Ex. m
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tribu, et Ton suppose quelquefois Tadoption, par le clan, d'une divinité prise dans un nombreux pantbéon. Mais, si l'on remonte aux origines, l'organisation du culte de tribu n'est-elle pas antérieure à la constitution du polythéisme en une hiérarchie de familles divines? Et à moins d'une influence de la civilisation et de la religion des peuples sédentaires sur les nomades, faut-il s'attendre à trouver les grands dieux des mythologies à la tête de tribus errantes? L'ancien dieu de tribu n'est pas loin d'être encore un esprit. C'est le définir sans doute avec trop de précision que de le déclarer personnification d'une force naturelle, ou bien l'âmed'un ancien chef veillant sur ses descendants : il peut tenir de Tune et de l'autre, sans être précisément ni l'une ni l'autre. Mais il appartient à ce monde d'esprits qui remplissent Tair, la terre et les eaux, et où peuvent rentrer aussi les esprits des morts.
Gomment l'a-t-on connu? Pourquoi l'a-t-on pris? C'est lui probablement qui se sera fait connaître, comme lahvé dans le buisson. Une circonstance fortuite et merveilleuse aura révélé sa présence, ou bien le caractère du lieu qu'il habite l'aura manifestée. Un lien se sera formé et consolidé ; une sorte de pacte aura été conclu. On se sera approprié l'esprit par des rites conve-
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nables, et Tesprit se sera donné à la tribu, autant qu'un esprit peut se donner Ou bien la question n'est-elle pas à poser, - et elle ne Test pas en ce sens, qu'on puisse imaginer un groupe dépourvu de culte, et prenant un esprit protecteur, à seule fin d'avoir un dieu, — et la personnalité du dieu se sera-t-elle accusée à mesure que la tribu ellemême se constituait en individualité sociale?...
L'état des témoignages ne permet pas, ce semble, d'affirmer que les tribus sémitiques aient traversé une période de totémisme proprement dit, où xîhaque clan aurait eu le culte d'une espèce animale avec laquelle il se serait cru spécialement apparenté. Cependant il ne convient pas* de pousser trop loin le scepticisme sur ce point, ni de contester que rien d'analogue ait pu se rencontrer chez les ancêtres d'Israël. Si la Bible a raison de rattacher au souvenir de Moïse le serpent d'airain qui tut objet d'un culte particulier dans le temple de Jérusalem, jusqu'au temps d'Ézéchias, il en faudrait conclure, le récit des Nombres l louchant les guérisons opérées par ce fétiche n'étant qu'un mythe explicatif du culte traditionnel, que la tribu de Moïse regardait le serpent comme un animal sacré ; que le serpent
1, NoHBR. xxi| 6-9, *
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d*airain avait été un symbole de lahvé, comme le taureau en fut un au temps des rois d'Israël ; et que lahvé lui-môme pourrait avoir été à l'origine un dieu-serpent l.
Supposons donc quelques tribus que leur mode d'existence et leur isolement ont préservées des relations et des mélanges qui engendrent le polythéisme pratique ; où la vie de clan garantit au dieu protecteur un privilège à peu près exclusif d'adoration ; où il y a encore plus d'animisme que de polythéisme et de mythologie, au sens moderne et tout relatif de ces mots ; où le dieu est très personnel sans être dégagé de la nature ; où il n'est pas chef de famille divine, mais père de ses fidèles ; où Ton ne conçoit guère mieux l'unité métaphysique de Dieu que l'unité réelle du monde et l'unité physico- morale de l'humanité dans ses diverses branches, mais où la tribu constitue comme un monde et une humanité enfermés dans son dieu : nous aurons probablement l'idée la moins imparfaite et la moins inexacte que nous puissions nous former du mi-
1. Cf. E. Meyer, 116, 426 427. Cet auteur se demande si le bâton magique de Moïse, qui se changeait en serpent, ne serait pas précisément le serpent d'airain, et en même temps le signe ou étendard (nés) qui donnait son nom à l'autel de fyh^-nissi, Ex. xvii, 15; ^ombr. xxi, 8.
lieu très spécial où devait s'implanter le culte de lahvé, dieu d'Israël, et plus tard Dieu de l'univers .
Avant de suivre dans l'histoire les progrès qu'a réalisés la notion de ce dieu, il importe de jeter un coup d'œil sur les éléments de culte qui, maintenus par la tradition iahviste, gardent cependant la marque d'une origine beaucoup plus lointaine et attestent à leur façon que la religion de Moïse et des prophètes s'est fait jour à travers des traditions moins pures, lesquelles n'ont pas laissé d'imposer au monothéisme israélite sa forme extérieure jusqu'à la destruction de la nationalité juive et même jusqu'à nos jours.
Les principales pratiques de la religion mosaïque ne procèdent pas de la notion du Dieu unique, spirituel, parfaitement juste et parfaitepaent bon, mais de conceptions beaucoup moins
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nobles ; et si la signification originelle de ces pratiques s'est modifiée au cours des temps, sous l'influence d'un idéal plus relevé, leur caractère primitif n'en est pas moins reconnaissable. Considérée au point de vue de ses rites essentiels, la religion israélite se résume dans la cironcision, les prescriptions concernant les choses pures et les choses impures, les sacrifices, le sabbat et les fêtes légales, l'arche de lahvé. Or, aucun de ces éléments ne se rattache à l'idée du Dieu souverainement juste auquel on est agréable seulement par la pureté du cœur ; tous, au contraire, tiennent à l'idée du dieu de tribu ou du dieu national, associée à l'idée du dieu de la nature, qui vit avec les siens et quasi comme eux, en leur procurant en abondance les fruits de la terre et la fécondité de leurs troupeaux ; et l'on entrevoit, par delà ces affinités, des rapports plus lointains encore qui atteignent jusqu'à l'âge où la magie se confondait avec la religion.
On a voulu quelquefois expliquer l'origine de la circoncision par une raison physiologique. Supposé qu'un tel motif ait existé, ce qui est au moins douteux, les hommes qui les premiers ont adopté cette coutume étaient incapables de la concevoir comme une opération médicale et d'une . utilité vulgaire ; ils y ont mêlé quelque imaçini^-
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tion superstitieuse, qui nous paraîtrait un symbole dépourvu de sublimité. Porter atteinte au corps humain, surtout dans une partie qui a été sacrée avant d'être honteuse, en faire couler le sang, ne pouvait être une action commune» mais un sacrement de la plus considérable efficacité, qu'elle qu'en ait été, d'ailleurs, la signification.
On a pensé aussi que la circoncision avait pu être d'abord une nmtilation infligée aux prisonniers de guerre, et qui aurait été interprétée ensuite comme un signe de soumission et de consécration aux dieux. Mais la circoncision ne parait pas avoir été jamais regardée comme une marque de sujétion, et l'histoire des cent Philistins que David mutile après les avoir tués 1 n'est pas à citer en faveur de cette hypothèse. David, en effet, n'a pas circoncis malgré eux cent Philistins vivants, il a rapporté à Saûl le témoignage matériel de son exploit, à savoir la destruction de cent ineirconcis.
. Déjà les plus anciens textes attribuaient à ce rite une importance capitale. 11 suffit de rappeler l'aventure de Moïse attaqué par lahvé lui-même dans le désert, et délivré par l'intervention de sa femme Séphora, qui, ayant circoncis leur jeune
i, I Sam. xviii, 27,
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fils avec un silex, touche son mari, censé incirconcis, avec le lambeau de chair qu'elle avait enlevé à Tenfant, de façon à donner à Moïse luimême une apparence de circoncision 1 . On admet volontiers que Thistorien iahviste, à qui est dû ce récit, a voulu montrer comment la circoncision des enfants avait été substituée en Israël à la coutume, plus ancienne, de la circoncision des adolescents à l'âge de puberté. L'obligation du rite serait censée aller de soi, sans qu'on ait besoin de la justifier, comme si un incirconcis était naturellement exclu de toute relation avec lahvé. Toutefois, le sens de cette scène sauvage pourrait être moins relevé. Dans la circonstance, lahvé n'agit pas en dieu, mais en être féroce que le sang apaise.
Le fond, également ancien, du récit de Josué concernant la circoncision des Israélites après le passage du Jourdain 2 , Laisse aussi entendre que, pour occuper légitimement la terre de lahvé, les enfants de Jacob doivent subir la mutilation sacrée. Il donne en même temps à supposer que
1. Ex. rv, 24-25. Le texte est équivoque, et Ton pourrait entendre que la marque est faite à lahvé lui-même par Séphora, qui dirait au dieu, non à Moïse : (( Tu es mon fiancé sanglant ». Cf. E. Meyer, 59.