‹ La religion d'IsraëlChapitre 44 sur 62 · Ex. XX, 1-17; Deut. v · texte numérisé non relu

Ex. XX, 1-17; Deut. v

aOO LA BELIGTON D ISRAËL

Tu ne commettras point d'adultère.

Tu ne déroberas point.

Tu ne seras pas faux témoin contre Ion prochain.

Tu ne désireras pas ce qui est à Ion prochain.

La prohihilioiî absolue des images .divines atteste un progrès de la réaction iahviste. L'absence de prescriptions proprement rituelles en est une autre preuve. La substitution des obligations morales aux pratiques cultuelles est très significative. La plupart de ces règles étaient reçues depuis longtemps, au moins pour ce qui concernait les rapporis entre membres du môme clan et entre Israélites. Mais la nouveauté consiste dans le caractère général qu elles prennent, et dans la façon de les présenter comme le véritable culte que réclame lahvé. C'est Tapplication du principe des prophètes : la justice plutôt que le sacrifice.

Mais, comme une religion vit de traditions cultuelles et non seulement de principes moraux, il avait bien fallu compter avec le culte établi. On l'avait donc maintenu en le réglementant de façon à en écarter ce qui était eu contradiction avec l'idéal prophétique. Le Deutéronome est une loi de prêtres, conçue sous l'inspiration des prophètes. La réforme ne pouvait réussir sans le concours

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du sacerdoce hiérosolymitain, et la centralisation du culte ne pouvait pas lui déplaire. A ce compromis entre la religion-culte et la religion-esprit, le prêtre devait gagner plus que le prophète, et l'on peut dire même que le livre qui a canonisé les points essentiels de l'enseignement prophétique a préparé la fin de la prophétie. Dès que les volontés de lahvé étaient fixées par écrit, elles n'avaient plus besoin d'être constamment rappelées par des hommes inspirés : le livre était là. Et le Deutéronome, qui reconnaît les prophètes comme organes de lahvé, leur impose une l'ègle qui ne pouvait que gêner leur action : le prophète dont la prédiction ne s'accomplit pas doit mourir. Il est à croire pourtant que pas un prophète n'a été exécuté pour un semblable délit. Ce qui devait tuer l'institution, c'est que la thora de lahvé, que les prophètes avaient presque enlevée aux prêtres, revenait à ceux-ci parle livre, en attendant qu'elle fût par les docteurs du livre définitivement reprise aux prêtres.

D'après le livre des Rois, Josias n'aurait pas seulement réformé le culte public, aboli letopheth dans la vallée de Hinnom, et détruit tous les lieux de culte en dehors de Jérusalem, il serait allé profaner le lieu saint de Béthel, sur l'ancien territoir,e du royaume du nord. Il aurait même

Hôa LA HBUOlON d'iSRAÊL

pris des mesures pour supprimer toute idolâtrie dans le culte privé. C'est ainsi qu'il aurait fait disparaître les teraphim, sortes d'idoles domestiques dont l'usage avait été commun jusqu'alors, sans être beaucoup blâmé, à ce qu'il semble, par les prophètes. Le teraphim parait être un reste du culte des esprits ; c'était le bon génie de la maison ; il n'est pas autrement prouvé que ce fût l'esprit d'un ancêtre. L'image était d'assez fortes dimensions, puisque Michol, pour dissimuler la fuite de David aux émissaires de Saûl, avait mis le teraphim du logis dans le lit de son mari. Osée parle du teraphim comme d'un objet ordinaire de culte. Dans les sanctuaires, le teraphim accompagnait ordinairement Véphod, l'image ou l'instrument oraculaire de lahvé. Le Deutéronome ne mentiimne pas spécialement les teraphim ; mais il est assez naturel qu'on les ait compris dans la réprobation générale des images divines. On verrait par ce seul exemple que l'ancien iahvisme était fort mêlé de croyances et de pratiques analogues à celles des religions païennes, et qui provenaient de la même source, le culte des esprits. Son épuration ne pouvait être l'œuvre d'un jour.

La réforme de Josîas n'eut pas de succès immédiat, car elle ne changea pas l'esprit de la nation, et elle n'eut pas de durée. Le pieux roi avait pu

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faire disparaître les monuments publics des cultes étrangers, les autels et les images ; il avait pu interrompre plus ou moins complètement la tradition des sacrifices sur les hauts lieux ; il avait pu célébrer en Fhonneur de lahvé des fêtes comme on n'en avait jamais vu avant lui, où les enfants de Juda réunis semblaient s'occuper tous et uniquement de leur dieu, sans que l'idolâtrie ou la débauche vinssent souiller les hommages qu'ils lui rendaient. Mais si Ton avait établi un certain ordre extérieur, on n'avait pas régénéré les âmes. La masse, qui était idolâtre sous Manassé et sous Araon, n'avait pas été subitement saisie de ferveur monothéiste parce que Foa aTait trouvé un livre de Loi dans le temple, et que Josias avait voulu, conformément à ce livre et aux réclamations des prophètes, faire honorer lahvé de telle ou telle façon, à l'exclusion de tout autre dieu. Il est probable que le peuple avait d'abord, comme le roi lui-même, eu peur des menaces contenues dars le livre, et auxquelles les circonstances politiques donnaient de l'actualité ; ' on avait cru aussi retrouver la religion des ancêtres et mériter les faveurs de lahvé en la pratiquant. Cette impression ne fut pas durable. L'esprit idolâtrique fut seulement comprimé pendant quelques années ; il continuait à se satisfaire

!>o4 tA RBMGION d'iSRAÊL

dans les superstitions privées ; et le vrai culte de lahvé, Tamour de sa gloire et de sa justice, que le Deutéronome voulait inculquer, ne vivait réellement que dans une faible minorité.

Survint la catastrophe de Mageddo, qui sembla ruiner à jamais la tentative de Josias. L'établissement religieux qu'il avait essayé de fonder n'aurait pu s'aflermir qu'à la longue, par des efforts soutenus, avec un concours de circonstances favorables. La triste fin du saint roi, qui, fort de sa fidélité à son dieu, s'était porté audacieusement à la rencontre de l'armée égyptienne, et qui avait péri victime de sa confiance, pour n'avoir pas voulu traiter avec l'étranger, semblait être la condamnation de son œuvre. Jérémie lui-même, qui l'a aimé, évoque rarement son souvenir, parce que ce modèle des princes était devenu par sa mort une objection contre Dieu. On ne revint pas néanmoins aux débordements idolâtriques du temps de Manassé ; le culte du temple resta pur ; mais chacun reprit sa liberté; les cultes étrangers eurent de nouveau libre carrière. On n'en avait pas moins confiance en lahvé, et l'on croyait à l'indestructibilité du temple. C'est pourquoi l'on osa se mesurer deux fois contre Nabuchodonosor, en s'appuyant sur l'Egypte.

Le Deutéronome et Josias n'avaient travaillé

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que pour ravenir ; le livre, en effet, restait, avec le souvenir de Texpérience faite, et il n'eut jamais besoin d'être retrouvé, car on ne le laissa point perdre. Les fidèles de lahvé savaient où prendre la loi de leur dieu ; et Ton savait aussi que cette loi avait été mise en pratique ; on avait même pu remarquer ce qui lui manquait encore pour régler parfaitement la vie d'Israël en tant que peuple de Dieu. Il était acquis maintenant que la religion d'Israël se fonde sur une révélation unique dans l'histoire ; qu'Israël est, par le choix du vrai Dieu, un peuple élevé au dessus de tous les autres ; que son passé même est unique par les merveilles^que lahvé a opérées à son occasion et en sa faveur. En achevant de jeter les Juifs hors des voies que suivent les nations destinées à yivre, le Deutéronome a fondé le judaïsme ; car il a préparé l'organisation d'une communauté religieuse dont l'existence n'était plus subordonnée à celle d'un État judéen.

ao6 LA RELIGION D^ISRAËl

Si rhistoire de la religion Israélite, dans les années qui précèdent immédiatement la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, n'est pas contenue tout entière dans la vie et l'action de Jérémie, du moins la fortune et les écrits de ce prophète en donnent la plus juste idée. Jérémie, dès ayant la mort de Josias, ne croit pas à la conversion du peuple ; il ne cessera pas d'annoncer la ruine de la nation, au risque d'attirer sur lui la vengeance des princes et la défiance des masses. Il est franchement impopulaire, ce que n'avait pas été Isaïe, et il dit tout ce qu'il faut pour l'être. On ne le comprend pas. Joachim le hait ; Sédécias le vénère, à moins qu'il ne le craigne, et il n'ose pas le protéger ouvertement contre ses ennemis. C'est que Jérémie prévoit une affliction terrible, même pour le petit nombre des justes, et une ruine sans fin pour le grand nombre, superstitieux et grossier, aveugle et égoïste. Il se moque des prophètes de bonheur qui flattent le peuple, et il soutient que les prévisions sinistres sont le* seules

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vraies, qu'on ne peut être le messager de lahvé en annonçant' que Juda ne sera pas détruit.

Comme ces tristes pronostics affligent celui qui les fait, comme il souffre profondément de l'opposition qu'il soulève, comme il ne s'encourage lui-même que par la conscience du devoir, il faut qu'il ait vu et senti l'endurcissement incorrigible de ceux qu'il s'efforçait d'arracher à la condamnation divine ; il est persuadé qu'une longue épreuve est nécessaire pour purifier les âmes ; il constate que presque personne ne comprend comme lui le caraclère inéluctable et salutaire de cette épreuve ; il voit venir la ruine de sa nation, et il en est tellement assuré qu'il paraît presque la souhaiter ; les captifs de Babylone lui semblent en meilleure voie que les Juifs laissés par Nabuchodonosor en Palestine, et c'est en effet le groupe des exilés qui sauvera la religion des prophètes ; il n'a pas vu la restauration du culte, et les Juifs qui l'avaient emmené en Egypte n'étaient rien moins que dociles à sa parole ; quelles qu'aient été les circonstances de sa fin, il a été le martyr de sa destinée, car il a lutté toute sa vie pour une cause qui se perdait, pour ainsi dire, entre ses mains ; et s'il n'a pas cessé de croire au triomphe de Dieu, il n'a connu lui-même que les amertumes de la défaite.

SoS LA RELIGION D*ISRAËL

Son attitude à l'égard de la réforme de Josias est obscure pour l'histoire. 11 semble. n'y avoir eu que peu ou point de part, n en avoir rien attendu, ou n'en avoir pas élé satisfait. Les interprètes ne sont pas d'accord sur le sens qu'on doit attribuer à UD passage de ses oracles * où il dit :

Môme la cigogne dans les cieux connaît sa saison ; La tourterelle, l'hirondelle, la grue observent le temps

[de leur retour ; Mais mon peuple ne connaît pas la règle de lahvé. Comment pouvez-vous dire : « Nous sommes instruits, Et la Loi de lahvé est avec nous »?

Vraiment, c'est en mensonge que Ta tournée Le style menteur des scribes.

Voilà qui est peu flatteur, en toute hypothèse, pour la Loi écrite. L'oracle a pu être prononcé avant la promulgation du Deutéronome ; mais il n'a été rédigé sans doute qu'assez longtemps après, et le langage du prophète est bien difficile à expliquer, s'il reconnaît comme Loi de lahvé un texte quelconque. Beaucoup se refusent à penser qu'il ait pu traiter de fraude la publication du livre trouvé par Helcias. Mais ce n'est pas précisément le faux littéraire ni la mise en scène de la découverte qu'il aurait ainsi appré-

i. Jér. vni, 7-8.

LE PROPHÉTISME

ciés ; ce serait le contenu même de tous les textes déjà autorisés, qui lui aurait paru répondre insufsamment à la volonté de lahvé, ou prescrire des choses qui y étaient contraires. Jéréniie semble ne vouloir connaître d'autre Loi que renseignement des prophètes ; il juge sévèrenient la thora des prêtres, et le Deutéronome a pu être pour lui, ce qu'il est à beaucoup d'égards, une loi sacerdotale. L'homme qui a fait dire à lahvé : « Lorsque j'ai fait sortir vos pères du pays d'Egypte, je ne leur ai rien enseigné ni prescrit en matière d'holocaustes et de sacrifices ; mais voici le commandement que je leur ai donné : Écoutez ma voix et je serai votre dieu, vous serez mon peuple i », a bien pu n'approuver pas la réglementation cultuelle qu'on disait avoir été promulguée au pays de Moab. Même la centralisation du culte à Jérusalem devait toucher assez peu le prophète, qui ne cessait pas d'annoncer la ruine prochaine de la ville et du temple. Les nabis qui ont contribué à à la réforme sont plutôt ceux qui croyaient encore, comme Isaïe, à l'inviolabilité de Sion. Ce sont les prophètes nationalistes et optimistes, que Jérémie traite de faux prophètes, bien qu'ils aient pu être aussi sincères que lui dans leur conviction.

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