CHAPITRE V
Jamais roccasion ne s'est représentée d'appliquer en sa forme primitive la loi du Deutéro* nome. Après la mort de Josias (6io) commence Tagonie du royaume de Juda. Jérusalem succombe en 586. Le temple est détruit, et lahvé n'a plus d'habitation sur la terre. La nation même s'évanouit pour un temps, et, en un sens, pour toujours, le judaïsme devant être désormais beaucoup moins une nationalité qu'une religion. Les meilleurs éléments de la population avaient été transportés en Chaldée; cette élite se retrempa dans l'adversité; on se serra autour de lahvé et de ses ministres, prêtres et prophètes : la religion était tout ce qui restait du passé, tout ce qui avait encore un avenir. Les individus moralement faibles et d'esprit superstitieux se fondirent dans les masses païennes. Gomme les déportés de Sç^-
aia LA RELIGION d'israël
marie s'étaient assimilés aux populations parmi lesquelles les rois d'Assur les avaient transplantés, les Judéens dont la foi religieuse n'était pas assez ferme et pure cessèrent bientôt d'être iahvistes. Restait le groupe fidèle, en qui subsistait l'esprit des prophètes et de la Loi. On y vivait de souvenirs et d'espérances. Le livre d'Ézéchiel, la seconde partie d'Isaïe (dans les chapitres xl-lv) nous montrent quelles étaient alors les préoccupations et les aspirations des Israéhtes pieux. On attendait la restauration et on la préparait. Quand elle s'effectua, ce fut d'après un programme en quelque sorte fixé d'avance, et qui s'inspirait de tout autres considérations que celle de la situation faite aux débris de Juda par les événements politiques du temps.
Rien de plus anormal, au point de vue de l'antiquité, que la position religieuse de ces croyants de l'exil, dépositaires du iahyisme. Les principes
LE JUI>AÏSME aiS
de renseignement prophétique ne leur permettaient pas de servir les dieux de la Çhaldée; d'autre part, la tradition judéenne, confirmée encore par la réforme deutéronomique, fixait lahvé à Sion. Il était impossible d'organiser à Babylone un culte dont Tunique centre légitime était à Jérusalem. On ne s'attacha que plus étroitement aux pratiques de religion qui pouvaient subsister sur la terre étrangère; c'est alors que le sabbat et la circoncision acquirent une importance de premier ordre comme observances caract Mystiques des Juifs.
On était persuadé, par la prédication prophétique et par le Deutéronome, que les malheurs de la nation provenaient de ce que son culte n'avait pas été irréprochable; et l'on crut, toujours d'après les prophètes, que la religion des ancêtres n* avait été qu'infidélité depuis le commencement ; on fut ainsi amené à rêver pour l'Israël de l'avenir un culte pur, qui protégerait ses adeptes contre le retour du châtiment divin. Par là s'explique la confection de rituels qui n'étaient d'aucun usage immédiat, mais qui devaient servir au culte rétabli. Jusqu'alors on s'était contenté de traditions orales et pratiques. Mais, le culte du temple ayant cessé, le nouveau rituel ne pouvait exister que par écrit. On se mil donc à
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codifier les anciennes coutumes, en les coordonnant aux idées pi*ophétiques. Car il s'agissait maintenant de concilier les exigences de cette religion morale avec les conditions traditionnelles et populaii*es du culte. Les prêtres étaient mieux qualifiés que personne pour une telle besogne. C'est pourquoi l'œuvre de ce temps est bien personnifiée dans Ézéchiel, prêtre, prophète, et l'on peut dire rédacteur de Loi.
Gomme prophète, Ézéchiel enseigne encore; mais l'activité littéraire l'emporte chez lui sur celle du prédicateur. Il est, à notre connaissance, le premier des prophètes en chambre qui écrivent des vidions d'apocalypse. Beaucoup de ses oracles n'ont jamais été prononcés, et il travaille les tableaux de ses visions. Le prêtre se reconnaît en lui à ce que le prophète est ritualiste, ce que n'étaient pas du tout Jérémie, bien qu'il fût d'origine sacerdotale l, ni Isaîe, ni Amos, ni Osée. Il fallait être prêtre^pour concevoir le règne messianique en forme de liturgie exacte, et le subordonner rigoureusement au service du temple. Moraliste, Ézéchiel professe avec beaucoup d'em-
i. Mais Jérémie n'appartenait pas au sacerdoce hiérosolymitain. Peut-être devrait-on avoir égard à cette circonstance pour expliquer son parfait détachement à l'égard du temple.
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phase le principe de la rétribution Individuelle, qui s'accorde assez mal avec les anciennes idées sur la punition d'Israël comme peuple et pour les péchés des pères. Il conçoit le rapport d'Israël avec lahvé comme un pacte conclu au désert, et qui avait un objet cultuel, notamment l'observance du sabbat, qui parait être pour lui le signe essentiel du iabvisme ; et c'est à propos de ces lois anciennes qu'il parle des mauvais préceptes qui ont été donnés par lahvé à Israël pour le perdre i. A la différence de Jérémie, il reconnaît donc comme lois mosaïques le Livre de l'Alliance et le Deutéronome. Le grand péché dlsraël a été l'idolâtrie ; c'est pourquoi l'Israël de l'avenir sera caractérisé par un culte conforme aux règles établies par lahvé lui-même. On n'ima^ne pas plus complète répudiation du passé. Plus que tout autre, ce prophète a instruit le judaïsme à ne rien comprendre à sa propre histoire 2. La vie d'Israël n'a été que perpétuelle idolâtrie, Ézéchiel dit prostitution, développant le symbole, formulé pal' Osée, du mariage de lahvé avec son peuple, en descriptions d'un réalisme qui touche à l'obscénité. Au lieu des nobles pa-