CHAPITRE VIII
Jupiter justicier
Jupiter n'est pas toujours le bon Jupin de La Fontaine.
Quand il lance sa foudre, ce n'est pas toujours sur des montagnes désertes, ainsi que le dit le bonhomme (i), ni dans l'unique but d'effrayer les coupables, sans leur vouloir autrement de mal.
Témoin Typhos que Dieu foudroya et qui gît toujours enseveli sous l'Etna.
Le poète rappelle cet épisode de la guerre des Dieux et des géants, mais il place ailleurs la tombe du vaincu.
« (Sous les pas des Grecs), la terre gémissait, comme lorsque Dieu, qui se plaît à lancer la foudre dans sa colère, fouette (2) la terre chez les Arimes,
(1) Cf. La fable Jupiter et les tonnerres, VIII, 20.
(2) î|Jlâ.(T5V|.
autour de la tombe de Typhos qui s'y trouve, diton. » (i)
Grecs et Troyens faisaient appel à la justice divine, quand, Ménélas et Paris étant sur le point d'en venir aux mains, ils priaient ainsi :
« Père Jupiter, celui des deux qui attira tous ces maux sur les deux nations, donne-lui de descendre mort dans le séjour de Pluton, et à nous de conclure un pacte d'amitié sincère. » (2)
Fort de la bonté de sa cause qui n'était que trop évidente, Ménélas adjurait Dieu de lui permettre de punir le perfide qui avait si outrageusement violé les lois de l'hospitalité, afin qu'il servît d'exemple aux générations futures (3). En même temps, il lançait un dard qui ne fit que déchirer la tunique de son adversaire, et brisait inutilement son épée sur son casque. Il se prit alors à douter de l'équité de Jupiter qu'il disait funeste entre tous les dieux, puisqu'il ne lui permettait pas de châtier un coupable (4).
Paris allait succomber cependant, lorsque Vénus l'enleva du champ clos pour le transporter à Ilion, dans son palais. Quelques instants plus tard, Agamemnon consolait son frère que Pandaros venait de
(3) Ihid., 3:il.
(4) Ihid,, o6li.
blesser, malgré la trêve et les serments, et lui expliquait à sa façon ce que Plutarque appellera les délais de la vengeance divine, en lui disant que si Dieu différait la punition du parjure, c'était pour la rendre plus terrible, plus exemplaire.
« Non, ce n'est pas en vain que le traité a été cimenté par le sang des agneaux, ni qu'ont été faites des libations sans mélange et donné des (poignées de) mains auxquelles nous nous étions fiés. Si le dieu de l'Olympe n'a pas agi aussitôt, il le fera plus tard, et ils paieront (le prix de leur parjure) sur leurs têtes, celles de leurs femmes et de leurs enfants. Car, j'en suis persuadé dans mon esprit et dans mon cœur, il viendra le jour où périra Ilion la sainte, ainsique Priametson peuple. Dieu... agiterasur eux tous sa ténébreuse égide, indigné de ce crime. Leur châtiment ne sera pas incomplet. » (i)
Puis, s'adressant aux soldats, il leur tint un langage analogue :
« Argiens, n'oubliez pas votre vaillance. Dieu ne prête pas assistance aux parjures. Ceux-là qui ont violé leurs serments, les vautours dévoreront leurs chairs, tandis que nous emmènerons leurs femmes et leurs enfants aimés dans nos vaisseaux, après avoir pris leur ville. » (2)