Cf. II Rois, xxiii, 22 ; Néh. vni
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Tannée jubilaire, aussi repos du sol et temps où les terres aliénées doivent revenir à leurs anciens possesseurs. Cette singulière économie sociale a pour objet de manifester le droit souverain de labvé, seul vrai propriétaire de la terre israélite. Tout un système de redevances estorganisé pour reconnaître ce droit par les prémices, les dîmes et la succession régulière des sacrifices dans le temple. Saints doivent être tous les enfants d'Israël par l'observation rigoureuse de la circoncision et de toutes les prescriptions concernant les choses pures et les choses impures, les états de pureté et d'impureté. C'est vraiment un peuple de prêtres, et on le dit. Mais comme tous ne peuvent réaliser les conditions spéciales de pureté requises pour le service divin, il se fait comme une délégation du peuple dans la personne des prêtres, censés descendants d'Aaron par ses deux fils Éléazar et Ithamar, pour les fonctions du culte, et dans celle des lévites, pour les ministères inférieurs de la maison de Dieu et pour assister les prêtres.
Ceux-ci ont un chef, le grand prêtre, censé successeur d'Aaron, qui devient le personnage principal de la nouvelle communauté. Avant la réforme de Josias, le corps sacerdotal n'avait pas de chef unique, bien que le premier prêtre
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du temple fût déjà un personnage considérable; mais il était dépendant du roi, et les prêtres des sanctuaires en dehors de Jérusalem ne relevaient pas de lui. Dans les conditions que faisait au judaïsme la restauration autorisée par Gyrus, le chef du sacerdoce hiérosolymitain, pour tout ce qui n était pas réservé au pouvoir politique étranger, était le véritable chef des Juifs ; le Code sacerdotal consacrait expressément son autorité suprême et sa dignité- unique dans Tordre religieux. Sa puissance devait grandir et grandit, en effet, peu à peu. Dès le retour de l'exil, une sorte de rivalité existe entre Zorobabel et le prêtre Josué, et il y a bien aussi quelques tiraillements entre Néhémie et le grand prêtre Éliashib. Mais quand il n'eut plus affaire qu'à des gouverneurs persans, le pontife, qui disposait de revenus immenses, fut le véritable maître du petit État juif. Aussi bien, quand la famille de Mathathias aura provisoirement reconquis l'indépendance nationale, le chef politique, profitant de ce qu'il est de race sacerdotale, assumera-t-il la dignité de grand prêtre. Hérode, qui ne pouvait y prétendre, eut soin de s'attribuer le choix du pontife et de ne pas laisser longtemps dans cette fonction le même personnage. Les Romains en firent autant.
Mais l'importance religieuse de ce pontificat n'est pas en proportion de son importance politique. Celle-ci n'avait pas été prévue par les théoriciens du code lévitiqne, préoccupés avant tout de la centralisation du culte, de l'unité du sanctuaire, et de celle delà hiérarchie sacerdotale. La réglementation du sacerdoce fait partie du système qui organise théocratiquement, l'on peut dire cultuellement, la vie de la communauté.
Ce système est complet ; il est fait presque tout entier de matériaux anciens, mais il est nouveau par l'esprit qui anime l'ensemble et qui donne signification à toutes les parties.
D'une part, il semble que la ruine du premier temple et la suppression temporaire des sacrifices aient achevé de purifier, de spiritualiser l'idée de lahvé. lahvé n'estplus, avant tout, le dieu d'Israël, c'est Dieu tout court; on ne se le figure plus conversant familièrement avec les hommes, et l'écrivain sacerdotal a eu soin de supprimer la naïve histoire d'Éden, ainsi que le contenu presqiîe entier des légendes patriarcales ; l'orage est encore l'instrument des manifestations divines, mais c'est parce que Dieu le choisit ainsi, et non plus par une sorte d'affinité naturelle ; Dieu s'abstrait du monde et du commerce extérieur des hommes pour ne communiquer qu'avec leur
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esprit, plus peut-être avec leur esprit qu'avec leur cœur. A cette tendance quelque peu intellectualiste on doit le beau récit de la création qui ouvre maintenant la Bible, la philosophie de l'ancienne histoire sainte, et Tidée des pactes successifs avec Adam, Noé, Abraham, Moïse. Rien n'était moins vrai comme histoire, mais c'était un remarquable produit du rationalisme théologique. Tout cela était raisonné au point de sembler fort raisonnable. Sur cette base, le monothéisme juif et chrétien a édifié une philosophie générale de l'univers et de T histoire qui a pu s'imposer au monde ancien, et qui n'a été sérieusement mise en question que par le travail scientifique des derniers siècles.
D'autre part, on croirait assister à une matérialisation du culte, qui contraste singulièrement avec la spiritualisation de la croyance. Cependant la Loi d'Esdras ne matériaUse le culte que par rapport à nous, si l'on peut dire, non par rapport à ce qui existait antérieureuient. Elle ne le matérialise pas eu égard à la religion des prophètes, attendu qu'il n'y a pas eu de religion des prophètes, mais une critique des prophètes sur un culte fort mêlé d'idolâtrie et de superstitions ; c'est ce culte qu'il faut comparer à celui du Gode lévitique pour apprécier équitablement ce der-
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nier. A cette époque, et dans ce milieu, il ne pou. vait venir à l'esprit d'aucun législateur religieux que le régime des sacrifices dût être aboli. Ce qui fait que le Code sacerdotal paraît recommander une religion plus extérieure et plus rituelle que le Deutéronome, c'est que l'on a voulu introduire dans sa réglementation beaucoup de coutumes et d'observances, notamment tout le détail du service liturgique, dont les auteurs du Deutéronome n'avaient pas jugé à propos de parler, mais qui n'en existaient pas moins, et qui devaient attirer l'attention des légistes de l'exil. Les prescriptions concernant les choses pures et impures, et toute laliturgie des sacrifices, ne sont que la codification et la systématisation d'usages fort anciens. On élimina ce qui était en contradiction avec la foi monothéiste, les pratiques visiblement entachées d'idolâtrie et de superstition, ce qui avait rapport à la divination et au culte des morts; de tout le reste, de tout ce que l'on regardait comme un élément de culte, on fit un cycle d'observances minutieusement étudiées, où l'on voyait un moyen ^e reconnaître la souveraineté de Dieu par un service perpétuel d'obéissance. Tant s'en faut d'ailleurs que, pour la masse et même pour les docteurs de la Loi, ces pratiques fussent indifférentes en elles-mêmes et dépourvues de valeur
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intrinsèque. Et Ton ne s^arrêta pas en si beau chemin. La législation d'Esdras marque les débuts d'une casuistique dont le développement exagéré pourra être un jour nuisible à la vraie morale religieuse. Pour le moment, c'était une façon d'inventorier ITiéritage dupasse, en neutralisant la signification primitive, plus ou moins naturaliste, des rites anciens.
A son heure, le Gode sacerdotal, au lieu d'être un recul, est plutôt l'indice d'un progrès dans l'évolution du judaïsme. Il sanctionne le compromis, inauguré par le Deutéronome, entre la foi des prophètes, avec ses tendances idéalistes et individualistes, et les exigences d'une religion populaire, on peut dire de toute religion, qui implique la communion des croyants par ïe moyen d'un culte traditionnellement fixé. Il a donné au monothéisme, défini maintenant comme Croyance, la protection extérieure dont il avait besoin pour s'enraciner fortement dans la conscience du peuple juif. Pour que la foi monothéiste devînt indestructible en Israël, il a fallu que le peuple élu fut séquestré, pour ainsi dire, et mis à l'abri des influences païennes, par sa soumission à une règle sévère et compliquée. « Les religions, écrit Renan, puisent souvent une force de conservation dans les gênes qu'elles impo-
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sent * . » Moins enfermée dans la Loi, la communauté juive aurait été plus accessible aux sédu<;tions du dehors, et elle aurait été facilement détournée de ce qui a été son œuvre dans Fhistoire religieuse de l'humanité. Il est vrai que cette loi pesante ne pouvait être efficace qu'à condition d'être acceptée ; mais elle eut toujours des partisans assez ardents pour la faire triompher, au besoin par la violence, lorsque . son autorité a paru menacée.
Une pratique à peine mientionnée dans la Loi, puisqu'elle est indiquée pour la seule solennité de l'Expiation 2, le dixième jour du septième mois, et qui prend néanmoins une grande place dans les habitudes religieuses des Juifs à partir de l'exil, est celle du jeûne. Il semble qu'on se soit accoutumé à célébrer ainsi, durant la captivité, les anniversaires douloureux. Auparavant, des jeûnes étaient prescrits seulement dans les calamités publiques ; mais le jeûne faisait régulièrement partie des rites funéraires, et peut-être se rattache-t-il en effet par ses origines au culte des morts. On suivait pour les jeûnes publics le même cérémonial que pour le .deuil*
i* Hiitoire du peuple d'israêlt II, 465* 2. Lév. XXIII, 27.
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Quand il s'agit, par exemple, de promulguer la Loi d*Esdras, a les enfants d'Israël s'assemblent en jeûne, vêtus de sacs, avec de la poussière sur la tête i . » A cette époque, on se préparait par le jeûne à toute affaire importante. C'était une manifestation de pénitence, à laquelle se joignait la confession publique des péchés nationaux, et qui devint bientôt une œuvre favorite de la dévotion privée. Les malheurs de la nation et l'esprit du judaïsme postexilien suffisent sans doute à expliquer l'extension de cette pratique.
Après la réforme d'Esdras et de Néhémie, le judaïsme est constitué, et il tend de plus en plus à se fermer. Jusque-là on avait bien pu être en défiance contre les petits peuples d'alentour et contre les habitants de l'ancien royaume de Samarie : l'intérêt matériel de la communauté hiérosolymitaine était d'ouvrir ses portes à ses
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voisins, et d'entretenir avec eux des relations amicales. Cette nécessité faisait contrepoids au sentiment religieux, exigeant et exclusif, que les anciens exilés avaient rapporté de Babylone. Il est même à noter que les prêtres du temple, à peine entrés dans la situation privilégiée qui leur est faite, se montrent moins zélés ou moins étroits que les légistes venus de Babylone, comme le scribe Esdras, ou que les pieux laïques, arrivant aussi de l'étranger, comme Néhémie.
En particulier sur la question des mariages avec des femmes non juives, prêtres et habitants de Jérusalem n'avaient pas les scrupules des réformateurs. Le livre de Ruth parait avoir été écrit alors contre les mesures que les zélateurs de la sainteté israélite voulaient prendre sur ce point. Gomme l'ancien iahvisme était surtout une religion d'hommes, qui ne concernait guère plus la femme que l'esclave, on avait longtemps admis sans scrupule aucun le mariage avec des femmes non Israélites. Mais de tels mariages devenaient incompatibles avec l'idée qu'on se faisait de la sainteté d'Israël et avec la réprobation absolue de tout culte étranger. La polygamie restait autorisée en principe, bien que peu pratiquée ; le divorce était à la volonté du mari ; mais le sang de la race élue devait rester pur^ et
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il ne fallait pas introduire au foyer domestique la superstition et l'idolâtrie. Un conflit ne pouvait manquer de se produire enti^e les partisans de la liberté ancienne et les zélateurs de la Loi. Ce sont ces divergences qui contribuèrent à Finstitution du schisme samaritain. On a vu déjà que la plupart des anciens Israélites et Judéens qui étaient restés dans le pays voulaient bien servir lahvé, mais n'avaient pas Tâpreté de zèle ni l'esprit exclusif qui animait les exilés, surtout ceux qui n'étaient pas revenus, et qui surveillaient de Babylone la fortune du iahvisme en leur patrie. Volontiers ils se seraient affiliés au culte hiérosolymitain, mais on les écarta. Ils n'étaient pas pourtant organisés en communauté rivale, n'ayant sans doute ni prêtres ni Loi. Or, il se trouva que le propre petit-fils du grand-prêtre Éliashib avait épousé la .fille de Sanballat, l'adversaire de Néhémie. Quand il s'agit de renvoyer les femmes étrangères, point capital de la réforme inspirée par Ësdras et exécutée par Néhémie, le petit-fils d'Éliashib aima mieux s'exiler que de congédier sa femme et de rompre avec son beau-père. Il rie fut probablement pas le seul, car Néhémie écrit dans ses mémoires 4^ à l'endroit où il se vante de l'avoir
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chassé : « Impute-leur, mon Dieu, celte profanation du sacerdoce et du statut des prêtres et des lévites ! » Les prêtres bannis se retirèrent en Samarie, et c'est alors que s'organisa la secte dite des Samaritains, dont le sanctuaire était à Sichem, sur le mont Garizim, un des lieux saints de l'ancien royaume Israélite.
' La rupture ne dut pas être dès d'abord aussi absolue qu'elle le devint au cours des temps. On conçoit que les Judéens de Samarie aient conservé des intelligences et des relations dans leur patrie. Les prêtres schismatiques acceptèrent la Loi telle que l'avaient faite Esdras et après lui les scribes qui rédigèrent la compilation du Pentateuque. Mais l'institution d'un culte rival, à proximité de Jérusalem, ne pouvait aller sans une hostilité bientôt déclarée. Les Samaritains reçurent seulement la Loi, non la collection des Prophètes, qui fut arrêtée un siècle après, ni, à plus forte raison, celle des Hagîographes. Leur culte fut toujours un monothéisme exact, aux termes de la Loi ; mais ce fut une religion sans enthousiasme, à laquelle semble avoir fait constamment défaut l'esprit de prosélytisme. On remarquera que les sadducéens, c'est-à-dire l'aristocratie sacerdotale de Jérusalem, entendaient aussi fonder la religion uniquement sur la Loi, et
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qu'ils manquaient tout à fait de zèle religieux. Ce rapport n'est pas sans signification pour l'histoire. Le samaritanisnie fut tout autre chose qu'une œuvre d'apostolat ; ce fut une fondation c^ croyants raisonnables, en réaction contre ce qui leur semblait être un fanatisme intolérant. Ce.n'est pas dans ces conditions que se produisent les grandes créations religieuses. Le groupé samaritain ne fut jamais qu'une secte juive, qui ne représentait aucunement la tradition de l'ancien royaume d'Israël. Cette secte se détacha du judaïsme au moment où celui-ci se concentrait énei^quement en lui-même avant d'exercer dans le monde la puissance de sa propagande.
A Jérusalem le prophétisme s'éteint. Quelques voix autorisées, Aggée,Zacharie, s'étaient encore fait entendre au début de la restauration, quand on reconstruisait le temple. Au temps de Néhémie, l'institution achevait de mourir. Néhémie, à la vérité, mentionne encore des prophètes, mais c'étaient, selon lui, des gens que ses ennemis payaient pour l'épouvanter de faux pronostics. « Tiens compte, ô mon Dieu, écrit encore le pieux gouverneur 1 , tiens compte à Tobia et à Sanballat de ces méfaits, ainsi qu'à Noadia la prophétesse,