CHAPITRE XI
La liberté sans libre-arbitre.
Les philosopliies du xix° siècle procèdent du positivisme purilain. PourEmcrsonet pour James, comme pour Edwards, le sens pratique a dissipé le problème du libre-arbitre. Par foi en la liberLé d'action ils ont une idée de l'âme libre qui ne laisse point de place à la liberté métaphysique. La réalité de la liberté en a fait évanouir l'entité.
Emerson a senti que l'action libre est celle i n'hésite pas, qui ne s'entrave pas elle-même. L'âme est une force lancée vers un but : un moment d'équilibre, qui serait unarrêt, annulerait la vitesse acquis ce serait un relard suivi d'une incertitude et d'une déviation. Si le libre-arbitre n'est qu'un aiguillage imperceptible, antérieur à ta vie morale, il n'est plua^ qu'uD infinitésimal métaphysique, dont une philoso^^ phie pratique, comme celle des Américains, se désintéresse : s'il est un facteur de la conduite actuelle, s'il met l'homme en état de choix constant entre le
■ bien et le mal, il désorganise la vie morale elle-mfime, il en fait un zigzag au lieu d'une ligne droite. 11 ne s'agit plus pour les Américains de chercher s'il est logique : il leur suffit qu'il soit immoral, le cœur le rejette. Ainsi est comme tourné le problème : vu du revers il s'évanouit : c'est que le point de vue de la I morale a remplacé celui de la logique.
Emerson répugne au partage de la volonté et au ' tiraillement de l'âme; l'action pour lui implique l'aisance; il nela juge libre que quand elle est spontanée, a Que l'homme, dit-il, soit comme les éléments : qu'il montre sa maîtrise par des allures et , des actes à la taille de la Nature. Qu'il s'en tienne à j son dessein comme par la force de la gravitation. Un homme devrait soutenir la comparaison avec un I fleuve, un chèue ou une montagne. Qu'il ail, autant .qu'eux, l'abondance, l'ampleur, la résistance. Si l'uni- I vers a de farouches accidents, aussi farouche est la I résistance de nos atomes. L'atmosphère nous devrait pécraser : mais l'air au dedans du corps fait contrepoids; un tube faitd'un filet de verre soutient le choc dj l'Océan s'il est plein de la même eau. » C'est le naturalisme s'achevant en une mystique de l'énergie : le destin devient la condition même de la volonté. « La falahté, dit Emerson, s'absorbe en la liberté, la liberté en la fatalité.. . La vie est liberté en raison directe de sou intensité : elle s'assimile tout autour d'elle, elle fait usage do tout ; elle recrée tout : c'est à la loi de l'univers et c'est là la liberté de l'homme. « Chaque créature crée pour elle-même et d'elle-môme a condition et sa sphère, comme le colimaçon secrète isonde bave, la chenille son cocon, et le poisson i coquille. »