en serait-il des êtres que Dieu va créer, s’il ne leur donnait pas en même temps le moyen de faire ce qu’ils veulent. Dieu donnera donc à ses créatures tout ce qui se peut imaginer. Nous ne pouvons pas facilement comprendre quelle sorte de puissance a été donnée aux créatures purement spirituelles, telles que les Anges, mais nous n’avons qu’à jeter un regard sur l’ensemble des choses du monde pour reconnaître que l’homme trouve sur la terre tous les moyens et matériaux nécessaires pour faire tout ce

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qu’il veut, dans les limites de sa nature, bien entendu. Telle est la raison, sans aucun doute, de la multitude de substances qui existent, et dont l’homme peut tirer et fabriquer toutes les choses imaginables, et dans tous les ordres possibles. A tel point que les hommes les plus savants et les plus entreprenants meurent avant d’avoir étudié et connu la millième partie de la Création, ou exécuté la millième partie de ce que leur imagination leur avait fait concevoir.

C’est que Dieu a voulu que ses enfants soient aussi libres que possible, afin que leur affection et par suite leur bonheur soit en quelque sorte illimité, et pour cela il fallait que l’homme pût prendre son cœur et s’en aller vivre loin de lui s’il le voulait. Tel cet ami riche qui partage sa fortune avec son ami pauvre, afin que celui-ci, étant aussi riche que lui et n’ayant besoin de rien, puisse l’aimer par pure amitié. Tel encore ce prince qui, désirant la main et le cœur d’une jeune fille, lui donne des terres, des châteaux, une fortune tout entière, afin qu’elle puisse lui accorder sa main non par intérêt, mais par pur amour.

C’est par cette raison que peut se justifier l’existence de ces multitudes de substances salutaires ou nuisibles qui se trouvent dans la nature. Saint Augustin justifie même l’existence des poisons: c’est qu’il fallait que l’homme pût tout faire, même le mal et le plus grand mal, et Dieu, a dit M. Blanc Saint-Bonnet, n’aurait pu diminuer cette liberté ou puissance de sa créature sans diminuer en même

temps sa possibilité d’arriver au plus grand bon-

heur, car, diminuer sa puissance et sa liberté, c’eût été diminuer d’autant sa puissance d’affection.

Le cinquième don indispensable à la liberté est l’ immortalité . Si les créatures destinées à être enfants de Dieu ne pouvaient pas être éternelles comme Dieu, il fallait qu’elles fussent au moins immortelles, c’est-à-dire qu’elles fussent assurées de ne jamais se voir enlever l’existence, quelle que fût leur conduite \

En effet, pour que je puisse penser et agir librement, il ne faut pas que je sois sans cesse obsédé par la crainte de rentrer dans le néant. Mon affection pour une personne ne sera pas de l’affection si cette personne a le droit de me faire mourir dès que je ne l’aimerai pas. Sur la terre, c’est le malheur des puissants de ne jamais savoir s’ils sont recherchés par affection ou seulement par crainte et intérêt. Et si l’amour de nos enfants a quelque valeur à nos yeux, c’est que nous savons qu’ils ne craignent pas que nous les mettions à la porte, ou leur refusions du pain, dès qu'ils feront quelque chose qui nous déplaise. L'immortalité, ou possession assurée de la vie, était donc une des conditions indispensables de la liberté, que Dieu voulait conférer à ses créatures. Nous verrons tout à l’heure quelles graves conséquences un tel privilège entraîne à sa suite.

1. Sapientia , 11, 23. Quia Deus liominem inexterminabilem et ad imaginem similitudinis suæ fecit ilium.

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§ 34. Que les êtres libres pourront faire le mal et se rendre malheureux pour jamais.

Mais créer des êtres semblables, n’était-ce pas s’exposer à troubler à jamais la paix de l’éternité, car des êtres libres pourront refuser d’être bons et de faire le bien? Au lieu d’entrer de plein cœur dans ce courant d’amour et de dévouement qui est la vie divine, ils pourront se replier sur eux-mêmes, être égoïstes, ingrats, colères, jaloux, méchants; ils pourront, en un mot, faire le mal , c’est-à-dire quelque chose qui entraîne après soi la souffrance, le chagrin, la mort, le contraire de la vie, le contraire du bonheur, le malheur, cet état d’âme ou de cœur, que tout être fuit instinctivement, car personne ne veut être malheureux.

Celui qui se suicide, que fait-il, si ce n’est encore chercher dans la mort, un repos ou bonheur qu’il n’espère plus trouver sur la terre. Etre heureux est toute la question de la vie... Et la Création aboutirait au malheur, comment cela peut-il se faire ?

Et ce n’est pas tout. Ces nouveaux êtres étant créés immortels, l’état moral dans lequel ils se mettront volontairement durera naturellement toujours, et si cet état est malheureux ils seront donc toujours malheureux; or un malheur qui dure toujours est un malheur immense, infini; il est ce que, dans tous les siècles, les hommes ont appelé l’enfer.

§ 35. Que le malheur éternel semble opposé à la bonté

et à la justice de Dieu.

Qu’est-ce?.. . dira-t-on. Nous venons d’admirer l’élan d’amour qui porte les Trois Personnes Divines à créer, et voici que déjà il nous faut reculer épouvantés devant le sort effroyable réservé aux créatures qui feront mauvais usage de leur liberté... Comment admettre que la Création, cette œuvre toute de bonté et d’amour, aurait ainsi pour résultat final de faire des êtres condamnés au malheur et même au malheur éternel, parce qu’ils n’auraient pas voulu se soumettre aux prescriptions de leur Créateur, parce qu'ils n’auraient pas eu le courage ou la force de résister aux entraînements de la nature?. . .

Quelle anomalie ! La raison ne se révolte-t-elle pas tout entière devant ce dogme de l’enfer, que nous trouvons inscrit au frontispice de toutes les religions ? Pourquoi des peines infinies pour des fautes d’un jour et d’un instant? L’enfer s’il existait, ne seraitil pas le renversement de toutes nos idées sur la Sagesse et la Justice éternelles?

Ne faut-il pas plutôt croire que l’enfer est comme un épouvantail que les législateurs des peuples ont inventé, afin d’empêcher les méchants de se laisser aller à de tels crimes que la terre deviendrait inhabitable... mais qu’à la fin, après des épreuves et des punitions plus ou moins longues, tous les êtres intelligents créés par Dieu arriveront à un état plus ou moins heureux?

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11 serait doux de pouvoir ainsi se rassurer aussi facilement sur l’avenir éternel, sur ce temps qui commencera à l’instant de notre mort pour se continuer ensuite, dans le silence, à travers des siècles sans nombre, recommençant toujours, ne s’arrêtant jamais... temps immobile, abîme sans fond dont la seule pensée fait frémir.

Mais, hélas! la raison elle-même nous dit que la question de l’éternité n’est pas aussi simple à résoudre qu’elle en a l’air; on ne s’étonnera donc pas si, au risque d’interrompre un peu notre récit, nous la traitons sans plus tarder, car il est clair que si nous ne sommes pas d’abord bien lixés sur cette question fondamentale du bonheur ou du malheur qui nous attendent après la mort, nous ne pourrons absolument rien comprendre à ce grand drame qui est la création et la vie du monde.. . En effet, si le mal n’a pas pour conséquence inévitable le malheur éternel, alors à quoi sert la Religion, quel peut être son but?

Pourquoi des prières, s’il n’y a rien à demander? Pourquoi un Sauveur s’il n’y a rien à sauver? Pourquoi les épouvantables humiliations et souffrances de Bien fait homme , si les hommes ne courent pas le danger de se perdre éternellement par leur indifférence ou leur oubli de ce qu’on appelle la vertu ? Les religions païennes n’ont été elles-mêmes que des inepties avec leurs traditions, leurs temples immenses, leurs cérémonies, leurs sacrifices sanglants. Il importe donc, avant d’aller plus loin, desavoir à quoi nous en tenir sur ce point qui résume tous les autres.

§ 36. Que le bien et le mal sont les deux pôles du monde

moral.

Pour résoudre cette question de la vie éternelle, il faut d’abord bien se pénétrer de la différence qui existe entre le Bien et le Mal, car ce n’est pas là une distinction faite à plaisir pour les besoins de la vie sociale. La différence entre le bien et le mal est une différence essentielle tenant à la nature des choses.

Le bien, c’est l’ètre, c’est la vie, c’est la clarté, c’est la pure splendeur des choses, c’est l’affection, l’oubli de soi-même, l’esprit de sacrifice, la générosité, la pureté d’intention, la tendresse, la bonté, c’est le Bon, c’est-à-dire ce par quoi les choses sont précieuses et désirables. C’est par le bien que le monde a été créé, et c’est par le bien qu’il subsiste et se perpétue. Le mot de bien ou de bon est à lui seul une révélation ; il éveille tout naturellement en nous l’idée de vie, de satisfaction, de paix et de bonheur ; nous sentons qu’il est comme la nourriture de notre àme, comme son rafraîchissement.

Le mal est tout le contraire du bien ; il en est même la destruction. 11 est l’égoïsme, c’est-à-dire l’amour de soi-même poussé jusqu’à l’oubli des autres, jusqu’à vouloir leur faire du mal; il est la haine, l’envie, l’ingratitude, la grossièreté, le cruel, le méchant; il est la recherche des choses basses et honteuses; il aime les ténèbres, fuit la lumière, détruit la vie, la refuse à ce qui n’est pas lui, et son nom seul suffit pour éveiller en nous l’idée du malheur,

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de la souffrance, de la mort, de tout ce qui fait horreur.

Mais ce qu’il y a de plus horrible et de plus repoussant dans le mal, c’est qu’il détruit les œuvres de Yaffection et de la bonté... C’est qu’il est comme quelque chose qui viendrait salir ou blesser l’enfant que la jeune mère porte dans ses bras... comme quelque chose qui viendrait enlever au jeune homme, pour la flétrir, la jeune fille aimée dont il pense faire son épouse. Le mal est ce qui broie tout ce qui est bon et aimable, et sa mesure est non dans ce qu’il est en lui-même mais dans les malheurs qu’il crée, dans le bien qu'il détruit , de sorte que s’il s’attaque à un bien très grand, comme la tendresse de cette mère, comme l’amour de ce jeune homme, il devient un mal immense, infini, que rien ne semble pouvoir compenser ou réparer. Que serait-ce, si nous pouvions entrer ici dans tous les détails et dépeindre les maux épouvantables qu’entraînent des actes que nous considérons à peine comme coupables ? Qui dira par exemple le mal qui découlera de l’enlèvement de cette jeune fille à son futur époux... Elle eût été mère d’une nombreuse famille, de fils et de filles qui à leur tour auraient été pères, mères, et auraient donné de siècle en siècle, la vie à tout un monde d’âmes dont beaucoup peut-être seraient parvenues au bonheur éternel, et voici que tout ce grand bien est détruit par la faiblesse ou la dépravation d’un seul être égoïste, ne pensant qu’à son plaisir.

Un père de famille élève bien ses enfants, apporte à sa femme tous les produits de son travail... Un

LA RELlGlÜiN.

jour un mauvais camarade se moque de lui, l’entraîne dans un lieu de plaisir, le corrompt à tout jamais... Dès lors cette petite famille est perdue, la mère au désespoir, les enfants abandonnés... Une soirée au cabaret, un verre de liqueur, ce sont petites choses... mais quelles terribles conséquences !... Et il en est ainsi des moindres fautes, comme nous le verrons plus tard en étudiant les lois ou commandements que Dieu dictera à sa créature afin de la guider dans la vie.

§ 37. Que le bien et le mal ont nécessairement des effets contraires, qui sont le bonheur et le malheur.

Le bien et le mal sont donc deux choses réelles et absolument différentes, qui dès lors doivent produire des effets diamétralement contraires. Le bon, c’est-à-dire celui qui s’efforcera d’éviter le mal, qui s’oubliera pour faire des heureux, qui s’appliquera à chasser de son cœur tous les sentiments égoïstes et mauvais, pour n’y laisser régner que les bons, tels que la reconnaissance, l’affection, la bienveillance, la charité... Celui-là ressentira dans tout son être une paix, un rafraîchissement et une joie inexprimables qui lui donneront le bonheur, bonheur vrai, intime, profond, que rien ne peut détruire, même en ce monde ; et qui deviendra un bonheur immense et infini, lorsque s’élevant par l’ardeur de ses désirs, il entreverra enfin le cœur de Dieu luimême et sentira qu’il jouira éternellement de ce cœur tout de tendresse et d’amour et que rien ne

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pourra jamais le lui ravir, joie dont peut nous donner une idée la joie ou le ravissement que nous éprouvons parfois, lorsque nous découvrons un bon mouvement de cœur chez une personne aimée... joie qui ne dure guère, parce qu’ici-bas tout est imparfait et change même chez les meilleurs, mais qui serait le Ciel si elle durait toujours... Or elle dure toujours devant Dieu, parce que sa bonté et sa beauté étant infinies, l’Éternité ne nous suffira pas pour la connaître, de sorte que nous irons éternellement de clartés en clartés, de ravissements en ravissements . Tel est évidemment le sort du bon.

Mais il en sera naturellement tout le contraire pour celui qui, ne pensant qu’à lui, aura refusé de comprendre la vie d’amour du bien. S’il a consumé les années de sa vie terrestre à chercher uniquement sa propre satisfaction, en foulant aux pieds toutes les lois divines, n’hésitant pas à sacrifier les autres à ses plaisirs ou ses caprices, il est bien clair que la vie divine, qui est tout amour et dévouement, sera lettre close pour lui dans l’Éternité, comme elle l’a été dans le temps. Seulement, sur la terre, il n’était pas tout à fait malheureux, car la vie matérielle et même coupable a encore ses petits plaisirs et ses distractions : on souffre souvent de ces plaisirs, on en a des remords, des regrets; mais enfin on passe de l’un à l’autre ; on espère mieux pour le lendemain. Sur la terre, la vie morale la plus mauvaise n’est donc jamais le malheur absolu; mais dans l’Éternité il en sera tout différemment ; l’être exclu du Ciel n’aura plus

rien quil’occupe; il sera dans un désœuvrement complet, et, par suite, dans un ennui qui, à lui seul, sera un supplice terrible par le fait de sa durée.

Figurons-nous être condamnés à des siècles d’inactivité complète, dune inactivité telle que nos sens eux-mêmes ne pourraient s’exercer sur rien. Nos yeux ne verraient rien ; nos oreilles n’entendraient rien ; nos mains ne trouveraient rien à toucher ; notre goût rien à goûter... Et nous sentirions que cette nuit et ce silence épouvantables dureront éternellement, sans aucun changement. Toujours l’obscurité, la solitude, le manque complet de vie... Ne semble-t-il pas que l’âme réduite à un tel état demanderait presque des supplices et que la souffrance lui serait un soulagement? « Ah ! tout ce que vous voudrez, disait un homme momentanément sans emploi, tout ce que vous voudrez, mais ne me laissez pas sans occupations, sans intérêt, sans amour : ce serait pour moi pire que la mort ! » Et c’est vrai.

Ajoutons à ce supplice de l’oisiveté le désespoir qui rongera Famé à la pensée que, pour de vaines satisfactions d’un instant, elle aura volontairement perdu, à tout jamais, un bonheur infini. Quel dépit ! Quels regrets !...

Mais il y a plus encore : l’âme perdue se fera horreur à elle-même, lorsqu’elle reconnaîtra de quelle ingratitude elle s’est rendue coupable... Eh quoi ! je savais que j’avais un Créateur, et je n’ai pas même voulu penser à lui!... Je savais que ce Créateur m’avait créé par amour; qu’il s’était fait sem-

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blable à moi, avait voulu mourir dans les tourments afin de toucher mon cœur, et moi j’ai dédaigné tout cela, je me suis renfermé dans mon orgueil, je me suis fait honneur de mon indifférence; j’ai trouvé une joie cruelle à me dire que je n’avais pas peur, comme les faibles que je voyais s’incliner humblement devant cette Toute-Puissance... Et aujourd’hui, c’est fini pour toujours, et Dieu, malgré toute sa bonté, ne peut pas faire qu’il en soit autrement, car je sens que mon cœur pétrifié dans son égoïmc et son orgueil ne consentirait pas à s’humilier, à reconnaître qu’il a eu tort, à confesser humblement son erreur.

Eh quoi ! moi, me faire petit, avec les femmes et les enfants, me mettre à genoux, combattre mes penchants les plus naturels par la prière et le jeûne, avouer mes fautes secrètes, croire que j’ai besoin de recevoir Dieu et sa grâce dans ces cérémonies qu’il a établies pour créer et nourrir en nous la vie spirituelle... non, jamais... Au reste, je ne le pouvais pas... Mon intelligence est devenue incapable de s’occuper de ces choses, je lui ai laissé prendre des habitudes qu’elle ne peut plus perdre... c’est trop tard! Et si je revenais sur la terre je recommencerais la même vie.

On le sent assez, tel est l’état d’esprit dans lequel tomberont fatalement les êtres libres qui méconnaîtront leur divine origine et la nécessité de se soumettre humblement et avec confiance à leur Père du Ciel, comme l’enfant se soumet humblement â son père, quoique celui-ci lui commande souvent

des choses qu’il est encore tout à fait incapable de comprendre,

§ 38. Que Dieu ne peut supprimer les terribles conséquences du mal.

Le malheur éternel découle naturellement du mal, et la raison nous dit qu’il ne peut en être autrement. Mais ne pourrait-on pas se demander pourquoi Dieu Très Bon et Tout-Puissant ne supprime pas les conséquences du mal, comme tout père, par exemple, qui s’empresse de réparer les fautes de ses enfants. Dieu le ferait certainement s’il le pouvait, mais, quelle que soit la grandeur de sa puissance, il ne peut faire des choses contradictoires; il ne peut pas plus faire que le mal produise le bonheur, qu’il ne peut faire que deux et deux fassent cinq. Une comparaison fera comprendre cette impuissance de Dieu, devant le mal.

Un père de famille a un fils coupable, qui refuse de changer de vie ; ce père peut bien pardonner à ce fils, lui rendre sa fortune dissipée et son amitié, mais peut-il, en même temps, lui rendre la paix et la joie du cœur?... Non, car la paix et la joie du cœur sont des biens qui dépendent entièrement de la disposition d’esprit du fils lui-même; de sorte que si ce fils ne veut pas modifier sa disposition d’esprit, par un acte de volonté libre, et changer de vie, il ne se trouvera pas plus heureux avec le pardon de son père qu’il ne l’était avant.

Ainsi en sera-t-il de ceux qui seront obstinés dans

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le mal ; en vain Dieu voudra-t-il leur pardonner, ce pardon ne leur servira à rien... C’est que le mal, encore une fois, n’est pas une idée qui dépend de l’un ou de l’autre. 11 est une chose réelle, il est la suppression du bien, de sorte qu’il crée, dans l’âme où il pénètre, un état malheureux, qui ne peut être détruit que si la volonté le chasse et revient au bien.

On observe très facilement, et dans toute sa vivacité, ce fait chez les enfants. L’enfant qui a fait une sottise et s’y entête est colère, de mauvaise humeur, malheureux; il trépigne, pleure; c’est en vain qu’on le console, qu’on lui pardonne et qu’on lui offre des jouets, des bonbons... Il ne veut rien et continue à pleurer, à être malheureux jusqu’au moment où, par un changement dans sa volonté, il demande pardon ou renonce à son caprice... A l’instant sa bonne humeur revient, sa figure s’éclaircit, et, content, il retourne a ses jeux.

Il en est de même de celui qui fait le mal ; il ne peut retrouver la paix de l’âme et le bonheur que s’il y renonce, et ce renoncement dépend de lui... Dieu peut l’y aider, mais il ne peut l’y contraindre.

§ 39. Que la nécessité d’assurer la durée de la Création ne permet pas à Dieu de supprimer les terribles conséquences du mal.

La raison et l’expérience nous disent que Dieu ne pouvait supprimer les conséquences du mal, mais, bien mieux, le devrait-il s’il le pouvait? 11 est

facile de prouver que non. En effet, si Dieu voulait qu’il y eût des êtres qui jouissent un jour de l’immense bonheur du Ciel, il était tenu d’assurer avant tout l’existence et la durée du monde; or, il est facile de nous en convaincre, et ce que nous avons dit plus haut(§ 36) de quelques-unes des terribles conséquences du mal, suffît pour prouver que le monde n’existerait bientôt plus et que la vie et la vertu y seraient impossibles si une punition terrible n’arrêtait pas ceux qui sont tentés de le faire.

Interrogeons-nous dans le secret de notre conscience ; rappelons-nous certains événements de notre vie, et nous l’avouerons. N’est-il pas vrai qu’au moment de la tentation, nous voyons un bonheur tellement grand dans la possession de l’objet de nos désirs, que ce bonheur présent, actuel, visible, suffit pour nous faire oublier tous les autres bonheurs, serait-ce le bonheur éternel, de sorte que la crainte d’un malheur immense, infini, peut seule à cet instant nous donner la force de résister à la tentation; il faut qu’à ce moment décisif nous puissions entendre en nous une voix nous disant : « Arrête, arrête-toi, malheureux, car il ne s’agit pas seulement ici de la perte du bonheur infini, il s’agit d’éviter un malheur éternel ; songes-y, pour un instant de plaisir, tu seras condamné à une éternité de souffrance! » Et l’exemple des siècles est là pour prouver que la crainte de l’enfer a seule pu tenir, jusqu’à nos jours, une certaine moralité dans le monde et l’empêcher ainsi de disparaître, écrasé sous ses crimes et ses abominations.

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C’est ainsi que, pour le bien des sociétés civiles, la loi a été obligée cle condamner à des peines très sévères, pour des délits en apparence très petits. Celui qui a volé 10, 20, 50 francs, vol qui ne peut lui procurer qu’un bonheur très court, se voit condamné à des années de prison, parfois même aux galères, si le vol a eu lieu avec effraction, ou avec abus de confiance, et nous savons qu’il est regardé presque comme impossible de supprimer la peine de mort...

C’est que par un mystère du cœur, qui voudrait repousser la raison mais qui n’en existe pas moins, l’être libre arrive à faire le mal non plus seulement par intérêt, par jalousie, par passion, mais pour le seul plaisir de le faire.

« Chacun s’agite pour le mal et la race humaine se précipite à travers tout ce qui est défendu1, » écrivait déjà Horace, ce vieux païen sybarite, frappé malgré lui de l’horrible dépravation de ses contemporains, dépravation qui tarissait toutes les sources de la vie, et aurait amené en moins d’un siècle la disparition de Rome, si les barbares n’étaient pas venus régénérer la population par l’infusion d’un sang plus pur, et l’arracher à ses plaisirs par les épouvantements des invasions et des horreurs qui les accompagnaient, horreurs qui étaient bien un enfer terrestre, si elles n’étaient pas un enfer éternel. Qu’on se représente ces campagnes dévastées, ces villes mises au pillage, les excès de toute nature ,

1. Omne nefas animo moventes (V, G8). Gens humana ruit per vetitum nefas cor (111,25).

commis par ces barbares ivres de sang et délivrés de tout frein, ces femmes, ces enfants, ces familles chassées de leurs demeures somptueuses après avoir subi les derniers outrages.

Pour affirmer cette absolue nécessité d’une punition éternelle arrêtant l’homme au moment de faire le mal, on a dit, et dit avec raison, que Dieu aurait pu se dispenser de créer le Ciel s’il n’avait pas consenti à laisser l’enfer, car pas une seule créature n’y serait arrivé; c’est que nul être créé ne peut se flatter de résister au mal en toutes circonstances, si la crainte d’un châtiment ne le retient pas, n’est pas sans cesse devant lui comme un épouvantail.

C’est humiliant, sans doute, mais ce n’en est pas moins vrai, et, encore une fois, regardons bien notre cœur jusqu’au fond, et nous confesserons sa faiblesse. 11 faut donc que la crainte vienne en aide à cette faiblesse; c’est pour cela que la voix des siècles a dit : que la crainte était le commencement de la sagesse.

§ 40. Que Dieu ne pouvait pas supprimer les êtres qu’il savait devoir faire mauvais usage de leur liberté.

Mais, dira-t-on, il y avait pour Dieu un moyen bien simple de ne pas s’exposer à créer des malheureux, c’était de ne pas créer les êtres qu’il savait d’avance devoir faire le mal. Il pouvait ne créer que les bons.

A première vue, ce moyen semble tout naturel, et nous n’entendons, en effet, que trop souvent, les incrédules dire, que si c’était Dieu qui crée et gouverne le monde, il n’y aurait pas tant de malheureux,

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Et cependant il était impossible à Dieu d’agir ainsi, car c’eût été du coup supprimer la liberté morale , et par conséquent renverser tout le dessein de la Création.

En effet, la liberté morale est tout une : ou on la possède ou on ne la possède pas ; si on ne la possède qu’à certaines conditions elle n’est plus la liberté, et il est facile de comprendre cela, en faisant une supposition : Dieu veut me créer, Il déclare que je serai libre, afin de pouvoir être son fils et l’aimer. . . Mais il voit que je ferai mauvais usage de la vie qu’il va me donner, et alors il ne me crée pas.

Il semble, en vérité, que j’aurais droit de lui dire : « O Dieu, vous allez contre votre propre parole ; vous dites que vous allez me créer libre, que je pourrai faire ce que je voudrai, « que mon conseil est dans « ma main, que la vie et la mort sont devant moi, » et voici que vous me supprimez, dès que je veux me servir de ma liberté. C’est une véritable contradiction, c’est contre l’essence même de ce que vous voulez faire. » Et nous trouvons dans la parabole de l’Enfant prodigue un exemple delà nécessité absolue de ce respect de la liberté de l’homme, pour maintenir sa dignité. L’enfant prodigue réclame de son père la part qui lui revient, elle ne lui est pas refusée.

Ainsi en est-il de chacun de nous, et c’est seulement grâce à ce respect de notre liberté par notre Créateur lui-même, que nous arrivons à posséder cette virilité de cœur sans laquelle il n’y a pas de vrai bonheur, puisque sans elle il ne peut pas y avoir de véritable affection.

Dieu 11e pouvait donc pas supprimer les êtres qu’il savait devoir faire mauvais usage de leur liberté.

§ 41. Que la croyance universelle à l’enfer est une preuve incontestable de son existence.

Une dernière preuve de l’existence de l’enfer, se trouve dans ce fait singulier, que tous les peuples du monde, et à toutes les époques, ont cru en un enfer ; c’est-à-dire à un lieu où les méchants seraient éternellement punis par des supplices qui dépassent tout ce que l’imagination peut se représenter de plus terrible. Le feu, le soufre, les ténèbres, les angoisses... se trouvent dans les enfers païens orientaux, chinois, sauvages, comme ils se trouvent dans l’enfer chrétien... Or, on ne pourrait s’expliquer l’adhésion universelle de tous les peuples à une telle croyance, que l’homme aurait si grand intérêt à rejeter, si celte croyance était fausse, si elle ne reposait pas sur un enseignement remontant jusqu’à l’origine du monde...

Et si l’on n’admet pas que cet enseignement est divin, on se demande quel est l’homme qui aurait eu assez d’influence pour imposer, de sa seule autorité, une croyance si terrible à l’humanité tout entière, et pour faire que cette croyance ait persisté si vive jusqu’à nos jours.

Les religions savantes de la Grèce et de Rome parlent sans cesse des dieux infernaux ; leurs poètes ne se sont pas lassés de décrire le noir Tartare,

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chaque crime y a son supplice particulier, et Ton aurait lieu d’être tout étonné de trouver jusque dans les enfers païens des débris importants de la vérité, si l’on ne savait que toutes les fausses religions sont tout simplement des restes informes de la véritable.

Quant à l’Écriture Sainte on se lasserait à citer les textes qui parlent de l’enfer. A la vue du bonheur quils auront perdu , dit le Livre de la Sagesse, les damnés seront agités par d' horribles frayeurs. V enfer a dilaté ses entrailles pour y engloutir les méchants dont le nombre a augmenté , et le souffle du Seigneur comme un torrent de feu allume cet enfer... Dans ces jours les hommes désireront la mort , et elle finira loin d'eux (Apoc.).

On ne sait que dire lorsqu’on lit ces citations, mais comment douter lorsqu’on voit Jésus-Christ, si bon, les confirmer de sa bouche dans l’Évangile et les rappeller plusieurs fois (S. Matthieu, 22, 25, 26). D’ailleurs les souffrances horribles qu’il a endurées pour nous, ne nous disent-elles pas l’immensité du malheur qu’il a cherché à nous éviter? La grandeur de la Rédemption donne la mesure de la faute et de la peine méritée.

Mais il est une chose qui doit également nous empêcher de tant nous étonner des malheurs qui suivront cette vie, ce sont les malheurs qui affligent et bouleversent continuellement notre vie terrestre elle-même. Il est vrai que nous nous appliquons beaucoup à oublier ces malheurs, que nous nous dressons souvent orgueilleusement contre eux, disant volontiers comme le stoïcien : « O douleur, tu n’es qu’un

mot! » mais lorsque l’on considère tant de morts prématurées, tant d’infirmités s’abattant sur nous, tant de catastrophes, de guerres et de révolutions sanglantes affligeant tantôt un pays, tantôt un autre, on est bien forcé de convenir qu’il y a folie à vouloir ne considérer la terre que comme un rêve de bonheur, à la suite duquel il ne restera qu’à s’endormir paisiblement dans l’oubli.

Quelle que soit rhorreurnaturelle que nous ressentions pour l’existence d’un lieu de supplices où souffriront éternellement ceux qui auront violé les lois de leur nature, fait le mal, détruit l’œuvre de Dieu, et par là créé des malheureux où Dieu ne voulait voir que des heureux ; quelle que soit, disons-nous, l’horreur que nous inspire une telle croyance, notre raison nous force à l’admettre.

Un poète ancien a dit que la crainte créa les dieux ; il aurait pu dire avec plus de vérité que c’est la foi en l’existence d’un Dieu infiniment bon qui a créé la crainte d’une punition éternelle. Au moment où il voit qu’il va tomber dans l’Éternité, l’homme irréligieux sent bien qu’il ne peut pas être reçu par ce Dieu qu’il a obstinément rejeté pendant sa vie, et que loin de Dieu, source de tout bien, il n’y a que les ténèbres, la mort et le malheur.

« J’ai été fait par la suprême sagesse et le premier amour. » C’est l’inscription que Dante vit écrite en caractères noirs sur la porte qui mène à la Cité des Pleurs, là où sont ceux qui ont perdu le bien de l’intelligence, « les malheureux qui n’aiment plus », ajoute sainte Thérèse.

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§ 42. Qu’il doit y avoir un lieu intermédiaire entre

l’enfer et le ciel.

Cependant la raison elle-même nous dit qu’entre le malheur et le bonheur éternels il doit y avoir un intermédiaire, car il y a des degrés dans le bien comme dans le mal. En effet la Religion, tout aussi bien que les traditions d’un grand nombre de peuples, nous enseigne que les âmes qui n’auront pas assez aimé ou qui n’auront évité le mal que par crainte, et non par amour, trouveront un lieu où, n’ayant plus de vie extérieure , elles seront obligées de se concentrer tout entières sur elles -mêmes et pourront ainsi plus facilement s’élever jusqu’à la reconnaissance et enfin à l’amour pur envers leur Créateur, à cet amour indispensable pour entrer dans le bonheur de la vie divine.

Ce lieu est le Purgatoire. Qu’est exactement ce lieu? C’est ce qu’il est impossible de comprendre parfaitement; mais ce que nous comprenons très bien, c’est que ce lieu puisse exister. Les souffrances y seront évidemment très grandes. Débarrassés par la mort de toutes les illusions de la vie et de la vie des sens, nous éprouverons un immense regret, un chagrin infini en voyant combien nous avons été sottement ingrats et coupables envers Dieu fait homme et mort pour nous ; nous rougirons du dédain que nous avons eu pour ses grâces; les conséquences désastreuses de tant de fautes commises si légèrement nous apparaîtront dans toute leur clarté; nous

serons épouvantés en voyant que ces fautes ont causé le malheur de beaucoup, peut-être leur malheur éternel!... « Alors éperdus, comme dit Dante, nous serons aussi ardents au châtiment que nous le fûmes au péché , nous crierons aux montagnes de nous couvrir de leurs débris pour cacher notre honte. »

« Je suis dans ce supplice depuis cinq cents ans et plus, fait dire Dante à une âme, et tout à l’heure seulement, j’ai senti en moi la libre volonté d’un bien meilleur... » C’est-à-dire, jusqu’à ce moment je ne pouvais évidemment pas entrer dans le bonheur du ciel, puisque ma volonté était encore attachée au mal, et en regrettait même les joies, mais, grâce à Dieu, ma volonté est enfin changée; elle veut le bien, je sens dès lors que plus rien ne m’attache à ces lieux de douleurs.

Au chant VII, le poète italien définit encore admirablement le Purgatoire lorsqu’il fait dire à Sordello : « Ce n’est point pour avoir fait, c’est pour n’avoir pas fait, que je ne vois pas le vrai Soleil que je connus trop tard. J’habite ici avec ceux en qui les pleurs mûrissent le fruit sans lequel on ne peut retourner à Dieu, avec ceux qui ne revêtirent pas les trois vertus des saints, la Foi, l’Espérance et la Charité, mais qui, exempts de vices, connurent les autres vertus et les pratiquèrent toutes. »

C’est ainsi que les âmes comprendront alors ce qu’elles avaient refusé de comprendre sur la terre. Elles comprendront que l’amour de Dieu est le premier des devoirs; que cet amour est la vie des créatures, comme il est celle des Trois Personnes Divines,

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et que la vie terrestre ne nous avait été donnée que pour nous y former. Implorant dès lors de toutes leurs forces la miséricorde infinie, elles accepteront avec empressement ces secours de la grâce qu’elles avaient tant dédaigné, et elles sentiront leur cœur s’améliorer peu à peu, et leur volonté se déterminer • plus fortement au bien, jusqu’au jour où elles seront emportées au ciel par l’ardeur même de leurs désirs.

Remarquons enfin, pour terminer, que si l’on veut comprendre cette grande question de la vie future, il faut la considérer comme une question de cœur, rien que de cœur, et si les choses de cœur suscitent déjà sur la terre de tels désespoirs que beaucoup ne voient pas d’autre refuge que la mort, et même une mort sanglante, comment n’en susciteraient-elles de mille fois plus terribles encore lorsqu’il s’agit non plus d’affections fugitives, mais de l’affection éternelle et infinie?

C’est donc à la lumière du cœur que nous juge-

rons de tout ce que nous enseigne l’Eglise sur l’autre vie, et alors nous saurons nous incliner humblement devant ses mystères, quelque terribles qu’ils soient, parce que nous comprendrons qu’ils découlent de la nature des choses, qu’ils sont la conséquence inévitable de notre propre grandeur et que Dieu lui-même ne peut rien y changer.

Ecoutons une sainte : « Dieu me fit voir, écrit sainte Catherine de Gênes, que pour ce qui est de Lui, il ne ferme la porte du Ciel à personne, que tous ceux qui veulent y entrer y entrent, et que comme Il est la miséricorde même, Il nous tend à tous les

bras, pour nous recevoir clans sa Gloire... Mais 11 me fit voir, en même temps, que sa divine essence est d’une pureté si grande que Famé qui a en elle le plus petit atome d’imperfection se précipiterait plutôt en mille enfers que de se présenter en cet état devant Lui... Aussi, continue-t-elle, les âmes de bonne volonté voyant que le Purgatoire est établi pour les purifier de leurs taches, elles s’y précipitent avec bonheur et regardent comme une grande miséricorde de trouver ce moyen de détruire en elles l’obstacle qui les empêche de s’élancer dans les bras de Dieu... » C’est ainsi que sur la terre nous aimerions mieux tout souffrir et même mourir que d’entrer avec des habits de travail dans une fête où tout le monde serait brillamment paré.

Pour faire comprendre encore mieux cette grande et fondamentale question du malheur ou du bonheur éternel, on pourrait établir une comparaison plus saisissante... Supposons une famille modèle composée d’un père, d’une mère et d’une jeune fille. Tous trois sont bons et trouvent la paix et le contentement du cœur dans leur affection mutuelle, dans la modération de leurs désirs et dans l’accomplissement de leurs devoirs, et enfin une sincère et profonde piété répand un tel charme sur leur vie qu’il ne se passe pas de jour sans que ce père et cette mère ne se félicitent d’avoir une fille aussi bonne et aussi aimable. De son côté la jeune fille se fait une joie d’entourer son père et sa mère d’amour, de soins et de vénération, et elle ne demande pas d’autre bonheur.

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On parle à un jeune homme de cette jeune fille qu’il pourrait peut-être obtenir, s’il voulait la demander. Ce jeune homme, lancé dans la vie, n’a pu se préserver de tant de fautes et de faiblesses qui avilissent l’âme, et peu à peu la rendent incapable de tout bien... Cependant, séduit par tout ce qu’on lui dit de cette jeune fille, il cherche à l’apercevoir, s’informe de ses habitudes, de celles de son père et de sa mère, et il est frappé de tant de vertus; il comprend qu’il trouverait dans cette famille un bonheur qu’il ne connaît plus.

Que va-t-il se passer?... Si ce jeune homme est tout à fait corrompu, il dira : « C’est vrai, cette jeune fille est très bien, je sens que je serais heureux de l’avoir pour compagne et de partager avec elle l’affection de ses parents, mais que d’un autre côté je sens que je ne pourrai pas me faire à une vie si paisible et si régulière. A moi il me faut les joies bruyantes, l’enivrement des fêtes, le laisseraller des lieux de plaisir... Comment y renoncer?... C’est impossible. » Et quoique à regret, quoique rougissant de lui-même, ce jeune homme ne voudra pas demander en mariage cette jeune fille; il sait cependant qu’il marche rapidement à sa ruine, à sa perte et au malheur.

Si ce jeune homme, au contraire, n’a fait que passer à travers les plaisirs et le mal, sans y avilir son âme et éteindre toute flamme dans son cœur, alors la vue de cette jeune fille ravivera en lui les bons sentiments... 11 tâchera de se rendre digne d’elle, en renonçant à ses mauvais amis et en reve-

nant à une vie plus calme, plus réglée, et alors quand il se sera, pour ainsi dire, purifié de tout ce qui obscurcissait son âme et son cœur, lorsqu’il se sentira tout à fait déterminé au bien, alors il osera aller offrir sa main à cette jeune fille, et ses parents pourront la lui donner avec confiance.

Telle est la question de la vie éternelle, que l’Ecriture au reste compare elle-même si souvent à un mariage, dont la vie terrestre avec ses luttes est le temps des fiançailles et des préparatifs, et le Cantique des Cantiques n’est pas autre chose que le cantique des fiançailles et des noces de l ame1.

§43. Que Dieu semble hésiter au moment de créer.

Telles étaient les conséquences de la création d’êtres appelés au bonheur éternel. Au moment de créer, Dieu se trouva donc arrêté par sa bonté, ellemême, et l’Écriture Sainte nous indique cette hésitation. En effet, deux alternatives également terribles se présentaient2.

1. G. G. n. ... Vox dilecti mei... Surge, arnica mea, et veni, jam liiems transiit, flores apparuerunt in terra nostrâ, tempus pulationis advenit... Sponsa mea, veni, coronaberis... ( Off . de Virg.) Veni, sponsa Christi, accipe coronam..., etc...

2. Hàtons-nous de le dire, lorsque nous faisons hésiter Dieu, nous ne faisons évidemment qu'essayer de rendre intelligible sa pensée éternelle, en la traduisant dans notre langage, car il est bien certain que Dieu ne discourt pas. Nous l’avons déjà remarqué plus haut, la pensée de Dieu est comme sa vie. Elle est une, infinie et immuable, toujours la même, puisqu’elle embrasse tout à la fois, le passé, le présent et l’avenir. Seulement, comme il nous est complètement impossible de saisir les choses dans cette unité, nous appliquons à Dieu notre manière de penser. C’est ainsi

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Créer, c’était s’exposer à voir tomber dans le malheur éternel une multitude d’êtres qui n’auraient pas le courage ou la force morale de résister aux tentations du mal. Ne pas créer, c’était refuser le bonheur à la multitude peut-être encore plus grande de ceux qui s’en rendraient dignes par leurs efforts, par leurs vertus, par leurs généreux sentiments... Était-il juste, en vérité, de priver les bons du bonheur, parce que les méchants refuseraient de s’en rendre dignes, par lâcheté, par mépris, par orgueil? est-ce que ce n’aurait pas été se rendre, en quelque sorte leur complice, aller contre les lois de la Sagesse et de la Bonté?

« Eh quoi! diraient les bons, s’ils pouvaient se faire entendre ; eh quoi ! nous serions privés de l’existence, parce qu’il se trouvera parmi nous quelques mauvais qui en abuseront? Cela ne se peut. Créez-nous, créez-nous, ô Dieu Très Bon : nous aimerons nos frères, nous souffrirons pour eux, s’il le faut; qui sait si nous ne pourrons même pas les ramener tous au bien; mais avant tout, donnez-nous la vie ! »

Tout cœur de père comprendra que ce cri des bons dut être écouté. En effet, supposons que l’avenir s’ouvre tout à coup devant deux jeunes gens qui vont se marier; ils voient qu’ils auront, par exemple, huit enfants et ils éprouvent pour chacun d’eux tous les sentiments qu’ils éprouveraient si ces enfants existaient réellement, et, par une vue

que la mère emploie de longues phrases pour faire saisir à son enfant des idées qu’une grande personne saisirait par un seul mot.

prophétique, ils voient que six d’entre eux seront bons et heureux, même éternellement, et que d’eux naîtront des enfants également bons; mais ils voient, au contraire, que les deux autres seront mauvais sujets et feront une fin très malheureuse. Il est certain que ces deux jeunes gens seraient épouvantés. Peuvent-ils se marier et faire ainsi des malheureux? Il semble que non, et qu’ils doivent refouler leur amour dans leur cœur. Oui, mais alors, ces six enfants qu’ils aiment, qu’ils chérissent déjà comme s’ils existaient, resteront donc dans le néant, ne vivront pas?... Il n’y aura ni notre cher Jean, ni notre chère Marguerite?... C’est impossible! se disent-ils. Et, se débattant douloureusement contre cette affreuse vision de leurs deux enfants malheureux, ils se décideraient cependant à se marier, prêts à tous les sacrifices pour le bonheur de leurs enfants, se berçant même de l’espérance de les sauver tous, car il leur semble impossible que leur amour et leur dévouement restent impuissants.

§ 44. Que le Verbe s’offrit à son Père pour réparer le mal.

Dieu fit ce que feraient ces jeunes gens. 11 se décida à créer, et ce fut alors que se manifesta dans toute sa plénitude la Bonté des Trois Personnes Divines. Le Verbe s’offrit à son Père pour réparer, par un bien infini, le mal que pourraient faire les créatures et pour sauver ainsi du malheur éternel toutes celles qui le voudraient. Et afin d’accomplir cette œuvre, allant jusqu’aux extrêmes limites du

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dévouement, Lui, Tout-Puissant et Éternel, se fera créature. Il renfermera sa divinité dans un corps matériel et il se soumettra à toutes les infirmités et à toutes les faiblesses. Afin de servir d’exemple, Il vivra une vie d’homme et d’homme de douleurs, passant par-dessus toutes les impossibilités et renversant pour ainsi dire, par excès d’amour, toutes les lois de la nature, Il transformera, en quelque sorte, les créatures en Lui-même, en leur donnant en nourriture sa propre chair unie à sa divinité. Et enfin, pour mettre le comble à tant de prodiges de sa Bonté et la révéler tout entière et ravir toutes les admirations et tous les coeurs, il mourra torturé et crucifié de la main des êtres qui lui doivent tout, jusqu’à la force qui réside dans les bras et les mains qui déchirent cruellement son corps sacré.

§ 45. Qu’une raison éclairée admet et admire l’Incarnation.

Ici se présente un grand mystère. Il semble que la raison humaine ne peut admettre un tel abaissement chez un Dieu si grand, dont la Majesté et la Puissance nous écrasent dès que nous essayons de penser

sérieusement à Lui. Et selon la parole de l’Ecriture, l’immensité de l’amour de Dieu devient, elle-même, une pierre d’achoppement pour la foi 1 ; de là ces demi-adhésions à cette dernière invention du cœur de Dieu. On ne rejette pas tout à fait l’Incarnation du Verbe, on la confesse même des lèvres, mais l’on

1. I, Cor. Christum cruciüxum, Judæis quideru scandalum. Gentibus autem stultitiam.

ne veut guère voir en elle que des symboles, que des légendes pieuses. Pour beaucoup, le Messie est l’apparition d’un homme supérieur, peut-être comblé de dons merveilleux, mais, en tous cas, il n’est pas Dieu lui-même, car on ne voit pas du tout comment la Divinité Infinie pourrait se renfermer dans un corps humain.

Plus tard, lorsque nous serons appelés à faire une étude plus approfondie de la Personne du Sauveur du monde , nous répondrons complètement à ces objections; qu’il nous suffise, pour le moment, de nous reporter à tout ce que nous avons dit de Dieu, de sa Bonté, de sa Vie qui est tout amour, et alors nous comprendrons aussi ses abaissements et ses miséricordes infinies ; et s’il nous avait été donné de pénétrer à ce moment dans le cœur des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité, nous les aurions vues, comme frémissantes d’amour, à la pensée de pouvoir ainsi se sacrifier... Et c’est là ce que le Verbe fait homme exprimera, lorsqu’arrivé à la veille de sa Passion, Il s’écriera : « J’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous, cette Pâque qui sonne l’heure de mon supplice 1 !» Et tous , nous pouvons trouver dans nos mères comme un écho ou effet de ce grand et bel amour qui se nourrit de sacrifices, et qui est d’autant plus heureux qu’il peut davantage souffrir pour ce qu’il aime.

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