‹ La religion dans la société aux États-UnisChapitre 35 sur 67 · LE CATHOLICISME ANGLO-SAXON ISS · texte numérisé non relu

LE CATHOLICISME ANGLO-SAXON ISS

a hâté leur d(5sertion vers le proteslantisme ou vers la libre-pensée. D'après le cliifl're des immigranls, les catholiques aux Élals-Uois devraient être plus de Sa millions : ils sont 10 millions. On s'est alarmé d'un tel déchet, et on en a cherché le remède dans la formatioji d'Kglises de langues diverses, qui en vivifiant chez les Allemands, les Italiens, les Irlandais ou les Français le souvenir de leur pays natal, les eussent par là plus fortement retenus dans leur religion d'origine. En 1890 commença, pour le partage rie. l'Église d'Amérique en Églises dites nationales, un grand mouvement qui du nom de son fondateur, le député allemand Cohensly, fut appelé Cohenslisme. Mais Monseigneur Ireland et tout le haut clergé avec lui affirmèrent résolument l'unité de l'Église d'Amérique : là oïl il ne doit y avoir qu'une nation ils ne voulaient qu'une Église nationale. « Nous ne voulons pas plus en Amérique, disait-il, d'un nationaUsme allemand que d'un nationalisme fronçais ou irlandais. » De chaque catholique l'Église veul faire un Américain, môme au risque de préparer en lui un protestant. Le loyalisme envers le pays passe même avant le dévouement à la foi.

De là, les conflits entre le haut clergé et les Canadiens français des États-Unis. En 1K84, monseigneur Hendricken avait nommé un prêtre irlandais à la paroisse française de Fall-River; une délégation de paroissiens alla lui présenter respectueusement ut requête, priant Sa (îrandeur de nommer un cm canadien-français. Il ne s'agissait pas, comme dam pétition allemande, de constituer une Église élrad gère, mais de laisser à une simple paroisse un prédS catcur de sa langue. L'évéque excommunia les péti-»'

tionnaires, fit déconsacrer TÉglise, déclara que dans dix ans tous les Canadiens parleraient anglais, et qu'on n'aurait plus besoin de s'occuper de nationalilés diverses. Pendant des mois, alors, des journalistes ou des avocats canadiens firent presque office de prêtres , assemblèrent les paroissiens chaque dimanche à l'heure des offices, les exhortèrent à ne pas entrer dans une église de langue anglaise, et pendant des mois une population dévote se priva de la messe plutôt que de renoncer à sa langue, jusqu'à ce qu'à Rome la congrégation de la Propagande eût donné tort à Tévéque. Conflit multiple, toujours renouvelé. Tantôt c'est monseigneur Ireland qui supprime le français dans les écoles du Minnesota ; tantôt ] c'est un évoque qui donne aux Canadiens un prêtre de France ou de Belgique, pour qu'un clergé étranger lesprépareà recevoir un clergé irlandais. Et lesévêques pourtant savent que parmi les Canadiens le maintien de la langue est la sauvegarde de la foi; comme prôlres ils ont confiance dans le français, comme citoyens ils s'en défient : ils sont citoyens avant d'être prôtres; le devoir civique sera toujours pour eux plus impérieux que le devoir chrétien. Il n'y a pour les Canadiens qu'un moyen de les réconcilier au français : c'est de leur prouver qu'il n'est pas un élément de désorganisation ou d'indifférence civique, mais un un instrument de loyalisme et de vertu politique; leur paix religieuse dépendra de leurs qualités sociales. L'Eglise catholique aux Etats-Unis est avant tout l'Église d'Amérique.

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