‹ La religion dans HomèreChapitre 23 sur 64 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

noos disait, à la vue d'Ulysse qu'il ne connaissait pas et qui lui paraissait un personnage extraordinaire :

« Si c'est quelque Immortel qui nous est venu du ciel, les dieux alors agiraient contrairement (à leur habitude). Toujours, en eflfet, jusqu'ici, ils se présentent ouvertement à nous (sans déguisement). Quand nous leur immolons des hécatombes de choix, ils mangent assis près de nous, là où nous sommes. Et si l'un de nous, même seul, les rencontre sur son chemin, ils ne se cachent point de lui ; car nous leur sommes proches, comme les Cyclopes et les tribus farouches des Géants. » (i)

Les divinités grecques, de même que celles de^ l'Inde, se nourrissaient des viandes qui leur étaient offertes, mais, non plus que celles-ci, elles n'apparaissaient qu'à ceux qui se rapprochaient d'elles par les liens de la parenté ou de la sainteté.

Nous assistons ici à une sorte de communion entrc^ les dieux et les hommes qui mangent à la même table les mêmes aliments.

Les favoris des dieux étaient ceux qui leur faisaient de plus riches offrandes : voilà ce qu'on peut établir, en thèse générale.

En présence des exploits d'Hector, Agamemnon disait à Ménélas :

(1) Od., VII, 199.

« Nous avons besoin de salutaires conseils, moi et toi, ô Ménélas, pour tirer de péril et sauver les Grecs et les vaisseaux, parce que Jupiter a changé de volonté ; c'est que, sans doute, les sacrifices d'Hector lui sont plus agréables que les nôtres. » (i)

On ne pouvait reconnaître d'exceptions.

Euryclée disait, en s'adressant dans son absence à Ulysse dont elle avait été la nourrice :

« O mon enfant, il faut que Jupiter te haïsse entre tous les hommes, en dépit de ton âme pieuse, car nul n'a brûlé plus que toi de cuisses succulentes, ni offert de meilleures hécatombes en son honneur, lorsque tu lui demandais d'atteindre une vieillesse florissante et d'élever ton fils. » (2)

11 n'en était rien, comme Euryclée put bientôt s'en convaincre.

Ce n'est pas toutefois que les vœux accompagnés de prières et d'offrandes fussent toujours exaucés, du moins dans le délai fixé par le fidèle.

Agamemnon, dès le début des hostilités, adressait au ciel la supplique suivante :

«Jupiter très glorieux, très grand, toi qui assembles les nuées et qui habites l'éther, ne permets pas que le soleil se couche pour faire place aux ténèbres,

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