‹ La religion dans HomèreChapitre 32 sur 64 · II., XVI · texte numérisé non relu

II., XVI

(2) Cf. /rf., IV, 380.

couvée, malgré les cris lamentables de la mère qui voltigeait autour. Le dragon, après avoir mangé les petits, la saisit elle-même par l'aile et la dévore à son tour. Toute la nichée détruite, le serpent fut aussitôt changé par Dieu en pierre. Les Grecs se demandaient avec épouvante ce que cela signifiait. Calchas leur expliqua le présage. Les neuf oiseaux symbolisaient neuf années durant lesquelles ils combattraient sous les murs de Troie. La dixième année, ils prendraient la ville (i).

Après des alternatives de succès et de revers, les Troyens assiégeaient, à leur tour, les Grecs dans leurs retranchements. Ils se croyaient sûrs du succès et voyaient déjà leurs adversaires contraints de se rembarquer et de prendre la fuite, quand ils aperçurent, planant dans les airs, vers leur gauche, un aigle qui tenait un serpent entre ses ongles. Le reptile se débattait désespérément. Il mordait son ennemi avec fureur. Vaincu par la douleur, l'aigle lâcha sa proie qui retomba vivante au milieu des Troyens. Polydamas y reconnut un signe de mauvais augure. Il engagea Hector à ne pas s'aventurer plus loin, car de même que l'aigle avait dû relaxer le dragon, sans avoir pu le porter jusqu'à son aire, afin d'en repaître ses petits, ainsi les Grecs l'obligeraient-ils

à renoncer à une entreprise qui lui coûterait inutilement beaucoup de monde. Il termina en disant :

« Ainsi en jugerait un augure habile à interpréter les signes, et les peuples lui obéiraient. » (i)

Hector ne voulut rien entendre. Son obstination lui devait être fatale. Il avait dit : « Le meilleur des augures, c'est de combattre pour sa patrie. » (2) Belle parole, certes, mais à la condition de ne pas aller à rencontre, comme ici, de cette volonté de Jupiter dont le héros pourtant disait faire sa règle. Il affichait son dédain pour les augures, en déclarant qu'il s'inquiétait fort peu que les oiseaux volassent à droite ou à gauche, du côté de l'Orient ou de l'Occident.

Précédemment, lors d'une trêve qui pouvait être la paix définitive, Jupiter, sur les instances de Junon, résolut de la rompre et il envoya Minerve près des belligérants, dans ce but. La déesse s'élança de l'Olympe, sous la forme d'une étoile dont la vue frappa tous les guerriers d'étonnement. Chacun disait à son voisin :

« C'est le combat funeste, la mêlée terrible qui va recommencer, à moins que Dieu ne réconcilie les deux partis, car, parmi les hommes, il est l'arbitre de la guerre, » (3)

(2) Ihid., 243.

Au fond, Troyens et Grecs ignoraient si ce présage était bon ou mauvais.

On sait que, la trêve rompue, le combat reprit avec plus de fureur qu'auparavant.

Un jour, au moment où allait avoir lieu un engagement terrible, Jupiter fit pleuvoir du ciel une rosée de sang, présage, observe le poète, des nombreux guerriers qui devaient descendre chez Pluton (i).

Pressés par la faim dans l'île de Thrinacie où les retenaient les vents contraires, les compagnons d'Ulysse, nous l'avons vu, profitant de son absence, avaient,malgré sa défense formelle, immolé les bœufs consacrés au soleil. Lorsqu'il revint près d'eux et qu'il vit ce qu'ils avaient fait, il les accabla de reproches, mais le mal était sans remède, suivant la remarque du héros (2). Du reste, ils durent le reconnaître euxmêmes, lorsque, pleins d'épouvante, ils virent les peaux de leurs victimes ramper et les chairs, crues ou cuites, meugler autour des broches.

Un jour que, dans son propre palais, ils s'apprêtaient à faire mourir Télémaque, les prétendants aperçurent, à leur gauche, un oiseau, c'était un

(2) Od., XII, 392.

aigle, qui tenait une colombe entre ses serres. Amphinome y vit un présage défavorable :

« Amis, dit-il à ses compagnons, notre projet ne peut réussir : la mort de Télémaque ; occupons-nous du festin. » (i)

X'éternuement était un heureux présage (2).

(1) Od.. XX, 245. Cf. p, 125.

(2)/(f., XVII, 541. Cf. p. 41

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