Blanc Saint-Bonnet, De la douleur
J1 sembla donc à Dieu que si l’homme se formait lui-même, autant qu’il est possible à un être d.e se former, il arriverait à posséder une volonté plus forte et plus capable de résister au mal, car il est évident qu’un être est d’autant plus libre qu’il s’appartient davantage ; or rien ne m’appartient plus que ce que j’ai pu conquérir ou créer, par mes
propres efforts. C’est ainsi que le peuple qui conquiert sa liberté est bien plus libre et bien plus capable de la conserver que celui auquel elle est concédée. De sorte que la faiblesse native de l’homme, bien loin d’être un titre d’infériorité, sera, au contraire, un nouveau titre de gloire et un trait de plus de ressemblance avec Dieu ; la dignité d’un être moral consistant surtout à être par lui-même , c’est-à-dire à devoir, le moins possible , à un autre
que lui.
Tel fut donc le plan de Dieu, dans la Création de l’homme. Créer un être appelé au bonheur infini, mais le créer le moins possible afin que, grandi et formé par ses propres efforts, il soit davantage luimême , se connaisse, se possède mieux, courre par conséquent moins de danger de se perdre et puisse s’élever plus haut dans l’amour du bien et dans le bonheur ; donner à cet être la puissance et la mission de créer et de former des êtres semblables à lui,
afin qu’il trouve dans l’amour de ses enfants un excitant au bien et au travail, et dans leur éducation l’occasion et le moyen de former son âme, par l’exercice des plus admirables vertus.
il8
§ 58. Que Dieu vit les maux qui découleraient de la
création de l’homme, mais qu’il vit aussi le bien qui
résulterait de ces maux.
Alors apparut aux yeux de Dieu tout ce qui devait arriver dans la suite des siècles. De son regard prophétique II vit nos premiers parents dans toute leur beauté native et il les aima de cet amour dont le père aime ses enfants, mais II vit aussi leur chute et tous les malheurs qui devaient en résulter : la douleur, la pauvreté, la maladie, les infirmités et la mort ; puis les ravages des passions et des vices ; f impiété, l’idolâtrie, l’esclavage, l’oppression des faibles; les désordres amenés par l’ambition, par l’orgueil, par l’amour désordonné du bien-être ; et l’histoire, se déroulant à ses yeux, lui montra les bouleversements des empires; les révolutions, les guerres, les famines, les massacres, les naufrages, et tant d’autres malheurs qui sont la vie de l’humanité. Et en vérité, lorsque Ton considère par la pensée l’ensemble de ces malheurs, lorsqu’on se les figure comme dans une vision immense embrassant toute la terre, on est bien tenté de se demander pourquoi Dieu, Tout-Puissant, n’a pas organisé l’humanité sur d’autres bases, car il aurait pu donner à l’homme une nature n’entraînant pas à sa suite autant de misères.
C’est vrai, mais d’un autre côté Dieu vit les biens qui résulteraient de ces maux eux-mêmes ; il vit que, par le mélange des bons et des méchants, il se formerait peu à peu un monde où les âmes de bonne volonté trouveraient mille moyens pour exercer leurs
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vertus et arriveraient ainsi au bonheur par la patience , la résignation et la charité. Il vit que le travail et la crainte de la pauvreté, des infirmités et de la mort empêcheraient une multitude d’hommes de se laisser dominer et détruire par leurs passions. Les révolutions et les guerres arrêteront le trop grand développement de l’industrie, du commerce, du bienêtre et du luxe, et forceront au sacrifice une foule d’âmes qui n’en auraient pas même eu l’idée sans ces malheurs, et que rien autre n’aurait pu soulever.
Mais ce que Dieu vit surtout à travers tous ces maux et ces biens, ce qui le détermina à créer le monde tel qu’il est, ce fut la vue des Saints et des Saintes, c’est-à-dire de ces âmes énergiques et dévouées qui accepteront courageusement la vie et ne vivront que pour le bien ; et entre tous les Saints lui apparut, toute resplendissante de beauté, leur reine, la Très Sainte Vierge Marie, la future Mère du Verbe fait chair, et la vue des vertus qui orneront l’âme de celle qui devait être bénie entre toutes les femmes ravit le cœur de Dieu d’un si grand amour, que cet amour aurait suffit pour déterminer la création. Et l’Écriture Sainte nous montre la T. -S. Vierge présente à la pensée de Dieu, lorsqu'il jeta les fondements de la terre , de même qu’une fille bien-aimée est présente à la pensée de ce père qui bâtit un château et le meuble magnifiquement, se berçant de l’espoir qu’un jour cette fille l’habitera et l’embellira de sa présence1.
I. Sap. vin. Quando appendebat fundamenta terræ et præparabat cœlos, aderam.
§59. Qu’il fallait un monde matériel pour un être matériel.
La nouvelle créature de Dieu devait avoir un corps matériel ; il fallait qu’il existât un lieu matériel où elle pût prendre pied et habiter. Dieu avait donc à créer ce que nous appelons le monde ou l’univers. Il aurait pu le créer d’un seul mot, par un simple acte de sa volonté toute-puissante, mais voulant déjà, en quelque sorte, donner à l’homme une idée de la marche future des choses et de ce que serait le travail, Il jugea bon d’employer le temps et de confier le développement de sa création aux forces naturelles qu’il mettrait dans les substances.
Dieu employa six jours à l’accomplissement de ce grand œuvre, ou plutôt six époques, car l’observation des matériaux qui composent le globe prouve clairement que le mot de jour, employé par l’Écriture Sainte, doit être pris dans le sens d’ époque .
Ainsi, par exemple, prenons seulement les calcaires, ces pierres, qui sont tout entières composées de coquillages reliés entre eux par une espèce de ciment. Évidemment, ces coquillages ont vécu avant
d’être ainsi réunis en blocs, car on ne peut supposer que Dieu ait créé des débris de coquilles pour en faire des pierres, ou qu’il ait donné à ces pierres la forme et les irrégularités de débris de coquille. Or si les bancs de calcaire, qui comptent dans les montagnes plusieurs mille mètres d’épaisseur, ont été formés par les coquillages se déposant au fond des eaux, on peut affirmer qu’il a fallu des centai-
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nés de siècles pour former ces bancs. Il en est de même des immenses gisements de charbon, des terrains considérables formés par les extravasations volcaniques, des dépôts de craie, peut-être même des couches profondes de terre végétale, cette terre étant généralement formée de détritus d’animaux ou de végétaux.
C’était déjà la pensée de saint Augustin, qu’il fallait considérer les jours de la Création comme des époques, et aujourd’hui cette pensée est celle de presque tous ceux qui s’occupent de cette question.
§ 60. Que l’espace est à lui seul un grand mystère.
Le premier jour, Dieu créa d’abord l’espace, c’est-à-dire cette immensité qui nous enveloppe de toutes parts, que nous appelons Y air ou le ciel , et dont il nous est impossible de connaître ni la nature, ni la grandeur, ni les limites. En effet, qu’est-ce que Y espace? Cq n’est pas l’air que nous respirons, car on peut sortir l’air d’un espace renfermé, d’une bouteille, par exemple, et l’espace contenu dans la bouteille n’en existe pas moins. L’espace n’est donc pas l’air; il est quelque chose qui n’a rien de sensible, que nous ne pouvons pas plus comprendre avec notre intelligence que nous ne pouvons le saisir ou le connaître avec nos sens.
Mais pour l’espace, ce n’est pas encore tout. Quelle est la grandeur de l’espace, où s’arrête-t-il?
Supposons que, portés par un merveilleux ballon, nous montons, montons, pendant des années, avec une vitesse de chemin de fer; nous dépassons le soleil, franchissons la région des étoiles ; nous aurons parcouru des mille millions de lieues ; mais où serons-nous?... Nous serons encore dans l’espace et nous ne verrons pas de limite devant nous ; et nous ne pouvons même pas comprendre quelle limite nous pourrions trouver; serait-ce un mur, une voûte, une vaste sphère d’or ou d’argent? Mais, au delà de ce mur, de cette voûte, de cette sphère, qu’y aurait-il? Et, d’un autre côté, je ne comprends pas comment il n’y aurait pas de limites, car sur la terre tout a une limite. Dira-t-on qu’après cet espace parcouru par nous il y a d’autres espaces ; mais jusqu’où y aura-t-il ainsi des espa-
ces? Evidemment, ma pensée se perd devant cette simple idée de la grandeur de l’espace, et je suis forcé d’avouer que je ne comprends pas plus sa grandeur que je ne comprends sa nature, tellement tout est mystère même dans les choses naturelles dès que nous voulons pénétrer dans leur essence.
§ 61. Hypothèse sur la création et formation de la terre.
L’espace étant créé, Dieu créa la terre, et tout semble nous prouver qu’au commencement, la terre était molle, car elle est aplatie à ses pôles, comme le serait toute boule molle que l’on ferait tourner rapidement sur elle-même. Mais qu’était cette substance molle? Était-ce de la boue? C’est peu
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probable; on ne comprend pas Dieu, créant de ses mains, une substance aussi basse que la boue.
D’après diverses observations, il est à peu près certain que la terre a été créée sous la forme d’une boule de feu. En effet, toutes les substances possibles pouvaient se trouver contenues dans ce feu. Si nous mettions dans un creuset soumis à un feu ardent diverses substances : de la terre, du bois, de l’or, de l’argent, du fer, des pierres, etc., nous n’aurions bientôt plus sous les yeux, qu’une masse toute de feu. Et la chaleur considérable que l’on trouve dans les mines profondes, autorise à penser que le centre de la terre est1 même encore en feu : les traces du feu de ce feu intérieur sont visibles sur une multitude de points du globe ; et enfin, comme dernière preuve , on pourrait dire qu’il convenait à la Toute-Puissance et à la Majesté divines de créer les choses sous la forme la plus noble, et il n’y en a pas de plus noble que celle du feu.
Nous pouvons donc croire que la terre sortant du néant, à la voix de Dieu, était un immense globe de matière incandescente composée de toutes les substances qui sont le monde matériel; que, sous l’action du feu, ce globe s’entoura de gaz divers dont une partie put même se changer en eau, comme cela se fait en petit dans les laboratoires de physique. Ces eaux, s’élevant en vapeur et retombant sans cesse en pluie sur la terre, finirent par en refroidir et solidifier une partie, et durent ainsi contribuer à la formation d’une multitude de substances diverses, car nous savons qu’entre les mains
clés ouvriers nous voyons se former des corps solides, par le mélange de l’eau avec certaines substances, le ciment, le plâtre, etc. Il se constitua ainsi, autour de la terre, comme une croûte solide, couverte en partie par les eaux ; et le feu central ne pouvait pas encore être complètement contenu par cette couche, de sorte qu’il la soulevait sur divers points, et lançait, par d’immenses crevasses, des substances qui, en se mélangeant avec celles déjà solidifiées , en formaient de nouvelles, etc.
Mais ne poussons pas plus loin ces hypothèses sur la manière dont a pu se former la terre : ce ne sont là que de simples suppositions basées sur l’observation des terrains actuels, mais, quels que soient les efforts de la science, on n’arrivera peut-être jamais à savoir exactement comment les choses se sont passées pendant ces époques, qui se perdent dans la nuit des temps. Ceux qui s’occupent de ces questions sont loin d’être d’accord entre eux ; il en est, par exemple, qui veulent que la terre ait d’abord été une nébuleuse, un simple amas de vapeurs qui, avec le temps, se sont solidifiées, etc., et ils prétendent que de nombreux phénomènes semblables s’opèrent encore de notre temps dans les espaces célestes, où l’on voit en effet flotter des amas de vapeurs lumineuses... Peu importe, au reste, que la terre se soit formée tout d’un coup, ou à travers les siècles : il rien fallait pas moins l’action toutepuissante de Dieu, vivifiant et régularisant toutes choses ; c’est probablement ce que l’Écriture Sainte nous indique, lorsqu’elle nous dit que Y Esprit de
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Dieu était porté sur les eaux... ordonnant tout.
Contentons-nous d’admirer comment Dieu a su mettre, jusque dans la matière inerte, tant de merveilleuses propriétés qui, sous son œil, ont pu arriver à donner à notre globe une forme si convenable à ses desseins, car le désordre apparent dans lequel se trouvent les matériaux terrestres, bien loin d’être un mal, est au contraire un bien. En effet, que serait un monde où les plaines parfaitement planes n’offriraient rien à la vue, où les fleuves courraient paisiblement entre deux rives régulières ; où il n’y aurait ni montagnes, ni ravins, ni rochers, ni routes accidentées ; où les métaux et les charbons se trouveraient à fleur de terre et à portée de la main ; non seulement un tel monde serait sans charmes et sans beauté, mais, de plus, il n’offrirait pas à l’homme les motifs ou sujets de ce travail, dont nous avons déjà entrevu la nécessité.
Quoi qu’il en soit, ce qui est certain, c’est que la terre existe et fut lancée par son Créateur à travers les espaces, avec une telle force qu’elle parcourt chaque année un immense cercle de 76 millions de lieues de diamètre, ou de 228 millions de lieues de circonférence, avec une vitesse de 26 226 lieues par heure ou de 433 lieues, soit 2165 kilomètres par minute. Vitesse effrayante et hors de comparaison avec les trains rapides qui font au plus un kilomètre et demi par minute. De plus, comme nous le savons, la terre fait un tour sur elle-même chaque jour, et comme elle a neuf mille lieues de circonférence, soit 45 000 kilomètres, elle tourne avec la rapi-
dité de 1874 kilomètres par heure ou 312 par minute.
Quel fut le nombre de siècles pendant lesquels s’opérèrent les révolutions et transformations innom-
brablesdu globe terrestre? Nul ne le sait ; l’Ecriture Sainte ne nous donne aucune indication à ce sujet, elle nous apprend seulement que la lumière fut créée par Dieu dès cette première époque.
Qu’est cette lumière que Dieu crée avant le soleil et les étoiles, qui sont généralement considérés comme les sources de la lumière? Pendant de longs siècles on s’est étonné de ce passage de la Bible : on ne le comprenait pas ; mais maintenant tout le monde sait que le soleil et les étoiles ne sont pas la lumière elle-même, qu’ils ne sont que les instruments qui servent à la produire. En effet, la lumière est un fluide, une force, une manière d’être qui apparaît, sans le secours du soleil, à la suite de certaines opérations; si je frotte rapidement deux morceaux de bois, l’un contre l’autre, j’obtiens de la lumière; si je frotte un plateau de résine avec une fourrure, j’obtiens encore de la lumière. Certaines substances, comme le phosphore, le potassium deviennent lumineux, dès qu’on les met à l’air. La lumière est donc quelque chose qui ne dépend pas du soleil et que Dieu a pu parfaitement créer avant cet as tre.
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§ 62. Création des eaux et des végétaux.
Ces œuvres du premier jour ou de la première époque étant accomplies, Dieu fit le firmament entre les eaux et il sépara les eaux qui étaient sur le firmament de celles qui étaient au-dessous , et du soir au matin ce fut le second.
Cette séparation des eaux est restée jusqu’à présent un mystère complet pour l’homme. Que sont ces eaux placées au-dessus du firmament? La science ne nous apprend rien à ce sujet, mais les espaces célestes sont si vastes, qu’il n’est pas impossible que des masses d’eau soient suspendues par delà les corps lumineux qui tournent sur nos têtes.
Au commencement du troisième jour, d’une parole, Dieu réunit les eaux dans ces immenses bassins auxquels il donna le nom de mer ; il leur traça des limites qu’elles ne devaient pas franchir, et donna le nom de terre à l’élément aride et sec qui apparut au-dessus des eaux.
Alors, toutes choses disposées comme elles devaient l’être, Dieu dit : Que la terre produise des herbes et des arbres de toute sorte , chacun portant ses fruits et sa semence pour se reproduire. A cette parole, il s’éleva, sur toute l’étendue de la terre, cette multitude de plantes et d’arbres, qui furent d’abord les mousses légères qui tapissent les lieux humides, flottent dans les eaux, rampent sur la terre, et les herbes de toute sorte qui forment nos prairies, ainsi que les plantes qui ornent nos jardins et char-
ment nos yeux par la beauté et la variété de leurs fleurs. Ensuite apparurent les arbustes et les arbres il fruits de nos vergers, et enfin les magnifiques et gigantesques arbres de nos forêts : les chênes, les sapins, les pins, les tilleuls, les châtaigniers, les frênes, les ormes, et mille et mille autres espèces qu’il serait trop long d’énumérer.
Arrêtons-nous un moment pour considérer et admirer la beauté et la grandeur de cette création. Si nous voulions seulement dresser une liste des herbes, des arbustes et des arbres que nous connaissons, nous serions déjà frappés de leur nombre et de leur variété, que serait-ce si nous ouvrions un livre de botanique ! Le nombre des végétaux est tel que la vie entière d’un homme ne suffirait pas pour étudier ceux qui sont connus, et fon en découvre sans cesse de nouveaux. Un grand botaniste a pu classer 500 000 plantes différentes, toutes originaires de la vallée d’un fleuve ; ce seul fait donne une idée du nombre immense de plantes que Dieu a créées d’un mot, en se jouant comme dit l’Écriture. Sainte, et cependant chaque arbre, chaque plante, chaque fleur est en soi-même une merveille d’organisation. En effet, qui pourra jamais comprendre par quel mystère un arbre tire de la terre la substance et la couleur de ses feuilles et de ses fleurs, ainsi que le goût de ses fruits ; c’est en vain que nous analysons les plantes et les examinons au microscope ; le secret de leur vie reste et restera toujours caché pour nous, parce que la vie, c’est Dieu.
§ 63. Création des corps lumineux.
La création du règne végétal acheva l’œuvre du troisième jour. Au commencement du quatrième, Dieu créa le soleil, les étoiles et les autres luminaires, et leur traça la route qu’ils devaient parcourir dans les espaces célestes, en obéissant à certaines lois qui ne sont pas leurs propriétés essentielles ou naturelles, comme on le dit trop souvent, mais qui sont tout simplement les effets ou résultats de l’action de Dieu, s’exerçant directement sur eux.
Quant à la force d 'attraction, par laquelle les corps célestes se soutiennent les uns et les autres, elle n’exclut pas la nécessité d’une autre force ou puissance immobile, tenant en l’air l’astre immense, qui aurait le privilège d’être le centre de tout ce système d’attraction, c’est que, selon la célèbre parole de Linné : La nature n'est autre chose que la loi ou volonté immuable de Dieu en vertu de laquelle une chose est ce qu'elle est , et fait ce qu'elle doit faire , et on appelle corps naturels les corps qui sont tels que la main du Créateur les a formés.
La volonté de Dieu est donc la cause créatrice et première de toute force, de toute activité, d’où l’on peut dire qu’en tout, Dieu est plus cause que toutes les autres causes, et que s’il a cessé de créer, Il ne cesse cependant jamais d’agir pour la conservation et la propagation des choses, à tel point que saint Augustin a pu dire que l’existence des choses n’était qu’une continuelle création, et cela est si vrai, que
si Dieu oubliait un seul instant de vouloir qu’un être quelconque existe, cet être disparaîtrait instantanément1.
Nous devons ici considérer avec soin la grandeur des corps célestes ; la merveilleuse vitesse de leurs révolutions et les distances incroyables qui les séparent, car si les deux racontent la gloire de Dieu , cela n’est vrai que pour ceux qui se donnent la peine de les étudier.
La terre a 3000 lieues de diamètre et 9000 lieues de tour, ou 45 000 kilomètres ; un homme pouvant faire à pied environ 40 kilomètres par jour, il lui faudrait donc 1 1 26 jours, ou trois ans et trente jours pour faire le tour de la terre.
La lune est seulement à 40 000 lieues de nous, pour y arriver, il faudrait donc onze années au même homme, mais le soleil en est à 38 millions de lieues; il faudrait donc 3 800000 jours, ou 10 411 années à un homme pour y arriver et il faudrait encore 100 000 jours ou 272 années à un de nos trains rapides.
Quant aux étoiles, elles sont si éloignées qu’il est presque impossible de calculer leur distance. Qu’il nous suffise de savoir que la lumière de la plus rapprochée de nous, met trois années pour nous parvenir, or, la lumière parcourant 75 000 lieues par seconde, et l’année comptant 31 536000 secondes;
1. Natura lex immutabiiis Dei, quà res est id quod est et agit, qnod agere jussa est. Naturalia sunt corpora cuncta Creatoris manu composita. Linné, Imperium naturæ. — S. Thomas, Ip q. Lxxm, a. 1-2, etc.
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si nous multiplions ces deux nombres l’un par l’autre nous avons le chiffre effrayant de 2 207 502 mil-
lions de lieues, distance tellement grande que nous ne pouvons pas même nous en faire la moindre idée. L’étoile Polaire, que nous apercevons facilement au nord, est si éloignée qu’il faut à sa lumière huit années pour parvenir jusqu’à nous, et il y a des millions d’étoiles qui sont dix fois et cent fois plus éloignées que l’étoile Polaire.
Quant à la grosseur de ces mêmes étoiles, elle est naturellement au-dessus de tout ce qu’il est possible d’imaginer, et il en est de même pour leur nombre et leur éclat. Le fameux astronome Herschel en a compté plus de cinquante millions dans les taches blanches ou lumineuses qui tracent cette ligne étroite qu’on appelle la Voie lactée. Les astronomes actuels croient en avoir pu compter 300 millions. De plus, quelle intensité ou force ne doit pas avoir une lumière qui, pour nous arriver, est obligée de traverser des espaces aussi considérables!
Essayons maintenant de nous placer par la pensée au centre de ces mondes, roulant leurs masses énormes à travers l’espace, s’entre-croisantles uns les autres dans des cercles et des tourbillons sans fin, répandant autour d’eux des flots de lumière... Ce sera pour notre âme comme une vision de l’infini ; nous nous sentirons écrasés, anéantis; nous chercherons à comprendre et nous ne le pourrons pas, et cependant la réalité est là, s’imposant à nous, confondant toute science, défiant tout calcul!... Que faire, dès lors, si ce n’est nous abîmer dans notre petitesse et
nous prosterner devant Celui qui, d’un mot, a créé ces mondes, et d’un autre mot leur a donné les lois qui règlent leur marche et les ramènent, après des siècles d’évolution, au point et à l’heure qui ont été fixés. Les étoiles furent appelées et elles dirent : Nous voici \
§ 64. Que les corps célestes n’ont été créés que pour
l’homme.
Quelques penseurs, ne comprenant pas cette prodigalité de Dieu, ont supposé que les mondes célestes étaient habités. Mais cette supposition ne reposant sur aucune donnée scientifique, il est permis de dire qu’il est mille fois plus probable qu’ils ne le sont pas, et qu’ils ont été créés pour l’homme seul; et nous appuyons cette idée sur deux raisons morales très puissantes, parce qu’elles découlent du cœur.
D’abord, s’il existait dans les mondes célestes des êtres moralement semblables à nous, c’est-à-dire enfants de Dieu, nous le saurions; Dieu, notre Père, ne nous l’aurait pas pu cacher ; ne s’est-il pas révélé tout entier, lui-même, à nous? Ne nous a-t-il pas fait connaître les Anges? comment donc nous aurait-il laissé ignorer l’existence de ses autres enfants, s’il en avait; cela ne se peut pas ; nous aurions presque le droit de nous en plaindre. Dieu nous demande
tout notre cœur pour l’Eternité ; Il nous a, de son
J. Stellæ vocatæ sunt et dixerunt, adsumus et luxerunt ei cum jucunditate, qui fecit illas. Baruc, m, 35»
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côté, promis tout le sien ; or, donner son cœur qu’est-ce, si ce n’est dire tout ce qu’on est, tout ce qu’on a, et tout ce qu’on aime.
De plus, si les mondes célestes étaient habités, ils ne nous chanteraient pas autant la gloire et la grandeur de Dieu, puisqu’ils serviraient à quelque chose et ne seraient plus seulement un ornement. Il semble, en vérité, que les superfluités de la Création sont un peu comme les pierres précieuses ou diamants, qui manifestent d’autant plus l’affection de celui qui les donne qu’ils sont plus inutiles. Jusqu’à preuve du contraire il est vraiment plus doux de croire que le monde matériel tout entier a été créé pour l’homme, et qu’il est sa propriété ou la dot que Dieu lui a apportée.
Que l’immensité et les splendeurs des espaces et des corps célestes soient donc pour nous une preuve manifeste de la toute-puissance de Dieu, de sa bonté, et enfin de notre propre grandeur ! En effet, combien ne faut-il pas que Dieu nous aime, quelle valeur ne faut-il pas que nous ayons à ses yeux, pour qu’il ait créé tant d’immensité et tant de merveilles, qui n’ont pas d’autre but que d’orner notre demeure terrestre et de nous aider à nous élever plus facilement jusqu’à la compréhension de l’infini et jusqu’à l’amour de leur Créateur !
§ 65. Créations du cinquième et du sixième jour.
La terre étant couverte de végétation et éclairée par les corps célestes, Dieu créa les premiers êtres
vivants. LÉ criture Sainte nous dit que ce furent les reptiles des eaux, les mollusques, les poissons et enfin les oiseaux. La multiplication de ces êtres occupe la cinquième époque, et si nous interrogeons les entrailles de la terre il paraît que cette époque dura bien des millions d’années, puisqu’on trouve de nombreuses et profondes couches dans lesquelles existent d’innombrables débris de mollusques, de poissons et d’oiseaux, sans aucun mélange de débris d’autres espèces d’animaux, et que de plus, c’est à cette époque qu’il faut attribuer la formation nécessairement très longue de ces immenses bancs de calcaires, craies, houilles, lignites et autres dont nous avons parlé plus haut.
Enfin, le sixième jour, Dieu créa les animaux terrestres. Leur nombre et la variété de leurs espèces sont pour ainsi dire infinis. Comme les plantes, ces êtres s’élèvent du plus petit au plus grand, du moins parfait au plus parfait, d’une espèce à une autre espèce, par une gradation si insensible que le naturaliste est souvent très embarrassé pour dire si un animal appartient à telle ou telle espèce ; le chat se transforme en chien en passant par cent espèces différentes s’inclinant de plus en plus vers le chien. D’autres fois, il ne saura pas dire si un animal est oiseau ou quadrupède, animal terrestre ou poisson. De là résulte dans la Création une merveilleuse beauté qu’on ne saurait trop admirer.
Quant à l’organisation vitale des animaux, elle révèle peut-être encore davantage la puissance de Dieu, que les immensités des espèces célestes. Pour n’en
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dire qu’un mot, qui pourrait calculer le nombre des parties qui composent la patte d’une simple mouche et raconter la perfection de chacune de ces parties, car cette patte vit et bouge ; il faut donc qu elle possède des veines, des muscles, des nerfs, des jointures à articulation, sans parler des ventouses ou suçoirs nécessaires à la mouche pour qu’elle puisse se tenir contre les surfaces polies, même à la renverse ; or, pour que ces ventouses ou suçoirs agissent, il faut que la mouche possède un appareil aspiratoire tout à fait semblable à celui que l’homme possède dans sa poitrine. Dès lors, on arrive à des infiniment petits qui confondent l’intelligence humaine, tout autant que la confondent les infiniment grands.
Nous ne nous arrêterons pas à énumérer et décrire les êtres innombrables qui composent le règne animal , il faut laisser ce soin à l’Histoire naturelle, qui, malgré ses efforts incessants, n’est cependant pas encore arrivée à classer toutes les espèces connues; et que serait-ce s’il lui fallait classer les inconnues?... Nous nous bornerons donc à remarquer qu’il se passa de longs siècles pendant lesquels les animaux furent les seuls habitants de la terre, car, avec les os fossiles d’un grand nombre d’espèces disparues, on ne trouve jamais des os humains, ce qui ne serait pas si l’homme avait existé en même temps que ces espèces1.
1. On a voulu contester cette vérité, mais ce ne sont pas deux ou trois morceaux d’os, sur l’origine desquels on a pas même pu se mettre d’accord, qui peuvenl contre-balancer Tuniversalité des observations contraires.
C’est probablement alors que vivaient ces colosses dont les débris peuplent nos musées : le mammouth, le mastodonte, le dinothérium, dont la tête trouvée en 1836 a lm,30 de longueur, sur un mètre de largeur; le cerf gigantesque dont les bois avaient 4 mètres d’envergure; le méganthérium et tant d’autres. On dirait que ces êtres avaient pour mission de féconder et de préparer la terre, pour celui qui devait en être le roi.
§ 66. Que Dieu crée l’homme de ses propres mains.
Ces œuvres étant accomplies, après un laps de temps dont il est impossible de fixer la durée, le moment de la création de l’homme semblait arrivé. Dieu vit, en effet, que tout était bien , c’est-à-dire comme il le fallait pour son dessein, et 11 dit : Faisons rhomme. Mais l’homme sera-t-il tiré du néant comme les autres êtres? Dieu se contentera-t-il de prononcer une parole, laissant à la terre le soin de le produire? Non, sans doute, car il faut que l’homme sache bien qu’il n’a rien de commun avec ces êtres innombrables qui forment ce qu’on appelle la nature , et qui viennent d’être créés par une simple parole. Bien loin de là, Dieu procède avec la plus grande solennité à la création de ce nouvel être qui sera semblable à lui, et appelé à une vie d’affection.
D’après l’Ecriture, les Trois Personnes Divines interviennent dans cette grande œuvre ; Dieu s’abaisse jusqu’à prendre de la terre entre ses mains, il
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en fait une statue, et de sa bouche, il aspire sur elle un souffle de vie . Ce souffle divin, c’est notre âme, c’est-à-dire cette force ou esprit, qui s’unit substantiellement à notre corps matériel, le transforme, lui communique la vie et en fait un homme ; et c’est ainsi que fut créé notre premier père, et il s’appela Adam, c’est-à-dire « celui qui a été tiré de la terre». Ne nous étonnons pas de ces détails et de cette formation directe de notre premier père par les mains de Dieu. Reportons-nous à ce que nous avons dit plus haut, des conséquences terribles et inévitables qu’entraîne la création d’êtres doués de liberté, et alors nous comprendrons le soin avec lequel Dieu cherche à nous convaincre de notre grandeur. Vos mains , ô mon Dieu , mont créé et m'ont façonné ou pétri , comme il est dit au psaume cxviii1.
§67. Que la femme ne devait pas être créée comme Adam.
L’homme existe, mais l’homme n’est pas toute l’humanité ; il doit être trois , comme Dieu qui l’a formé à son image... Quelle sera donc la seconde personne de la Trinité humaine? La première compagne ou épouse donnée à l’homme par Dieu, va-t-elle être aussi tirée du limon de la terre et imposée à Adam, comme ayant des droits et une indépendance égale à ses droits et à son indépendance?