XIX
(2) /rf., XXI, 27.3.
pitié et leur envoya Mercure pour les conduire à la tente du héros (i).
Cette compassion de Jupiter, nous la retrouvons partout, bien que toutefois ce ne soit point sur ce trait de son caractère que le poète appuie de préférence.
Ulysse racontait que, nouvellement débarqué dans l'île de Circé, pendant qu'il allait à la découverte, un dieu, dans sa pitié, lui fit rencontrer un cerf qu'il abattit d'une flèche, ce qui lui permit d'apaiser sa faim et celle de ses compagnons (2).
Le chef des bouviers, Philétios, ne reconnut pas son maître, lui non plus, dans ce mendiant dont toutefois l'allure, le maintien lui semblait d'un roi et lui rappelait dès lors l'absent. Il dit en s'approchant de l'inconnu :
« Salut, étranger mon père ! Sois plus heureux à l'avenir, car aujourd'hui tu es en proie à bien des maux. O père Jupiter ! nul dieu n'est plus funeste que toi, car tu n'as point pitié des hommes que tu as engendrés toi-même. En voyant cet étranger qui me fait souvenir d'Ulysse, mes yeux s'emplissent de larmes. » (3)
(2) Od., X, 157. Cf. suprh, 179.
Le fidèle pâtre se méfiait sans motif de cette commisération de Jupiter.
On voit le dieu s'apitoyer, non seulement sur un homme, mais encore sur de simples animaux.
Les chevaux d'Achille, à l'écart de la mêlée, pleuraient la mort de Patrocle, leur conducteur habituel, et refusaient d'obéir à Automédon. Jupiter, dans sa pitié pour eux, dit en son âme, toujours en secouant la tête :
« Malheureux, pourquoi vous avoir donnés à Pelée, à un mortel, vous qui ne devez ni vieillir, ni mourir? Est-ce pour que vous preniez part aux douleurs des hommes infortunés ? Car il n'est aucun être de plus à plaindre que l'homme, parmi tous ceux qui sur la terre respirent et se meuvent. » (i)
Ce sentiment, le dieu l'étendit jusqu'aux grenouilles, s'il faut s'en rapporter à l'auteur de la Batrachomyomachte, et certes, il n'y a là rien qui doive nous surprendre.
Le poète donc nous raconte plaisamment que le rat Méridarpax, à la tête de ses légions, menaçait de détruire la race des grenouilles. Jupiter eut pitié des pauvrettes.
Mars alors le décida à lancer sa foudre, ce qu'il fit,
(1) //., XVII, 443. Cf. ^«., XI, 90.
mais sans pouvoir arrêter la marche de l'armée victorieuse, ni le massacre des infortunés batraciens. Dans sa compassion pour eux, le dieu leur envoya des auxiliaires qui mirent en fuite les rats : ce furent des écrevisses (i).
(1) 271 etsuiv.