CHAPITRE XI
Les dieux distributeurs des biens de ce monde
Tout nous vient des dieux ; nous ne sommes plus à l'apprendre..
Au début de VJliade, nous assistons à la querelle d'Agamemnon et d'Achille qui ne ménageait pas l'insulte au grand roi. Celui-ci disait à Nestor qui s'efforçait d'apaiser les deux guerriers :
« Si les dieux lui ont donné la vaillance, lui donnèrent-ils le droit d'outrager? » (i)
Non, sans doute, les dieux n'autorisent personne à commettre l'injustice, pas même en paroles, à moins, toutefois, qu'ils n'épousent leurs querelles, et c'est précisément le cas ici ; mais alors il s'agissait d'empêcher un plus grand mal. Minerve, en effet, voulant détourner le bouillant Achille de tuer Aga-
memnon, lorsqu'il avait déjà le glaive levé, lui adressa ces paroles :
« Allons, cesse cette querelle, point d'épée à la main ; cependant, prononce des paroles insultantes, comme il te plaira. » (i)
Achille ne s'en fit pas faute, on le voit ; mais il remit son épée au fourreau : c'était tout ce que voulait la déesse.
Si les dieux distribuent leurs dons aux hommes, ils le font avec mesure. « Ils ne leur donnent pas tout à la fois », suivant la parole de Nestor (2).
C'était aussi le sentiment d'Ulysse :
« Aux uns ils refusent la beauté, à d'autres la sagesse ou l'éloquence. » (3)
Virgile dira, dans un autre ordre d'idées : Nec vero tcrrœ ferre omnes omnia possunt (4).
Les hommes ne sont guère que des instruments aux mains des dieux. Hector, partant pour le champ de bataille, disait à Hélène, en prenant congé d'elle :
« J'ignore si je dois revenir auprès des miens ou
(1) Ibid., 210.