‹ La religion d'IsraëlChapitre 6 sur 62 · Ex. II · texte numérisé non relu

Ex. II

1. Deut. XXXIII, 2. Le dernier membre de la citation est restitué d'après le grec. L'hébreu ne donne aucun sens.

ouest de l'Arabie. D'autre part, il semble acquis maintenant que la plus ancienne légende de Texode, dont on a un écho dans le texte qui vient d'être cité, ne conduisait pas Israël d'Egypte au mont Sinaï, mais directement à Gadès, où Moïse disait au peuple les volontés de lahvé.

Moïse porte, selon toute vraisemblance,, un nom égyptien. Si l'on croyait devoir contester absolument la tradition du séjour en Egypte et de l'exode, on pourrait être amené aussi à traiter de fictif le personnage de Moïse, comme parait l'être celui d'Aaron, qui lui est donné pour frère. Mais le nom égyptien peut, au contraire, autoriser la tradition du séjour en Egypte, bien que le récit de Moïse enfant, exposé sur le Nil et sauvé comme par miracle, soit suspect à bon droit, parce qu'il est construit sur un thème mythique dont on a beaucoup d'autres applications, depuis la légende du vieux roi chaldéen Sargon, jusqu'à celle de l'enfant Jésus échappant à la fureur du cruel Hérode. L'argument invoqué plus haut en faveur d'une rencontre des tribus au désert, pour la fondation du peuple Israélite et de sa religion, peut être allégué aussi à l'appui de la tradition concernant Moïse. Comme l'institution d'un culte commun parait devoir se rattacher à des circonstances particulières, elle semble aussi comporter

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le rôle d'un personnage qui aurait été, dans ces circonstances, le fondateur principal de Tunité religieuse et nationale, le prêtre et le prophète de lalivé. Ce personnage aurait servi d'intermédiaire entre les tribus du désert et celles qui étaient en Egypte, et c'est lui qui, au nom de lahvé, aurait conduit ces dernières à Cadès ; le pacte qui unissait les tribus dans le culte de lahvé aurait été conclu prés de la source sacrée dont on racontait que Moïse avait fait jaillir les eaux en frappant le rocher de son bâton, miraculeux.

A cet exemple, où Ion peut prendre une idée de l'extrême complexité des problèmes et de la mesure de probabilité que présentent leurs solutions, il serait aisé d'en ajouter un grand nombre, qui seront simplement indiqués dans les chapitres suivants. Il en est d'autres qui ne sont plus à discuter. Étant donné que les légendes patriarcales figurent surtout l'établissement d'Israël en Canaan, il est inutile d'examiner dans quelles conditions Abraham, Isaac et Jacob ont pu séjourner au pays qu'ont occupé plus tard leurs descendants, et quel culte ils auront pratiqué. 11 est même sans intérêt de rechercher les origines lointaines des tribus d'Israël et leurs migrations possibles avant l'époque où on les trouve aux

abords de la Palestine et bientôt armées pour la conquête. Les étapes de la migration d'Abraham, censé né à Ur des Ghaldéens, puis venu à Harran, dans la haute Mésopotamie, enfin de là au pays de Canaan, ne sont peut-être que des combinaisons rédactionnelles et un lien artificiellement créé entre le cycle des légendes concernant la création, le déluge et la filiation des peuples, légendes qui semblent être, en Israël, moins anciennes, ou qui, tout au moins, ont une autre source que celles qui concernent rétablissement en Canaan, et les cycles des légendes patriarcales et mosaïques, qui ont rapport à Foccupat ion de la Palestine. Sans doute Israël appartient par la race et le langage au groupe de peuples dits sémitiques, qui se sont de très bonne heure introduits en Chaldée et qui ont fondé plus tard l'empire de Ninive ; qui ont peuplé les villes de la côte phénicienne et le territoire de Canaan ; qui ont établi aux frontières de la Palestine les petits royaumes d'Idumée, de Moab et d'Ammon ; qui ont fourni ensuite la migration araméenne et qui ont été finalement représentés dans l'histoire du monde par les Arabes. Mais il serait vain de prétendre marquer le lieu, le temps et les circonstances où les ancêtres d'Israël voisinaient avec ceux des nations qui viennent d'être énumérées. Tout ce

qu'on peut dire avec vraisemblance est que la migration hébraïque a suivi d'assez près la migration cananéenne, et qu'elle a été comme aux avant-gardes de la migration araméenne. La patrie commune était F Arabie.

G est un fait de la plus haute importance pour rhistoire des anciens peuples de l'Asie occidentale que l'emploi constaté, au xiv« siècle avant notre ère, dans les pays compris entre l'Euphrate et rÉgypte, de la langue de Babylone et de l'écriture cunéiforme pour ce qu il est permis d'appeler déjà la correspondance diplomatique entre les princes de ces contrées et le roi d'Egypte alors leur suzerain. L'on doit en induire, pour les siècles antérieurs à la domination égyptienne, une domination longue et effective, par conséquent une influence durable de l'empire chaldéen sur tous ces territoires. Mais on ne saurait dire si les ancêtres des Hébreux ont eu leur sort lié, en quelque manière, à cette suprématie de la Chaldée. Il semble même fort risqué d'établir un rapport quelconque entre celle-ci et l'origine que la Bible attribue à Abraham. Cette ancienne hégémonie de Babylone ne laisse pas d'importer à l'histoire d'Israël et de sa religion, puisque l'influence chaldéenne s'est exercée sur les populations cananéennes avec lesquelles les Hébreux se sont trouvés en contact et

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qu*ils se sont assimilés. Il est même assez probable qu'elle n'avait pas cessé de s'exercer directement par l'usage officiel de la langue et par une certaine connaissance de la littérature babylonienne, lorsque les bordes envahissantes des Israélites nomades commencèrent à pénétrer dans la terre de Canaan.

Les textes cunéiformes de la correspondance dite d'El-Amarna, à laquelle on vient de faire allusion, ne nous renseignent pas autrement sur l'histoire particulière d'Israël. Si les bandes guerrières des Habiri, qui y sont mentionnées, sont, comme il est probable, les Hébreux, il s'ensuit que Tinvasion de Canaan par les tribus était commencée dès le xiv* siècle avant notre ère, et l'on n'en peut rien conclure sur ce qu'était ou n'était pas alors leur religion. On voudrait être sûr que l'auteur d'une lettre découverte à Taannek (l'ancienne Taanak, nommée dans le cantique de Débora ^), et qui doit être du même temps que celles qu'on a trouvées à El-Amarna, est d'un adorateur de lahvé. L'homme s'appelle Achiyamii ce qui pourrait être le même nom que Achijahu (« lahu », ou « lahvé est frère »), et il

i, JUG, V) i9.

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a une haute idée de son diea ^. Mais Tidentificàtion des noms divins n'est qu'hypothétique. Disons du moins que l'état de la Palestine au début de l'invasion israélite n'est pas indifférent à connaître, parce que ce qu'on apprend de la -situation politique aide à comprendre la marche de la conquête, et ce qu'on apprend de l'état religieux éclaire aussi les rapports ultérieurs du iahvisme avec les cultes cananéens.

Il y a beaucoup moins à tirer des documents égyptiens. La mention d'Israël parmi les populations palestiniennes, dans ime inscription du roi Mînéphtah, au xii® siècle avant notre ère, ne dit guère plus que celle des Habiri dans les textes d'El-Amarna. L'inscription paraît viser encore des tribus nomades plutôt qu'un peuple fixé dans des villes. Les noms de Jacobel et de Josephel, dans une inscription de Thoutmosis III 2, prouve seulement l'emploi de ces noms pdur désigner des localités cananéennes, en un temps où sans doute il n'était pas encore question du peuple

i. Voir Chantepie de la Sacssaye, Lehrbuch der Religionsgeichichte (3* édition), II, 352-353. La traduction qu'on y donne de la lettre d'Achiyami est loin d'être sûre dans les détails.

2. XVI* siècle avant J.-C. Les noms se décomposent en Jacdb-El et Joseph-El, « El rétribue » on (( supplante », et a El rassemble ».

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d'Israël. Et Ton a quelque raison de penser que les formes abrégées, Jacob et Joseph, représentaient des divinités éponymes de villes ou de tribus i .

A l'égard des anciennes civilisations d'où proviennent ces témoignages, Israël et sa religion sont tout à fait récents : c'est cela d'abord que nous a révélé l'histoire de l'Orient, reconstituée dans ses lignes essentielles par les grandes découvertes archéologiques du siècle dernier.

i. Voir E. Meyer, 249-253, 281-282, 292.

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