Zach. n
maines d'années qui doivent s'écouler depuis Fexil jusqu'au grand avènement. Le livre de Daniel a été écrit en vue de la persécution d'Anthiochus Épiphane, comme la seconde partie d'Isaïe <en prévision de la conquête de Babylone par Cyrus. On y attend de même, dans l'avenir immédiat, le salut de Dieu. Plus le péril était imminent, plus on jugeait prochaine l'intervention miraculeuse de lahvé. On jugeait le temps venu pour que le l'ègne de Dieu succédât aux empires de la terre, persécuteurs et idolâtres.
Il est aisé de voir dans Daniel comment l'expérience du passé a élargi l'horizon prophétique. Au lieu de se mettre simplement en face de la situation présente et d'annoncer la crise prochaine, avec la restauration glorieuse du véritable Israël, le nouveau prophète prend du recul, contemple plusieurs siècles et trace un cadre auquel Bossuet ne craindra pas d'adapter l'histoire universelle. 11 voit quatre empires qui se sont succédé en s' absorbant l'un l'autre, et dpnt le dernier, plus que tous les x^récédents, fait preuve d'insolence envers lahvé, de cruauté à l'éçard de son peuple; dans leur enchaînement, ces quatre empires n'en forment qu'un, l'empire idolâtrique, le royaume de l'erreur et du mal, ce que lahvé laisse faire aux puissances des ténèbres contre son peuple,
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pour le châtier et le purifier ; cet empire du monde va succomber pour faire place à l'empire de Dieu, et les justes défunts ressusciteront pour y avoir part.
« Et en ce temps-là, dit Fange Gabriel au prétendu Daniel, se lèvera Michael, le grand chef, qui protège les enfants de ton peuple; et il y aura une tribulation comme il n'y en pas eu depuis qu'il existe une nation, jusqu'à ce temps ; et en ce temps-là, ton peuple sera sauvé, tous ceux qui se trouveront écrits sur le livre (le livre de vie, registre céleste où sont inscrits les noms des élus). Et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière se réveilleront, les uns pour une vie éternelle, les autres pour un opprobre, une exécration éternels. Les sages brilleront comme l'éclat du firmament, et ceux qui en auront conduit plusieurs à la justice seront comme les étoiles dans l'éternité sans fin 1 . » Les derniers
1* Dan. ui« i-8.
versets qui ont été ajoutés au livre d'Isaïe, et qui doivent être à peu près du même temps que Daniel, commentent le sort des dafnnés et font de leur supplice un élément du bonheur qui attend les élus : « Et de nouvelle lune en nouvelle lune, de sabbat en sabbat, toute chair viendra se prosterner devant moi, dit lahvé. Et en sortant, ils verront les cadavres des hommes qui se sont révoltés contre moi. Car leur ver ne mourra pas, et leur feu ne s'éteindra pas ; et ils seront en horreur à toute chair 1 . »
Il va de soi que la combustion indéfiaie de ces cadavres est le supplice des individus dont ils ont été les corps. L'enfer des damnés existe à côté de la Jérusalem bienheureuse, et le feu de la géhenne brûle maintenant à l'endroit même où flamblaient les bûchers de Mélek. Ainsi l'eschatologie a conquis les éléments qui lui resteront essentiels : résurrection et jugement, bonheur éternel des justes et tourment éternel des pécheurs. C'est ce thème que développeront la plupart des apocalypses, bien qu'il doive subsister longtemps encore un certain flottement dans ces croyances, et qu'elles ne se soient pas imposées immédiatement à la foi commune des Juifs. Tobie,
l.Is.Lxvi, 23-24.
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même Baruch, l'Assomption de Moïse, le premier livre des Machabées ignorent la résurrection; le second livre des Machabées en parle, mais à la façon d'un apologiste qui argumente contre des contradicteurs. En réalité, non seulement les Samaritains, mais les sadducéens, les prêtres des Juifs, ne Tadmettaient pas.
Cette idée de la résurrection apparaît tout à coup dans Daniel sous une forme qui en trahit Forigine, on peut dire la nécessité. Ce ne sont pas encore tous les hommes qui ressuscitent^, mais « beaucoup de morts », ceux qui ont eu rapport avec le Dieu d'Israël pour le suivre ou pour le combattre, les justes et leurs persécuteurs. Ni la résurrection ni le jugement ne sont universels; ils importent directement au salut d'Israël, et non d'une manière générale, mais comme solution de la crise particulière que le judaïsme traverse par la persécution d'Antiochus Épiphane. Il y a maintenant des martyrs; ils sont morts; mais qui donc oserait dire qu'ils n'auront point de part au règne de Dieu qui est tout proche? Ils doivent y être des premiers, ils revivront. Il y a aussi des apostats qui renient la religion de leurs pères et qui aident l'ennemi à opprimer leurs frères : est-ce que ceux d'entre eux qui sont morts aussi échapperaient par la mort au châtiment qu'ils ont
Lfi Messianisme ùjt
m'érité? Ceux-là reviendront aussi pour subir la honte éternelle qui leur est due. C'est le cri spontané de la foi. Quand on parlera de jugement et de résurrection pour tout le genre humain, ce sera en les rattachant à la fin du monde et à l'idée d'une régénération cosmique. Là se constate quelque réflexion, et l'influence directe d'une doctrine étrangère est plus facile à admettre.
Même en tant qu'elle concerne le sort d'Israël, la résurrection suppose toute une évolution des anciennes croyances touchant les morts, et dans l'idée même de Dieu. Jadis l'empire ^ des morts était une région où ne s'étendait pas la puissance de lahvé ; et les morts pouvaient bien être traités en esprits, ils étaient en dehors de la religion. Mais on ne conçoit pljis de limites au pouvoir divin : si l'on monté au ciel, Dieu y est ; si l'on descend sous terre, il y est encore. Don<î nulle raison pour que sa justice ne s'exerce pas au delà de la mort. Et la conscience de l'homme pieux répugne aussi à admettre que la mort puisse à jamais le séparer de son Dieu. La préoccupation du salut individuel et le principe de la rétribution des mérites menaient droit à l'idée d'une justice et d'une vie au delà du tombeau. Cette justice, c'était le jugement de Dieu ; et cette vie, c'était la résurrection. Car on n'avait pas la notion grecque
^ja LA RBLIOTON D ISRAËL
de rame spirituelle et de son immortalité. Ce qlii subsistait dans la mort, ce n'était pas Tâme impérissable, c'était Tombre de l'individu ; pour que cet individu vive, malgré la mort, il a besoin de ressusciter. On se figurait ainsi toujours vivants Hénoch, Moïse, Élie. Par la puissance de Dieu, leur sort deviendrait celui de tous les justes.
La croyance s'imposait par ce qu'on peut appeler son actualité. Elle était étroitement liée à celle du grand jugement^ à l'attente fiévreuse du règne de Dieu, que l'on voulait croire imminent. Plus on était malheureux, plus on se croyait près de la fin, de l'intervention divine qui transformerait en bonheur définitif l'angoisse des justes, et en tourment étemel le triomphe insolent des méchants. L'imagination s'exaltait sur les circonstances providentielles de cet heureux événement, qui étaient arrêtées dans le ciel, et dont on cherchait l'indication prophétique dans les Livres. Saints. Élie, par exemple, qui avait été enlevé au ciel, devait revenir ; dès avant Daniel, on spéculait sur ce retour. Les derniers versets de Malachie, qui semblent avoir été ajoutés après coup, mais que l'auteur dé l'Ecclésiastique a déjà connus, lui attribuent un ministère de réconciliation avant t( le grand et redoutable jour de
LE MESSIANISME a^S
lahvé i ». L'Ecclésiastique 2 ajoute qu'il rétablira les tribus de Jacob. Ailleurs c'est un ange qui introduit le règne de Dieu; dans Daniel, c'est Michaêl, l'ange du peuple élu. Ces interventions se substituent à celle du roi- Messie ; mais la tradition apocalyptique trouvera moyen de les y coordonner.
Un des psaumes dits de Salomon s'exprime ainsi au sujet du roi messianique :
Vois, Seigneur, à leur susciter leur roi, Le fils de David, Au temps choisi par toi, pour qu'il règne sur Israël
[ton serviteur.
Geins-le de force, pour qu'il (^crase les dominateurs
[injustes, Qu'il purifie Jérusalem des Gentils qui la foulent
[misérablement; Que par sagesse, par justice, il extermine du pays
[les pécheurs, Qu'il brise l'orgueil des pécheurs comme poteries, Qu'avec une verge de fer il rompe tout leur être, Qu'il détruise les nations impies par la parole de sa
[bouche.
Que les nations, à sa menace, s'enfuient devant lui. Et qu'il corrige les pécheurs pour les pensées de
[leur cœur.
Alors il rassemblera un peuple saint, qu'il gonver-
[nera avec justice,