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cette réaction condamnera le culte, peut-être pour ta première fois en Juda ; elle le rendra à l'ancien Mélek et le refusera pour lahvé.
Le règne de Manassé fut long; celui du polythéisme ne le fut pas moins; il dura même jusque sous le fils de Manassé, Amon, qui ne régna que deux ans, et périt de mort violente. Succédant à un régime de compression relative, le syncrétisme de ces rois fut, à ce qu'on dit, persécuteur. Les prophètes étaient devenus trop exigeants et trop hardis pour se taire : il n'est pas étonnant que plusieurs d'entre eux aient payé de leur vie la liberté de leur langage. Toutefois l'histoire n'a retenu le nom d'aucun de ces martyrs, et la littérature prophétique n'offre même aucune pièce que l'on puisse avec certitude rapporter à cette période troublée. Ce fut peut-être pendant ces temps d'humiliation que les serviteurs de lahvé comprirent la nécessité d'un code qui réglerait toute la vie religieuse des personnes, des groupes locaux, de la nation même. Ainsi s'expliqueraient l'origine du Deutéronome et le grand mouvement que produisit sa découverte, au temps de Josias.
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Ce livre fut, comme on sait, trouré dans le temple par le prêtre Helcias, en 621 ; présenté au roi comme la Loi de lahvé que Moïse avait promulguée avant de mourir, au désert' de Moab; accepté par Josias comme une révélation divine, et appliqué par lui dans une réforme plus étendue et plus minutieuse que celles qui avaient été tentées auparavant. Tout étant prévu, F exécution fut prompte, et ce fut vraiment un nouveau régime qu'on inaugura à la place de Tancien. Le récit des Rois ne laisse pas le moindre doute à cet égard 1.
Il est certain que le contenu de cette Loi était en grande partie nouveau pour Josias et ses contemporains. Si le pieux roi avait connu plus tôt les volontés de lahvé, il les aurait exécutées ; il ne croyait pas offenser lahvé en n'interdisant pas le culte des hauts lieux, qui s'était pratiqué dç
l. Voir }I Rois, xxn, 3-13.
tout temps, sauf peut-être pendant quelques années, sous le règne d'Ézéchias, et en tolérant plus ou moins le culte des dieux èlrangers, comme avaient fait presque tous les rois, depuis Salomon. Si l'existence d'une Loi de Moïse n'était pas ignorée, s'il était admis que les prêtres en étaient les détenteurs et les interprètes, on avait toujours ignoré la teneur de celle que Helcias disait avoir trouvée. Du reste, le Livre des Rois parlç d'une Loi de lahvé, mais il ne dit pas que cette Loi ait été écrite par Moïse ; encore moins fait-il entendre que le livre découvert par Helcias ait été le manuscrit original d'une œuvre mosaïque, gardé pendant des siècles et finalement oublié auprès de l'arche.
On a conjecturé que le Deutéronome aurait été écrit sous Manassé, oublié dans le temple, et trouvé accidentellement quelques années plus, tard. L'hypothèse est peu vraiseniblablc, car le rouleau ne pouvait rester inaperçu dans le sanctuaire de lahvé ; et le texte des Rois ne donne aucunement à supposer qu'on l'ait recueilli dans les dépendances de l'édifice sacré. Que si l'on veut distinguer eu cette affaire des troujpeurs et des trompés, l'intérêt n'est pas grand à ce que Helcias et Shaphan, l'officier de Josias qui lui porta le livre, aient été les premiers trompés, au
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lieu d'être les premiers trompeurs. Le Deutéro» nome, c'est-à-dire la rédaction première ou le document fondamental du livre qui nous est parvenu sous ce nom, aura été écrit plutôt pour être déposé dans le temple ; la découverte n'en aura pas été fortuite. Au point de vue littéraire, c'était comme une édition nouvelle des anciens textes, notamment du Livre de l'alliance, élaborée en vue des besoins actuels. L'auteur, parlant au nom de Moïse, écrivait ce que Moïse avait dû dire, ce qu'il n aurait pas manqué d'enseigner dans la circonstance présente ; il considérait son œuvre comme un oracle de lahvé, et sans doute il ne pouvait pas le concevoir autrement ; les lecteurs à qui le livre était destiné ne pouvaient aussi le concevoir comme vrai et bon que s'il leur était présenté en cette manière ; il parut tout simple de le rapporter a lahvé, son principal auteur. Dans le cas très probable où le rédacteur se serait concerté avec Helcias pour déposer le précieux écrit dans le sanctuaire, ce qui nous semble, et ce qui serait pour nous une sui)ercheric, a pu se faire sans que les personnages en cause aient eu pleinement conscience de la fraude qu'ils commettaient envers le peuple et le roi. Les menaces divines, qui firent surtout grande impression sur l'esprit 4e Josias, étaient de même nature que celles dont
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les prophètes avaient accoutumé de se servir au nom de lahvé.
La forme de la promulgation est digne de remarque. « Le roi fit rassembler auprès de lui tous les anciens de Juda et de Jérusalem. Et le roi monta à la maison de lahvé avec tous les hommes de Juda et les habitants de Jérusalem, les prêtres, les prophètes, tout le peuple, du petit au grand; et il leur lut toutes les paroles du Livre de Talliance, qu on avait trouvé dans la maison de lahvé. Et le roi, se tenant sur Testrade, jura Falliance devant lahvé, s'engageant à suivre ses préceptes, ses ordonnances et ses lois, de tout cœur et de toute âme, en accomplissant les paroles de cette alliance, écrites sur ce livre. Et tout le peuple adhéra à Talliance l. » Rien ne montre mieux le caractère national du iahvisme. Tout se passe comme à T avènement d'un roi': celui-ci, en prenant possession du trône, promulgue la charte de son règne, que ses sujets, représentés par les chefs du peuple, jurent d'observer. Josias annonce la charte de lahvé, puis il jure, en son nom et au nom du peuple, d'y être fidèle, en sorte que la nation tout entière est liée par serment envers son dieu pour tout ce qu'il lui a plu d'ordonner.
i. II Rois, xxm, i-3.
LE PROPHÉTISME igS
Des précédents existaient dans les textes, sinon dans les faits. Le décalogue iahviste et l'ancien Livre de l'alliance sont présentés comme des pactes de ce genre; on ne sait s'ils avaient été reconnus dans les mêmes conditions. Le livre des Rois parle d'un pacte juré pour l'extirpation du culte de Baal, à l'avènement de Joas ; mais il serait risqué d'en identifier l'objet avec Foii ou l'autre de ces documents. Le texte le plus instructif est peut-être celui oii l'on voit Josué rassemblant, avant de mourir, les enfants d'Israël à Sichem, et, après leur avoir rappelé les bienfaits de lahvé. ainsi que ses exigences, leur proposant de choisir entre ce dieu exclusif et ceux que leurs pères ont adorés a au-delà du fleuve », ou les dieux des Amorrhéens, les anciens dieux du pays: le peuple déclare qu'il veut servir lahvé, et qu'il est prêt à rejeter les autres dieux. Alors Josué conclut un pacte avec le peuple, lui donne des lois et des ordonnances, et érige une stèle qui doit servir de témoin touchant l'engagement contracté 1. Or cette pierre se trouvait sous l'arbre sacré de More, dont le dieu sans doute
1. Jos. XXIV. Le récit appartient à la source élohiste de l'Hexateuque, mais la rédaction n'en est peut-être pas de beaucoup antérieur^ au Deutéronome.
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n'est pas autre que Ël-beritb, « le dieu du pacte », Tancien dieu de Sichem. C'est donc du vieux sanctuaii'e de Sichem, où lahvé s'identifia au « dieu du pacte », que pourraient être venus Tidée de Talliance et quelqu'un des plus anciens textes où se résumaient les règles iuiposées par lahvé à Israël 1, Toujours esl-il que les formes solennelles de rengagement contracté par Josias et son peuple créaient une obligation perpétuelle et sacrée, dont la violation permettrait d'exjjliquer toutes les calamités publiques comme une juste vengeance du ciel.
Cette Loi de lahvé n'était pas un rituel ni uu livre de doctrine, mais un manuel complet de gouvernement théopratique. La volonté du dieu réglait tout souverainement : religion, politique, morale, rapports sociaux et internationaux.
L'unité transcendante du dieu d'Israël, sinon le monothéisme absolu, y était formulée de la façon la plus explicite, et l'on en déduisait toutes les conséquences pratiques.
La centralisation du culte i)ublic était établie en principe et d'un seul coup par la prohibition des sacrifices en dehors du temple de Jérusalem,
1. Plusieurs criliques pensent que le Livre de Talliance a été d'abord annexé à Jos. t^i^ïv dans la source élohiste.
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« le lieu que. lahvé a choisi pour y mettre son nom » 1. Auparavant, tout animal douiestique, tué pour les besoins communs ou pour les réjouissances de famille, l'était par manière de sacrifice. Il suffit de rappeler un épisode bien connu des guerres de Safil contre les Philistins 2 : le peuple avait pris dans le «camp ennemi beaucoup de bœufs et de brebis, et, tout affamé après un long combat, tuait les bétes et les mangeait sur place ; grand émoi de Saiïl quand il apprend cette profanation ; il fait amener une grosse pierre, qui devient un autel où on fait couler le sang de tous les animaux quon doit manger.
D'après le Dcutéronome, la tuerie pour sacrifices ne devant plus avoir lieu qu'à Jérusalem, il «st admis que Ton pourra tuer des animaux domestiques, bœuf, chèvre ou brebis, pour l'usage ordinaire, sans qu'il y ait sacrifice proprement dit ; on a soin pourtant de spécifier que l'animal sera toujours saigné, et le sang répandu avec certaines précautions, en sorte que, même dans ce service de boucherie, une idée reste du sacrifice primitif et de la part qui revient à lahvé. C'était la suppression des sacrifices de famille et de clan ; si des