J., XIV
pour la guerre de Troie. Un jour qu'il leur demandait l'aumône, tandis qu'ils festoyaient à ses dépens, Antinoos lui jeta son escabeau à la tête. Ses compagnons lui reprochèrent sa brutalité :
<( Antinoos, lui dirent-ils, ce n'est pas bien de frapper ce pauvre mendiant. Insensé ! S'il était un dieu du ciel ! Car les dieux se rendent semblables à des hôtes étrangers, prenant toutes sortes de formes, parcourant ainsi les villes, afin de se rendre compte de l'iniquité des hommes ou de leur justice. » (i)
Ils étaient certainement les interprètes de l'opinion populaire qui voyait ainsi dans l'hôte, non seulement l'envoyé de Dieu, mais Dieu lui-même. r Qui ne se souvient de l'épisode de Philémon 1 et de Baucis que notre La Fontaine a si merveilleunJ sèment raconté, d'après Ovide ? Si nous voulons 1 sortir de la Fable pour entrer dans l'histoire, rappelons-nous les trois anges accueillis par Abraham sous sa tente. C'était Jahvé qui lui apparaissait ainsi : Appaniit autem ei Dominus (2).
Télémaque et Minerve, celle-ci sous les traits de Mentor, après avoir bu et mangé à la table de Nestor, parlaient de rentrer dans leur vaisseau
(1) Od., XVII, 483.
(2;Ge/i., XVIII, i.
pour y passer la nuit et ne pas incommoder leur hôte. Le vieux roi s'y opposa énergiquement :
« Puissent Jupiter et les autres dieux immortels empêcher cela, que vous me quittiez pour retourner sur votre navire, comme si vous étiez chez un loqueteux, un indigent qui n'aurait ni manteaux ni couvertures pour permettre à ses hôtes de dormir confortablement. » (i)
Il aurait cru offenser le ciel que de ne pas garder chez lui les étrangers qu'il lui envoyait. Cependant, il ne s'agissait pas de les retenir malgré eux ; aussi, Mentor pût-il, après avoir donné ses raisons, rejoindre son vaisseau.
Ménélas disait au même Télémaque, venu chez lui, mais qui désirait s'en retourner à Ithaque :
« Je ne te retiendrai pas davantage, puisque tu veux t'en aller. Je m'indignerais contre celui qui exagérerait l'hospitalité ou qui l'aurait à charge ; mieux vaut une sage mesure en tout. C'est également mal de renvoyer un hôte malgré lui, ou de le retenir quand il est pressé, » (2)
Ulysse adjurait Polyphème de l'épargner, ainsi que ses compagnons, réfugiés dans sa caverne et par cela même devenus ses hôtes.
(1) oj., m, -mck
(i) IJ., XV, 68.
« Respecte les dieux, lui disait-il ; nous sommes des suppliants. Jupiter hospitalier est le vengeur des suppliants et des hôtes, lui qui accompagne les étrangers dignes de respect. » (l)
Nous avons déjà vu cette belle conception du poète qui fait de Dieu le compagnon même de l'hôte.
Ce que nous remarquons ici, c'est le châtiment providentiel s'abattant aussitôt sur l'hôte qui méconnaît ses devoirs.
Nous savons la réponse brutale du Cyclope et comment Ulysse vengea ses compagnons en détruisant son œil unique (2). Le héros se considérait comme l'instrument de la colère divine.
« Insensé, lui cria-t-il de son vaisseau où le monstre le poursuivait, tu n'as pas craint de te repaître de tes hôtes, dans ta maison ! Jupiter t'a puni, ainsi que les autres dieux. » (3)
Polyphème était le fils de Neptune, qui ne put détourner cette punition.
Dans un récit fantaisiste, Ulysse racontait à Eumée son prétendu voyage en Egypte. Ses compagnons, après avoir fait une razzia, avaient été poursuivis par la population qui en massacra un grand nombre.