Lév. xvii-xxvi
taie, qui fut faîle par Esdras en Tan 444 avant Jésiis-ClnisL CMiTime les préceptes législatifs du document iîihvisli' étaieiiteensés avoir été dictés par lalivé a M «lise sur le Sinaï, ceux du document éloliiste sur le mont Hoi'eb, et le Deutéronoine au pays lie Mmilï, les prescriptions rituelles du Code sacerdoUïl avaient été communiquées aussi par Dieu à Moïse sur la montagne du Sinaï. On sait queleCiOdedeHamnnn'abi, dont il a été beaucoup parlé en ces d< rniers teujps, avait été pareillement révélé au roi de Babylone par le dieu Slianiash.
Les serihes qui vinrent après Esdras détachèrent de la Loi sacerdotale ce qui regardait le partage de la Terre promise, et, en amalgamant les deux coni|ulations formées respectivement par les lûslohes iahviste et élohiste avec le Deutéronome, vX par T histoire sacerdotale avec la législation lévitique, constituèrent le Pentateuque.
Les oï-aeles des prophètes semblent avoir été retnieillis d'aboi d et conservés parleurs disciples. La plus aneieiiTie collection d'oracles est celle d' Amos (vers ;-Go), qui n'a subi que des additions peu impoî-tanles. Celle d'Osée, un peu postérieure, se présente à peu près dans les mômes eonditioas. Le livre d'Isaïe comprend deux parlies faciles a distinguer ^chapitres i-xxxix.
XL-Lxvi). Pas une ligne de la seconde partie ne peut être attribuée au prophète contemporain d'Ézéchias; les deux tiers de cette partie ont été écrits un peu avant la prise de Babylone par Cyrus, et le dernier tiers au temps de la domination persane. La première partie contient des oracles d'Isaïe, complétés par des souvenirs empruntés au livre des Rois, et par des morceaux prophétiques de différentes époques, jusqu'au temps de la domination grecque. Le livre n'a dû ncquérir sa forme actuelle que vers la fin du m' siècle avant notre ère.
Le livre de Jérémie renferme une quantité relativement considérable d'oracles authentiques, dictés par le prophète à son disciple Baruch, et des notes biographiques, rédigées probablement par le même disciple ; mais le tout a été ultérieurement remanié, enrichi de morceaux plus récents, et glosé. Le livre d'Ezéchiel est peut-être, de toute l'ancienne collection prophétique, celui qui présente l'ordonnance la plus régulière, et qui a subi le moins de retouches dans la tradition. Un tiers environ du livre de Michée, qui vécut dans le même temps qu'Isaïe, est authentique ; le reste a été ajouté plus tard, surtout après l'exil. Nahum a écrit un peu avant la ruine de Ninive (608?) ; mais son oracle, très bref, a été augmenté
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d'un psaume, placé au début, et qui est postexilien.Sopiionie a écrit sous Josias; mais son oracle parait avoir été forteuient glosé. Habacuc, contemporain de Jérémie, a prophétisé contre les Chaldéens ; son oracle a été allongé au moyen de deux psaumes, Tun en tête et Tautre en manière de conclusion. Abdias et Joël ont vécu après la captivité. Aggée est ccmtemporain de la reconstruction du temple, sous Darius I«^ Zacharie est de la même époque ; mais la seconde partie du livre qui i>orte son nom n est pas de lui, et parait avoir été écrite au temps de la domination grecque. Le livre dit de Malacliie est d'un anonyme qui écrivait sans doute un peu avant la promulgation de la loi sacerdotale par Esdras. Le conte de Jonas a dû être rédigé vers Tan 3oo, et le psaume que le prophète est censé avoir composé dans le ventre du poisson a été ajouté après coup.
Ainsi le traitement fait aux livres prophétiques a été à peu près le même que celui des livres qu'on appelle historiques. On a voulu les utiliser pour l'édification de la communauté juive, et, à cette fin, on les a tenus, pour ainsi dire, au courant de l'évolution religieuse. La multiplication des prophéties anonymes, depuis la captivité, atteste le déclin du ministère prophétique, et celle
des prophéties pseudonymes dans la littérature apocalyptique, qui commence avec Daniel, est en rapport avec la disparition complète de ce ministère. Mais les morceaux anonymes ont été adjoints par les collecteurs d'oracles aux 'écrits qui portaient un nom d'auteur. La fortune des apocryphes a dépendu de la conftance qui leur était accordée. Après un certain temps d'hésitation, la plupart des critiques se sont décidés à renvoyer la composition des Psaumes, sauf peut-être quelquesuns, après l'exil, sous la domination persane, et jusqu'au temps des Machabées. Toute la littérature des livres sapientiaux semble postérieure à la captivité. Le livre de Job a été écrit sous la domination persane, et il n'est pas tout entier d'une seule main. Le recueil des Proverbes appartient à la même époque. L'Ecclésiaste est plus récent encore, et il a dû être composé au temps de la domination grecque, probablement vers la fin du m® siècle. Les Proverbes sont entrés dans le canon comme (teuvre de Salomon; l'Ecclésiaste aussi, mais il ne fut pas admis sans quelque difficulté. Attribué de même à Salomon, un recueil de chants pour fêtes nuptiales a pu entrer dans la Bible et s'y maintenir : le Cantique des cantiques^ dans sa rédaction actuelle, est aussi du m' ou du ii« siècle avant Jésus-Christ. Il n'importe à This-
36 LA RELIGION D*1SRAEL
toire de la religion que par Tinterprétation allégorique, on peut dire le contre-sens qui en a fait un Jlivre sacré. Le livre de Rutli parait avoir été écrit, dans une intention polémique, pai* un conleniporaiii d Eâdras et de Néhémie. Celui d'Estber est sans doute postérieur à la persécution d'Anlioclius KpipUane et à l'instauration de la monarchie asmonéenne. Vers le milieu du m* siècle se place la composition de l'abrégé historique, rédigé dans Tesprit et la manière du Code sacerdotal, qui comprenait originairement la Chronique et les livres dKsdras et de Néhémie. Les Lamentations dites de Jérémie ne sont pas de ce prophète ; elles ont été écï lies partie pendant Texil, partie après le retour de la captivité. Le livre de Daniel a été composé [ïcndant la persécution d'Épiphane, probtiblemeiil dans les premiers mois de Tannée 164, sous le nom d'un personnage légendaire, qu'on faisait contemporain des derniers rois de Juda, de Nabuchodonosor, du dernier roi de Babylone, et de Cyrus.
Le premier livre des Machabées raconte l'histoire du peuple juif depuis l'avènement d' Antiochus Épi [(liane jusqu'à la mort du grand-prêtre Simon Mat^habée : c'est le meilleur morceau d'histoire que.nous ait légué l'antiquité Israélite ; mais c'est aussi presque une œuvre profane*
LES SOURCES Sj
L'auteur écrivait au commencement du premier siècle avant notre ère. Avec le second livre des Machabées,qui concerne seulement les premières années du mouvement machabéen, Ton retrouve la littérature édifiante : le rédactem* vivait avant la prise de Jérusalem par Titus, et il dit abréger un auteur plus ancien, Jason de Cyrène, qui aurait écrit dans la dernière moitié du second siècle avant notre ère. Tobie est un roman pieux, fondé sur un conte populaire ; il a été composé sans doute au premier siècle avant Fère chrétienne^ par un juif de la dispersion. Judith est aussi un roman, mais plus nationaliste que pieux^ assez ressemblant à Esther, et sans doute à peu près de la même époque. La lettre dite de Jérémie est un produit du judaïsme hellénistique, impossible à dater avec précision. Baruch semble avoir été écrit tout entier après la destruction de Jérusalem par les Romains, en Tan 70 de notre ère. Le livre de l'Ecclésiastique a été rédigé vers l'an 200 avant Jésus-Christ ; il serait dans le canon hébreu, avec les Proverbes et l'Ecclésiaste, si l'auteur, au lieu de se nommer, avait mis son œuvre sous le patronage de Salomon. L'auteur delà Sagesse, au premier siècle avant notre ère, eut recours à cet expédient ; mais comme il écrivait en grec, il n'a pu être reçu que dans le canon de l'Église chrétienne.
Pour finir, il convient de mentionner ici les Psaumes dits de Salomon, écrits vers Tan 5o avant Jésus-Christ, et les apocalypses apocryphes qui continuent la tradition de Daniel, du moins celles qui sont antérieures à la naissance du christianisme. Le livre d*Hénoch est un recueil d'écrits i)ostérieùrs à Daniel, et antérieurs, du moins pour la plupart, probablement tous, au commencement de Tère chrétienne. L'Assomption de Moïse a paru dans les premières années de cette ère. Et il y a des morceaux de provenance juive dans les Livres sibyllins. Bien d'autres apocryphes se sont perdus. Surtout depuis le temps d'Antiochus Épiphane, le judaïsme hellénistique multiplia ses productions pseudépigraphes dans un intérêt apologétique et polémique. On pourrait dire sans paradoxe que le caractère dominant de la littérature israélite depuis ses origines a été T impersonnalité ; mais que, dans les temps anciens, l'anonymat a régné, tandis que, dans le judaïsme depuis la domination grecque, le pseudonymat s'est développé dans des proportions inouïes. Ce trait n'est pas sans signification pour l'histoire ; mais il n'est pas non plus sans créer beaucoup de difficultés à la critique.
Les sources âg
Extraire de ce chaos de traditions perpétuellement retouchées et altérées, de cette masse d'écrits sans auteur et sans date, à moins qu'ils ne soient apocryphes et faussement datés, une histoire suffisamment consistante et garantie, n'était pas une besogne simple et facile. Il n'y a pas trop lieu de s'étonner que quelques savants n'aient cru pouvoir s'orienter dans l'histoire religieuse d'Israël que depuis la captivité de Babylone : se réglant sur l'esprit et certaines particularités des rédactions dernières, ils ont pu soutenir que tous les livres du canon hébreu avaient été écrits depuis l'exil. Grande simplificationMans le travail de l'historien, mais aussi suppression, au moins partielle, de la critique et conséquemment de l'histoire. Un peu plus d'attention au génie propre de cette littérature, aux procédés de rédaction et de compilation, aux divers éléments que renferment parfois le même livre et jusqu'à la même page, permet, ce semble, d'y reconnaître plus de matière
historique et d*en extraire des renseignements plus variés.
A le bien prendre, aucun texte n'est indifTérent pour l'histoire : il s'agit seulement d'en déterminer le sens et de trouver la place qui lui revient. Par exemple, un récit de la création du inonde, qu'il se lise dans la Bible ou ailleurs, ne peut être historique en lui-même ; il l'est comme expression de la croyance et de la réflexion, dans un temps et dans un milieu donnés. Le livre de Job n'est pas un document de l'histoire patriarcale, mais il nous instruit des problèmes qui agitaient les consciences juives sous le règne de la Loi. Des récits comme Esther et Judith, Jonas et Tobie, si on les acceptait à la lettre, ne donneraient que des idées fausses touchant les rapports d'Israël avec Ninive et les rois d'Assyrie, avec les rois de Perse et la cour de Suse : ce sont de précieux témoignages sur le sentiment religieux et moral, sur la constitution de la famille, ou bien sur Texaspération du sentiment national, à certaines époques, dans la communauté juive. L'histoire des âges primitifs dans le document sacerdotal de l'Hexateuque est un tissu d'extravagances et d'impossibilités : mais que ne nous apprend-il pas sur la mentalité juive au sortir de l'exil ? Et toutes les vieilles légendes ne nous font-elles pas connaître sur le vif l'esprit
des temps qui ont précédé les réformes religieuses et le règne de la Loi ? Ainsi le chaos devient une mine pour qui sait l'exploiter.
Assurément les données historiques sont plus faciles à recueillir pour les temps postexiliens. Mais les temps préexiliens ne sont pas non plus tout à fait ténébreux. Nul ne conteste les lignes générales de l'histoire Israélite depuis l'institution de la monarchie : courte période d'unité sous David et Salomon ; division, sous le successeur de ce dernier, entre Éphraïm et Juda, et période d hostilité qui s'ensuit ; Éphraïm menacé par Damas, et bientôt détruit par Assur ; Juda ruiné plus tard par Babylone ; les débris de Juda se reformant en communauté religieusement autonome sous les dominations persane, grecque et romaine. Or, ce cadre de l'histoire politique, on le dégage de nos documents, et c'est à ce cadre, en même temps, que nos documents s'adaptent, ainsi que le développement de 1" histoire* religieuse, celle-ci étant dans le plus étroit rapport avec l'histoire politique.
Le système deutéronomique, si artificiel dans son interprétation du passé, la conception du Gode lévitique et de la Chronique, plus artificielle encore, n'ont pas éliminé tout ce qui les contredisait dans les traditions de l'antiquité. Le judaïsme
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poslexilien ne connaissait qii*iin sanctuaire où Ton dût offrir des sacrifices au dieu d'Israël c'est un fait 'certain, garanti par tous les témoi- ^nag-t^s sacrés et profanes pour la dernière période de riiistoire juive, c'est-à-dire*depuis la captivité. Or, ce l'ait aussi étrange qu^indubitable, la tradition aflirrae qu il était de droit mosaïque, ce qui ne r empêche pas d'avouer qu il n'était pas ancien. Elle nomme le roi qui a détruit les sanctuaires en dehors de Jérusalem : Josias ; et elle dit à quelle occasion : le prêtre Helcias avait trouvé dans le temple un livre de Loi qui prescrivait la chose. Josias ignorait que lalivé eût adressé pareille révélation à Moïse, et tous ses prédécesseurs n avaient pas mieux que lui connu leur devoir. La tradition dit qu'ils ne l'avaient pas accompli Aussi bien le Deutéronome ne réclame-t-il pas cette unité du lieu de^culte comme toute naturelle et allant de soi, mais comme une mesure dirigée conlre^les nombreux sanctuaires exiistant dans le pays. A cet indice et à d'autres encore, qui sont subordonnés à celui-là, on reconnaît que le Deutéronome, en ses parties essentielles, est précisément le livre dont la découverte détermina l'acte de Josias- Et le Deutéronome ressemble fort, pour la langue et le style, au plus grand prophète de ce temps-là, Jérémie.
Qui dit réforme suppose un état antérieur qu'on a voulu changer, parce qu'il n'était pas satisfaisant. Avant Josias, chaque ville ou bourgade avait son lieu de culte, où l'on sacrifiait au dieu national. Un recueil législatif, de forme plus archaïque et plus concise que le Deutéronome, le Livre de rallianca, conservé dans l'Exode, autorise les sacrifices « en tout endroit où lahvé a voulu faire honorer son nom » 1. Il y a plus. Amos et Osée, qui prêchent en Éphraïm, ne demandent pas qu'on aille sacrifier à Jérusalem ; ils protestent contre les sacrifices en général, parce qu'on y voit la façon la meilleure et la plus efficace de servir Dieu. Et les légendes de Samuel et d'Élie représentent ces proj)hètes sacrifiant eux-mêmes loin du sanctuaire de l'arche, en dehors de toutes les formes x)rescrites par le rituel prétendu mosaïque. Trait non moins signi* ficatif, les Jiistoires iahviste et élohiste conduisent les patriarches dans tous les sanctuaires que le Deutéronome devait condamner, à Béthel, à Sichem, à Hébron, à Beersabée, comme pour les dédier perpétuellement au culte de lahvé.
Légendes patriarcales et légendes prophétiques, auxquelles on peut ajouter les légendes héroïques
l. Ex. XX, 24.
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des Juges, attestent donc des coutumes de culte très diilerentes de celles qui ont été sanctionnées par la législation deutérononiique et par celle du Code sacerdotal.
Les documents se groupent entre eux et s'éclairent les uns les autres. Ezécliiel prélude au Code sacerdotal, qui gouverne la réforme d'Esdras et de Néhémie ; la Chronique s* y rattache comme une déformation de l'histoire d'après la législation consacrée. Jérémic marche avec le Deutéronome, qui est préparé par la prédication d'Amos, d'Osée, d'Isaïe, et qui inspire le commentaire des traditions consignées aux livres des Juges, de Samuel et des Rois. Retirées de leur cadre, ces traditions et les légendes patriarcales donnent une idée de la religion d'Israël avant les prophètes écrivains, et avant toute promulgation officielle de loi attribuée à Moïse.
Ces légendes elles-mêmes autorisent des inductions plus ou moins probables touchant les origines du peuple et de la religion israélites. Elles n'ont pas été imaginées de toutes pièces par les contemporains des premiers rois d'Israël et de Juda, mais elles représentent des souvenirs plus ou moins altérés et transformés au cours des temps. Bien que les légendes patriarcales, par exemple, ne nous apprennent rien sur les person-
nages qui y figurent, pour la bonne raison que ces personnages n'ont pas existé, elles ne nous renseignent pas seulement sur Tesprit de l'ancien Israël, mais sur ses antécédents, sur les circonstances de sa formation comme peuple, et sur ses rapports avec ses voisins ou avec les populations qui l'ont précédé sur le sol palestinien. Rien de tout cela n'est indifférent à l'histoire religieuse, qui subit le contre-coup de ces circonstances et de ces rapports. Si les inductions dont il s'agit ne peuvent avoir ni la précision ni la certitude de témoignages authentiques et directs, elles ne laissent pas d'être légitimes, pourvu qu'elles soient sagement conduites, et elles constituent l'histoire pour les temps dépourvus d'informations plus exactes. Abraham et Sara sont des personnages mythiques ; mais leur légende consacre l'importance des sanctuaires d'Hébron, et l'affectation de ces sanctuaires au dieu d'Israël. Car les lieux saints existaient avant l'arrivée des Hébreux, et ils appartenaient à des dieux particuliers, que vénéraient les populations de Canaan. Il n'est pas téméraire de penser qu'Abraham et Sara sont les anciennes divinités de l'endroit, humanisées dans la légende pour se subordonner au dieu qui les avait supplantées. On nous raconte que Jacob, après s'être battu avec lahvé pendant
toute une nuit, fut appelé Israël par le dieu cpi n'avait pu le vaincre. Ce combat merveilleux n'appartient pas plus à l'histoire que la lutte des Titans contre Jupiter ; mais il laisse entendre très clairement que les tribus dont on a fait la postérité de Jacob n'ont pris le nom d'Israël qu au temps de la conquête; il donne aussi à soupçonner que Jacob lui-même a été un personnage divin ; et comme le souvenir du patriarche se rattache au sanctuaire de Béthel, c'est là probablement qu'était son lieu de culte. Abraham n'est jamais allé en Egypte; mais la légende qui l'y conduit vient à l'appui des légendes mosaïques, qui supposent un rapport ancien des Hébreux encore nomades avec le pays des Pharaons. La légende de Joseph a la même signification. Et de ce qu'on a prétendu posséder le tombeau de ce patriarche à Sichem, il résulte que Sichem avait une caverne sacrée, comme celle de Macpéla à Hébron, et que le héros qu'on y disait enseveli avait sans doute commencé aussi par être un dieu. La légende d'Isaac, qui gravite autour de Beersabée, laisse pareillement entrevoir qu'Isaac a dû être d'abord le patron de ce sanctuaire.
Gomme l'ancienne population de Canaan n a pas été, tant s'en faut, exterminée par les tribus envahissantes, mais progressivement conquise et
assimilée par elles, ainsi les coutumes religieuses, les mythes, les dieux des sanctuaires cananéens sont entrés peu à peu, en se transformant, dans la tradition d'Israël. C'est cette double assimilation que figurent et qu'attestent les vieux récits. Le sens original de ces antiques légendes, autant qu'on le peut conjecturalement restituer, ne serait guère intelligible pour la critique la i^lus pénétrante, si la comparaison des autres religions de l'antiquité, même non sémitique, n'aidait à le découvrir et à le fixer. Mais les cas analogues ne manquent pas. Jacob et ses douze fils, qui sont les douze tribus d'Israël, ont juste autant de réalité que les pères des Grecs, Hellen et sa descendance, Doros et Éolos, Xutlios, Ion et^^Achéos. Les vieux rites bizarres, la circoncision, l'interdiction du sang, la distinction des choses pures et impures, des états de pureté et d'impureté, paraissent au moins susceptibles d une explication satisfaisante, quand on rencontre ces pratiques ou des pratiques analogues chez des peuples primitifs. Non seulement la cosmogonie naïve de l'historien iahviste, et celle, plus savante, de l'historien sacerdotal, non seulement leur déluge ont leurs pendants et leurs sources, quant à la matière des récits, dans les anciennes mythologies orientales, spécialement dans la mythologie
48 LA RELIGION D*ISRA£L
chaldéenne, mais Tancien nabi d'Israël, le prophète extravagant et fou, a ses frères en d'autres cultes ; et Moïse lui -môme, avec son bâton magique, ressemble aux prêtres devins qui se retrouvent un peu partout. Le singulier oracle qu'interrogeaient Saûl et David, et qui répondait, par un jeu de sorts, aux questions posées, a ses pareils ailleurs. Si la religion d'Israël arrive à une très grande hauteur avec les prophètes du VIII', du VII', du VI' siècle, avec les psalmistes, avec l'auteur de Job, son point de départ est très humble ; et jjIus on remonte vers ce point de départ, plus les termes de comparaison abondent, suppléant en quelque mesure aux lacunes et à l'obscurité des témoignages.
Des questions fort importantes demeurent et demeureront peut-être toujours sans réponse définitive. Ainsi celle du séjour d'Israël en Egypte et de l'exode, pour ne citer que la plus notable,
puisqu'elle tient à l'origine même du culte de lahvé. La tradition la plus ancienne est déjà surchargée de légendes passablement contradictoires. Ni les circonstances du séjour en Egypte, ni celles de la venue d'Israël au Sinaï, ni le rôle de Moïse ne se dégagent avec une entière netteté. La légende de Joseph figure l'arrivée d'Israël en Egypte. Mais on ne conçoit pas qu'israël soit venu famille, en Egypte, et qu'il en soit sorti peuple. Jacob et ses douze fils représentent Israël dans sa totalité. Israël aurait donc été peuple en arrivant. Cependant la ti*adition laisse assez bien voir qu'Israël existe seulement depuis qu'il a pour dieu lahvé, et que lahvé n'est dieu d'Israël que depuis ou, si l'on veut, par l'exode. Auparavant Israël n'existait pas comme ensemble de tribus liées entre elles par un culte commun ; il existait seulement des tribus apparentées, qui erraient dans le désert arabe et dans la péninsule du Sinaï. Que quelques-unes de ces tribus se soient, pendant un certain temps, fixées sur la frontière d'Egypte, au pays de Goshen, et qu'elles en soient parties ensuite, mal contentes du sort qui leur était fait, pour rejoindre leurs congénères au désert, rien n'empêche de le croire. Mais ce n'est point par l'influence de l'Egypte sur la religion d'Israël qu'on peut le prouver, cs^f cette
5o LA REUOION d'iSRà£l
inflaence est à peu près nulle ; c*est uniquement par la consistance que semble avoir le souvenir d'un rapport initial avec FÉgypte, rapport attesté par la légende d'Abraham, par celle de Joseph, par celle de Moïse. Encore est-il que ces légendes sont légendes ; les traits artificiels et surajoutés qu'elles peuvent contenir, qu'elles contiennent certainement, ne permettent pas de définir avec sûreté leur signification réelle et historique.
En tout cas, il paraît évident que le souvenir de l'Egypte, « la maison de servitude », et celui de l'exode acquirent dans la tradition une importance toujours croissante et qu'ils n'avaient pas à l'origine. La conquête de Canaan se fit par l'est, en franchissant le Jourdain, pour le pays qui fut occupé par les tribus auxquelles appartenait proprement le nom d'Israël, et par le sud, en remontant du désert, pour le pays qui devint celui de Juda. Toutefois les tribus du nord avaient le môme dieu que Juda, et c'était dans les circonstances antérieures d'une vie commune qu'Israël et Juda avaient pris ce culte. Les conditions de leur vie nomade les avaient donc rapprochés de lahvé, qui était, on n'en peut guère douter, le dieu du Sinaï. La rencontre des tribus et du dieu pourrait s'expliquer sans que l'Egypte y eût été pour rien. Mais il ne s'agit point ici de possi-
LES SOURCES 5l
bilités. Les tribus, dans leur existence vagabonde, avaient connu le dieu lahvé. Puisqu'elles se croient toutes liées à ce dieu, c'est sans doute qu'une sorte de confédération s'était. formée entre elles, à l'origine, sous ce vocable divin. L'occasion de ce pacte aura été probablement un exode de tribus abandonnant la région nord-est de l'Egypte, pour suivre la fortune de tribus amies, qui vivaient dans le désert. C'est au nom de lahvé que se sera fait l'exode et ^ue se sera formée l'association des tribus.
Quelques assyriologues ont voulu que l'Egypte ne fût pas l'Egypte, mais la péninsule même du Sinaï, qui aurait porté dans les inscriptions cunéiformes le nom de Musri, confondu dans la tradition Israélite avec celui de. l'Egypte, Misraïm. L'on est allé même jusqu'à soutenir que David aurait été d'abord prince de Caleb, au pays d'Hébron; il aurait soumis à son autorité- Juda, puis les autres tribus ; et ce serait lui qui aurait imposé à tout Israël, à l'Israël qu'il venait de constituer, le culte de lahvé, dieu honoré sur le Sinaï, au pays de Musri, par les tribus arabes. Mais l'hypothèse n'a peut-être pas besoin d'être réfutée. La tradition israélite sait ce qu'elle entend par Misraïm, et les souvenirs du temps des Juges sont assez fermes pour garantir l'existence, avant
5a LA RELIGION D*ISRAEL
David, da culte de lahvé chez les tribus établies en Canaan.
11 est vrai pourtant que la tradition a varié sur remplacement du Sinal. La « montagne de Dieu », d'aprùs les plus anciens textes, n'est pas dans la région, an sud de la péninsule sinaîtique, où Ton cherche, depuis des siècles, le sommet du haut duquel aurait été promulguée Talliance de lahvé avec Israël. Moïse rencontre lahvé au pays de Madian *, qui était en Arabie, sur la rive orientale du golfe Klanitique. C'est de là que, d'après le cantique qui sert de préambule aux bénédictions de Moïse, lahvé serait venu trouver Israël :
lahvé est arrivé de Sinaï ;
Il leur est apparu de Séir ;
Il a brillé de la montagne de Pharan,
Et il est venu à Menbat-Cadôs i.
Pour aller du Sinaï de la tradition à Cadès, dans le désert au sud de Juda, on ne passerait point par Séir et Pharan. La direction indiquée suppose le point de départ à l'extrémité nord-