W., XIV
(3) ïhld., 93.
(4) On se souvient que Télémaque était fils unique. Cf. p, IkX^.
autant). Si les dieux s'y opposent, je vous invite à vous tenir tranquilles. » (i)
Les misérables, cependant, poursuivaient leur criminel dessein. L'un d'eux, Eurymaque, pour endormir la vigilance maternelle, parlait ainsi :
« Fille d'Icare, prudente Pénélope, rassure-toi, chasse ces préoccupations de ton esprit. Il n'est, il ne sera, il n'existe personne qui portera la main sur ton fils, moi vivant. Car, je le jure, et cela s'accomplirait : son sang noir ne tarderait pas à couler sous ma javeline. Ulysse, autrefois, m'assit souvent sur ses genoux pour me rassasier de viandes rôties et me faire boire du vin. Aussi Télémaque m'est-il de beaucoup le plus cher de tous les hommes. Il n'a donc pas à craindre la mort de la part des prétendants; celle qui vient des dieux ne saurait être évitée, » (2)
Télémaque, répondant aux conseils anxieux d'Eumée :
« Va, lui dit-il, j'aurai soin de tout cela et les immortels aussi. » (3)
Lorsqu'elle reconnut Ulysse jà sa blessure, Eury-
(1) Od., XVI, 400.
(2) Ibid., 435.
(3) Id., XVII, 601.
clée, sa vieille nourrice, lui fit part de ses appréhensions.
« Garde le silence, lui dit le héros, aie confiance aux dieux. » (i)
Afin de les sonder sur leurs intentions, Ulysse demanda au porcher et au bouvier, qui ne le reconnaissaient point sous son accoutrement de loqueteux :
« Seriez-vous prêts à seconder Ulysse, s'il revenait soudain et qu'un dieu le ramenât ? » (2)
Eumée et Philétios protestèrent de leur dévouement pour leur maître bien-aimé. ,
« Père Jupiter, s'écria Philétios, puisses-tu exaucer mon vœu ! Oui, qu'il vienne, ce héros, que le démon le ramène, et tu apprendras, (ô étranger), ce que peuvent mes bras! » (3)
Eumée, de même, adjura tous les dieux de ramener Ulysse qui se fit alors connaître de ses fidèles serviteurs. Quelques instants plus tard, le héros manifesta le désir de prendre dans ses mains l'arc que les prétendants avaient essayé, mais en vain, de bander. Pour expliquer leur échec, ils avaient prétexté que c'était la fête d'Apollon, et avaient remis la partie
(1) Od., XIX, 503.
(2) Ici., XXI, 19o.
(3) Ibid., 201.
au lendemain, après le sacrifice qu'ils se proposaient de faire au dieu des archers (i).
Ulysse leur rappela la parole d'Antinoos qui avait conseillé de laisser reposer l'arc et de s'en remettre aux dieux.
« Demain, ajouta-t-il, le dieu donnera la victoire à qui bon lui semblera; mais, allons, confiez-moi ce bel arc pour que j'essaye, en votre présence, la vigueur de mes bras. » (2)
Les prétendants ne lui répondirent que par des injures, car ils craignaient de le voir réussir.
Eumée, cependant, prit l'arc pour le porter à son maître. Ils éclatèrent alors en menaces :
« Où portes-tu cette arme, misérable porcher, vagabond? Bientôt les chiens te dévoreront, près des pourceaux commis à ta garde, si Apollon nous est propice, ainsi que les autres dieux. » (3)
On sait ce qui arriva le lendemain.
Euryclée venait d'apprendre à Pénélope le retour d'Ulysse et le massacre des prétendants :
« Chère nourrice, répond l'épouse du héros, ne te réjouis donc pas, en riant ainsi. Tu sais avec quel bonheur nous le reverrions dans son palais, moi surtout et le fils que nous avons enfanté. Mais ce
(1) Cf. ibid., 258.
(2) Ibid., 280.
(3) Ibid., 362.
que tu dis là n'est pas vraisemblable. C'est quelqu'un des immortels qui a tué les prétendants, indigné de leur insolence et de leurs odieux excès. » (i)
Et comme la vieille servante insistait, elle reprit :
« Nourrice aimée, il t'est malaisé de pénétrer les desseins des dieux, malgré ta grande expérience. » (2)
Ulysse lui-même vint se heurter à la même incrédulité. C'est alors qu'il parla de particularités connues de tous deux seulement. Ce qui entraîna la conviction de son épouse, ce fut les détails qu'il donna du lit fabriqué par lui-même, « lit qu'un dieu seul eût pu déplacer aisément, s'il l'eût voulu y>, dit-il (3).
Dans les enfers Amphimédon expliquait à Agamemnon comment Ulysse et Télémaque avaient eu facilement raison de lui et de ses compagnons nombreux. Un dieu était venu au secours des deux héros (4).
Tels sont quelques-uns des passages multiples oti il est question de la volonté et de la providence divine en général. Dans le paragraphe suivant, je
(1) Od., XXIII, 59.
(2) îbid., 81.
(3) Cf. Ibid., 186.
(4) 7c/., XXIV, iS2.
traiterai plus spécialement de Jupiter, à ce double point de vue (i).
Jupiter
Rien ne se fait sans la permission divine. Agamemnon était convaincu de cette vérité, lorsqu'après avoir promis à Achille des présents triples et quadruples, en échange de Briséis, il ajoutait : « Pourvu que Jupiter nous donne de détruire Ilion î » (2)
Le même disait, un jour, à ses compagnons, après avoir reçu une blessure qui le mettait hors de combat:
« Amis, c'est à vous maintenant d'écarter des vaisseaux la terrible mêlée, puisque Jupiter ne me permet pas de lutter contre les Troyens, la journée entière. » (3)
Idoménée, lui aussi, attribuait tout à Jupiter. Il disait à Neptune qui lui était apparu sous les traits de Thoas, le fils d'Andrémon, et l'excitait à combattre :
« O Thoas, il faut que cela plaise au tout-puissant
(1) Cf. l'hymne à Apollon, 484, et la Batrachomyornachie, 168, passages que je n'ai pas cru devoir utiliser.