IX, S
(2) /d., XII, 9. Cf. p. 23.
(3) Id., VI, 264.
hôtes, Achille prescrit à Patrocle d'en offrir aux dieux les prémices, ce que son compagnon fait en les jetant au feu (i).
Nous savons que la divinité grecque, à l'instar du Dieu des Juifs, de lahvé, dédaignait ou même rejetait formellement les victimes qui offraient quelque vice, quelque défaut. Ce qu'il lui fallait, c'était des hécatombes complètes, sans doute, nous ne sommes plus à l'apprendre, mais aussi des bêtes de choix. Voici, du reste, la théorie du sacrifice sous ce rapport.
Ménélas disait à Télémaque, son hôte, au sujet de son retour :
« Les dieux me retenaient en Egypte, malgré mon désir de regagner (ma patrie), parce que je ne leur avais pas immolé d'hécatombes complètes. Ils veulent que l'on se souvienne de leurs ordres. » (2)
Il lui racontait qu'il était allé consulter Protée pour savoir ce qui lui fermait ainsi la rentrée dans son pays.
Le vieillard le lui avait appris en ces termes :
« Tu devais immoler à Jupiter et aux autres dieux des victimes choisies, afin de retourner vite chez toi, à travers l'Océan ; car ton destin est de ne pas revoir tes amis, ta maison, ton pays, avant d'avoir remonté le cours du fleuve divin d'Egypte et d'avoir sacrifié
(2) Od., IV, 351.
de saintes hécatombes aux dieux immortels qui habitent le vaste ciel. Alors les dieux t'accorderont la traversée que tu désires.» (i)
Ménélas ajouta :
« Je naviguai, après avoir achevé ces (sacrifices) ; les dieux m'envoyèrent une brise favorable et me ramenèrent promptement dans ma bien-aimée patrie. » (2)
Agamemnon et ses compagnons se préparaient à entrer en campagne ; ils commencèrent par un sacrifice et immolèrent à Jupiter un taureau de cinq ans, en procédant comme il suit. Après avoir amené la victime sur le lieu du sacrifice, ils prient et répandent l'orge bénite. Puis relevant la tête du taureau, ils l'égorgent, l'écorchent, détachent les cuisses qu'ils enveloppent dans une double couche de graisse, sur laquelle ils déposent les entrailles crues qu'ils brûlent à l'aide de branches sans feuilles, en les maintenant embrochées au-dessus de la flamme. Une fois les cuisses consumées, ils goûtent les viscères, dépècent le reste des chairs, les embrochent, les cuisent avec soin et les retirent ensuite pour les manger (3).
(1) Ibid., 472.
(2) Ibid., 585.
Les compagnons d'Ulysse, retenus avec lui dans l'île de Thrinacie, résolurent, on l'a vu, malgré la défense formelle qui leur en avait été faite, d'immoler aux dieux, pour faire cesser les vents contraires, les bœufs consacrés au soleil, les meilleurs, afin que leur offrande fût plus agréable. Ulysse, plus tard, racontait aux Phéaciens cet incident :
« Tous approuvèrent Euryloque. Sans tarder, ils s'emparent, là près, des bœufs les plus gras qui paissaient non loin des vaisseaux, les beaux bœufs au large front. Ils les entourent et adressent leurs prières aux dieux, en se servant des feuilles tendres d'un chêne, car il n'avaient pas d'orge blanche. Puis, lorsqu'ils eurent prié, ils égorgèrent les victimes, les dépouillèrent, séparèrent les cuisses qu'ils recouvrirent d'une double couche de graisse en y déposant les entrailles crues. Comme ils n'avaient pas de vin à répandre sur le feu sacré, il l'aspergèrent d'eau, pendant que cuisaient tous les viscères. Après que les cuisses furent consumées et qu'ils eurent goûté aux entrailles, ils dépecèrent le reste qu'ils traversèrent de broches. » (i) ^ Ces deux passages, empruntés l'un à Ylliade, l'autre à V Odyssée, suffisent pour nous apprendre comment l'on procédait aux sacrifices, et la façon
(1) Oc/., XII, 352.
dont on suppléait à certains accessoires, quand ils venaient à manquer.
Le sacrifice d'Euryloque et de ses compagnons était sacrilège, on s'en souvient, puisqu'il leur était interdit, sous peine de mort, de toucher aux troupeaux du soleil.
Nous lisons les mêmes détails liturgiques tout le long des deux poèmes :
« Le chef des hommes, Agamemnon, sacrifia un taureau de cinq ans au tout-puissant Jupiter. On écorcha la victime, on la dépeça, on divisa adroitement les morceaux que l'on embrocha pour les faire cuire avec soin, après quoi on les retira (des flammes). » (i)
Le poète nous fournit, çà et là, d'autres détails qui , compléteront ce que je pourrais appeler la physionomie d'un sacrifice aux temps homériques, tant chez les Troyens que chez les Grecs ; leurs coutumes, sous ce rapport du moins, paraissent avoir été identiques, ce qui s'explique par l'identité de race.
Nestor rappelait à Patrocle le sacrifice offert autrefois par le père d'Achille :
« Le vieux Pelée brûla les cuisses grasses d'un taureau à Jupiter, qui aime la foudre, dans la cour de son palais. Il avait un hanap d'or et répandait un
vin noir sur le feu sacré. Vous prépariez les chairs du bœuf. » (i)
Alcinoos, avant de congédier Ulysse, ordonne à Pontonoos de couronner un cratère et de faire une distribution de vin à tous, dans le palais, afin de renvoyer l'étranger dans sa patrie, après avoir invoqué Jupiter leur père.
« Pontonoos, à ces mots, mélangea le vin réjouissant et le distribua à tous à la ronde. Ils firent des libations, chacun de sa place, en l'honneur des dieux fortunés qui habitent le vaste ciel. » (2)
Dans l'hymne à Apollon que l'on attribue à Homère, le dieu enseigne lui-même aux marins crétois la manière de l'honorer, ainsi que ses collègues de l'Olympe. Voici le passage, il est assez curieux :
« Vous saurez les desseins des dieux, leur dit-il, et grâce à eux, vous serez entourés d'honneurs continuels et journaliers. Obéissez-moi sans retard ; amenez la voile, détachez les avirons et retirez à sec votre navire. Dressez un autel au bord de la mer. Et debout, tout autour, priez après avoir allumé le feu et offert de la fleur de froment. Et comme sous la figure d'un dauphin j'ai sauté dans votre embarcation, en pleine mer, vous m'invoquerez sous le nom de delphien (.3) ;
(2) Orf., XIII, 53.
(3) AeXcfi'ç, 8tXa>"tvoç.
l'autel de Delphes sera à jamais fameux. Prenez alors votre repas auprès de votre navire, après avoir fait des libations aux dieux de l'Olympe. Lorsque vous aurez fini, vous me suivrez en chantant /o, Péan ! jusqu'au temple dont je vous établis les gardiens. » (i)
Les marins de Gnosse s'empressèrent d'obéir. En se rendant au temple, le dieu les précédant aux sons de sa lyre, ils marquaient le pas en cadence et chantaient l'hymne sacré.
Jupiter, nous raconte le poète, méditait de funestes desseins contre les Grecs et les Troyens. Pendant une nuit il ne cessa de tonner, et les guerriers saisis d'une peur verte, suivant son expression, épanchèrent à terre le vin de leurs coupes ; nul n'aurait osé boire avant d'avoir fait une libation en l'honneur du puissant fils de Saturne (2). Il se fût attiré, sans faute, un châtiment terrible.
A Jupiter on immolait des béliers (3), dcs^ bœufs (4), des agneaux (5), des verrats (6).
Voici maintenant pour les autres divinités.
(3) Orf , IX, 552.
(4) Id., XIII, 24.
(6) id.,XIX, 197, 254.
A Neptune, des béliers, des taureaux, des verrats (i).
Nous lisons, dans VIliade, que Ménélas, voulant mettre un terme à la guerre entre Grecs et Troyens, dit à ceux-ci :
« Amenez un bélier blanc et une brebis noire pour la Terre et le Soleil. De notre côté, nous offrirons à Jupiter un autre bélier. » (2)
Malgré la construction de la phrase, c'est à la Terre qu'il faut attribuer la brebis, car la victime devait être du sexe de la divinité à laquelle on l'offrait.
^ Au Soleil on sacrifiait aussi des verrats (3).
Nestor racontait que, dans une circonstance, l'armée dont il faisait partie étant arrivée aux bords de l'Alphée, avait immolé à Jupiter des victimes de choix, un taureau à l'Alphée, un autre à Neptune et à Minerve une génisse (4).
Je traduis par génisse le terme BoOv ayeXaiViv. car non seulement il fallait une femelle à une déesse, mais encore une vierge à une vierge.
Les Phéaciens étaient amis des dieux qui en usaient à leur égard avec une grande familiarité. Alci-
(1) Od., XI, 130.