II., V
(2) Zrf., VIII, 3t.
(3) Id., XIII, 154.
(4) Ihid., 320.
(b) Id., XVI, 103.
Lors des jeux funèbres, célébrés à l'occasion des funérailles du héros, le même Ajax luttait contre Ulysse. Le combat dura longtemps indécis : la foule s'ennuyait. Ajax dit à son adversaire : « Soulève-moi, ou laissemoi te soulever : Jupiter fera le reste, » (l)
Pour lui, l'issue de la lutte dépendait du dieu seul.
Aux yeux d'Achille, Jupiter était à la fois le plus puissant et le meilleur des dieux (2).
Toutefois, il est une chose qu'il ne saurait faire, suivant Nestor, c'est que ce qui est ne soit pas (3). On le comprend assez.
Nestor disait à Télémaque, en parlant des Troyens :
« Durant neuf ans, nous les accablâmes de maux en les combattant par tous les moyens : Jupiter eut peine à (nous) donner le succès. » (4)
Cela revient à dire que le dieu consentit à regret à laisser les Grecs s'emparer de Troie, et non qu'il s'en empara lui-même avec peine. On se rappelle sa promesse à Thétis.
On vient de voir que, suivant le mot de Fénelon, si l'homme s'agite, c'est Dieu qui le mène ; s'il combat, c'est Dieu qui lui donne ou lui refuse la victoire.
(2) Ihid,, 43.
(3) Cf. id., XIV, 53.
(4) Od , III, 118.
Cette vérité, Hélène rexprimait en ces termes :
« Le dieu Jupiter distribue à l'un ou à l'autre tantôt les biens, tantôt les maux ; car il peut tout. » (i)
De même, le sage Eumée disait à Ulysse qui lui souhaitait toutes sortes de prospérités :
« Dieu donne une chose et en refuse une autre à son gré, car il peut tout. » (2)
Ulysse, qui était placé sous l'égide de Minerve, tenait à Télémaque ce langage, pour le rassurer sur l'issue de la lutte qu'il allait entreprendre contre les prétendants dont son fils venait de lui dire le nombre formidable :
« Dis-moi si Minerve, aidée de Jupiter, son père, me suffira, ou si je dois m'inquiéter d'un autre protecteur. » Et Télémaque de lui répondre : « Ce sont deux excellents défenseurs, ceux dont tu parles, bien qu'assis très haut dans les nuées. Ils commandent aux hommes et aussi aux dieux immortels. » (3)
Le héros, cependant, se demandait comment il pourrait vaincre tant d'ennemis et surtout échapper à la vindicte de leurs parents. Il s'en ouvrit à la déesse :
(1) Od., IV, 236.
(3) Id., XVI, 260.
« Si je les mets à mort avec l'aide de Jupiter et la tienne, lui dit-il, ovi pourrai-je ensuite m'enfuir ? Je t'invite à y songer. » (l)
Minerve lui reprocha son manque de foi et lui promit de ne pas plus l'abandonner à l'avenir qu'elle n'avait fait dans le passé.
On voit par là que l'on ne se risquait dans aucune ' entreprise sans s'être assuré du secours divin. On s'adressait à Dieu pour écarter le mal, comme on l'invoquait pour obtenir le succès.
Eumée racontait à Télémaque les criminels desseins tramés par les prétendants contre lui et les amis de son père. Il conjurait Jupiter de les faire périr eux-mêmes auparavant (2).
Ulysse recommandait à sa nourrice Euryclée, qui l'avait reconnu, de ne point trahir son incognito.
« Puisque tu me reconnais, grâce à Dieu qui t'a éclairée, tais-toi et que personne autre n'en sache rien dans le palais ; car, je te l'affirme et cela s'accomplira, si Dieu dompte sous moi les prétendants superbes, je ne t'épargnerai point, toi ma nourrice, quand j'exterminerai les autres femmes. » (3)
(1) Od., XX, 42.
(2) Id., XVII, 597.
(3) Id., XIX, 485.
Ailleurs encore, Ulysse tient le même langage (i); il ne se regarde que comme un instrument entre les mains de Dieu.