‹ La religion d'IsraëlChapitre 11 sur 62 · Jos. V · texte numérisé non relu

Jos. V

la circoncision n'aurait pas été pratiquée en Israël avant l'arrivée au pays de Canaan, bien qu'elle fût usitée en Egypte. On vient de voir que l'historien iahviste la fait remonter un peu plus haut, à Moïse, mais non à l'âge patriarcal.

Dans le document sacerdotal de THexatenque, la circoncision est présentée, sans autre explication, comme la condition indispensable de la pureté légale et la marque de Talliance qui existe entre Dieu et la postérité d'Abraham. Le choix divin apparaît comme l'unique raison de la pratique et de sa nécessité. Mais où est la raison d'un choix si extraordinaire? L'efficacité que l'écrivain lui attribue, en vertu de 1 institution divine, est plutôt d'ordre moral, et ne résulte pas, en tout cas, du rite lui-même, comme dans les récits antérieurs. Peut-être parce qu'il croit la coutume plus ancienne que Moïse, ou plutôt parce qu'Abraham est pour lui le vrai père des Hébreux et qu'il devait porter le signe de l'élection, il rattache à la vocation du patriarche le précepte de la circoncision.

En fait, la circoncision a été connue ailleurs qu'en Israël, et pratiquée avant l'époque présumée d'Abraham. Elle était usitée en Egypte dès la plus haute antiquité, et Ton a pu conjecturer avec ^sse^ de vraisemblance cjue c'était une vieiUe

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coutume de tribus africaines qui avait été communiquée par Imtermédiaire des Égyptiens à une partie des Sémites occidentaux. Ce n'est pas une coutume sémitique, car les Sémites mésopotamiens paraissent l'avoir complètement ignorée, et rhistorien sacerdotal lui-même ne suppose pas qu'Abraham ait pu la connaître dans son pays d'origine. Elle rentre sans doute dans la catégorie des épreuves, parfois bizarres et sanglantes, qui consacrent chez les non-civilisés le passage de l'adolescence a l'âge viril, et qui sont comme l'initiation du jeune homme à la vie religieuse et sociale de la tribu. La mutilation comme telle, et Tedusion du sang, dans les conditions où elles se sont opérées d'abord, étaient des symboles religieux qui, pour des hommes incultes, ne se distinguaient pas de leur effet : un pacte de sang exprime et inaugure l'émancipation virile du jeune homme et son incorporation à la tribu.

Cette signification même pourrait n'être pas primitive, si le rite, comme l'insinue le récit de l'Exode précédemment cité, a été d'abord une sorte d'hommage aux esprits, afin de prévenir ou de détourner leur colère et leur vengeance.

Lorsque le régime de clan a fait place à un état social plus avancé, la circoncision, enracinée dans

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l'usage, s'est maintenue en prenant un sens plus ou moins différent de celui qu'elle avait à l'origine. Elle a été gardée en Egypte par les prêtres comme un symbole de pureté religieuse, dont le commun des hommes était dispensé. Elle a été conservée chez les Arabes comme coutume générale et cérémonie préliminaire au mariage, en perdant beaucoup de son caractère sacré. Chez les Israélites, le sens religieux a prévalu, et la circoncision, maintenue en obligation universelle, a été le symbole d'initiation au culte national. On a voulu assurer le plus tôt possible les avantages de cette initiation à ceux qui étaient capables de la recevoir; et de là est venue la circoncision des enfants. L'emploi de silex taillés, pour cette opération, atteste la haute antiquité de la coutume. Lé choix du huitième jour après la naissance pourrait être en rapport avec le temps assigné par l'ancienne pratique à l'offrande des premiers-nés.

La distinction des choses pures et impures, des états de pureté et d'impureté, qui occupe une si grande place dans la législation mosaïque, appartient au même ordre de conceptions naturalistes. L'on tombe dans un plaisant anachronisme lorsqu'on suppose que le pur et l'impur auraient été, à l'origine, les équivalents du propre et du mal-

propre, de l'hygiénique et du malsain. La notion de pur et d'impur est, dans la Bible, une notion religieuse, non morale, ni utilitaire. Si quelquesunes des prescriptions ou prohibitions légales se trouvent avoir de bonnes conséquences physiologiques, là n'est pas le motif qui a déterminé Tordre ou la défense. L'explication est à chercher dans ridée ancienne de sainteté. Les choses saintes sont celles dont l'usage est retiré, en tout ou en partie, à l'homme, pour être réservé à la divinité. Les choses impures sont celles que la divinité a en horreur, et qui, pour cette raison, ne sont pas tolérées dans son service. Entre les deux sont les choses communes, simplement pures ou indifterentes, qui peuvent tomber occasionnellement sous l'influence de la sainteté ou de Fimpureté. C'est en cette forme et avec cette application générale que les idées de sainteté, de pureté et d'impureté apparaissent non seulement dans la religion Israélite, mais en beaucoup d'autres religions.

Il semble que souvent l'impur soit ce qui appartient à un culte étranger ou inférieur, par exemple au culte des esprits ou au culte des morts. Par conséquent, ce qui est devenu impur était, à l'origine, sacré, en un sens général, comme lieu d'.esprits ou réceptacle d'activité sur-

naturelle. La distinction du saint et de Timpur se sera faite ensuite entre les choses qui relevaient des dieux, parce qu'ils se les étaient appropriées, et celles qui continuaient à dépendre plus ou moins des esprits ou de la magie. L'identité primitive du saint et de l'impur apparaît encore en ce que l'un et l'autre sont contagieux de la même façon, et que l'attouchement des choses saintes donne lieu à des cérémonies de purification, ou, si l'on veut, de désacration pareilles à celles que requiert l'attouchement des choses impures.

Ainsi les mêmes ablutions rituelles sont usitées dans les deux cas.

Pourquoi certaines espèces animales, pourquoi certains états de l'homme et de la femme, pourquoi les cadavres furent-ils réputés impurs ? L'on peut dire, en général, que ce fut à causé d'une crainte superstitieuse qui suggérait un interdit, provisoire ou durable, des personnes, des animaux, des choses. Une plante nuisible, une bête malfaisante ou répugnante ont été redoutées d'abord comme l'incarnation d'un esprit dangereux, ou bien tel animal a été censé sacré au point que l'homme n'avait pas, en temps ordinaire, le droit d'y toucher. Tout ce qui se rapporte à la génération, aux maladies, à la mort, a été considéré par les peuples enfants comme im-

pliquant T influence de forces invisibles et redoutables, dont le contact n'était pas exempt de péril. De là sont venues les prescîriptions concernant les relations sexuelles, les impuretés de l'homme et de la femme, Tabstinence du sang, conçu comme siège de la vie et véhicule de l'esprit, l'atloucliement des cadavres, la manière de traiter les maladies, qui sont regardées comme une sorte de possession démoniaque.

Partout la médecine primitive a été faite d'exorcismes, et les médecins étaient des prêtres, à moins que ce ne fussent des sorciers ou des magiciens. Qu on lise attentivement Tordonnance mosaïque relative aux lépreux l, on verra sans peine qu'elle n a en vue ni la guérison de la maladie, ni, à proprement parler, les mesures à prendre contre la contagion, mais l'état d'impureté, d'incapacité religieuse, on pourrait dire de réprobation divine, où se trouve celui qui en est atteint. Si l'on ne doit pas toucher un lépreux, ce n'est pas précisément parce que l'on s'exposerait à contracter son mal, mais parce que l'on participerait par contact à son impureté, que l'on emporterait quelque chose de la malédiction qui l'enveloppe, et qu'on subirait Faction du mauvais

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