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CHAPITRE UNIQUE

Les Dieux et la Nature

Les dieux, en général

UOdyssée seule parle de l'empire exercé par les dieux, en général, ou la divinité, sur la nature, et encore bien rarement. Le plus souvent, il n'y est question que du seul Jupiter, exclusivement donné par V Iliade comme le maître des éléments.

Protée racontait à Ménélas comment les Grecs avaient été contrariés par les vents à leur retour de Troie. Mais les dieux avaient enfin changé leur direction et ils purent regagner leur patrie (i).

Télémaque, de même, disait à sa mère, après son voyage de Pylos :

« Les immortels m'envoyèrent une brise favo-

(1) Od., IV, b20.

— 3io —

rable et me ramenèrent vite dans ma chère patrie. » (i)

A Calypso qui, afin de le décider à rester près d'elle, lui dépeignait les dangers qu'il devait affronter pour retourner à Ithaque, Ulysse répondait :

« Si quelqu'un des dieux me fait faire naufrage au milieu de la mer, je le supporterai, car j'ai dans la poitrine un cœur endurci aux souffrances. » (2)

Enfin, le héros racontait à Alcinoos comment, aux approches de l'île des Sirènes, le Sat'acov avait endormi les flots (3).

Jupiter et la Nature

Jupiter est le dieu aux noires nuées (4).

Le poète compare les Grecs, qui attendaient de pied ferme l'ennemi, aux nuages que Jupiter, par un temps calme, arrête sur les pics des montagnes, quand dort la fougue de Borée et des autres vents impétueux (5).

(1) Id., XVII, -148.

(2) Id., V, 221.

(3) Id., XII, 169.

(5) Id., V, 522.

— 3ii —

Ailleurs, lorsqu'ils éteignent le feu qui déjà consumait leurs navires, au milieu d'une épaisse fumée, il rappelle les nues sombres chassées par le dieu des hauts sommets, et qui dissipées permettent aux cimes qu'elles enténébraient de paraître de nouveau dans toute leur splendeur (i).

Les Grecs, cependant, reprennent l'offensive et se précipitent sur les assaillants.

« Tel sort de l'Olympe, pour se répandre dans le ciel et troubler la sérénité de l'air, le nuage orageux suscité par Jupiter. » (2)

Surpris par la tempête au milieu de la mer, Ulysse s'écriait en gémissant :

« De quelles nues Jupiter enveloppe le vaste ciel et comme il agite les flots ! » (3)

Il l'appelle, plus loin, d'une épithète qui fera fortune, entasse-nuages, et il parle encore des nuées dont il couvre à la fois la terre et la mer, ainsi que des vents qu'il déchaîne (4).

L'Eurus et le Notus sont dits parfois sortir des nuages de Jupiter (5) que, le plus souvent, au contraire, ils chassent devant eux.

(2) Ihid., 364.

(3) OJ., V, 303.

Le dieu des nuées ne peut manquer d'être celui des averses.

Diomède se ruant sur les bataillons ennemis qu'il rompt et disperse, c'est le torrent qui, grossi par les pluies de Jupiter, renverse tout sur son passage (l).

Nous savons que les Grecs ayant négligé d'offrir aux dieux les hécatombes accoutumées, quand ils bâtirent un rempart sur la rive troyenne pour protéger leurs vaisseaux tirés à sec, suivant la coutume, tout le ciel, pour ainsi dire, conjura sa perte. Jupiter, pour sa part, alors que d'autres détournaient des torrents, plut sans cesse, afin de hâter sa ruine (2).

Cette expression u£ Zsùç répond exactement à notre Il pleut. Il, c'est-à-dire Dieu. Dans \ Odyssée, nous lisons que Jupiter plut toute la nuit (3). Cela rappelle le distique virgilien :

Nocte pluit toiâ, redeunt spectacuîa mane : Divisum imperium cum Jove Cœsar habet.

Polyphème, dégustant le vin de Maron que lui présentait Ulysse, n'osait lui comparer celui de ses

(2) Id., XII, 25.

(3) Od., XIV, 457.

propres vignes que pourtant la pluie de Jupiter rendait fécondes (i).

Le poète représente les deux armées grecque et troyenne s'accablant à l'envi d'une grêle de pierres et, sans doute aussi, de toutes sortes de projectiles. Il emploie ici une comparaison de la même nature que les précédentes, mais plus développée.

« Ainsi tombent d'épais flocons de neige, un jour d'hiver, quand Jupiter a résolu d'accabler les humains de ses traits. Il calme les vents. !1 neige sans cesse, au point de recouvrir les sommets des hautes montagnes, les promontoires élevés, les plaines fleuries et les gras labours. (Dieu) répand aussi la neige sur la mer (déjà) blanche (d'écume), dans les ports, sur les rivages ; mais le flot montant la fait disparaître ; tout le reste est efiacé par les frimas de Jupiter. » (2)

Achille et ses compagnons, s'élançant impétueux dans la plaine, pour venger Patrocle, sont comparés aux flocons de neige glacée que répand Jupiter sous le souflle du vent du nord (3).

Dans une courte épigramme qui lui est attribuée, Homère parle du plaisir qu'il y a à sentir la

(1) Od., IX, 358.

(3) /cf., XIX, 357,

chaleur réconfortante d'un feu bien allumé, lorsque neige, dans un jour d'hiver, le fils de Saturne (i).

Maître de la pluie et de la neige, Jupiter l'est aussi des vents.

Les Troyens se sentaient épuisés par la lutte, quand leur apparut Hector avec Paris : « Ainsi, Dieu envoie une brise favorable aux nautoniers qui la désirent, car ils sont fatigués de ramer. » (2)

Contrainte par Jupiter à laisser partir Ulysse, Calypso l'engage à construire un radeau. Ulysse crut à un piège de sa part, attendu qu'il ne voyait pas la possibilité d'effectuer sur un radeau une traversée qu'on ose à peine affronter avec de solides navires, fussent-ils favorisés d'une brise par Jupiter (3).

Au cours du récit de ses aventures, Eumée dit à son maître :

« Nous nous embarquons ; Jupiter nous envoie un vent favorable. » (4)

Dans l'hymne à Apollon, il est aussi question du navire des Cretois que pousse le souffle de

(1) Etç oly.ov Twv aipâtoptov: A une maison de confrères.

(3) Od., V, 176.

(4) Id., XV, 475.

Jupiter (i), et du zéphire que le dieu tient à sa discrétion (2).

Il n'y a cependant pas que les brises de cette sorte qui soient à la disposition de Jupiter : les tempêtes, les ouragans sont aussi soumis à sa Tolonté.

Le poète, de son pinceau magique, nous représente la mer, immobile dans l'attente des vents impétueux, qui ne roule plus d'aucun côté ses flots silencieux et noirâtres, jusqu'à ce que descende de Jupiter le souffle redouté (3).

Nestor racontait à Télémaque comment le dieu, méditant pour Ménélas une traversée pénible, à son retour de Troie, déchaîna sur son navire la fougue des vents (4).

Ulysse, lui aussi, parlait de l'horrible tempête qui avait assailli sa flotte, Jupiter, assembleur de nuages, ayant suscité le souffle de Borée (5).

Agamemnon qu'Egisthe venait d'assassiner, à l'instigation de Clytemnestre, son adultère épouse, rencontra tout d'abord Achille, à sa descente au pays des ombres.

(2) Ibid., 433.

(4) Od., III, 288,

(5) Id., IX, 67.

Les deux héros s'abordèrent. Agamemnon dit à son ancien compagnon la lutte acharnée qui s'engagea autour de son corps.

« Nous combattîmes tout le jour, et cette bataille n'eût point fini, si Jupiter ne l'eût fait cesser par une tempête. » (i)

Observons que Jupiter ne se réserva point le monopole exclusif des vents et des cyclones. Nous savons qu'il établit Eole leur chef (2), mais à la condition, toutefois, de ne les déchaîner ou les retenir dans son antre qu'avec son autorisation, sous son contrôle.

Neptune, lui aussi, exerça quelque maîtrise au moins sur les vents de mer (3). Je ne crois pas toutefois qu'il eût osé, dans Homère, prononcer le fier qiios ego à lui prêté par Virgile (4). De fait, il ne l'y prononça jamais.

Le poète compare l'éclat des cuirasses d'airain à \ éclair de Jupiter (5).

Ailleurs, il dit de Jupiter qu'il aime à lancer la foudre (6), aussi bien qu'à déchaîner les tempêtes.

(1) Or/., XXIV, 41.

(2) /d., X, in initio.

(3) Id., III, 182.

(5) //., X, lb3.

(6) Id,, XII, 252. Zeùç TepTrtxspauvo;.

C'est le dieu à qui appartient le tonnerre, dont il dispose dès lors à sa guise, ainsi que des vents (i).

Hector tombe frappé par Ajax d'une pierre ; il est dit pareil au chêne renversé par la foudre de Jupiter qui laisse après soi une forte odeur de soufre (2).

Si Dieu peut soulever les flots avec les vents, il les apaise de même à son gré (3). La mer est soumise à ses lois, comme le reste de la nature.

Grecs et Troyens s'avançant les uns contre les autres, le choc des deux armées retentit, nous dit-on, jusqu'à l'éther, jusqu'aux splendeurs de Jupiter (4), c'est-à-dire, sans doute, jusqu'au soleil.

Les années, les jours, les heures : le temps, en un mot, appartient à Jupiter, de même que l'espace et tout ce qu'il renferme.

Agamemnon, désespérant de s'emparer d'Ilion, parlait de la longueur du siège qui durait déjà depuis neuf années de Jupiter (b).

Ulysse racontait aux Phéaciens qu'il avait été retenu par un ouragan dans l'île du Soleil, oii

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