CHAPITRE IX
La théologie positive des Puritains.
« yuanil les matelots descendi- j rent, et le secouèrent, et crièreol:
« Debout, dormeur! Qui es-tu?», alors il s*éveilla de son sommeil. » ;
Th. Hooker. ;
Les Américains traitent volontiers leurs ancêtres de théologiens, et leur xvii® siècle ne leur semble guère moins lointain qu'à nous notre moyen âge : pourtant les Puritains d'Amérique, élevés dans les écoles anglaises, en avaient gardé le vocabulaire et le style plutôt que Tesprit : la scolastique chez eux n'est qu'à la surface, le fond est tout action et tout vie.
Le plus puissant de leurs ministres fut John Cotton, mais ceux dont les écrits durèrent furent Thomas Hooker et Thomas Shepard ; ce fut de Shepard que le grand théologien du xv!!!*" siècle, Jonathan Edwards, reçut en partie sa doctrine.
Hooker et Shepard, sans avoir jamais mené toute la colonie comme Gotton, furent comme lui des hommes d'Etat, et de la chaire firent une tribune. Hooker, débarqué en 1633, mena en 1636 son église
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dans le désert du Conneclicut, si proche alors des confins du monde que là devait, avoir lieu, disaiUon, la luUosuprOmcconlrerAnte-Christ, Il en fut, dil l'historien Tyler, « le prfitre ol le roi » ; « il avait cet air de sainteté el de royauté à la fois, ce g<;nie doux et invincible des prophètes hébreux. » « C'était un homme, dit un contemporain, qui, quand il accomplissait l'œuvre de son Maître, aurait mis un roi dans sa poche. >i Dans son sermon du 31 mai 1638, il posa les a lois fondamentales n qui devinrent, l'année d'après, la constitution du Conneclicut: c'était « la première fois qu'on proclamait un droit antérieur à toute charte cl ii tout gouvernement préétabli, un droit primitif et souverain du peuple lui-merac ». Hooker et Slicpard eurent lo sens de ce qu'il fallait .'i la colonie pour ètro quelque chose de nouveau dans le monde : quand les Puritains d'Angleterre, en 16i3, invitèrent ceux d'Amérique à un Synode, Hooker, défiant des débats vains et de rinfluence étrangère, détourna ses collègues de s'y rendre, et dit « qu'il n'y avait pas là de quoi leur faire faire trois raille tieues ". Shepard, inspirateur et premier directeur de Harvard Collège, alTranchit par là l'Amérique de l'Angleterre, intellectuellement; la colonie put former elle-même son élite, et si pendan plus d'un siècle les pasteurs venus d'Europe ne cessèrent de la troubler et d'en menacer l'esprit, elle fui, grâce au collège fondé par Shepard, de force à les réprimer et à les assimiler à la fin. Ce fut lui qui, dans les dures années d'après 16W, obtint de beaucoup de familles que chacune donnât u le quart d'un boisseau de maïs, ou quelque chose d'équivalent, pour le support des étudiants pauvres de Harvard «. y I Les grands prédicateurs puritains ne se servent a ^
cioginc que pour la direction de conscience, et de la direction de conscience que pour le gouvememenl. Les écrits de Hooker sont « un corps de religion noa doctrinaire mais expérimentale ». C'est de la psychologie pratique. « Le plus violent système de théologie calviniste, dit son biographe Walker, est partout sous-entendu, mais il n'est jamais un but. » C'est que les pasteurs, comme les Synodes, s'abstiennent de mettre le dogme en question; ils l'ont apporté tout fait d'Europe, en même temps que les premiers instruments de travail; c'est une partie du premier fonds de la colonie, et tout de suite, tel qu'ils l'ont sous la main, ils s'en font un outil, un levier, n'ayant ni le loisir ni l'idée de le reforger.
Aussi ne prennent-ils le dogme que par le bout k plus massif, quelquefois le plus grossier, toujours le plus puissant. Ils le mettent brûlant et fumant souî les fidèles. Ils ne discutent pas; leur parole est um peinture; elle fait voir l'invisible, et en faisant voii fait agir. Loin de se complaire à l'insaisissable comm< tel, ils en font, dès qu'ils y touchent, quelque chosi qui tombe sous les sens. Ils ont un peu de la manièn de Durer, qui trace les monstres de l'Apocalypse d'ui crayon aussi ferme qu'il copierait un cheval, et devan les œuvres de qui la croyance n'est que vision. D( plus, ce qu'ils dressent comme des réalités, ce son moins les mystères de l'au-delà que les mystères d( l'ûme ; ils font de la psychologie apocalyptique, ci sont les Diirer de la direction morale. De quel pinceai Hooker allume dans l'ûme invisible un enfer visible Ici tout l'enfer ne lui sert qu'à suggérer le dedans d l'àme : « Supposez qu'une âme, ici, ici-même, voi les damnés de l'enfer, que le Seigneur ouvre un peii
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trou par où plonger clans l'enfer, et que vous voyiez l'horreur de ces damnés, et que votre âme se mette à trembler; figurez-vous ce que les damnés soufl'rent dans l'enfçr, et votre cœur frissonnera et tremblera : eh bien, le moindre des péchés que vous ayez Jamais commis est un plus grand mal que les supplices des damnés dans l'enfer. » « Pas de charogne dans une fosse dont l'odeur répugne plus aux narines de l'hommo que les œuvres de l'homme naturel ne répugnent aux narines du Tout-Puissant.... Vous Pies au pouvoir du démon. Il en est de vous comme d'une bête morte : tous les oiseaux mangeurs de cadavres fondent dessus, toute la vile vermine s'y repaît et y rampe; il en est de même de toutes les pauvres créatures naturelles, charnelles : une troupe de dénions, comme des oiseaux de proie, fondent sur le cœur, et toutes les viles passions s'y traînent et s'y repaissent. » » Christ ne peut que prendre en mauvaise part que vous donniez au diable la Heur de votre âge, h lui la part décrépite et infirme de votre vie; que le diable suce la moelle de votre fraîcheur, et que Dieu n'ait que la carcasse, une télé chauve, un œil trouble, un corps chancelant. » Ce n'est pas là de la théologie, c'est de la fresque, à moins que ce ne soit de l'imagerie. C'est presque de la suggestion ; à coups d'images le prêcheur met de force sa volonté en chacun de ceux qui l'écoutent. « Quand un pauvre voyageur vient au bac, il crie vers l'autre rive : Passez-moi I Passez-moi I Christ est dans le ciel, nous sommes sur la terre, de ce côté-ci de la rive ; le règlement de Dieu a fixé fe nombre des barques pour nous Iraosporter au ciel : passez-moi! passez-moi I crie 'Ame. L'âme veut débarquer au pied des escaliers de
merci, eldil : Oh! menez-moi parler àmon Sauveur!» Il s'agit de prendre bon gré mal gré l'auditeur, de le renverser, et de l'entraîner au courant de sa pensée dans le sens où on veut qu'il aille. Un sermon est un martelage.
Les pasleurs puritains eux-mêmes ont fait la théorie
de leur éloquence d'action. Pour eux un sermon
n'existe que par son effet. « La parole, dit Hooker, esl
comme un glaive. Si on tire un glaive pour le brandir
sans frapper, on ne fait pas de mal : les ministres,
eux, ne font pas de bien, s'ils se contentent de lirei
le glaive de l'esprit : il faut qu'ils en mettent la poinli
au cœur de chaque homme pris à part. La prédicalioi
qui s'adresse à tous, quand le ministre plane au liea
de prendre les fidèles un à un pour leur appliquera
parole de Dieu, est comme le bruit confus qui se
faisait, au début de l'orage, dans le bateau de Jonas:
les matelots peinaient de toutes leurs forces, criaient
vers leurs dieux, jetaient leurs biens à la mer, et
Jonas pendant ce temps dormait d'un profond sonh
meil dans la cale; mais quand les matelots descendi*^
rent, et le secouèrent, et crièrent : Debout, dorj
meur! Qui es-tu? Prie Ion Dieu! Alors il s'éveilll|
de son sommeil. La parole sainte, prêchée ei
général, est comme ce bruit confus : il est queslioi
de ciel, d'enfer, de grâce, de péché, et tout ce temp^
là les hommes sont assis et dorment sans souci!
mais quand viennent les personnalités, qui secouei
un pécheur comme le pilote secoua Jonas, quand
lui demande : quel gage as-tu de la merci de Diei
Quel espoir de pardon? De vie éternelle? Tu es baj
tisé? beaucoup le furent qui sont en enfer. Tu vif
à i'église? beaucoup y nyut^wI cyui sont en enfe
lA rmtauKm fusdite ne: wcssoêj^ i^st
id les ministres de Itieo font tranhler, Alors^ on Qence à s'émouroir^ éL à médiler sa condiiiiin. • prédicateur est pour Hooker un soldat aT^^* le s, c'est pour Sbepard un bûcheron avec la 3 : « Les consolations de rÉvancîle, senies 16 les friandises du siècle sur la table de la prôion, peuvent avoir du piquant et de la saveur^ ol un peu de bien quand on est déjà humilié et Tti : mais si Ton n^emploie en même temps la 5 et la cognée, pour saper et briser ce siècle mx, inégal, hardi quoique pratiquant, je suis u'on n'obtiendra d'autre effet et d'autre fruil 'hypocrisie. » Comme Hooker, Shepanl prend nés de force une par une : « Ce fut, écrit son sseur, un terrible sermon de M. Shepard qui veilla. Ses remarques me terrifièrent. Je suppliai
de me prendre en merci Jamais presque il
êcha que l'un ou Tautre de ses fidèles ne fiM le détresse et ne criât désespéré : Que faire pour auvé? » Chacun de ses sermons, avant de conun des fidèles, créait en lui-même comme une rsion; il les achevait le samedi avanl deux s, pour passer le reste du jour dans la prière et rmes. « Il y a trois choses que je puis dire, "a-t-il sur son lit de mort : c'est que l'étude; de, le sermon m'a coûté des larmes; qu'avant de er un sermon, j'en retirais du fruit moi-m^fiie; e je suis toujours monté en chaire comme ni s rendre compte à mon Maître. /^ grand dogme, et presque le seul dogme, 4'^, lîns- celui dont on se bervait ^y^mme du g);^ive La bacbe. c était celui de la îrr^*,^. ou de ht pr^latk/D- Sainte-beuve remarque, di^u*t w/#i l'^/fl-
Royal, que tous les chrétiens réformateurs, luthériens, calvinistes, jansénistes ou méthodistes, quoique forcés de proclamer la liberté d'examen, ont nié là liberté morale. « Dès qu'on prétend, dit-il, régénérer le Christ et redresser la croix dans toute sa hauteur, il est presque impossible de ne pas revenir à renforcer dans les esprits Tidée de la chute, la corruption originelle, Tabîme du péché, et par conséquent de ne pas attaquer et humilier la soi-disant liberté morale de rhomme naturel. » Ce que dit Sainte-Beuve est plus juste des Puritains d'Angleterre que des Puritains d'Amérique : ceux-ci se souciaient peu de restaurer saint Augustin et s'ils aimaient à se régler sur l'Église primitive, c'était pour les mœurs, non pour la doctrine : ils n'ont pas choisi le dogme de la grâce, ils l'ont reçu des Puritains anglais; et si leurs prédicateurs s'en servent, c'est parce qu'ils l'ont sous la main, de même que leurs premiers colons débarquent dans leur fort les canons de leur bateau.
On s'étonne que des gens de volonté comme les Américains aient nié la liberté, qu'ils aient cru à la prédestination avec Jonathan Edwards, à la fatalité avec Emerson; la doctrine de la grâce ne semble pas, a priori, une doctrine d'action. Mais en fait, dans l'histoire, le parti de la grâce a partout été le plus intrépide : c'est une idée qui ne permet pas d'étal médiocre : on est un saint par effroi de se découvril un réprouvé; la réprobation étant sans retour, toute crainte sur son état présent est une crainte sur son état éternel ; douter un moment de la grâce en soi même, c'est douter de sa propre éternité. L'homnM moyen s'aperçoit, souvent, que sa conduite ea^ médiocre, et comme il croit à son libre-arbitre, i
LA THÉOLOfltE POSITIVE DES PPniTArNS R5
se proposede se réformer; s'il s'inquiète Heses défaillances, il se rassure par l'espoir de les corriger peu à peu; il se complaît à imaginer sa vertu future, et les mois, les années passent, dans celte douce confiance qu'il garde, de pouvoir loujoiirs se transformer. Mais s'il croil sa sentence arrêtée d'avance, il ne voit pas de raison pour que le moment de sa mort soit autre que ses moments actuels : l'instant présent lui apparaît comme l'image, comme le sif^çne, comme le résumé de tous les instants à venir. Dans chacun de ses étals il lit sa destinée tout entière. Chacune de ses minutes le juge. La doctrine du libre-arLilre a pour effet de remettre sans cesse au lendemain la réforme de soi-même; la docirinc de la fatalité, dés qu'elle est présente à l'flme, la change par sa seule présence; le senlimenl d'être à Jamais ce qu'on esL maintenant opère de lui-même et lout d'un coup. Ce sont ces mouvements prompts que veut l'homme d'action; rien ne l'exaspère comme les retarda et les délais. Les pasteurs de la Nouvelle-Angleterre se sont surtout servis du dogme de la grâce pour brusquer et hâter l'ârac. Il leur a valu à eux-mêmes un peu de la décision que le fatalisme donne aux grands hommes d'action : llookcr avait en lui et en sa fortune une foi césarienne. Lors de sa fuite d'Angleterre, des .policiers le suivaient de près vers la côte : son domestique effrayé lui dil ; « Que ferons-nous si le vent n'est pas bon quand nous arriverons au vais.seau? « — ' « Frère, dit Hooker, laissons ce soin à celui qui a les [ ?enls dans le creux de sa main. » Et on remarqua que quoique le vent eût été contraire, dès que Hooker eot mis le pied à bord la brise tourna et les persécuteurs « restèrent haletants et déjoués sur la côte ■
La prédication de la grâce est une mesure de salut public. Dans les plantations puritaines, la direction spirituelle se confond avec la direction politique. Shepard a un peu de la manière de Saint-Cyran, mais, par les mêmes méthodes, le Janséniste gouvernait un couvent, et le Puritain gouverne une colonie. On se rappelle M. de Saint-Cyran repoussant du confessionnal la sœur Angélique, et lui ravageant Tâme par ses refus avant de faire d'elle sa fille spirituelle : - Shepard fit passer par une épreuve pareille les Puritains de Dorchestcr. Ils voulaient se constituer en Église : Shepard au Concile fit rejeter leur demande et leur écrivit : « Ç*a été triste pour nous de remettre à plus tard votre groupement, mais quelle douceur au bout de votre attente!.... David avait grande envie de bûtir le temple, et se soumit au sombre message du prophète, que son fils et non lui devait le bâtir.... Si vos gens sont sincères, ce refus les fera plus humbles, et leur fera fouiller leur cœur de plus près; sinon, il les fera fiers, violents, insoumis, ce qui, je crois, est loin de leur esprit, ou il leur fera peu de bien et aura peu d'eflet, ce qui serait le signe de peu ou point de grâce. » C'était là de la rigueur morale, mais c'était aussi de la sagesse politique : une Église était une communauté; une mauvaise Église devenait un danger civil : « Ainsi, dit Shepard, ceux-là auront moins hâte d'entreprendre une telle œuvre, qui s'y trouveraient impropres : il n'appartient pas à tous les gens pieux de poser les fondements d'une Église:, beaucoup ont des bizarreries d'humeur qui risquent de ruiner l'édifice. » Les signes de la grâce étaient ■ aussi les marques de la vertu sociale, et le gage de l'ordre. « Que vos frères ne se découragent pas,
LA THE:OLOGIE positive DBS PURITAINS f
ajoule-l-il; qu'ils exatnmenl mieux les marques ( la grftce, humilient leurs Ames, aient plus soif du temple de Dieu après en avoir élu privés pour un temps comme David; puis, venez de Tavanl à nouveau, avec vos lampes mouchées, vos lampes flambantes, et vos vêlements de noces, au-devant du fiancé ». Tant de rigueur ne déplaisait pas aux rudes imaginations des colons, et les gens de Dorchester répondirent par cette lettre : « Béni soit le nom du Seigneur, qui mit dans vos cœurs et dans vos bouches le langage dont vous vous files servis envers nous; car nous voyons maintenant notre indignilé,... Si les Gîbbéonites furent faits scieurs de bois et porteurs d'eau, pour avoir induit Israël, par leurs dehors, à s'allier à eux, sans être les hommes qu'ils semblaient être, tout ce que nous méritons est d'èlre scieurs de bois, etc.. [xic], au profitde vos Églises, puisquenous avons tenté de nous allier fi elles, sans en être dignes. « Au mois d'août suivant, l'Église de Dorchester fut formée et reconnue par les autres.
La pensée de la prédestina lion aide surtout aux œuvres lentes, où à la longue c'est l'endurance qui décide du triomphe. Quand l'homme est en face de forces contre lesquelles il ne peut rien, le secret du succès est moins dans l'cfTort que dans la patience : celui qui surnage est celui qui a attendu le reflux de la fortuue; Bonaparte à Marengo, quand tout semblait perdu, se promena de long en large, sans donner d'ordres, mais sans commander la retraite. L'attente est ce qui démoralise le plus les colons comme les soldais; ce qui du^courage, alors, esl de se rien pouvoir ; mais si l'on croit que jamais on ne peut rien, parce que c'est toujours Dieu qui peut
LA RELIGION DANS lA BOCIBI loul, l'énervcnieiit de l'allenLe cesse, parce que sous sa propre inaction on pressent l'aclion divine; tout contre-temps semble rentrer dans l'ordre divin, et comme on s'en remet à Dieu du lendemain; on peut patienter jusquo-là. » La doctrine de la grâce, s'écrie Hooker, soulève un cœur d'homme par-delà les accidents qui le ballottent ou le surprennent. Elle est comme l'arche..., qui porta Noé sur les eaux et le garda sain et sauf, tandis que l'un criait, au faite dune montagne : sauvez-moi! que l'autre grimpait aux arbres, et que tous flottaient, pleuraient, mouraient : il n'y eut de salut que pour ceux que i'arclie avait rcgus. Il en sera ainsi de voua autres, pauvres croyants; le monde est comme une mer, avec des vagues, des tourmentes, des persécutions; 0! entrez dans l'arche du seigneur Jésus! et tandis que l'un gronde et hurle : « Le diable 1 le diable! »; que l'autre est prêt à se pondre ou à se couper la gorge; que l'autre envoie chercher un ministre et crie : « 11 n'y a plus de pitié pour moi, » vous, entrez en Christ, je
l vous le dis, et vous serez saufs, je vous le promets; vos âmes seront transportées au terme de vos ospé-
I rances •>.
' Pour s'être servis du dogme de la grAce, les Puritains ne sont pas des dogmatiques. L'idée de la pré-
1 destination est chez eux ce qu'est chez Emerson l'idée de la fatalité : elle n'est pas métaphysique, elle est psychologique, elle est morale. On verra, dans le chapitre sur <i la liberté sans libre-arbitre >i, qu'en Amérique les plus po.sitifs des professeurs d'énergie ont peu de goût pour le libre-arbitre; ils inclinent à croire que vivre par décisioDs successives c'est vivre
' par fragments; et qu'un étal de balance, qu'on fait
t THÉOLOGIE