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CHAPITRE V

Messagers dîvins

Les hérauts étaient considérés comme les messagers à la fois des dieux et des hommes (i) ; de là, le caractère sacré qu'ils revêtaient. Sans être des messagers à proprement parler, les hôtes passaient pour les envoyés du ciel, aux yeux de l'antiquité.

La Renommée, "O^-ja, était aussi la messagère de Jupiter (2).

Le songe également, comme nous l'apprendrons plus tard.

Une autre messagère, que nous avons précédemment eu l'occasion plusieurs fois de voir à l'œuvre, c'est Iris. Elle prenait parfois des déguisements.

Jupiter l'envoya, un jour, près des Troyens, leur porter de sa part la nouvelle, fâcheuse sans doute, mais salutaire aussi, que les Grecs s'apprêtaient à

(2) Id., II, 93.

donner l'assaut à leurs remparts. Elle apparut au vieux Priam sous les traits de son fils Polite, qu'il avait précisément placé en sentinelle, aux avant-postes, afin de surveiller l'ennemi. Hector, toutefois, ne s'y trompa point et reconnut la déesse (i).

Plus tard, elle se présenta devant Hector lui-même, pour lui signifier, de la part de Jupiter, qu'il n'eût à entrer dans la mêlée que lorsqu'il en verrait sortir Agamemnon (2).

Le poète ne dit point qu'elle se soit travestie pour la circonstance.

Elle n'emprunta pas non plus un visage étranger, le jour où elle revint trouver le malheureux Priam, après la mort de son fils bien-aimé, le boulevard d'Ilion. Elle lui apprit, toujours au nom du roi des dieux, qu'il pouvait sans crainte se rendre près d'Achille pour lui réclamer le cadavre, moyennant une rançon (3).

Priam se dirigea vers le camp des Myrmidons dont il ignorait le site. Mercure, sur la route, s'offrit comme guide, sous la figure d'un jeune homme. Le vieillard ne le reconnut pas ; la rencontre cependant lui parut de bon augure.

« Certes, un dieu me tend la main, qui me donne

(1) Ibid., 786.

(2) //., XI, 18b.

de trouver sur mon chemin un guide tel que toi pour la physionomie, l'air avenant, doué de prudence : heureux sont tes parents! » (i)

Quelques moments après, le dieu se fait connaître.

« Je suis venu en ma qualité de dieu immortel ; je suis Mercure, mon père m'envoie t'accompagner, mais je vais m'en retourner, je ne me présenterai pas aux regards d'Achille, car il ne sied pas à un immortel, à un dieu, de favoriser les hommes aussi ouvertement. » (2)

Lors de la célèbre entrevue, Achille dit à Priam qu'un dieu seul avait pu le conduire dans sa tente, un mortel n'eût pas osé. Il lui rendra le corps de son fils, car Jupiter lui venait de députer sa propre mère, Thétis, pour lui mander sa volonté à cet égard (3).

Ici, comme ailleurs, je n'ai point la prétention d'épuiser la matière, en dressant la liste de tous les messagers des dieux. Il me suffit de donner au lecteur une idée de la qualité de ces envoyés et de la nature habituelle de leurs messages.

(2) Ibid., 460. Cf. p. 97.

(3) Ibid., 561.

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