‹ La religion d'IsraëlChapitre 53 sur 62 · NéH. VI · texte numérisé non relu

NéH. VI

et aux autres prophètes qui cherchaient à m'effrayer. » La prophétie ne s'exercera plus qu'à la dérobée, dans la littérature pseudonyme des apocalypses. Il n'y a plus de prédication prophétique. L'enseignement sacerdotal disparaît également Le ministère officiel du prêtre ne consiste plus qu'en des fonctions liturgiques très compliquées. L'avenir est aux scribes, aux docteurs de la Loi, aux moralistes et aux casuistes. Le scribe survivra non seulement au prophète, mais au prêtre, et c'est par lui, avec sa Loi intangible, que subsistera le judaïsme. Vers l'an 200, quand fut écrit l'Ecclésiastique, il est déjà en grande autorité. Il est alors le savant et le maître, et on lui attribue la connaissance des choses divines et humaines. Toute cette science néanmoins est coordonnée et subordonnée à celle de la Loi de Dieu ; avec le temps, on n'en voudra plus avoir d'autre que celle-ci. L'institution des scribes est définitivement constituée au temps d'Hérode le Grand, où florissent les célèbres chefs d'école Hillel et Schammaï. Ils sont dès lors et ils deviendront de plus en plus les guides spirituels du peuple juif.

C'est la Loi d'Esdras qui a fait le judaïsme; mais il ne faudrait pas croire qu'elle ait réussi à éliminer tous les éléments de l'ancienne re-

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ligîon qu elle avait proscrits ou délibérément négligés. De même que les vieilles légendes patriarcales ont survécu dans le cadre fourni au Pentateuque par le Code sacerdotal, beaucoup d'anciennes croyances se sont accommodées à son Dieu transcendant. Ce Dieu se suffisait à luimême ; il créait le montle par sa parole et le gouvernait seul. Sa parole encore était dans la Loi pour la conduite de son peuple, tet il n'était plus question de visions prophétiques, encore moins de songes révélateurs, pas plus qu'il n'était question d'anges autour de lui. La littérature apocalyptique ne s'en produisit pas moins, et l'on organisa autour de ce Dieu unique toute une cour céleste,

Dans le iahvisme ancien et plus encore dans celui des prophètes, l'esprit de lahvé tendait à remplacer les esprits, et quand on parlait de Fange de lahvé, l'on entendait sa manifestation personuelle plutôt que l'apparition d'un être distinct de lui. Le ciel et la terre formaient un seul monde, où le ciel avait moins d'importance que la terre, car lahvé habitait et agissait plus ordinairement sur la terre qu'au ciel. Maintenant le dieu s'était élevé tout à fait au-dessus de la nature, et l'on n'allait pas tarder à ne plus oser même prononcer son nom de lahvé, soit pap

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crainte un peu superstitieuse du vocable qiii avait rapport à une si haute majesté, soit par un sentiment confus de la parfaite inconvenance d'un nom propre pour le Dieu unique. Le ciel devient un monde distinct de la terre ; c'est le monde divin, où l'Éternel règne dans sa gloire, et qui s'oppose au monde humain, où sa volonté souffre contradiction, jusqu'à ce qu'il lui plaise de la réaliser sur la terre comme au ciel.

Et le monde divin n*est pas rempli par Dieu seul. Les fils de Dieu avaient un rôle mal défini prës de l'ancien lahvé ; ils semblent avoir appartenu surtout à la mythologie populaire, qui ne procédait pas de la tradition purement iahviste . Désormais ces membres de la tribu divine sont les serviteurs de Dieu; ils sont toujours des puissances sidérales et les patrons des peuples, ils sont l'armée des cieux. On imagine parfois que lahvé les juge, les emprisonne, les tue ou tout au moins les réduit violemment à l'obéissance quand il n'est pas content de leur gestion. L'idée de Daniel est plus correcte. Chez lui, chaque royaume a son chef céleste, et les empires se succèdent selon que leur patron est le plus puissant en haut. Michaêl est le protecteur du peuple juif ; et Gabriel l'ange de la révélation. Gabriel pombat l'ange de la Perse, parce que ce royaume

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est condamné à périr; comme il ne réussit pas à le vaincre, Michaêl vient à son secours. II en va de même quand il s'agit de réduire l'ange des Grecs ; et Gabriel avait assisté Michaêl quand il avait fallu mettre fin à Tempire chaldéen. Car ce ne sont pas les anges des empires qui se dépouillent l'un l'autre de la primauté ; Michaêl et Gabriel les écartent successivement quand arrive le temps fixé par le parole prophétique.

Des légions d'esprits célestes, aussi nombreuses que les étoiles, avec lesquelles ils sont plus ou moins identifiés, entourent le trône de Dieu. Leur fonclion est de louer perpétuellement le Créateur: compensation pour les hommages que le paganisme lui ravit sur la terre. Ce sont les anges qui deviennent les messagers et les interprètes des révélations divines. Ézéchiel voit: encore lahvé, . comme Isaïe l'avait vu ; mais des anges, exécuteurs des volontés divines, interviennent déjà dans ses visions. Zacharie ne voit plus que des anges ; ce sont des anges qui instruisent Daniel. Les anges veillent ainsi à tout, à la conduite des hommes comme à celle des éléments. Dieu est maintenant trop grand pour faire tomber luimême la pluie et la neige, ou pour parler aux hommes. Des ministres subalternes pourvoient à toutes ces choses, selon ses ordres.

Ainsi, d'un côté les anciens dieux et une partie des anciens esprits, auxquels il faut joindre les chérubins et les séraphins, qui semblent être, par leur origine, des personnifications de la nuée orageuse et des éclairs, à moins que ce ne soient tout simplement des génies gardiens, conçus en formes d'animaux fantastiques, en viennent à constituer un corps de puissances célestes, gouvernées par Dieu, bon nombre d'entre eux restant affectés à des ministères de châtiment. Et, d'autre part, aux confins de cette sphère où s'exercent les influences divines, dans le monde inférieur, s'agitent encore les esprits de la terre, ceux qui se plaisent dans les lieux abandonnés, dans les ruines et dans les déserts, aussi les esprits des maladies qui affligent l'homme : troupe sans nombre comme celle des anges, et qui est toute prête à former l'armée de Satan.

On croit d'ailleurs trop aisément que le judsasme postexilien est tout entier dans la Loi, Sans doute la I^oi doime de plus en plus sa formç

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à la vie privée des Juifs, à leurs rapports sociaux, à leur vie nationale, dans la mesure où il y en i encore une. Jusqu'au soulèvement des Machabées. le judaïsme est comme un petit État théocratique et ecclésiastique sous la suzeraineté des. Per* ses, puis des conquérants macédoniens. L'entrée de Pompée à Jérusalem (64 avant Jésus-Christ) marque la fin d'une courte période d'indépendance que le règne d'Hérode n'a pas renouvelée. Mais la monarchie asmonéenne avait pour raison d'être d'assurer le règne de la Loi, puisqu'elle était née d'une révolte contre l'hellénisme d'abord envahissant, puis persécuteur. Là est le côté le plus apparent et le plus fixe de la vie juive. Mais sa sève intime est alimentée par deux sentiments qu'on voit généralement associés l'un à l'autre, et qui corrigent l'influence desséchante et stérilisante du légalisme : la piété individuelle et les espérances messianiques. Il convient aussi de mentionner un certain effort de la pensée juive vers la philosophie par la considération de la destinée humaine et des principes d'une bonne vie.

La piété Israélite des temps postexiliens s'est exprimée dans les Psaumes, dont une partie seulement paraît avoir été destinée dès F abord à l'usage liturgique. Les Psaumes traduisent la reli-

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gion du cœur, la dévotion des individus, mais d'individus qui ont, si Ton peut dire, la conscience ecclésiastique, le sentiment très vif de la communauté. L'accent tout personnel, parfois aussi très national et très juif, de cette prière ne doit point surprendre. La piété, qui est la religion individuelle, a nécessairement son principe dans le respect confiant envers l'Infini; mais elle tend à s'approprier le Dieu qui s'est révélé à elle, n'étant point satisfaite si elle ne croit posséder pour elle-même le souverain bien. Tel est le sentiment qui se fait jour dans les Psaumes, où l'on retrouve le Dieu vivant. Cependant la piété parfaite, en possédant pour elle-même Dieu tout entier, ne veut exclure personne de cet avantage. La piété juive était plus large d'espérances que de générosité; sauf de rares exceptions, elle reste plus ou moins persuadée que la possession de Dieu est pour elle un privilège national et héréditaire.

A lire les Psaumes, on est obligé de reconnaître que, pour tous les Juifs pieux, il faisait bon vivre sous la Loi :

La Loi de lahvé est parfaite,

Elle relève Tàme ; Le témoignante de lahvé est sûr.

Il donne sagesse au simple

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Les préceptes de lahvé sont justes,

Ils réjouissent le cœur ; Le commandement de lahvé est pur,

Il éclaire les yeux; La crainte de lahvé est sainte.

Elle subsiste à jamais; Les jugements de lahvé sont droits,

Ils sont tous équitables, Plus précieux que Tor,

Que beaucoup d'or fin.

Plus doux que le miel,

Que les gouttes du rayon.

Ton serviteur aussi s'en éclaire ;

Grande récompense à qui les garde i.

C'est le messianisme qui répondit au problème agité par les sages touchant le destin de rhomme et la justice de Dieu. La Loi induisait à poser la question. Elle promettait la vie à qui suivrait ses préceptes; mais ce qu'elle envisageait était surtout la prospérité nationale, récompense de la fidélité de tous. Le même principe de rétribution exacte ne laissait pas d'être appliqué aux particuliers, et, s'il était déjà difficile d'en découvrir l'application dans les événements de l'histoire pour ce qui concernait le peuple, il était plus malaisé encore d'en constater la vérité par rapr

i. Ps. XIX, 8-l|.

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port à rindividu. La foi à la résurrection des morts ne parut qu'assez tard, et plus tard encore la croyance à l'immortalité de Tâme. La religion prophétique excluait le culte des morts, et elle aurait cru faire injure à Dieu en proclamant rhomme immortel.

Ce ne sont pas les morts qui louent lahvéy

Ni ceux qui descendent au pays du silence i

Ce n'est pas le sheol 2 qui te loue,

La mort qui te célèbre.

Ceux qui descendent dans la fosse n'espèrent plu3

En ta fidélité.

C'est le vivant, le vivant qui te loue 3

Ainsi parlent à Tenvi les psalmistes. L'ancien Israël avait connu le culte des morts et les pratiques qui s'y rattachent d'ordinaire chez les noncivilisés. Les morts étaient plus ou moins assimilés aux esprits, et on les traitait en conséquence. Même l'évocation des morts avait été en usage, bien qu'on l'ait de bonne heure considérée comme illicite. Ce genre de divination tient en effet beaucoup de la magie, et devient aisément suspect à la religion. On racontait que Saûl avait poursuivi

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