‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 3 sur 67 · LITS L'EGLISE DE LEYI · texte numérisé non relu

LITS L'EGLISE DE LEYI

bulte aux erreurs el aux vices de leur lemps, qui Iroublent leur vue comme un brouillard ou les enlrainenl comme un torrent... Les patriarclies cl les prophètes ont pris plusieurs femmes, malgré la loi du i mariage établie par la Genèse... Le mal se voit mômo chez les apôlrcs, si pleins de l'erreur de leur temps sur le règne terrestre du Messie, que rien ne la put arracher do leur esprit, malgré loul ce qu'ils avaient entendu de Chnsl el vu de lui... C'est ce qui doit enseigner aux serviteurs de Dieu, libres des erreurs du temps par sa grâec, l'indulgence envers ceux qui les subissent. >• C'est plus que do la bonté, c'est de la clairvoyance. U connaît si bien son temps que sa lolérancc excuse même le fanatisme.

D'Amsterdam et mfimo de Londres, les Églises divisées ou hésitantes le prenaient parfois pour arbitre ■. ses jugements sont balancés et larges comme ceux de la postérité. « La malice de Satan, écrit-il en Hollande, se sert des biens pour engendrer les maux : elle se sert Iode la science, 2" du zèle, 3° de la liberté. L'apôtre, dans l'épître aux Corinthiens, dit 1° que la science enfle Tcspril : leur Église, surpassant en science toutes les autres, les dépassait toutes en dissensions; les Églises de par ici, en avance par leur science, sont d'autant plus en danger de désaccord; 2° comme c'est dans le peuple de Dieu qu'il y a le plus de 7.ële, c'est là que la paix court le plus de r ques, si ou ne s'exerce k supporter chez les aulres ce qui déplaît, autant qu'à pratiquer soi-même ce qui plaît; 3' ceux-là seuls qui ont la liberté savent comme i l'usage en est difficile; et quand je vois ceux d'Angle- J terre s'étonner des dissensions de par ici, je croisi msonniers à une même c

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mains el aux pieds, s^étonner que les autres hommes n'aillent pas unis d'aussi près. »

Avec le sens du réel, Robinson en a le souci. Autant qu'il est observateur, il est administrateur : il est tolérant par expérience et par intérêt : en cela il est déjà du Nouveau-Monde. Quand Robinson parle d'un homme « prudemment pieux » ou « pieusement prudent n,godlywise mflw, le trait d'union qui sert à former le mot figure bien l'alliance de la ferveur et du calcul, dans une religion qui reçoit sa nuance de la sagesse politique. On lui avait reproché, quand il traitait les Anglicans en frères, de les fortifier dans l'erreur: « L'Apôtre, réplique-t-il, ayant à blâmer les Corinthiens de bien des vices, commence par leur reconnaître une vocation de sainteté.... Quand les hommes nous voient prêts à tenir compte de ce qu'il y a de bon entre eux, ils écoutent de bien meilleur gré nos reproches, parce qu'ils nous jugent impartiaux et tendres envers eux. De plus, rien n'a tant de pouvoir sur un homme, pour peu qu'il ait une étincelle de grâce, que de le représenter à lui-môme comme ayant part aux miséricordes de Dieu.... Si un fils sait que son père lui a assuré son héritage, il ne s'en autorise pas pour mépriser ses ordres : ce serait là la conduite d'un bâtard, et d'un fils contre nature. » Sa bonté est aussi une habileté. C'est une tactique en même temps qu'un devoir. Il loue l'apôtre « d'aller au-devant des faibles sur un terrain commun et légitime pour les édifier et les gagner » : dans cette recherche d'un « terrain commun » se dessine déjà la diplomatie des Églises d'Amérique, qui se font des actes de la vie publique autant d'occasions de contact avec leurs adversaires.

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