CHAPITRE XVII
Le catholicisme anglo-saxon.
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esprits diree-
Dès sou dévL'loppcmenl aux Ëlals-Unis, le catholicisme y fui ce qu'y avaient été toutes les religions protestantes : uae forme du patriotisme. Ses premiers prêtres comprirent que ce qui! lui fallait d'abord conquérir, c'élaif. le droit de cité cl ses lettres de naturalisation; ils eurent le tact d'en faire une Eglise natiouale. Cbévérus, premier évoque de Boston, que la Révolution avait esilé de France, fît une place pour sa religion dans la Nouvelle -Aiigleterrc en y prenant rang comme citoyen. Quand les Assemblées législatives revisèrent le serment civique, elles adoptèrent sa rédaction; et quand le président Adam.c visita Boston, les deux plus hauts sièges au banquet furent pour lui et pour Cliévérus. Ses qualités civiques, ses visites aux Indiens, ses secours ii toutes les sectes s une épidémie, ses elforls en faveur de l'inslruo
tien publique firent dire à Channing qu'aucun ministr (le la Nouvelle-Angleterre ne se risquerait à se com parer à lui, et lui valurent les souscriptions mômedei protestants et du président Adams quand il quôts pour une église catholique.
Toutes les sectes aux États-Unis se justifient par leurs services publics, et TÉglise catholique a compris qu'elle n'aurait sa place dans cette grande démocratie que si elle y avait son rôle. Il était tout indiqué : c'était de former comme une avant-garde pour recevoir le premier choc de l'immigration; d'accueillir les millions d'exilés qui viennent des vieux pays catholiques, d'encadrer dès le débarquement leurs masses flottantes et ignorantes, de les gouverner par la foi avant qu'ils sachent se gouverner par la loi, d'être en un mol, autour des ports d'immigration comme une tentacule avancée et comme un grand organe digestif capable d'assimiler les éléments étrangers avant Je les reverser dans la nation. C'est par son rôle de civilisatrice provisoire que l'Église catholique s'est imposée au respect du grand public. « Nous sommes heureux, dit la revue protestante VUmon chrétienne^ que l'Eglise congrégationnaliste de Washington ail refusé son local pour une conférence contre l'Église romaine ; les protestants ont mieux à faire que d'encourager une croisade contre une Église qui, quelles que soient ses erreurs, maintient la loi de Dieu, proclame l'Évangile de Christ, et fait plus que toutes les autres ensemble pour donner une sanction à k conscience et à la morale dans certaines classe! nombreuses de notre population. Si l'Église calho lique était renversée par une autre cause que par L substitution d'une foi plus libérale et plus inlelli
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Le P. Hecker semble jugcM* les (*iitholii|iiOM |wir li'iiiivisrae plus que par aucune aulre vorl.ii. Mii rniMlMiil
compte d'une Vie de Tarchevêque Hughes, il regretle un chapitre sur son rôle public, « qui eût pu être le plus important du livre». « L'archevêque, ajoute-t-il, ne voulait pas seulement être Torgane d'une organisation religieuse : il voulait l'être sur le terrain delà liberté politique et de l'esprit de justice américain : il voulait être l'organe de la pensée américaine. » Un jour qu*un jeune prêtre, de retour de Rome, disait sa hâte d'y retourner, parce qu'aux États-Unis il n'avait pas le temps de prier, le P. Hecker s'indigna. « Ne soyez donc pas si enfant, lui dit-il; regardez autour de vous, voyez tout le bien que vous avez à faire; ne vaut-il pas mieux rendre à Dieu, ici en votre pays, ce qu'il a fait pour vous, que d'aller sucer vos pouces à l'étranger? Quel nom donnez-vous à ce genre de piété? » « Le sage reste chez lui, » avait dit Emerson. Dans une circonstance solennelle l'Église d'Amérique a affirmé son attachement à la République américaine ; c'est en 1887, quand le cardinal Gibbons prit à Rome possession de son église nominale. « L'Eglise, dit-il, a souvent lutté pour l'exislence partout où le despotisme a jeté son ombre, comme une plante à laquelle on retranche le soleil béni du ciel, mais dans l'atmosphère pure de la liberté, elle fleurit comme la rose. » Et commentant ce discours du cardinal Gibbons à Rome, le P. Hecker écrit : « 11 rappelle Benjamin Franklin, champion de notre cause en Europe. Comme Franklin, le cardinal américain remplit la mission, sinon officielle, du moins morale, de représenter l'Amérique devant ces monarchistes d'Europe qui nous soupçonnent et qui n'apprécient pas nos institutions. Le cardinal veut être reconnu comme un représentant de l'Amérique, où qu'il puisse
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être, à Rome, Paris, Matirid, Berlin ou Londres. « C'est comme * représentant de l'Amcrique « que Mgr Gibbons avait remercié le Sainl-Père de son cardinalat u au nom aussi de tous nos frères dissidenls d'Amérique qui, sans partager notre foi, ont montré qu'ils ne sont pas indiiîérents mais profondément sensibles à l'honneur que reçoit noire commune patrie ».
Le catholicisme d'Amérique n'est pas seulement américain, il est anglo-saxon. De la fierté nationale il glisse à l'orgueil de race. L'orgueil de race aux États- Unis est presque un fondement du civisme et une pierre de louche du patriotisme ; les familles émigrées s'américanisent par le mépris de leur origine. L'égalité des races, que l'Église catholique est la seule dan.s le monde a proclamer, répugne à l'esprit américain. Sur ce point, c'est l'idée américaine, et non l'idée catholique, qui a inspiré le P. Ilecker; son patriotisme a en cela un peu infléchi sa religion. Il semble avoir reçu des colons puritains la croyance biblique que sa nation est l'élue de Dieu et a charge de la cause divine. La fierté de race, qui était passée dn proLestanLisme dans le civisme américain, est passée de là dans le calhoUcisme. Hecker crée l'Église romaine anglo-saxonne. Il semble sonner de loin la conquête de Rome. C'est l'impérialisme au sein de l'Église. « Ce qui domine, dit-il, la politique de Léon XIII, c'est qu'elle est intellectuelle, comme celle de Pie l\ était sentimentale; l'effet le plus immédiat s'en fera sentir sur les catholiques eux- i mêmes, car l'intelligence exige la liberté : aussi les! races qui ont une naturelle aptitude à goOter la liberté I dans les relations générales de la vie fourniront-elles I
eomaieàa %'«Bcm. et y» le lemfseat mrâvè f apdtr b raee te u toai^a e à J éT etoyf c r «s Iorcs dans b vie iaUrinte de ffig^Sse. > • Si j'iM^s OAe, Al^ «a jour tm Bo aiia rt, je ne rcsignerûs plu rolooliefs à ntiiinr, msâa je snis de la race qui s'achamc à vivre. ■
Sa Ib^orie de» races se liait ï sa docinne da Sainl- Ea/prit : l'E-^prit agit doubiemcnl, par les inspirations, et par Vaalanlè ecclésîa>Uqae. qtti les jage; daas Tâme il est Tirittcaleor et saaclificateur, dans FÉgUse il c»l inlerprHe; ainçi se complètent l'ane l'autre b liberté et l'ob^isFaDce. Ponr fonder l'autorité, qtti doil interpréter rE.<^nl, il a fallu le génie latin, organisateur, et le concile du Vatican en a achevé l'œum; |i mais l'obéissance une fois assurée à jamais, l'ère de i liberté s'onvre; l'interprétation hiérarchique une Mfl afTerinie, l'enthousiasme personnel n'a pins à E#rainilre ses propres écarts; « les décrets da concUe s Gn, dit Hecker, à toute controverse sur l'aubrîlé : la conséquence, c'est que la force individuelle Util désormais tenir autant de place dans le catholikeîitmB que la force hiérarchique i>. L'esprit de soumisl'fion met eu lit>erté l'esprit d'initiative; le temps est ■Yenu de l'indépendance et de l'inspiration, ferments mée la rénovation sociale; c'est l'Age du génie saxon Pqui commence.
Le pah'iotisme de l'Église américaine a été mis A ■épreuve. C'est itn américanisant les fidèles qu'elle en Bfdu plus de la moitié : en les familiarisant avec la ;ui!, lea lois, les mœurs de leur nouveau pays, elle