IL, X
(2) Od., XIX, 363.
avant que le palais de Priam ne soit renversé, que le feu n'en consume les portes, que la cuirasse d'Hector ne soit rompue sur sa poitrine, et que, terrassés en grand nombre autour de lui, ses compagnons ne mordent la poussière. » (i)
Le poète ajoute que Jupiter, tout en agréant le sacrifice dont cette supplique fut accompagnée, n'exauça pas aussitôt l'Atride, car il lui réservait un grand labeur.
Nous savons que les compagnons d'Ulysse, dont nous avons plus haut décrit le sacrifice, ne furent pas écoutés non plus, bien que leur offrande fût acceptée (2).
Plus tard, on voit les prétendants faire en l'honneur des dieux fortunés des libations qui devaient leur être également inutiles (3).
Parfois, lorsque dans la même oblation l'on demandait plusieurs faveurs, les unes étaient accordées et les autres refusées.
Achille, que le poète nous donne pour r<7/w/ de Jupiter (4), venait de revêtir Patrocle de ses armes et de l'envoyer au combat à sa place.
« Il avait une coupe ciselée ; seul il y buvait le vin
(2) Cf. 0(f., XII, 352.
(3) Od., XVIII, 425.
(4) //., XVI, 169. Au cpAoç.
noir, et il s'en servait pour ne faire des libations qu'à Jupiter. Il la retira d'un coffret, la purifia avec du soufre, puis il la plongea dans un courant d'eau pure ; il se lava ensuite les mains et remplit (sa coupe) d'un vin généreux. Alors, debout au milieu de l'enceinte, il fît une libation, les yeux levés vers le ciel, en présence de Jupiter (qu'il invoqua en ces termes) : « Roi Jupiter, qui habites au loin et gouvernes Dodone « aux rudes hivers; là, près de toi, sont les Selles, tes « interprètes, aux pieds non lavés, à qui la terre sert « de lit ; déjà, tu as entendu ma supplique et m'as « honoré en affligeant grandement les Grecs. Mainte- « nant, accorde-moi encore cette faveur. Tandis que « je reste au milieu des vaisseaux, j'envoie au combat « mon compagnon avec de nombreux Myrmidons. « Rends-le victorieux, Jupiter au vaste regard. AfFer- « mis son cœur dans sa poitrine, afin qu'Hector voie « s'il sait combattre loin de moi, ou si ses mains « vaillantes n'agissent que lorsque moi-même je me « jette dans la mêlée. Mais quand il aura éloigné des « vaisseaux le tumulte de la guerre, puisse-t-il me « revenir sans blessure avec ses armes et ses « valeureux compagnons ! »
Telle fut sa prière. Jupiter l'entendit ; il l'exauça en partie et en partie la rejeta. 11 permit que Patrocle écartât de la flotte la mêlée des combattants, mais il ne lui accorda pas de revenir sain et sauf de la
bataille. Cependant Achille, après avoir fait sa libation et sa prière au père Jupiter, rentra dans sa tente et replaça la coupe dans le coflfret (i).
Sarpédon, blessé par Tlépolème, fut porté par ses compagnons sous un hêtre de Jupiter au merveilleux aspect (2). Il s'agit d'un arbre consacré au dieu, à moins que ce ne soit un terme analogue à celui de la Bible : un arbre de Jahvé, pour dire un bel arbre, un arbre de dimensions colossales.
L'avis qui prévalut quand les Troyens qui ne soupçonnaient pas le stratagème des Grecs se demandèrent ce que faire du fameux cheval de bois, fut qu'il fallait le garder comme une sorte d'ex-voto destiné à perpétuer leur reconnaissance envers les dieux pour la levée du siège de leur ville. L'expression dont se sert le poète est remarquable : 0stov esXy.T^.ov, charme des dieux (3).
Ces sortes de témoignages de gratitude ne devaient pas être rares : c'était assez l'usage, par exemple, de suspendre les dépouilles de l'ennemi dans les temples.
S'il n'est pas souvent parlé d'ex-voto dans V Iliade et V Odyssée, par contre, il est fréquemment question, sinon de temples, du moins d'autels. Les Grecs débarqués sur la rive troyenne avaient construit des
(3) Od., VIII, 509.
autels, pcoaot', au milieu de leur campement, là oiî se tenaient les réunions publiques et où l'on rendait la justice (i).
-^ Il va sans dire que les solennités religieuses avaient lieu en présence de ces autels, enfermés dans une enceinte sacrée.
Lors du massacre des prétendants, l'aède Phémios se demanda s'il se réfugierait près de l'autel de Jupiter protecteur, sur lequel Laërte et Ulysse avaient brûlé autrefois de nombreuses cuisses de bœufs, ou s'il irait se jeter aux pieds d'Ulysse (2).
Finalement, il adopta les deux partis. Il commença par se jeter aux genoux d'Ulysse qui lui fit grâce de la vie, puis il courut avec le héraut Médon, pardonné lui aussi, s'asseoir au pied de l'autel, tous deux pleins d'épouvante et redoutant à chaque instant d'être égorgés par Télémaque ou quelque autre, ignorant la clémence d'Ulysse (3).
^ Ainsi les temples et les autels ne servaient pas seulement au culte divin ; c'étaient aussi des lieux d'asile pour ceux qui avaient quelque péril à redouter.
(1) Cf. //., XI, 808.
(2) Cf. Orf., XXII, 334.
(3) Ibid., 378.