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OU bien si les deux ne sont pas également anciennes, soit qu'elles aient d'abord pris naissance en des milieusi différents, soit qu'elles aient eu leur origine dans le même milieu. Israël nomade a dû pratiquer le sacrifice de communion avant de connaître le système d'offrandes qu'il a connu en Canaan. Mais le sacrifice de communion est en rapport avec la vie de tribu. Le culte des esprits comportait plutôt de simples offrandes. Et certains sacrifices semblent n'avoir de rapport ni avec l'idée d'ofl'rande ni avec l'idée de communion. Il en est qui n'appartiennent pas au commerce ordinaire d'une famille avec son père divin, ou d'un peuple avec son maître et protecteur céleste.
Les sacrifices humains n'ont pas été ignorés de l'antiquité israélile. La légende de Jephté, qui doit être l'explication mythique d'un culte local, ne laisse pas de montrer que F immolation d'une victime humaine était admise, au moins dans des circonstances exceptionnellement graves. Celle qui concerne le sacrifice d'Isaac n'est pas moins significative, car elle veut évidemment faire entendre quelahvé daigne se contenter d'animaux, et qu'il ne réclame pas les enfants de ses fidèles» bien qu'il ait le droit de les exiger : idées et préoccupations qui supposent une pratique antérieure
et régulière de Timmolalion, notamment dans le sanctuaire d'El-Moré, à Sichem *, où Elohim avait conduit Abraham pour le sacrifice de son fils. Le sanctuaire, à la vérité, est cananéen ; mais la légende n'est pas très ancienne et concerne un culte pratiqué par Israël à l'instar de Canaan. Ce culte est réprouvé d'ailleurs avec une modération extrême, et Ton verra plus loin que le sacrifice des premiers-nés pourrait avoir été pratiqué en Israël plus longtemps et plus largement qu'on ne l'admet d'ordinaire. Le sacrifice humain était de règle en Canaan pour la fondation des villes et même des maisons. Il n'est pas probable que les Israélites n'aient jamais suivi cet exemple. Quand Achiel de Bétliel rebâtit Jéricho, au temps d' Achab, il sacrifia son fils aîné pour la fondation, et son dernier fils quand on mit les portes 2. Dans le
1. La lecture Moriat dans Gen. xkii, S, est fautive. On doit lire probablement : (( Au pays de TAmorrhèen ». Il s'agit de consacrer le lieu saint de Sichem, et le texte parait avoir été corrigé à cause des Samaritains.
2. I Rois, XVI, 34. La ti-adition biblique veut faire entendre que ces enfants moururent à cause d'une malédiction jadis prononcée par Josué (Jos. vi, 26) ; mais le sens de la donnée primitive n'est pas douteux. D'après les résultats de fouilles récentes, à Taannek, par exemple, on peut affirmer que le cadavre du fils aîné fut mis sous la pierre de fondation, et celui du dernier sous les portes.
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cas de Jephté, l'on peut dire que le sacrifice humain est conçu comme un moyen extraordinaire de propitiation. Mais pourquoi le sang humain a-t-il une efiicacilé si grande ? Pour les sacrifices de fondation, oii la victime était déposée sous la construction, on est tout naturellement amené à penser qu'ils ont concerné d'abord les esprits de l'endroit, plutôt qu'une divinité. Néanmoins la puissance de la coutume à une époque et dans un milieu où florissait depuis longtemps le culte des dieux ne permet pas de douter qu'il s'en soit fait une adaptation à ceux-ci, comme il est certain que le sacrifice des premiers-nés, au déclin de la monarchie davidique, s'adressait à lahvé. Incontestablement, les dieux aussi aimaient le sang.
Le rite de la Pàque est plus ancien que l'établissement d'Israël en Canaan, plus ancien même que le culte de lahvé en Israël. Il e célèbre la nuit, et le sang à la porte est pour l'esprit qui fait sa ronde dans les ténèbres, comme il attaque les hommes à la faveur de l'obscurité.. L'inclination que les dieux sémitiques et même lahvé ont pour le sang ne serait-elle pas chez eux un héritage des esprits ? Le tabou du sang suppose un usage préexistant. Les esprits n'auraient pas aimé le sang si les hommes eux-mêmes n'avaient commencé par en avoir le goût. La réflexion sur la
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présence de la vie et d'un esprit dans le sang ne' doit pas être tout à fait primitive ; elle correspond au développement de Tanimisme ; elle aura provocjué la défense, et elle aura contribué ensuite à la faire respecter. On conçoit, après cela, l'importance des rites sanglants, et comment l'oblation du sang, dans certaines conditions déterminées, qui en faisaient un rite consécratoire, y concentrant ^e maximum d'efficacité divine dont fût susceptible une matière donnée, ait pu être considérée comme l'acte religieux par excellence.
Car il ne suffît pas encore que le sang ait été censé plaire aux dieux, parce qu'on avait cru d'abord qu'il était agréable aux esprits ; le rite du sang parait a voir par lui-même un pouvoir contraignant sur la volonté des dieux, parce que sans doute la magie l'avait utilisé dans ses recettes les plus puissantes. La Bible cite un cas de sacrifice humain accompli par Mésha, roi de Moab : assiégé par les rois d'Israël, de Juda et d'Édom, réduit à la dernière extrémité, ce roi immole son fils en holocauste sur le mur de la ville. « 11 y eut une colère contre Israël i », dit l'historien des Rois, qui ne sait trop à quelle influence attribuer la panique des assiégeants, mais qui ne doute pas
i. II Rois, in, 27,
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cfTie le sacrifice de Mésha n'ait décliaîné contre ses ennemis une force surnaturelle qui les a mis en fuite. Mésha sans doute avait offert le sacrifice à sou dieu Camos ; mais ce n'était pas pour lui présenter son fils en offrande ou en aliment, c'était pour fixer la volonté du dieu, pour forcer le destin. C'est peut-être dans ces cas extraordinaires que reparaît la première idée qui se soit attachée au sacrifice sauglant, et c'est peut-être aussi par là que s'explique le sacrifice humain, dont l'origine n'est pas nécessairement postérieure à celle des sacrifices d'animaux. Par un côté, les sacrifices humains peuvent se rattacher historiquement au culte des morts, à qui l'on voulait donner des compagnons et des serviteurs; mais ces tueries ne sont pas encore précisément des sacrifices, et il faut chercher ailleurs la raison de l'efficacité particulière attribuée à l'immolation rituelle de l'homme et des animaux.
Les conditions d'existence des sacrificateurs ont déterminé le choix des victimes. Ce choix a été influencé aussi par des considérations particulières, telles que le caractère sacré attribué plus spécialement à certaines espèces animales. Toute victime, même humaine, convient pour les rites magiques et pour la nourriture des esprits. Pans un culte de tribu organisé sous le patronage
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d'un dieu, les animaux domestiques sont désignés pour le sacrifice de communion. Enfin, tout rite, même le plus grossier, même le plus absu'rde, même le plus cruel, et qui n'était rien de^lout cela pour ceux qui Font adopté et conservé, se maintient, une fois établi, et se perpétue par la force de la tradition ; il changera de sens au besoin, mais il subsistera, considéré comme un élément de Tordre social et un principe essentiel de la religion. 11 a fallu cette puissance de la tradition religieuse pour faire du sacrifice d'un être vivant, rite magique par sa nature et dans son idée première, un moyen régulier de communion et de propitiation divines ; pour le conserver dans la religion Israélite, même quand la notion de Dieu rendait superflues de telles pratiques et semblait devoir plutôt les exclure ; pour en pousser au moins l'idée jusque dans la théologie chrétienne, qui s'est ingéniée à trouver dans la mort du Christ une immolation supportant toute l'économie du salut.
Le sabbat a été une application de l'interdit religieux qu'on a déjà vu s'exercer à l'égard des personnes et des choses. A Babylone, le 7, le 14, le 21, le 28 de chaque mois, correspondant aux phases de la lune, étaient des jours saints ou ué- ^.stes, selon la façon d'envisager la défense qui
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en proscrivait certaines occupations ou travaux. Comme il y a des lieux sacrés dont l'accès n*est pas permis aux simples mortels, ou ne Test que dans certaines conditions déterminées, il y a aussi des temps saints, que violerait tel ou tel acte de Thomme. La sig^nification du sabbat n'était pas autre, à Torigine, chez les Israélites. Sanctifier le sabbat, c'est respecter la réserve dont ce jour est frappé, c'est s'abstenir de travailler ; si l'on travaillait, on profanerait, on souillerait, on violerait le jour du sabbat. Le sabbat est sacré par lui-même, dans sa divine institution, comme l'enceinte d'un sanctuaire est sacrée dans son affectation au dieu *qui l'a choisi pour demeure. L'obligation de l'observer ne se fonde pas sur un motif humanitaire ou purement moral, mais sur un motif religieux à la façon de l'antiquité. Il va sans dire que le sabbat existait avant l'explication qui en est donnée dans le récit biblique de la création du monde. Mais, dans ce récit même, la consécration du sabbat n'est pas l'affectation de ce jour à des œuvres de piété, c'est le tabou que le Créateur est censé avoir mis sur ce jour, qui désormais lui appartient en propre, et où l'activité de l'homme l'offenserait. En s'abstenant lui-même de travailler ce jour-là. Dieu a donné à l'homme l'exemple de l'abstention que celui-ci doit garder^
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Spéculation de théologien exploitant au profit du monothéisme la notion traditionnelle du temps sacré.
Il semble que l'observance du sabbat ait varié au cours des siècles. Plusieurs pensent aujourd'hui que l'on solennisa d'abord sous ce nom la pleine lune, et que la pratique du sabbat hebdomadaire, avec la division de l'année en semaines qui ne tiennent pas compte des mois lunaires, n'est pas fort ancienne. Cette division doit être un emprunt fait par les Israélites, et probablement à la Chaldée ; mais cette dernière hypothèse n'est pas autrement établie. Avec le temps, un • sentiment d'humanité se joignit à l'idée religieuse : on voulut que l'esclave, le mercenaire, même la bête de somme eussent relâche dans le travail 1 . Après l'exil, sans que le caractère primitif de l'institution soit entièrement effacé, le sabbat, pat» les réunions synagogales, prend une importance capitale dans la vie du peuple juif, et commence à connaître un genre plus élevé de sanctification, par l'instruction religieuse et la prière en commun.
L'observance de la néoménie, qui tient peu de place dans la Loi, en a eu davantage dans le culte