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Le problème est, comme on sait, magnifiquement exposé dans Job, où une vieille légende sert de cadre à la discussion. Les amis de Job soutiennent la thèse commune de la justice toujours récompensée, et Job représente l'objection. Contre ceux qui le veulent croire coupable, puisqu'il est malheureux, Job n'invoque pas le témoignage de sa propre conscience ; il réclame un témoignage divin, qui lui est à la fin rendu. Mais il n'y a pas de solution. lahvé, qui intervient pour clore le débat, proclame seulement le mystère : sa justice est aussi insondable que sa sagesse créatrice et que les œuvres de sa puissance. Il faut y croire, bien qu'on ne puisse la voir. Il reste seulement qu'un juste peut être frappé sans qu'on ait à suspecter son innocence, et sans qu'il soit lui-même fondé à se plaindre de Dieu. La foi commune pouvait difficilement s'élever à cette hauteur. On conçoit que la masse des croyants, dans une crise comme celle que causa la persécution d'Antiochus, ait accueilli l'idée de la résurrection.
Auparavant il s'était trouvé des sages qui, sans spéculer autrement sur la justice de Dieu, prétendaient enseigner à l'homme l'art d'être heureux. C'était l'art de bien vivre. Mais les sages d'abord ne l'entendaient pas tout à fait comme les docteurs de la Loi, quoique, dans le livre de TËc-
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clésiastiqne, sage et docleur en viennent à ne plus faire qu'un même personnage. Au point de vue de la Loi et à celui de la piété, le péché est une faute contre Dieu ; au point de vue de la sagesse, c'est une sottise: la piété devient ainsi prudence, et le devoir intérêt. Cependant toute sagesse est un don de Dieu, et la révélation elle-même est sagesse, puisqu'elle apprend à vivre comme il faut. Dieu étant devenu absolument transcendant. Ton avait fini, — était-ce seulement par quelque influence de l'hellénisme? Il est permis de le conjecturer, mais il est moins facile de le prouver, — on avait fini par concevoir la Sagesse comme une intermédiaire entre Dieu et l'humanité : c'était elle qui avait créé le monde, et qui instruisait les hommes. On allait ainsi à Tidée d'une suprême raison, principe et règle de toute intelligence. Mais la spéculation philosophique devait être tôt ou tard arrêtée, dès qu'il était bien entendu, comme l'enseigne Tauteur de l'Ecclésiastique, que la suprême et totale manifestation de la Sagesse est contenue dans la Loi. Au fond, l'optimisme des sages qui ont écrit les Proverbes et l'Ecclésiastique vient de qu'ils sont des croyants ; leur confiance en la vie procède de leur foi à la protection de lahvé sur Israël ; elle tient à l'espérance messianique.
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Là où cette espérance fait défaut, la sagesse devient très naturellement pessimiste et même sceptique. C'est le cas de TEcclésiaste. Esprit curieux de toutes les questions, mais homme désillusionné de toutes choses, assez imbu d'hellénisme, à ce qu'il semble, pour voir ou pressentir l'étroitesse du particularisme juif, pas assez pour prendre confiance en lui-même et dans la valeur de la raison, le prétendu Salomon se borne à constater que tout est vain, et très vain ; que rien de nouveau n'arrive sous le soleil ; que la même fin attend le sage et l'insensé ; que l'homme est mauvais, la femme pire encore ; et que sur tout règne la fatalité. Nul espoir au-delà de la tombe : « mieux vaut chien en vie que lion mort )). Et la raison est que « les vivants savent qu'ils mourront, tandis que les morts ne savent rien. . . Tout ce qui se présente à faire, ardemment fais-le; car il n'y a ni activité, ni pensée, ni science, ni sagesse dans le sheol, où tu vas 1. » Du reste, Kohélet ne nie pas la justice de Dieu; il déclare seulement n'y rien comprendre ; donc craignons Dieu, et jouissons sagement de l'existence. Mais la religion fléchit où manque le sentiment de la communauté. Kohélet n'est plus juif, et il n'est
i. EccL. IX, 4-5, 10*
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pas deTenu citoyen du monde, il n'a pas la religion de rhumanité. Ce qu'il représente est Fégoisme transcendant. On apprend chez lui comment la foi juive aurait pu se perdre. Il faut chercher ailleurs comment elle a pu se conserver et devenir conquérante.