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culte qui se pratiquait de leur temps, et qui, pour le principal, ressemblait fort à celui que consacrent les documents ci-dessus allégués. Cependant ils n'ont pas conscience d'être novateurs, tout en réprouvant un état religieu:x, social et politique dont les siècles précédents s'étaient accommodés. Leur prétention de se rattacher aux origines est commune chez les réformateurs religieux. Elle n'en implique pas moins une impossibilité. On ne fait jamais revivre le passé que sous de nouvelles formes, et les prophètes renouvellent en effet le contenu de l'antique symbole : lahvé est le dieu d'Israël, et Israël est le peuple de lahvé. Car les exigences du dieu sont devenues d'ordre moral et non principalement cultuel ; et la morale dont il s'agit ne s'identifie pas avec la coutume ; elle prend le caractère absolu d'un idéal de justice, bien qu'elle porte nécessairement encore la marque du temps et du milieu. lahvé est censé lié à Israël par un libre choix, qu'il peut rétracter, non plus par une sorte de fatalité naturelle et irrévocable ; il explique par ses prophètes, d'après des principes de sagesse et de justice, les événements contemporains, qui ne sont plus les manifestations d'une volonté plus ou moins arbitraire. L'idée de la destruction d'Israël par jugement de son dieu n'aurait pu entrer dans l'esprit des
-^ LE PROPHETISME TJI
anciens iahyistes ; elle n'entrait pas davantage dans l'esprit de la masse k laquelle les prophètes reprochaient son infidélité. Néanmoins les prophètes ne conçoivent pas qu'on puisse avoir sur toutes ces questions un autre avis que le leur. La foi qui les possède ne leur permet pas de saisir la réalité du passé, ni le véritable rapport du présent avec ce passé qu'ils interprètent au gré de leurs convictions. Ce n'est pas d'après une tradition ferme qu'ils parlent de la vie des Israélites au désert; ils s'en sont fait eux-mêmes un idéal qu'ils opposent aux abus du présent.
On ne doit pas d'ailleurs les supposer entièrement dégagés des croyances communes de leur temps.. Osée, par exemple, décrivant la situation future d'Israël en exil, parle ainsi de l'oblation des prémices et de sa raison d'être :
Ils ne feront pas à lahvé de libations de vin, Et ne lui prépareront pas leurs sacrifices.
Leur p'ain sera comme le pain de deuil :
Ceux qui en mangeront seront impurs.
Car leur pain sera pour eux, Il n'entrera pas à la maison de lahvé i.
Les prémices de la moisson ne pouvant plus être offertes, tous les produits de la terre sont